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Wednesday, October 20, 2010

L'Afrique sous équipée en électricité



Février 2010. Les commerçants du marché d'Adjamé à Abidjan pâtissent des délestages opérés par la Compagnie ivoirienne d'électricité.
Février 2010. Les commerçants du marché d'Adjamé à Abidjan pâtissent des délestages opérés par la Compagnie ivoirienne d'électricité.
AFP / I. Sanogo
Par David Baché
En Afrique, l'accès à l'électricité est un problème majeur qui freine considérablement son développement. Elle est le continent le moins électrifié du monde : l'Afrique représente 15% de la population mondiale, pour seulement 3% de la consommation électrique.
Le Mozambique s'est vu attribuer hier 35 millions de dollars par la Corée du Sud, un prêt destiné à la construction de trois centrales solaires. Ces infrastructures permettront au pays de renforcer ses capacités électriques, alors que seulement 2% des zones rurales et 22% des zones urbaines du pays sont électrifiées.
Car pour poursuivre son développement, l'Afrique doit résoudre un problème majeur : l'accès à l'électricité. Avec 15% de la population mondiale, l'Afrique ne représente que 3% de la consommation électrique de la planète. Un chiffre très frappant, mais à nuancer selon les régions : l'Afrique du Nord est électrifiée à plus de 90%, et l'Afrique du Sud, à elle seule, représente près de la moitié de l'électricité produite sur le continent. C'est donc bien sûr l'Afrique sub-saharienne, hors Afrique du Sud, qui est la plus en retard : 48 pays, 10% de la population mondiale, et des installations électriques équivalentes à celle de la Pologne.
La « Société de la nuit éternelle »
Premier problème, en conséquence : celui des coupures électriques intempestives. Le Sénégal en a fait les frais ces dernières semaines, mais de nombreux pays d'Afrique en sont sujets. Les Guinéens avaient même rebaptisé leur société nationale d'électricité, la SNE à l'époque, Société de la nuit éternelle... Si toutes ces coupures sont gênantes, elles sont surtout significatives de l'état de délabrement des sociétés nationales d'électricité africaines. « Ces sociétés manquent de gouvernance, affirme Marc Raffinot, économiste et spécialiste de l'électricité en Afrique. Je parle de corruption ! Non seulement dans les sociétés d'électricité, mais aussi dans les ministères de l'Energie. C'est pour cela que personne n'a jamais voulu essayer d'améliorer la gestion de ces entreprises. » Verdict de Marc Raffinot : il faut « une meilleure gouvernance, pour le dire pudiquement, et un meilleur cadre institutionnel pour renforcer le secteur ».
Une meilleur cadre institutionnel et juridique, une meilleure planification des politiques publiques en la matière, afin de susciter l'intérêt des investisseurs potentiels... mais pas seulement. C'est que les investisseurs en question, par définition, veulent surtout de la rentabilité. Or, les pays Africains représentent pour la plupart des marchés limités, soit parce que les pays sont petits, soit parce que leur population est réduite.
Christine Heuraux est chargée de l'accès à l'énergie chez EDF, et l'auteur du livre L’Electricité au cœur des défis africains. « L'intérêt pour un continent comme l'Afrique, qui a de nombreuses ressources énergétiques, analyse-t-elle, c'est de mutualiser pour attirer l'investisseur. Par exemple pour faire un barrage : comme toute l'électricité produite ne pourra pas être consommée localement, faute de marché, l'intérêt c'est de pouvoir l'exporter vers d'autres pays voisins. »
Mettre en commun, régionalement, la production et la distribution de l'électricité, c'est justement le but des huit pays de l'Union économique et monétaire d'Afrique de l'Ouest, qui viennent de décider de mettre en place une politique commune d'investissements d'ici 2020.
Electrification rurale inférieure à 5% dans 17 pays
Mais la mutualisation des réseaux et l'arrivée de grands groupes permettraient-elles d'atteindre les populations rurales les plus reculées ? L'électrification des campagnes est en effet plus difficile, puisqu'il s'agit de populations dispersées et éloignées des centres économiques. Les relier au réseau électrique est donc encore plus compliqué, encore plus coûteux, de sorte que le taux d'électrification rural est inférieur à 5% dans 17 pays d'Afrique sub-saharienne. Plusieurs pistes sont cependant envisageables. Le Maroc a mis en œuvre un plan d'électrification rurale fondé sur l'énergie solaire, en dotant les petits villages de panneaux photovoltaïques. L'énergie solaire, cela semble évident, mais aussi l'énergie hydraulique représentent ainsi des opportunités importantes pour nombre de pays africains.
Autre exemple, celui du Botswana. La société nationale d'électricité du pays met actuellement en place un nouveau type de système, une nouvelle forme d'organisation, afin d'atteindre les endroits les plus reculés. « Il s'agit de découper le pays en un certain nombre de zones qui seront attribuées à des franchisés, explique Christine Heuraux. Localement, sur des petits territoires bien délimités, ce sont ces franchisés qui apporteront l'électrification, sous forme de panneaux solaires ou encore de bouteilles de gaz, et en répondant au cas par cas aux besoins des populations locales. »
Les entreprises, qui attendent un retour sur investissement ne sont pas seules à s'occuper d'électrification en Afrique. Mais les organisations non gouvernementales présentes ne peuvent pourtant pas non plus faire l'économie de certains impératifs financiers. « On ne cherche pas la rentabilité, explique Anne-Cécile Mailfert, déléguée générale de l'ONG Blue Energy, qui s'occupe justement d'électrification dans les pays en développement, et particulièrement dans les petits villages très isolés. Par contre, il faut que la maintenance puisse être financée par les populations. Et pour cela, il est nécessaire de construire tout un projet de développement, afin de permettre de générer des revenus grâce à l'électricité et donc de payer la maintenance. Il faut notamment travailler avec d'autres organisations, former les acteurs locaux et nationaux... Tout cela a un coût très important, mais c'est indispensable pour la pérennité du projet.»
Qu'il s'agisse de projets décentralisés pour l'électrification rurale ou de projets régionaux à plus grande échelle, le problème est donc toujours le même : l'argent. La Banque mondiale estime que pour répondre aux besoins électriques de l'Afrique, il faudrait investir 40 milliards de dollars chaque année pendant 20 ans. On n'en est actuellement qu'à 11 milliards, quatre fois moins.
 


