Thursday, July 28, 2011
Triste Guinée, ou l'espérance déçue de Conakry
Wednesday, October 14, 2009
Guinée: Le chef de la junte Dadis Camara doit être jugé "pour crime contre l'Humanité", selon l'UE
Le chef de la junte en Guinée, le capitaine Moussa Dadis Camara, doit être jugé "pour crime contre l'humanité", à la suite de la répression sanglante du 28 septembre à Conakry, a déclaré mercredi le Commissaire européen en charge du développement et de l'aide humanitaire.
"Le leader du coup d'Etat doit rendre compte de ses actes devant un tribunal pour crime contre l'humanité", a estimé Karel de Gucht lors d'une conférence de presse au siège de l'Union africaine (UA).
"La répression du 28 septembre a été d'une brutalité jamais vue. On est véritablement confronté à un crime contre l'humanité. Et il y a une idée de principe qui est que, partout, quand il se passe un crime contre l'humanité, ces crimes soient jugés", a-t-il expliqué.
"La justice internationale doit aussi être universelle, sinon elle perd sa crédibilité", a-t-il insisté.
La violente répression d'une manifestation de l'opposition à Conakry le 28 septembre a soulevé l'indignation de la communauté internationale.
La junte affirme que 56 civils ont été tués et 934 personnes blessées, tandis que l'Organisation guinéenne de défense des droits de l'Homme estime que plus de 157 personnes ont été tuées et 1. 200 blessées, dont de nombreuses femmes violées. Les Nations unies ont fait état de plus de 150 morts.
M. de Gucht s'exprimait à l'issue d'une réunion UA-UE qui a notamment évoqué les questions de paix et sécurité en Afrique, et des changements inconstitutionnels de pouvoir.
Le capitaine Camara a pris le pouvoir lors d'un coup d'état sans effusion de sang en décembre 2008, après la mort de Lansana Conté, qui dirigeait le pays depuis 1984.
L'UA a fixé au 17 octobre la date limite pour que le chef de la junte renonce à se présenter à la présidentielle prévue en janvier, ainsi que tous les membres de la junte.
Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'UA a prévu de se réunir jeudi après-midi pour se prononcer sur cette question.
"Je ne vois pas pourquoi il y aurait opposition entre l'UA et l'UE sur ce sujet. Notre communiqué est la réflexion d'un consensus international", a précisé le Commissaire du département Paix et sécurité de l'UA, Ramtane Lamamra au cours de cette conférence de presse.
"Ce que nous voulons, c'est remettre sur les rails le processus de transition en Guinée", a-t-il indiqué, rappelant que "dans les prochaines 48 heures, le CPS devra se prononcer" sur les sanctions, si les responsables de la junte ne se sont pas engagés par écrit à ne pas se présenter à la prochaine élection.
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Le cas guinéen
mardi 13 octobre 2009 :: Pouvoir :: #713 :: rss :: lu 456 fois
Pas de célébration ni de recueillement, mais une abominable tragédie et des scènes d’une violence extrême : le lundi 28 septembre 2009 restera comme la journée du choc entre « les forces vives » du pays et une junte entourée d’officiers, de sous-officiers, et de soldats incontrôlables et incontrôlés.
S’étant emparés du pouvoir le 23 décembre dernier, au lendemain de la mort du général-président Lansana Conté, ayant goûté aux poisons et aux délices de ce pouvoir, ils en sont désormais à prétendre s’y installer.
Plus loin dans ce numéro de Jeune Afrique, nous déroulons pour vous le film et décrivons les scènes effroyables de ce choc, et nous nous efforçons d’en évaluer les conséquences à court et moyen terme.
Je voudrais, pour ma part, vous inviter à une réflexion commune sur le cas guinéen.
Ce pays est un étrange paradoxe.
Dieu, la providence ou la nature l’ont très bien doté : un peuple attachant et travailleur, un sol fécond et très bien arrosé, où tout pousse facilement et abondamment, un sous-sol regorgeant de minerais recherchés : bauxite, fer, or, diamants.
La Guinée aurait dû être un grand pays agricole dont les richesses minières, transformées sur place avant d’être exportées, auraient aisément financé ses infrastructures, son développement économique et social.
Parmi les premiers pays africains à recouvrer leur indépendance, elle était promise à un bel avenir et avait les potentialités d’une éclatante réussite.
Je me souviens de cette extraordinaire confidence que m’a faite Félix Houphouët-Boigny en 1978 :
« Si on pouvait changer de pays, je prendrais la Guinée : elle a beaucoup plus de richesses que la Côte d’Ivoire et se développerait dix fois plus vite… »
Joyau en puissance de l’Afrique de l’Ouest en 1959, ce malheureux pays en est aujourd’hui, cinquante ans après, la lanterne rouge. (voir graphique ci-dessous)
Cette triste performance s’explique en quelques mots : un demi-siècle de dictature et de mauvaise gouvernance.
Le premier dictateur de la Guinée avait pour nom Ahmed Sékou Touré. Il a séduit ses compatriotes et flatté leur orgueil par une apostrophe devenue célèbre : « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage. » Et leur a infligé, tout aussitôt et un quart de siècle durant, pauvreté, asservissement et assassinats, isolement et arriération.
À sa mort, le 26 mars 1984, ceux des Guinéens qui n’avaient pas quitté le pays héritaient d’un général : Lansana Conté. Il leur a imposé à son tour et jusqu’à sa mort, il y a moins d’un an, un deuxième quart de siècle d’une dictature moins sanguinaire, mais tout aussi lamentable.
Et les voici, depuis le début de 2009, sous le joug d’une junte qui s’est donné pour chef un capitaine volubile, inexpérimenté et instable.
Pauvre Guinée : sa descente aux enfers n’en finit plus et la voici cette fois au bord de l’implosion.
J’entends la question que beaucoup d’entre vous se posent : pourquoi les Guinéens ne parviennent-ils pas à se libérer de la dictature ? Pourquoi sont-ils presque les seuls en Afrique à entamer leur second demi-siècle de pays indépendant sous la coupe de gouvernants incompétents ?
Au risque de me voir reprocher de « tirer sur une ambulance », je me résous à écrire aujourd’hui ce que je dis depuis longtemps, ce que beaucoup d’autres observateurs pensent.
Le moment est peut-être mal choisi, mais j’espère néanmoins qu’il fera plus de bien que de mal de dire ceci aux hommes politiques et aux syndicalistes guinéens plus ou moins regroupés au sein de ce qu’ils ont appelé les Forces vives : votre responsabilité est gravement engagée ; il est nécessaire et urgent que vous vous ressaisissiez et changiez de pied.
Les hommes politiques guinéens sont, à vrai dire, de très bon niveau. Mais :
1. Parce qu’ils étaient divisés – et qu’ils le sont encore –, ils n’ont pas su faire partir Lansana Conté, même lorsqu’il s’est trouvé très affaibli par l’âge et la maladie.
2. Pour la même raison, alors que sa mort était prévisible et même annoncée, et que le pays n’était plus gouverné que par une camarilla, ils sont restés inertes, en attente de « l’événement ».
3. Pis : incapables de s’organiser et de s’unir pour assurer en bon ordre une succession civile, ils ont appelé de leurs vœux – et accueilli avec faveur – « une transition militaire ».
« Militaire », certainement ; « transition », rien n’est moins sûr.
4. Plusieurs d’entre eux ont accepté de collaborer avec le dictateur Lansana Conté, d’être ses ministres ou ses Premiers ministres, ce qui revenait à se laisser utiliser par lui.
Avant d’être rejetés et de se retrouver dans l’opposition… avec ceux qui, eux, ne l’ont pas quittée.
Lorsque Conté a été remplacé par la junte, d’autres ont, sur la même lancée, envisagé de collaborer avec son chef autoproclamé.
Où est la cohérence ? Quelle est la stratégie ?
En ce lendemain du 28 septembre 2009, les partenaires africains et internationaux de la Guinée sont appelés à l’aider. Ils doivent le faire.
Mais la Guinée à aider, c’est aider qui ? C’est quel numéro de téléphone ?
Ses Forces vives ? Dix chefs de partis rivaux, qui ne se distinguent l’un de l’autre que par la dominante ethnique et dont aucun ne représente la nation guinéenne dans son ensemble.
Tant qu’il en sera ainsi et que les Forces vives guinéennes ne se reconnaîtront pas en un fédérateur, il sera difficile d’aider ce pays à sortir de la dictature et de la mauvaise gouvernance.
En attendant cette hypothétique évolution, les amis et les partenaires de la Guinée ne peuvent que s’indigner, stigmatiser la junte et ses dérives, voter des résolutions et des menaces de sanctions.
Pendant ce temps, dans les rues de la capitale et sur les routes du pays, déambulent des soldats en armes, menaces réelles pour une population sans protection.
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Friday, October 09, 2009
Massacre en Guinée-Conakry: échos du mouvement social
| par Tony Busselen |
Le lundi 28 septembre, le peuple guinéen a vécu une barbarie perpétrée par les forces armées au nom de la junte au pouvoir. 157 personnes ont été tuées, de nombreux jeunes mutilés et des femmes humiliées et violées. Nous avons posé quelques questions à Mamdou Barry, un ami guinéen qui est actif dans la diaspora guinéenne dans la région Nord Pas de Calais en France. On se souvient des grands mouvements de grève et de protestations en 2007 contre le régime du Président précédent, Conté. Lors de ces mouvements déjà des dizaines de manifestants et de grévistes étaient tués par les militaires. Qu'est-ce qui poussent les Guinéens à affronter les militaires au Guinée ? Le peuple veut une vie décente, un emploi rémunéré, avoir chaque jour à manger. Nous sommes un pays riche en matières premières : la moitié des réserves mondiales de bauxite, nécessaire à la fabrication de l'aluminium, se trouve dans notre pays. Mais les hôpitaux ne fonctionnent pas, les salaires ne sont pas payés. Le Guinéen se lève chaque matin, il va travailler quand il a du travail, mais en fait il sait que cela ne sert à rien, car les prix montent vertigineusement et les gens ne peuvent pas suivre. Un sac de riz coûte jusqu'à 170.000 francs guinéens tandis que le salaire moyen est autour de 200.000 francs. Quand le capitaine Moussa Dadis Camara a pris le pouvoir, le 23 décembre de l’année passée, il a écarté les amis de l'ancien dictateur Conté, il a même mis des généraux en prison. Cela a suscité l'espoir que Camara allait peut-être amener le changement. Qu'est-ce qui a changé en un an maintenant que la masse s'oppose aujourd'hui tellement à Camara ? C'est Camara qui a changé. Il avait promis d'organiser des élections et qu'il n'allait pas participer aux élections. Les gens se souviennent que Camara et ses amis ont participé à l'époque à la répression contre le peuple en 2007. Camara a su tromper les gens au début en disant qu'il allait travailler pour le changement. Les gens, soutenant le changement, lui ont donné du crédit. Or, aujourd'hui Camara veut s'accrocher au pouvoir en annonçant qu’il veut participer comme militaire aux élections. Là, les gens disent non, pas question. La Guinée est un pays riche, comme vous venez de le dire. C'est un pays qui est à l'agenda de grandes multinationales. La plus grande compagnie minière dans le monde, BHP Billiton, vient d'annoncer, il y a quelques semaines son intention d'y investir 4,8 milliards de dollars dans une usine de fabrication d'aluminium. Le gouvernement de Camara vient aussi de gagner des procès contre des grandes sociétés comme Rio Tinto ret United Co. Rusal. Est-ce que derrière les grandes déclarations d'indignation des gouvernements américains, européens et autres, ne se cachent-ils pas d'autres finalités que la défense de la démocratie ? Nous savons que certains gouvernements ont une attitude hypocrite. Nous venons d'apprendre, par exemple, que la France vient de suspendre sa coopération militaire avec l'armée guinéenne. Mais cela veut dire, que malgré tous les crimes commis par cette armée en 2007, la France avait donc continué cette coopération. Mais ce qui importe pour nous aujourd'hui, c'est que les gens ne soient pas morts pour rien. Il faut que les coupables soient assignés en justice. Il faut mettre la pression sur la junte et sur la communauté internationale pour que la situation change. Comment voyez-vous ce changement ? Il faut que les militaires relâchent leur emprise sur la société, que Camara ne participe pas aux élections et que des élections libres puissent avoir lieu. J’espère aussi que les partis de l'opposition puissent s'allier dans un esprit d'union nationale. Car la division dans le mouvement pourrait faire le jeu des militaires. Extrait de la déclaration du mouvement social de Guinée-Conakry Le mouvement social guinéen composé de syndicats, de la société civile et du patronat guinéen a dénoncé le massacre et exige :
Source: Solidaire.org |
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Sunday, October 04, 2009
Cheikh Yérim Seck répond à Moussa Dadis Camara.
Publiée le 3 octobre 2009
M. le président autoproclamé.
J’avais pris sur moi, la première fois où vous m’aviez consacré un violent épisode du « Dadis Show », de ne pas répondre à vos insultes. Par égard pour les millions de Guinéens que vous incarnez aujourd’hui – malheureusement de la plus piètre des manières –, je m’étais résolu à laisser passer. Mais vous avez récidivé, sans doute parce que vous avez senti l’inefficacité de vos premières accusations. Le 1er octobre, jour du 51ème anniversaire de l’indépendance de la Guinée, vous m’avez fait l’honneur, dès que vous avez fini de déposer la gerbe de fleurs sur la Place des martyrs, de passer 15 minutes à parler de moi, en guise d’adresse aux Guinéens.
Pour donner du crédit à vos élucubrations, vous avez ajouté : « Je connais bien Yérim Seck. Il a étudié à l’université de Conakry. » Vous ne me connaissez pas, M. le président autoproclamé. Pour votre information, je suis arrivé en Guinée pour la première fois en septembre 1995. Expert-juriste de la représentation guinéenne du Programme des Nations-Unies pour le développement (PNUD), j’ai participé à la conception et à la rédaction de nombre de textes relatifs aux questions de démocratie et de droits de l’homme. En 1998, par exemple, en qualité de conseiller juridique pour le compte du PNUD, j’ai rédigé le premier draft du texte régissant le Haut conseil aux affaires électorales (HCE), la structure qui a supervisé et conduit le processus menant à l’élection présidentielle de décembre 1998. En 2000, pour combler un vide qui était durement ressenti par les chercheurs et les praticiens du droit, mais également par les bailleurs de fonds et par tous ceux qui s’intéressent aux questions relatives aux droits de l’homme et à la démocratie dans votre pays, j’ai coécrit, avec le très compétent magistrat Yaya Boiro, La justice en Guinée, une œuvre de doctrine juridique qui fait jusqu’aujourd’hui office de référence sur la question. Presque toutes les universités américaines et européennes comptent au moins un exemplaire de cet ouvrage dans leur rayon « Droit comparé ».
Parallèlement à ces activités scientifiques, je collaborais avec un avocat d’affaires réputé de Conakry et dispensais des cours de Libertés publiques au Centre de formation des magistrats et de Droit administratif à l’université Gamal Abdel Nasser. Je suis très fier d’avoir participé à la formation de milliers de jeunes Guinéens que je croise aujourd’hui un peu partout dans le monde. Certains d’entre eux sont aujourd’hui à des positions importantes. Il y a quelques jours, j’en ai rencontré un, qui est devenu conseiller juridique dans une grande banque française.
M. le président autoproclamé, pendant que vous trafiquiez avec le carburant de l’armée guinéenne (je reviendrai dans ce blog sur toutes vos magouilles à l’intendance militaire, preuves à l’appui), j’essayais de contribuer à faire avancer le droit dans votre pays.
Au cours de mon séjour en Guinée, j’ai rencontré Fanta Konaté, issue d’une grande famille de Siguiri, que j’ai épousée en 1997. Elle m’a donné une fille et un garçon qui ont la double nationalité guinéenne et sénégalaise. Je porte la Guinée dans ma chair et dans mon sang. Voila pourquoi je ne peux, pour ne pas faire honte à ma descendance, agir comme les plumes et les voix que vous avez achetées. J’ai honte pour toute la lignée de ces personnages qui, au soir du jour où vous avez fait tuer des centaines de Guinéens, ont pris la parole dans des médias étrangers pour faire leur beurre sur le sang de leurs compatriotes.
M. le président autoproclamé,
Les graves erreurs factuelles dont regorgent vos attaques haineuses contre moi ôtent toute crédibilité à celles-ci. Je peux vous raconter jusque dans le détail ce qui s’est passé dans cette réunion au cours de laquelle un de vos conseillers a dit : « A la guerre comme à la guerre. Yérim Seck vous a sali, il faut le salir. Je vais dire que vous lui avez donné des milliers de dollars. » Je suis d’autant moins sensible à ce type d’argument qu’il en est devenu usé à force d’être galvaudé. J’aurais été multimillionnaire en dollars si j’avais reçu les sommes que ceux que mes articles gênent estiment que j’ai encaissées. Cette rengaine ne me désarçonnera point, et ne m’empêchera jamais de piquer la plume dans la plaie, de révéler ce que l’on cache, de montrer, au-delà des diatribes enflammées, le Dadis affairiste qui est en train de piller la Guinée avec des proches issus de sa famille et de son ethnie.
M. le président autoproclamé,
Vous m’avez accusé d’être un mendiant. Vous êtes le plus grand et le plus illustre des mendiants. Vous êtes mendiant jusqu’à la caricature. Au point d’implorer un ancien Premier ministre guinéen, dès le lendemain de votre coup d’Etat, de vous introduire auprès de Mouammar Kaddafi pour qu’il vous « aide ». Vous tendez la main à tout le monde, de Mouhamed VI à Abdoulaye Wade, en passant par les hommes d’affaires guinéens et tous les investisseurs étrangers qui vous rencontrent.
Vous m’avez accusé d’être un prostitué. Vous êtes au monde le pire des prostitués. Vous êtes prostitué au point de vous faire payer pour brader les intérêts stratégiques de votre pays. Un exemple : dès votre arrivée aux affaires, vous avez durement critiqué l’attribution du marché du terminal à conteneurs du port de Conakry à Getma International et promis d’y revenir. Avant de vous raviser : contre une grasse rétribution, vous avez avalisé ce marché ô combien scandaleux. Je vais revenir dans ce blog sur les détails de cette affaire que je ne veux pas laisser parasiter ce droit de réponse.
M. le président autoproclamé,
Vous n’êtes pas qu’un prostitué et un mendiant. Vous êtes un menteur. Vous n’avez pas menti que sur mon compte. Vous avez menti à tous les Guinéens à qui vous aviez promis de « nettoyer la maison » avant d’organiser une élection transparente à laquelle vous ne seriez pas candidat. Vous êtes également un voleur. J’ai toutes les preuves pour étayer ce que j’avance. Dans les jours à venir, je publierai dans ce blog le décompte exact de tout l’argent que vous avez décaissé de la Banque centrale et du trésor public guinéens depuis votre putsch. Je vais également décortiquer, pièces et témoignages à l’appui, votre gestion du carburant de l’armée. Les Guinéens ne seront pas surpris, qui ont vu la grosse maison que vous possédiez dans le quartier de Lambanyi avant votre accession au pouvoir, et que cent ans de votre salaire de capitaine cumulés n’auraient pas pu vous offrir.
Ce que les Guinéens ne savent pas, par contre, c’est votre passé obscur, votre côté violent, votre personnalité déséquilibrée. Beaucoup de vos compatriotes ignorent, par exemple, qu’étudiant à l’université de Conakry, vous avez sauvagement battu votre copine qui est tombée dans un coma profond. Recherché, vous avez fui à Nzérékoré où vous êtes entré un bon moment dans la clandestinité. Le traitement que vos affidés ont infligé aux femmes le 28 septembre sont conformes à vos méthodes. Tous ceux qui sont informés, à commencer par les chancelleries occidentales en poste à Conakry, savent que votre épouse a fui pour se réfugier au Maroc. Quelques jours avant son départ, vous l’avez mise au piquet, à genoux pendant des heures en guise de punition. Vous traînez un déséquilibre que trahissent votre gestuelle, vos mimiques, vos colères intempestives… « Allahaa La Guinée rataanga ! » Que Dieu protège la Guinée contre le dangereux dégénéré que vous êtes !
M. le président autoproclamé,
Une question m’intrigue : quel dossier vous concernant le général Diarra Camara détient-il ? Sait-il quelque chose qui justifie que vous l’ayez traité avec autant de brutalité dès le lendemain de votre putsch ? Dans l’intérêt de la transparence, ce qu’il sait mérite d’être connu. D’autant que vous avez décidé de briguer la magistrature suprême. Il est essentiel, pour que les Guinéens soient éclairés avant de faire leur choix, que tous ces aspects de votre personnalité et de votre histoire soient connus. Exercer le pouvoir n’est pas une simple sinécure, une manière de se faire plaisir, de se positionner pour s’accaparer de privilèges et d’honneurs. C’est beaucoup plus sérieux que cela. Il y va de l’avenir de millions d’hommes et de femmes dont l’histoire et la géographie ont fait des Guinéens.
M. le président autoproclamé,
Pour conférer du crédit à vos accusations, vous avez l’habitude de débiter que j’ai commencé à faire des articles d’une tonalité positive sur vous avant de changer de ligne. Vous avez raison de faire ce constat. J’assume totalement le choix que j’avais fait au début de vous accompagner. La raison de mon engagement était simple : dans l’intimité de votre bureau, vous m’avez demandé de vous aider à conduire une transition vers une vraie démocratie en Guinée. Je vous ai donné ma parole, que j’ai retirée par la suite non sans vous en avoir averti. Pourquoi ? Parce que, piqué par le virus du pouvoir, vous avez totalement dévié de votre ligne de départ.
Malgré tout, je me suis abstenu, pendant plusieurs mois, d’écrire sur vous ou de parler de la Guinée. Les choses avaient commencé à tourner au grotesque, et je ne suis pas amateur de cirque. Surtout s’il fait peser de si gros risques sur une chose aussi sérieuse que la nation guinéenne.
Mais, les dérives allant en s’amplifiant, la rédaction de Jeune Afrique m’a demandé d’écrire pour alerter. Voila pourquoi vous avez fait rire tout le monde lorsque vous avez appelé au siège de J.A. pour dire que j’ai écrit pour vous faire chanter.
Si l’article « L’incroyable capitaine Dadis » n’a pas été mon initiative, mais celle d’un de mes rédacteurs en chef, j’en ai tiré une grande satisfaction. C’est du journalisme comme j’aime en faire. Une journaliste réputée de France 24 m’a rempli de fierté, en me lançant sur son plateau : « Vous avez vu juste. Une semaine avant le massacre des Guinéens, vous avez écrit pour dire qu’il y avait danger. » Elle n’est pas la seule. Après le carnage du 28 septembre, les plus prestigieux journaux du monde ont cité mon article et reconnu son caractère prémonitoire. Dans un article intitulé « Dadis, le Ubu roi de la Guinée », le renommé hebdomadaire français L’Express a renvoyé à « L’incroyable capitaine Dadis » et recommandé sa lecture.
Je terminais mon texte par ces deux phrases : « [Dadis] avait promis la rupture avec les usages du passé. C’est l’équilibre de la Guinée qu’il risque de rompre. » L’obscur capitaine aujourd’hui gagné par le vertige du pouvoir a commencé, quelques jours plus tard, à rompre dans le sang l’équilibre de la Guinée.
Monsieur le président autoproclamé,
Vous me taxez d’escroc international ? Je ne sais pas ce que ce concept veut exactement dire. Je vous rétorque toutefois que vous êtes un criminel international. Ce que vous avez fait le 28 septembre est l’exemple-type du crime international. Le carnage que vous avez ordonné répond à la définition exacte du crime contre l’humanité. Tribaliste jusqu’au bout des ongles, vous avez orchestré cette forfaiture avec des membres de votre famille, des jeunes de votre ethnie recrutés de fraiche date, et des ex-rebelles libériens et sierra-léonais dont vous vous sentez proches du fait de la proximité de votre région d’origine avec leurs pays respectifs.
Votre procès ne sera pas celui de l’armée guinéenne. Les actes perpétrés contre les femmes par vos mercenaires encagoulés ne sont pas guinéens. Au-delà des viols, des manifestants ont été égorgés. Des cadavres sans tête ont traumatisé les médecins de l’hôpital de Donka. Dans la nuit du 28 au 29 septembre, les corps ramassés par vos tueurs ont été rassemblés au camp Samory-Touré. Ils ont pu remplir trois gros camions qui ont quitté nuitamment le centre-ville pour une destination inconnue. Voici autant de questions auxquelles devra s’intéresser un grand avocat français qui est en train de préparer une plainte destinée à la Cour pénale internationale. Tragique destin que celui qui est le vôtre ! Vous auriez pu être un Amadou Toumani Touré guinéen. Vous êtes devenu un paria, vomi par ses compatriotes, rejeté par ses frères d’armes, mis en quarantaine par la communauté internationale… Vous auriez pu entrer dans l’Histoire. Vous allez en sortir par la petite porte. Vous auriez pu devenir une autorité morale importante en Afrique, impliquée dans le règlement des conflits. Vous risquez de finir derrière le prétoire de la Cour pénale internationale, comme Charles Taylor, un criminel de votre acabit dont vous avez recruté les tueurs.
Vous n’êtes pas à la hauteur du défi historique que votre arrivée aux affaires posait à la Guinée. Les « Dadis Show » que vous me consacrez traduisent votre manque de retenue et de hauteur dont je parlais dans mon article. J’ai eu raison d’écrire que vos « épaules sont très étroites pour le manteau de chef d’Etat. » Mais je ne cracherai pas sur le succès grandissant que vous me construisez en parlant de moi. J’attend avec impatience votre prochaine sortie. Vous aurez d’ailleurs une bonne occasion de refaire un nouvel épisode de « Dadis Show » lundi, quand vous finirez de lire le numéro de Jeune Afrique qui paraît ce jour. J’y reconstitue minute par minute le film de cette répression sauvage que vous avez lâchement infligée à des Guinéens désarmés et sans défense.
En attendant de vous entendre à nouveau, je vous transmets, M. le président autoproclamé, mes salutations.
Cheikh Yérim Seck, journaliste, ami de la Guinée.
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Friday, October 02, 2009
Lendemains incertains pour la Guinée-Conakry
Par Jean-Christophe Servant
Journaliste.
Tout comme le putsch du 23 décembre 2008, qui avait permis à une junte militaire d’installer au pouvoir en Guinée-Conakry le capitaine Moussa Dadis Camara, obscur officier « de bureau » ayant jusqu’alors géré les stocks d’hydrocarbures de l’armée, la répression de la manifestation organisée le lundi 28 septembre 2009 à Conakry – on parle désormais de 150 morts – était malheureusement prévisible.
Réunis sur la place de la République à Paris, le samedi 26 septembre, pour contester la probable candidature de l’erratique leader du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) à des élections présidentielles qui semblent aujourd’hui définitivement compromises, quelques centaines de Guinéens de la diaspora, dont Mamadou Mouctar Diallo, syndicaliste aujourd’hui a la tête du jeune Parti des nouvelles forces démocratiques, qui terminait une tournée européenne, faisaient part de leur inquiétude à l’approche d’une manifestation qui avait été interdite par le gouvernement sur ordre du CNDD.
La sanglante et dramatique manière dont les « bérets rouges », conduits par des hommes de main de la junte – notamment le sous-lieutenant Claude Pivi Coplan, connu pour avoir imposé « Dadis » à la tête du pays, et actuel ministre chargé de la sécurité présidentielle –, a mis un terme à celle-ci rappelle des souvenirs. Le 22 janvier 2007, sous le long règne finissant du président Lansana Conte, ce sont les mêmes hommes qui avaient réprimé de façon tout aussi meurtrière la jeunesse de Conakry, causant alors la mort de 180 personnes (1). Et, depuis au moins le printemps 2009, la rue et la société civile de la capitale de Guinée-Conakry avaient compris que Dadis – « capitaine sauveur » qu’elle avait accueilli avec un certain enthousiasme faute de mieux – faisait glisser le pays vers une autocratie ubuesque où chaque membre de la junte commençait à tirer un profit personnel des pouvoirs qui leur avaient été conférés.
A la suite du massacre du 28 septembre, la déclaration d’un diplomate français à l’AFP atteste que la communauté internationale, l’ancienne puissance coloniale française en premier lieu, était consciente de cette nouvelle dérive d’un pays déjà vampirisé et anémié par un demi-siècle de régimes autoritaires : « Au départ, lorsque la junte a pris le pouvoir, Dadis Camara était un personnage plutôt pittoresque, un peu décousu certes, mais qui paraissait plein de bonnes intentions. Les choses se sont dégradées petit à petit. » En août dernier, l’Union européenne avait ainsi placé la Guinée-Conakry sous surveillance pendant deux ans et maintenu le gel de son aide au développement en attendant un retour à l’Etat de droit. Pour autant, la France, qui avait été le premier pays occidental, début janvier 2009, à dépêcher un officiel auprès de la junte (2), avait encore accueilli le 17 septembre dernier, par l’entremise de son président de la Commission des affaires étrangères de la défense et des forces armées (3), un représentant du ministre de la défense nationale et vice-président du CNDD. Monsieur Balkany, député-maire UMP, interrogé sur la candidature à la présidentielle du chef de la junte, estimait qu’elle « ne posait pas de problème »… bien que le Quai d’Orsay ait rappelé celui-ci au « respect des engagements » (4).
Une nouvelle période de troubles s’annonce désormais pour la Guinée-Conakry. Alors que de nouvelles manifestations des forces vives de la nation s’annoncent pour les jours à venir, ceux de Moussa Dadis Camara, qui vient de reconnaître qu’il ne contrôlait pas toute son armée et veut interdire tout rassemblement « subversif », s’annoncent clairement comptés. Toute la question, désormais, est de savoir qui tirera le premier. Dans le cercle des membres de la communauté forestière qui entourent le leader de la junte, l’homme qui sortira du rang sera-t-il un Samuel Doe ou un Thomas Sankara ?
Les audiences télévisées surréalistes attestant de la dérive de Dadis Camara ont été largement diffusées sur Internet (5). Ce qui reste à venir, pour le pire ou le meilleur, ne le sera pas. Pour autant, il est impossible de rester sourd à la colère d’une jeunesse guinéenne sacrifiée.
- « En Guinée, la fin d’un dictateur », La valise diplomatique, 23 décembre 2008.
La mort de Lansana Conté, président de la Guinée-Conakry depuis 1984.
- « “Paris-Conakry” », par Anne-Cécile Robert, décembre 2008.
« Un Guinéen sur deux a moins de 15 ans aujourd’hui. Comment empêcher ce Guinéen, cette Guinéenne de rêver à un avenir meilleur, ailleurs ? » Cette réflexion de l’écrivaine Nadine Bari fait partie des mille et une citations, extraits de livres, de poèmes et de dialogues surpris à la volée dans les rues de Conakry, qui accompagnent les photographies de Julien Brygo.
- « En Guinée, jusqu’où la descente aux enfers ? » (A.-C. R.), La valise diplomatique, 24 mai 2007.
La situation se dégrade en Guinée. L’Assemblée nationale demande une enquête sur la mort de civils lors des manifestations du début de l’année, et le mouvement des militaires revendiquant le paiement de leurs arriérés de soldes sème le trouble dans le pays.
- « Grève générale en Guinée » (A.-C. R.) , La valise diplomatique, janvier 2007.
Des dizaines de manifestants ont été tués par les forces de l’ordre en Guinée-Conakry lors de la grève générale illimitée entamée le 10 janvier. On dénombre en outre des centaines de blessés. Les syndicats et les partis politiques dénonçaient la corruption du pouvoir et demandaient le départ du président Lansana Conté.
- « Fin de règne sans fin en Guinée », par Odile Goerg, avril 2006.
L’hospitalisation de Lansana Conté relance les spéculations sur son éventuel décès en fonctions, tandis qu’une grève générale témoigne d’une audace nouvelle au sein de la population.
- « Le vol suspendu de la Guinée », par Michel Galy, décembre 2003.
A la veille d’une élection présidentielle qui s’annonce aussi truquée que les précédentes, reportage dans un pays « qui n’en finit pas de s’enfoncer dans l’autoritarisme et la crise économique ».
Lire aussi, dans Le Monde diplomatique d’octobre, « Les Russes et le “petit bijou” de la Guinée », un reportage de Julien Brygo.
(1) Voir à ce sujet le poignant documentaire de Gilles Nivet, Cona-Cris, Journal d’une révolution, dont les témoignages, recueillis jusqu’à la fin 2008, annoncent l’actuelle dérive militaire.
(2) Le 4 janvier 2009, Alain Joyandet, secrétaire français à la coopération, repartait satisfait de sa rencontre avec le chef de la junte après avoir obtenu des autorités guinéennes que la période de transition soit « la plus courte possible ».
(3) Présidée par Josselin de Rohan (UMP). De retour de sa visite à Paris, l’émissaire guinéen, Boubacar Barry, déclarait : « Le problème pour eux [la France] ne se pose pas en termes de candidature ou non du président Dadis Camara. Le problème se pose en termes de régularité et de transparence dans le processus électoral. »
(4) Lire : « Transition en Guinée : les affaires étrangères de France sont complètement passées à côté de la plaque », sur le site Guinée 24.
(5) Lire « Dadis, premier cyber dictateur africain », Pierre Malet, Slate, 29 septembre 2009.
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Thursday, October 01, 2009
GUINÉE:Jean-Marie Doré : "Certains voulaient me tuer par balle, d'autres m'égorger"
L'ex-premier ministre de Guinée et président du parti d'opposition (UFDG), Cellou Dalein Diallo, le 29 septembre 2009 dans une clinique à Conakry après avoir été blessé lors d'une manifestation
Un des leaders de l'opposition en Guinée, Cellou Dalein Diallo, blessé lundi par des militaires au cours de la sanglante répression d'une manifestation, est arrivé jeudi à la mi-journée à Dakar en provenance de Conakry, a-t-on appris auprès du protocole de l'aéroport.
Joint par téléphone par jeuneafrique.com, le secrétaire général de l’Union pour le progrès de la Guinée (UPG) et porte-parole des Forces Vives, Jean-Marie Doré, revient sur les violences dont il a été vicitme lundi, dans le stade du 28 septembre, lors de la charge des Bérets rouges.
Quelle était l’objectif de la manifestation du 28 septembre ?
Ce n’était pas une manifestation, mais un meeting au stade du 28 Septembre. Nous n’avions pas prévu de discours et voulions juste remplir le stade pour montrer notre poids - sans parler de la candidature ou non de Dadis à la présidentielle. Ceux qui ne pouvaient pas venir en voiture sont venus à pied, mais ce n’était pas une marche. J’insiste sur le fait que ceux qui sont venus n’avaient ni bâtons, ni allumettes, ou quoi que ce soit d’autre.
Que s’est-il exactement passé avec les Bérets rouges ?
J’étais sur le point de demander que l’on mette fin au meeting lorsque les Bérets rouges, armés de Kalachnikovs et de grands gourdins en bois, ont tiré à l’horizontal. C’est-à-dire sans sommation et à balles réelles. Ce qui m’a sauvé la vie, c’est qu’ils n’étaient pas d’accord sur la façon de me tuer. Certains voulaient le faire par balle. D’autres voulaient m’égorger. C’est ceux qui voulaient m’égorger qui ont pris le dessus, mais un officier supérieur de la gendarmerie s’est interposé au péril de sa vie.
Que s’est-il passé ensuite ?
On m’a dépouillé de ma veste. Et là, je peux vous dire que les gourdins sont tombés et ont fait très mal. J’ai des points de suture à la tête, mal aux côtes. J’ai les reins en compote, je souffre aux épaules et de fortes douleurs à la mâchoire. Mon état est cependant moins grave que l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo, qui a eu trois côtes cassées.
Votre domicile a-t-il subi des dégâts matériels ?
Ils ont tout saccagé chez moi et pris tout ce qui était transportable. Les vitres de mes trois 4x4 ont été brisées et les pneus crevés. On dirait l’œuvre de véritables enfants.
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Wednesday, September 30, 2009
Guinea Protests
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http://news.yahoo.com/nphotos/Guinea-Protests/ss/events/wl/092909guineaprotests#photoViewer=/090930/photos_wl_afp/9a3fe029c8587c8b6b77e03023faff7f
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Le 28 septembre 1958 est une date inoubliable pour la Guinée
Le 28 septembre 1958 est une date inoubliable pour la Guinée, qui a dit non à la colonisation française pour s'ouvrir les portes de l'indépendance. Depuis cette fameuse date, ce pays, pour la grande majorité des Guinéens, n'a jamais décollé. La célébration de cet anniversaire par l'opposition a été meurtrière ce lundi.
Après Sékou Touré [2] (le premier président de la République), qui a passé son temps à jeter ses opposants en prison ou à les tuer au lieu de développer son pays, on sait que c'est un militaire en la personne de Lansana Conté [3] qui a pris le relais. Mais le général ne fait pas lui aussi mieux et après sa mort, le pays se trouve toujours dans un profond coma.
Alors qu'on pensait que la Constitution serait respectée pour permettre au président de l'Assemblée nationale d'assurer l'intérim et d'organiser des élections dans un délai de deux mois, c'est un autre militaire qui surgit au devant de la scène : son nom, c'est Moussa Dadis Camara [4], qui prône le changement au non d'un Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD).
« Vive la nouvelle Guinée, Vive le président ». Des slogans que des milliers de personnes scandaient à Conakry quand il a pris le pouvoir et annoncé que l'issue de cette transition serait l'organisation d'élections libres et transparentes.
En affichant son ambition de redresser l'économie en luttant contre la corruption, Dadis a même laissé entendre qu'il ne serait pas candidat. Mais son discours va, à un moment, changer, et ses adversaires sentir, à travers sa façon de faire, que le pouvoir l'intéresse. L'inconstance de Dadis a provoqué une véritable levée de boucliers, les Guinéens ne voulant plus d'un militaire aux affaires.
A l'occasion de la commémoration de cette date du 28 septembre, les responsables des « Forces vives » (partis politiques, syndicats et organisations de la société civile) tenaient encore à manifester pour protester contre l'éventuelle candidature du chef de la junte à la présidentielle.
Mais ce rassemblement au stade du 28-Septembre, qui avait été interdit par le CNDD, a finalement tourné au drame : on parlait de 58 morts et de 11 opposants blessés au moment où nous mettions sous presse. (Il y en aurait au moins 157 selon l'organisation guinéenne des droits de l'homme [5], mardi à 14h00. Voir la vidéo)
Ce qui devait arriver arriva donc. Et voilà le pays en proie aux déchirements politiques. Dadis et ses hommes n'ont donc pas hésité à faire pleuvoir des balles sur Conakry. Le CNDD prouve par là qu'il est capable de tout et ne saurait transiger avec l'ordre public.
Le pouvoir qu'il a pris par les armes, on ne le lui arrache pas dans la rue. C'est un signe fort que la junte entend donner à Alpha Condé, Jean-Marie Doré, Lounsény Fall, Cellou Dadein Diallo, Ibrahim Fofana, Rabiatou Sérah Diallo et autres.
Que va maintenant faire le groupe de contact international, qui craignait que ce pays ne bascule dans la violence ? Avec ce qui s'est passé au Niger (l'affaire de la Constitution) [6] et en Mauritanie (le coup d'Etat) [7], ce n'est pas sûr qu'il puisse ramener Dadis à l'ordre. L'imbroglio politique, né des intentions du chef de la junte, montre jusqu'à quel point le changement n'est peut-être pas pour demain.
Links:
[1] http://www.lobservateur.bf
[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Ahmed_Sékou_Touré
[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Lansana_Conté
[4] http://www.lepoint.fr/actualites-sport/2008-12-26/portrait-guinee-moussa-dadis-camara-ce-capitaine-inconnu/1712/0/302407
[5] http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/international/20090929.OBS2887/128_morts_lors_dune_manifestation_en_guinee.html
[6] http://www.rue89.com/2009/08/04/au-niger-le-coup-detat-democratique-de-tandja
[7] http://www.rue89.com/2009/07/25/en-mauritanie-un-putschiste-champion-des-pauvres
[8] http://www.rue89.com/2008/12/27/wade-soutient-la-junte-en-guinee-y-a-t-il-de-bons-coups-detat
[9] http://www.rue89.com/2008/12/23/coup-detat-en-guinee-apres-la-mort-de-linderacinable-conte
[10] http://www.youtube.com/watch?v=pbHWqVdJ9S8
[11] http://fr.wikipedia.org/wiki/Guinée
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Tuesday, September 29, 2009
Docteur Dadis et Mister Camara
Après avoir revêtu les habits de sauveur du pays, à la mort de Lansana Conté, le chef de l’État glisse vers un régime autocratique et ubuesque : dérapages incontrôlés, improvisation permanente, autoritarisme... De quoi inquiéter, alors qu’il ne cache plus sa volonté d’être candidat à l’élection présidentielle de janvier 2010.
Alors que partout l’heure est à l’éloge de la « bonne gouvernance », Moussa Dadis Camara a inventé la « non-gouvernance ». Le leader du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD, la junte qui s’est emparée du pouvoir en Guinée le 23 décembre 2008, au lendemain de la mort de Lansana Conté) est sans nul doute l’unique chef d’État au monde à ne pas avoir de cabinet en ordre de marche ni de secrétariat. Pas de fiche d’audience non plus pour les nombreux visiteurs attendant des heures pour un hypothétique entretien. Pis, le capitaine putschiste n’a participé qu’une seule fois à un Conseil des ministres, qu’il a quitté avant la fin de la séance. Après avoir erré pendant des mois à travers les allées du camp Alpha-Yaya-Diallo, les membres du cabinet présidentiel ont échoué dans une annexe du palais Sékhoutouréya, en centre-ville, à plusieurs kilomètres de l’enclave militaire où le patron s’est installé. La plupart d’entre eux ne le voient jamais. Et ils ne sont pas les seuls.
Le Premier ministre, Kabiné Komara, et ses collègues du gouvernement peuvent faire le pied de grue des jours entiers sans être reçus. Les horaires de « Dadis » y sont pour quelque chose. Persistance d’une habitude prise lors des premières heures du coup d’État, quand il fallait rester éveillé pour déjouer toute tentative de contre-putsch, le chef de la junte ouvre seulement à la nuit tombée les portes des deux petites pièces qui lui servent de bureau et de salle d’attente. Sa journée de travail débute au crépuscule.
Désordre au camp Alpha-Yaya-Diallo
Il n’a de tête-à-tête avec personne. Tout visiteur qui s’introduit dans son bureau y trouve un groupe de militaires ou des civils – parfois des anonymes sans fonction officielle – venus faire causette. Un joyeux désordre règne au camp Alpha-Yaya-Diallo. De sorte que les notions de secret et de discrétion ont totalement disparu du fonctionnement de l’État guinéen. Les moindres faits et gestes de « Dadis » alimentent en permanence la gazette et se retrouvent au cœur des conversations de salon à Conakry.
Le chef de la junte a choisi l’outing comme méthode de gouvernement. Toutes les questions, y compris les plus sensibles, sont réglées dans sa salle d’attente, sous l’œil des caméras de la Radiotélévision guinéenne (RTG). Il en résulte un feuilleton que les Guinéens ont baptisé, non sans humour et dérision, le « Dadis Show » – une sorte de quart d’heure du rire qui fait un carton dans les capitales de l’Afrique de l’Ouest où le journal de la RTG est suivi sur le câble. Les extraits diffusés sur Internet battent des records de fréquentation (30 000 visiteurs sur YouTube). Exercice de catharsis ponctué de colères, de coups de sang et de tirades moralisatrices, le « Dadis Show » permet à son acteur principal de se défouler sur les trafiquants de drogue présumés, les fonctionnaires suspectés de détournements, les diplomates ou hommes d’affaires établis dans son pays, mais également sur ses propres collaborateurs. Les révocations et les mises à la retraite anticipée sont prononcées devant les caméras. Mieux que la télé-réalité.
Premier ministre humilié
Si les faits n’étaient pas aussi graves et nocifs pour l’image de la Guinée, quelques morceaux choisis de ce feuilleton seraient à se tordre de rire. « Je ne suis pas votre égal », lance-t-il à Karl Prinz, ambassadeur d’Allemagne en Guinée, qui l’interpelle sur son éventuelle candidature à la présidentielle. « Si tu me parles comme ça, je te renvoie dans ton pays », sert-il comme amabilité à Anatoly Pantchenko, homme d’affaires ukrainien, ex-patron de la société minière Rusal Guinée.
Mais celui qui détient le record absolu des humiliations subies est sans nul doute son Premier ministre, 59 ans, débauché de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), basée au Caire. Le 9 septembre, alors qu’il anime une conférence de presse dans les locaux de la RTG, à Koloma, Dadis prend à partie à haute et intelligible voix Kabiné Komara, qui tente de lui chuchoter quelque chose à l’oreille : « Pourquoi tu me parles à l’oreille ? Pourquoi tu me déranges ? » Le pauvre Komara avait déjà subi un revers analogue quelques jours plus tôt. Las de végéter dans la salle d’attente du chef de l’État, il le rejoint dans le bureau du ministre de la Défense, Sékouba Konaté. Comme piqué au vif, Dadis s’emporte : « Pourquoi tu me suis ? Qui t’a dit d’entrer dans ce bureau ? Pourquoi tu es impatient ? » Ambiance. Une autre scène croustillante enregistrée circule désormais sur les téléphones portables. Hors de lui, Dadis lance au téléphone à un conseiller de Komara : « Il est culotté de recevoir un directeur de zone aurifère sans nous tenir informés !… Ce n’est pas lui qui a pris le pouvoir ! Le Premier ministre, là, il est gonflé, il est gonflé, hein !… Il n’a pas affaire à un con. »
Mais la scène publique la plus grotesque est celle qui s’est déroulée le 8 juin 2009 dans une salle de conférences archicomble du Palais du peuple, siège de l’Assemblée nationale. Alors que le chef de la junte rencontre les fonctionnaires des administrations financières, il stoppe net le directeur des douanes, Mamady Touré, juste au moment où ce dernier réclame un statut particulier pour les douaniers. Et lui assène : « Monsieur Touré, vous êtes un démagogue. Vous pensez que ce sont les douaniers seulement qui n’ont pas de statut ? C’est moi qui vous ai nommé, et je vous suspends à partir de cet instant. »
Touré est parti comme il est venu. Il avait été catapulté à ce poste trois mois plus tôt, pour avoir été le premier à s’exécuter à la suite d’une supplique de Dadis lancée dans la cour de la Direction nationale des douanes : « Que celui qui s’estime capable d’être directeur lève la main ! » Mamady Touré aura eu, malgré tout, une plus grande longévité que Lamine Sidimé. Nommé le 9 juin, en pleine réunion publique au Palais du peuple, « président de la Commission d’orientation économique et politique », l’ex-président de la Cour suprême et ancien Premier ministre a été dégommé le surlendemain, après les nombreuses réactions dénonçant le retour aux affaires de ce symbole vivant des dérives du régime Conté.
Ces dérapages répétés ont fait de leur auteur, aux mimiques inimitables, un nouveau « guignol de la Toile » au français très approximatif. Les comportements de Dadis font certes sourire mais, surtout, ils intriguent et inquiètent. Ce capitaine petit et mince, agité et colérique, dépourvu de retenue et allergique au protocole, a les épaules trop étroites pour le costume de chef d’État. Ayant beaucoup de mal à se tenir en public, il peut, au beau milieu d’une rencontre officielle, griller une cigarette, se lever pour serrer la main à une personne dans l’assistance, applaudir à tout rompre, rire à tue-tête, interrompre le maître de cérémonie pour discuter ou pour distribuer la parole… Né dans une famille modeste à Nzérékoré, une contrée rurale reculée de la Guinée forestière qu’il n’a quittée qu’après son bac pour rejoindre Conakry, le soldat Dadis, qui n’a pas intégré les manières de la bonne société ni les codes du pouvoir, avoue lui-même n’avoir « pas connu l’opulence ». Mais, à 45 ans, ce militaire de carrière affiche un goût certain pour les montres et les lunettes de luxe.
Décisions à l’emporte-pièce
Dépourvu de tout contrôle sur ses faits et gestes, il tient le plus naturellement du monde des propos indignes de son rang actuel. « Je peux avoir une copine parce que je suis un homme, mais je ne détourne pas la femme d’autrui », lance-t-il, le 9 septembre, à des journalistes médusés. « Les hommes de la troupe peuvent en témoigner. Demandez-leur si je mens. Depuis la prise du pouvoir, je ne mets pas les pieds quelque part sans qu’ils le sachent », ajoute celui à qui la rumeur prête de nombreuses conquêtes féminines et un goût prononcé pour la bière et les alcools forts. Avant d’ajouter : « Je considère les veuves du général Lansana Conté comme des mères. Elles ne viennent pas au camp. » Allusion à peine voilée à une autre rumeur sur une liaison entre un ex-Premier ministre de Conté et l’une des épouses de ce dernier.
Improvisations, légèretés, décisions à l’emporte-pièce, nominations intempestives et coups de gueule, la méthode Dadis intègre également une bonne dose d’inconséquence. De quoi tuer le mythe du « capitaine sauveur de la nation » perceptible après son accession au pouvoir. Après l’avoir adulé, bon nombre de Guinéens le rejettent aujourd’hui et multiplient les actions de résistance face à ce qui s’apparente à une dictature rampante. Les jeunes de banlieue, qui ont troublé les dernières années du règne de Conté, se signalent par des manifestations de plus en plus fréquentes. En première ligne également, le Forum des « forces vives » de Guinée, bien décidé à empêcher sa candidature à l’élection présidentielle de janvier 2010. Dadis amuse, Dadis inquiète, mais la résistance s’organise. Son visage se tord, ses lèvres se tendent, ses yeux se plissent et sa voix s’aiguise, mais les colères de Dadis ne font plus peur.
Les magistrats sont les premiers à l’avoir bravé. Fin mai, ils déclenchent une grève pour réclamer la suppression du poste de secrétaire d’État chargé des Conflits, dont le titulaire, le lieutenant Issa Camara, se saisissait de litiges devant les tribunaux pour les trancher. Furieux, le chef de la junte les convoque et menace : « Au moment où nous nous battons pour que les Conakrykas aient accès à l’eau et à l’électricité, vous décidez de vous mettre en grève, comme si vous étiez supérieurs aux enseignants et aux médecins ! Tous les magistrats qui ne sont pas présents à cette rencontre sont radiés de la fonction publique. […] Monsieur le ministre de la Justice, prenez les noms de tous ceux qui sont absents ! Vous voulez paralyser l’administration ? Je vais vous paralyser moi aussi. Et si vous n’arrêtez pas, je vais vous mater. » Devant des juges impassibles, auxquels se joignent les avocats et les greffiers, le chef de la junte fait machine arrière. Le 5 juin, il annonce qu’il renonce à la mesure de radiation et, le lendemain, supprime, par décret, le secrétariat d’État chargé des Conflits. Non sans nommer Issa Camara « gouverneur de Mamou, chargé de la lutte contre les coupeurs de routes et les voleurs de bétail sur toute l’étendue du territoire » !
« Un soldat de bureau »
S’il clame haut et fort qu’il n’a peur de rien ni de personne, Dadis ne convainc guère. Son propos n’impressionne pas dans les rangs lorsqu’il assène au général Mamadouba « Toto » Camara, numéro deux du CNDD et ministre de la Sécurité : « Mon général, je vous interdis de me mettre en garde. Je n’ai pas peur des narcotrafiquants. Je n’ai pas peur de la mort. Le rouge, couleur de mon béret, est le symbole du sang. » L’ancien responsable des hydrocarbures de l’armée, recalé à l’entrée de l’Académie royale militaire de Meknès, n’a jamais connu la guerre et n’a jamais appartenu à une unité opérationnelle. À la différence par exemple de son ministre de la Défense, Sékouba Konaté, surnommé « le Tigre » pour sa férocité au combat (Sierra Leone, Liberia...) et qui arbore fièrement des blessures de guerre. Dadis est au contraire dépeint par ses frères d’armes comme un « soldat de bureau ». Il en prend ombrage et ne fait aucun mystère de son aversion, voire de sa jalousie, pour ceux qui ont gravi les échelons en faisant le coup de feu. « Chez l’officier, le grade compte moins que l’efficacité », confie-t-il à Jeune Afrique au lendemain de sa prise de pouvoir.
Quelques jours plus tard, le 28 décembre, il inaugure une vague d’arrestations – toujours en cours – d’officiers. L’ex-chef d’état-major, le général Diarra Camara, et vingt et un officiers généraux sont mis à la retraite d’office. Seize d’entre eux sont placés en détention au camp Alpha-Yaya-Diallo. Parmi eux figurent trois généraux : outre Diarra Camara, le vice-amiral N’Fali Daffé, l’ex-chef d’état-major de la marine, et son adjoint, le contre-amiral Fassiriman Traoré. Deux colonels, dont Vivas Sylla, proche de Lansana Conté, et trois commandants, dont Issiaga Camara, neveu du président défunt et ex-membre de la garde présidentielle, sont également mis aux arrêts.
Dans la nuit du 22 au 23 avril dernier, à la suite de l’annulation à la dernière minute de son voyage en Libye, Dadis ordonne l’arrestation du très charismatique Saa Alphonse Touré, commandant adjoint du régiment commando, d’Abdoulaye Keïta, instructeur au bataillon aéroporté, et d’autres soldats moins gradés. Sur le point de succomber aux tortures qu’il a subies, Saa Alphonse Touré a été transféré fin août à l’hôpital Donka avant d’être enlevé, sous les yeux de sa femme, par un commando qui l’a conduit vers une destination inconnue. Depuis, plus de nouvelles. Ainsi fonctionne le régime de Moussa Dadis Camara : les nombreux civils et militaires arrêtés sont gardés au secret, coupés de tout contact avec leurs proches et privés de l’assistance d’un avocat. Peu regardant sur les droits de l’homme, le nouvel homme fort de Guinée a remis au goût du jour l’incarcération par décret. Le 4 avril dernier, Amadou Mouctar Baldé, vice-président du comité d’audit, a été limogé par un acte signé du chef de l’État qui ordonnait en outre son emprisonnement pour détournement de deniers publics.
Le régime se durcit. Et plus encore depuis que Dadis a levé un coin du voile sur son intention de briguer la magistrature suprême en janvier 2010. Des SMS hostiles à sa candidature commencent à circuler sur les téléphones portables ? Les quatre opérateurs de téléphonie mobile opérant dans le pays sont illico presto sommés de bloquer leur système de messagerie. Les radios privées diffusent des émissions interactives dans lesquelles les Guinéens expriment leur désapprobation ? Une décision du Conseil national de la communication (CNC) tombe pour interdire « d’évoquer, jusqu’à nouvel ordre, des sujets politiques dans tout type d’émission interactive, et ce dans toutes les langues ». Les leaders de l’opposition, réunis au sein du Forum des forces vives, rappellent à Dadis son engagement à mener la transition et à transmettre le pouvoir à l’issue d’une élection à laquelle il n’est pas partie prenante ? Le chef de la junte ressuscite le comité d’audit créé aux premières heures du coup d’État. Dans son viseur, les candidats potentiels à la présidence qui furent des Premiers ministres de Conté : Sidya Touré, François Lonsény Fall, Cellou Dalein Diallo et Lansana Kouyaté. Celui qui déclarait urbi et orbi ne pas être assoiffé de pouvoir s’accroche aujourd’hui mordicus au fauteuil présidentiel.
Clanisme, ethnisme...
Il se barricade et range peu à peu dans les placards ses tirades sur l’ethnocentrisme pour s’entourer de membres de sa famille et de ressortissants de sa région. Après avoir confié dix ministères, le CNC, le Conseil économique et social et la Société des télécommunications de Guinée (Sotelgui, véritable pompe à fric) à des ressortissants de la Forêt (qui représentent à peine 9 % de la population guinéenne), il a choisi comme attaché de cabinet et chargé de mission son neveu, Siba Théodore Kourouma, et comme homme de main Papa Koly Kourouma, un autre membre de sa famille, qui joue le rôle d’intermédiaire financier. Celui qui, il y a peu, criait sa détestation de l’argent a dépensé 800 milliards de francs guinéens (110 millions d’euros) en neuf mois. La moitié de cette somme a été décaissée par la Banque centrale sous le justificatif « dépenses de souveraineté ».
Marabouts et féticheurs
Il est vrai que Dadis mène grand train. Les centaines de bœufs que son ami et ministre d’État Boubacar Barry fait égorger à longueur de journée en guise de sacrifice coûtent une fortune. Tout comme le traitement des marabouts et féticheurs recrutés aux quatre coins de l’Afrique de l’Ouest. Il supporte également à grands frais une demi-douzaine de partis (PNR, FDD, RDR…) créés pour soutenir sa candidature. Quiconque fonde un mouvement ou organise une manifestation de soutien est invité au camp, d’où il ressort les poches lestées. Moussa Dadis Camara multiplie bains de foule et meetings au stade du 28-Septembre. Il s’entoure de courtisans dont le démagogue Idrissa Chérif, leader du tout nouveau Rassemblement pour la défense de la République (RDR) et théoricien du… « dadisme ».
Le culte de la personnalité et l’ivresse du pouvoir se sont emparés du soldat Dadis. Il avait promis la rupture avec les dérives du passé. C’est l’équilibre de la Guinée qu’il risque de rompre.
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Monday, September 28, 2009
Des dizaines de morts en Guinée lors d'une manifestation contre la junte
Les manifestants entendaient dénoncer une éventuelle candidature du chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, à l'élection présidentielle de janvier en Guinée. Des jeunes avaient commencé à se rassembler, avec des pancartes où on pouvait lire "non à Dadis" et "à bas l'armée au pouvoir". Ils s'étaient rassemblés devant le plus grand stade de la ville. La junte avait interdit, dimanche, ce rassemblement pour ne pas troubler l'ordre public avant la fête de l'indépendance le 2 octobre, mais les "forces vives" (partis politiques, syndicats et société civile) avaient maintenu le mot d'ordre.
Selon un médecin du centre hospitalier universitaire de Donka, des dizaines de corps seraient arrivés à la morgue de l'hôpital. Au moins une dizaine portaient des traces de balles. D'autres journalistes ont affirmé avoir vu au moins 27 cadavres. Une trentaine de personnes ont été arrêtées et emmenées dans des fourgons vers une destination inconnue.
PRESSIONS INTERNATIONALES
En fin de matinée, des échauffourées ont par ailleurs éclaté entre les forces de l'ordre et des manifestants, au niveau de l'université de Conakry. Dans le quartier populaire de Belle-vue, toujours à Conakry, des manifestants ont incendié un commissariat ainsi qu'une voiture de police, selon des témoignages d'habitants.
Ces violences interviennent au moment où la communauté internationale fait pression sur le chef des putschistes, au pouvoir depuis le coup d'Etat du 23 décembre 2008, pour qu'il respecte ses engagements de ne pas se présenter au scrutin et laisser ainsi le pouvoir aux civils.
Samedi, le chef de la junte s'était rendu à l'intérieur du pays pour la première fois depuis le coup d'Etat l'ayant porté au pouvoir. Il avait défié ses "détracteurs" en se rendant par la route à Labé, deuxième ville du pays et fief de l'opposition, déclarée "ville morte" par les partis politiques et les syndicats. Cette visite intervenait dans un climat tendu, quelque 20 000 personnes ayant manifesté jeudi à Labé contre sa venue et son éventuelle candidature à l'élection présidentielle.
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Friday, September 25, 2009
GUINÉE:Voici les révélations qui troublent le sommeil de la junte !
Jeune Afrique : Voici les révélations qui troublent le sommeil de la junte !
Le capitaine Dadis a récemment formulé des accusations graves contre Cheikh Yerim Seck et Jeune Afrique. Juste au moment ou JA sortait une enquête qui accable Dadis. Pour de nombreux citoyens guinéens, le chef de la junte aurait eu vent de l’article très tôt. Et pour semer le doute, il s’en est attaqué à JA. Lisez et faites votre analyse !
Après avoir revêtu les habits du sauveur du pays, à la mort de Lansana Conté, le chef de l’Etat glisse vers un régime autocratique et ubuesque : dérapages incontrôlés, improvisation permanente, autoritarisme… De quoi inquiéter, alors qu’il ne cache plus sa volonté d’être candidat à l’élection présidentielle de janvier 2008.
Alors que partout l’heure est à l’éloge de la « bonne gouvernance », Moussa Dadis Camara a inventé la « non gouvernance ». Le leader du Conseil National pour la Démocratie et Développement (CNDD), la junte qui s’est emparée du pouvoir en Guinée le 23 décembre, au lendemain de la mort de Lansana Conté, est sans nul doute l’unique chef de l’Etat au monde à ne pas avoir de cabinet en ordre de marche ni de secrétariat.
Pas de fiche d’audience non plus pour les nombreux visiteurs attendant des heures pour un hypothétique entretien. Pis le capitaine putschiste n’a participé qu’une seule fois à un conseil des ministres, qu’il a quitté avant la fin de la séance. Après avoir erré pendant des mois à travers les allées du camp Alpha Yaya Diallo, les membre du cabinet ont échoué dans une annexe du palais Sékhotouréya, en centre ville, à plusieurs kilomètres de l’enclave militaire où le patron s’est installé. La plupart d’entre eux ne le voient jamais.
Et ils ne sont pas les seuls. Le premier ministre, Kabiné Komara, et ses collègues du gouvernement peuvent faire le pied de grue des jours entiers sans être reçu. Les horaires de « Dadis » y sont pour quelque chose. Persistance d’une habitude prise lors des premières heures du coup d’Etat, quand il fallait rester éveillé pour déjouer toute tentative de contre putsch, le chef de la junte ouvre seulement à la nuit tombée les portes des deux petites pièces qui lui servent de bureau et de salle d’attente. Sa journée de travail débute au crépuscule.
Désordre au Camp Alpha Yaya DIALLO
Il n’a de têt à tête avec personne. Tout visiteur qui s’introduit dans son bureau y trouve un groupe de militaires ou de civils- parfois des anonymes sans fonction officielle- venu faire causette. Un joyeux désordre règne au camp Alpha Yaya Diallo. De sorte que les notions de secret et de discrétion ont totalement disparu du fonctionnement de l’Etat guinéen. Les moindres faits et gestes de « Dadis » alimentent en permanence la gazette et se retrouvent au cœur des conversations dans les salons de Conakry.
Le chef de la junte a choisi l’outing comme méthode de gouvernement. Toutes les questions, y compris les plus sensibles, sont réglées dans sa salle d’attente, sous l’œil des caméras de la radiotélévision guinéenne (RTG). Il en résulte un feuilleton que les Guinéens ont baptisé, non sans humour et dérision, le « Dadis Show » - une sorte de quart d’heure de rire qui fait un carton dans les capitales de l’Afrique de l’Ouest où le journal de la RTG est suivi sur le câble. Les extraits diffusés sur Internet battent les records de fréquentation (30 000 visiteurs (YOUTUBE).
Exercice de catharsis ponctué de colères, de coup de sang et de tirades moralisatrices, le « Dadis Show » permet à son acteur principal de défouler sur les trafiquants de drogue présumés, les fonctionnaires suspectés de détournement , les diplomates ou hommes d’affaires établis dans son pays, mais également sur ses propres collaborateurs. Les révocations et les mises à la retraite anticipée sont prononcées devant les caméras. Mieux que la téléréalité.
Prémier Ministre humilié
Si les faits n’étaient pas aussi graves et nocifs pour l’image de la Guinée , quelques morceaux choisis de ce feuilleton seraient à se tordre le rire. « Je ne suis votre égal », lace-t-il à Karl Prinz, ambassadeur de l’Allemagne en Guinée, qui l’interpelle sur son éventuelle candidature à la présidentielle. « Si tu me parles comme ça, je te renvoie dans ton pays », sert-il comme amabilité à Anatoly Panychenko, homme d’affaires ukrainien, ex-patron de la société minière Rassal Guinée.
Mais celui qui détient le record absolu des humiliations subies est sans nul doute son premier ministre, 59 ans, débauché de la banque africaine d’import-export (Afreximbank), basée au caire.
Le 9 septembre, alors qu’il anime une conférence de presse dans les locaux de la RTG , à Koloma, Dadis prend à partie à haute et intelligible voix Kabiné Komara, qui tente de lui chuchoter quelque chose à l’oreille : « Pourquoi tu me déranges ? » Le pauvre Komara avait déjà subi un revers analogue quelques jours plus tôt. Las de végéter dans la salle d’attente du chef de l’Etat, il le rejoint dans le bureau du ministre de la Défense, Sékouba Konaté. Comme piqué au vif, Dadis s’emporte : « Pourquoi tu me suis ? Qui t’a dit d’enter dans ce bureau ? Pourquoi tu es impatient ? »
Ambiance. Une autre scène croustillante enregistrée circule sur lestéléphones portables. Hors de lui, Dadis lance au téléphone à un conseiller de Komara : « Il est culotté de recevoir un directeur de zone aurifère sans nous tenir informés !... Ce n’est pas lui qui a pris le pouvoir ! Le Premier ministre, là, il gonflé, hein !... il n’a pas à faire à con. »
Mas la scène publique la plus grotesque est celle qui s’est déroulée le 8 juin 2009 dans une salle de conférences archicomble du Palais du peuple, siège de l’Assemblée nationale.
Alors que le chef de la junte rencontre les fonctionnaires des administrations financières, il stoppe net le directeur des douanes, Mamady Touré, juste au moment où ce denier réclame un statut particulier pour les douaniers. Et lui assène : « Monsieur Touré vous êtes un démagogue. Vous pensez que ce sont les douaniers seulement qui n’ont pas de statut ? C’est moi qui vous ai nommé, et je vous suspends à partir de cet instant. »
Touré est parti comme il est venu. Il avait été catapulté à ce poste trois mois plus tôt, pour avoir été le premier à s’exécuter à la suite d’une supplique de Dadis lancée dans la cour de la direction nationale des douanes : « Que celui qui s’estime capable d’être directeur lève la main ! » Mamady Touré aura eu, malgré tout, une plus longue longévité que Lamine Sidimé. Nommé le 9 juin, en plein réunion publique au palais du peule, « président de la Commission d’orientation économique et politique », l’ex-président de la Cour suprême et ancien Premier tour ministre a été dégommé le surlendemain, après les nombreuses réactions dénonçant le retour aux affaires de ce symbole vivant des dérives du régimes Conté.
Ces dérapages répétés ont fait de leur auteur, aux mimiques inimitables, un nouveau « guignol de la Toile » au français très approximatif. Les comportements de Dadis font certes sourire mais, surtout, ils intriguent et inquiètent. Ce capitaine petit et mince, agité et colérique, dépourvu de retenue et allergique au protocole, a les épaules trop étroites pour le costume de chef de l’Etat.
Ayant beaucoup de mal à se tenir en public, il peut, au beau milieu d’une rencontre officielle, griller une cigarette, se lever pour serrer la main à une personne dans l’assistance, applaudir à tout rompre, rire à tue-tête, interrompre le maître de cérémonie pur discuter ou pour distribuer la parole… Né dans une famille modeste à N’Zérékoré, une contrée rurale reculée de la Guinée forestière qu’il n’a quitté qu’après son bac pour rejoindre Conakry, le soldat Dadis, qui n’a pas intégré les manières de la bonne société ni les codes du pouvoir, avoue lui-même n’avoir « pas connu l’opulence ». Mais, à 45 ans, ce militaire de carrière affiche un goût certain pour les montres et les lunettes de luxe.
Décisions à l'emporte pièce
Dépourvu de tout contrôle sur ses faits et gestes, il tient le plus naturellement du monde des propos indignes de son rang actuel. « Je peux avoir une copine parce que je suis un homme, mais je ne détourne pas la femme d’autrui », lance-t-il, le 9 septembre, à des journalistes médusées.
« Les hommes de la troupe peuvent en témoigner. Demandez-leur si je mens. Depuis la prise du pouvoir, je ne mets pas les pieds quelque part sans qu’ils ne le sachent », ajoute celui à qui la rumeur prête de nombreuses conquêtes féminines et un goût prononcé pour la bière et les alcools forts. Avant d’ajouter : « Je considère les veuves du général Lansana Conté comme des mères. Elles ne viennent pas au camp. » Allusion à peine voilée à une autre rumeur sur une liaison entre un ex-Premier ministre de Conté et l’une des épouses de ce dernier.
Improvisations, légèretés, décisions à l’emporte-pièce, nominations intempestives et coups de gueule, la méthode Dadis intègre également une bonne dose d’inconséquence. De quoi tuer le mythe du « capitaine sauveur de nation » perceptible après son accession au pouvoir. Après l’avoir adulé, bon nombre de Guinéens le rejettent aujourd’hui et multiplient les actions de résistance face à ce qui s’apparente à une dictature rampante.
Les jeunes de banlieues, qui ont troublé les dernières années du règne de Conté, se signalent par des manifestations de plus en plus fréquentes. En première ligne également les, le Forum des « forces vives » de Guinée, bien décidé à empêcher sa candidature à l’élection présidentielle de janvier 2010. Dadis amuse, Dadis inquiète, mais la résistance s’organise. Son visage se tord, ses lèvres se tendent, ses yeux se plissent et sa voix s’aiguise, mais les colères de Dadis ne font plus peur.
Les magistrats sont les premiers à l’avoir bravé. Fin mai, ils déclanchent une grève pour réclamer la suppression du poste de secrétaire d’Etat chargé des conflits, dont le titulaire, le lieutenant Issa Camara, se saisissait de litige devant les tribunaux pour les trancher.
Furieux, le chef de la junte les convoque et menace : « Au moment ou nous nous battons pour que les Conakry kas aient accès à l’eau et à l’électricité, vous décidez de vous mettre en grève comme si vous étiez supérieurs aux enseignants et aux médecins ! Tous les magistrats qui ne sont pas présents à cette rencontre sont radiés de la fonction publique. {…} Monsieur le ministre de la justice, prenez les noms de tous ceux qui sont absents ! Vous voulez paralyser l’administration? Je vais vous paralyser moi aussi. Et si vous n’arrêtez pas, je vais vous mater. »
Devant des juges impassibles, auxquels se joignent les avocats et les greffiers, le chef de la junte fait machine arrière. Le 5 juin, il annonce qu’il renonce à la mesure de radiation et le lendemain, supprime, par décret, le secrétariat d’Etat chargé des conflits. Non sans nommer Issa Camara « gouverneur de Mamou, chargé de la lutte contre les coupeurs de route et les voleurs de bétail sur toute l’étendue du territoire » ! « Un soldat de bureau »
S’il clame haut et fort qu’il n’a peur de rien ni de personne, Dadis ne convainc guère. Son propos n’impressionne pas dans les rangs lorsqu’il assène au général Mamadouba « toto » Camara, numéro deux du CNDD et ministre de la sécurité : « Mon général, je vous interdis de me mettre en garde. Je n’ai pas peur des narcotrafiquants. Je n’ai pas peur de la mort. Le rouge couleur de mon béret, est le symbole du sang. » L’ancien responsable des hydrocarbures de l’armée, recalé à l’Académie royale militaire de Meknès, n’a jamais connu la guerre et n’a jamais appartenu à une unité opérationnelle.
A la différence par exemple de son ministre de la défense. Sékouba Konaté, surnommé « le Tigre » pour sa férocité au combat (Sierre Leone, Libéra…) et qui arbore fièrement des blessures de guerre. Dadis est au contraire dépeint par ses frères d’armes comme un « soldat de bureau ».
Il en prend ombrage et ne fait aucun mystère de son aversion, voir de sa jalousie, pour ceux qui ont gravi les échelons en faisant le coup de feu. «Chez l’officier, le grade compte moins que l’efficacité », confie t-il à Jeune Afrique au lendemain de sa prise de pouvoir.
Quelques jours plus tard, le 28 décembre, il inaugure une vague d’arrestations – toujours en cours- d’officiers. L’ex- chef d’état major, le général Diarra Camara et vingt et un officiers généraux sont mis à la retraite d’office. Seize d’entre eux sont placés en détention au camp Alpha Yaya Diallo. Parmi eux trois généraux : outre Diarra Camara, le vice- amiral N’Fali Daffé, l’ex- chef d’état-major de la marine, et son adjoint, le contre amiral Fassiriman Traoré. Deux colonels dont Vivas Sylla, proche de Lansana Conté, et trois commandants, dont Issiaga Camara, neveu du président défunt et ex-membre de la garde présidentielle, sont également mis aux arrêts.
Dans la nuit du 22 au 23 Avril dernier, à la suite de l’annulation à la dernière minute de son voyage en Libye , Dadis ordonne l’arrestation du charismatique Saa Alphonse Touré , commandant adjoint du régiment commando , d’Abdoulaye Keita , instructeur au bataillon aéroporté, et d’autres soldats moins gradés. Sur le point de succomber aux tortures qu’il a subies, Saa Alphonse Touré transféré fin août à l’hôpital Donka avant d’être enlevé, sous les yeux de sa femme, par un commando qui l’a conduit vers une destination inconnue.
Depuis, plus de nouvelles. Ainsi fonctionne le régime de Moussa Dadis Camara : les nombreux civils et militaires arrêtés sont gardés au secret, coupés de tout contact avec leurs proches et privés de l’assistance d’un avocat.
Peu avant regardant sur les droits de l’homme, le nouvel homme fort de Guinée a remis au goût du jour l’incarcération par décret. Le 14 Avril dernier, Amadou Mouctar Baldé, vice-président du comité d’audit, a été limogé par un acte signé du chef du chef de l’Etat qui ordonnait en outre son emprisonnement pour détournement de deniers publics.
Le régime se durcit. Et plus encore depuis que Dadis a levé un coin du voile sur son intention de briguer la magistrature suprême en janvier 2010. Des SMS hostiles à sa candidature commencent à circuler sur les téléphones portables ?
Les quatre opérateurs de téléphonie mobile opérant dans le pays sont illico presto sommés de bloquer leur système de messagerie. Les radios privées diffusent des émissions interactives dans les quelles les guinéens expriment leur désapprobation? Une décision du conseil national de la communication (CNC) tombe pour interdire, « d’évoquer, jusqu’à nouvel ordre, des sujets politiques dans tout type d’émission interactive, et ce dans toutes les langues ». Les leaders de l’opposition, réunis au sein du Forum des forces vives, rappellent à Dadis son engagement à mener la transition et à transmettre le pouvoir à l’issue d’une élection à laquelle il n’est pas partie prenante? Le chef de la junte ressuscite le comité d’audit créé aux premières heures du coup d’Etat.
Dans son viseur, les candidats potentiels à la présidence qui furent des Premiers ministres de Conté: Sidya Touré, François Lonseny Fall, Cellou Dalein Diallo et Lansana Kouyaté. Celui qui déclarait urbi et orbi ne pas être assoiffé de pouvoir s’accroche aujourd’hui mordicus au fauteuil présidentiel.
Clanisme, Ethnisme…
Il se barricade et range peu à peu dans les placards, ses tirades sur l’ethnocentrisme pour s’entourer de membres de sa famille et de ressortissants de sa région.
Après avoir confié dix ministères, le CNC, le conseil économique et social et la société des télécommunications de Guinée (Sotelgui, véritable pompe à fric) à des ressortissants de la forêt (qui représentent à peine 9 pour cent de la population guinéenne), il a choisi comme attaché de cabinet et chargé de mission son neveu Siba Théodore Kourouma, et comme homme de main Papa Koly Kourouma, un autre membre de sa famille, qui joue le rôle d’intermédiaire financier.
Celui qui, il y a peu, criait sa détestation de l’argent a dépensé 800 millions de francs (110 millions d’euros) en neuf mois. La moitié de cette somme a été décaissée par la Banque centrale sous le justificatif « dépenses de souveraineté ».
Marabouts et féticheurs
Il est vrai que Dadis mène grand train. Les centaines de bœufs que son ami et ministre d’Etat Boubacar Barry fait égorger à longueur de journée en guise de sacrifice coûtent une fortune. Tout comme le traitement des marabouts et féticheurs recrutés aux quatre coins de l’Afrique de l’Ouest. Il supporte également à grands frais une demi douzaine de parti (PNR, FDD, RDR…) crées pour soutenir sa candidature.
Quiconque fonde un mouvement ou organise une manifestation de soutien est invité au camp, d’où il ressort les poches lestées. Moussa Dadis Camara multiplie bain de foule et meeting au stade du 28 Septembre. Il s’entoure de courtisans dont le démagogue Idrissa Chérif, leader du tout nouveau Rassemblement pour la défense de la République (RDR) et théoricien du … « daidisme ».
Le culte de la personnalité et de l’ivresse du pouvoir se sont emparés du soldat Dadis. Il avait promis la rupture avec les dérives du passé. C’est l’équilibre de la Guinée qu’il risque de rompre.
Une enquête de CHEIKH YERIM SECK de JEUNE AFRIQUE.
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