Wikio

Wednesday, September 23, 2009

SENEGAL:Quand le peuple est fatigué


22/09/2009 11:45:58 | Jeune Afrique | Par : Cécile Sow, à Dakar


Excédés, les Sénéngalais descendent dans la rue pour manifester leur colèreExcédés, les Sénéngalais descendent dans la rue pour manifester leur colère© Glez

La colère gronde dans les rues de Dakar et de sa banlieue. Les récurrentes coupures d’électricité ajoutées aux inondations font monter la tension. Le gouvernement est accusé de ne pas être à l’écoute, et l’opposition essaie de récupérer la fronde.

Elle n’en revient toujours pas. Dans la soirée du 31 août dernier, Maïmouna et ses amis papotent sur le trottoir quand soudain une foule survoltée envahit la chaussée. En quelques minutes, son quartier, Niary Tally, se transforme en champ de bataille. Les pierres volent. Les pneus brûlent. Les grenades lacrymogènes explosent. Des dizaines de manifestants, surgis de nulle part, défient les éléments du Groupement mobile d’intervention (GMI) dépêchés immédiatement sur les lieux. Un peu plus tard, le scénario se répète à Benn Tally, à Castor et aux HLM. Alors que les reporters des radios privées ne savent plus où donner de la tête, nombre de Dakarois, dans un ras-le-bol général, accueillent comme une bénédiction ces mouvements d’humeur. « Enfin, le pouvoir va comprendre que nous en avons marre des coupures d’électricité », lance un manifestant. Depuis quelques semaines, les délestages sont devenus quotidiens et peuvent durer jusqu’à douze heures. En cause, l’approvisionnement insuffisant en combustibles de la Société nationale d’électricité (Senelec), confrontée à de sérieux problèmes de trésorerie.

En plein mois de ramadan (le Sénégal compte 95 % de musulmans), beaucoup en ont eu assez de rompre leur jeûne à la lueur d’une bougie et sans eau fraîche. « Sans courant : pas de réfrigérateur ni de ventilateur. Nous passons des nuits blanches à cause de la chaleur écrasante. Nous sommes fatigués », se lamente Pape, un habitant de la Médina, un autre secteur de Dakar, touché quelques jours après Niary Tally par des manifestations. La banlieue n’a pas non plus été épargnée. Pikine, Yeumbeul, Guédiawaye, Thiaroye… ont été le théâtre de protestations qui se sont soldées par des blessés et des dégâts matériels importants. À Pikine, le tribunal départemental a été mis à sac. Et Dakar Dem Dikk, la société chargée du transport public, a décidé d’interrompre ses rotations à partir de 19 heures, par mesure de sécurité.

Aux coupures intempestives d’électricité se sont ajoutées les inondations. La tension est alors montée d’un cran. À cause des très fortes pluies qui se sont abattues fin août et début septembre, plus de 30 000 familles ont dû quitter leurs habitations. Bien qu’à la date du 8 septembre, grâce au déclenchement, onze jours auparavant, du plan Orsec (organisation des secours), 486 maisons et 30 voies de circulation avaient été libérées, une bonne partie de la banlieue dakaroise et plusieurs localités de l’intérieur du pays étaient toujours sous les eaux. Et la grogne des sinistrés persiste, laissant craindre de nouveaux remous.

Les Sénégalais, qui n’ont pas l’habitude de revendiquer dans la rue, sortent de plus en plus souvent manifester leur colère. Fin novembre 2007, lors des émeutes causées par des marchands ambulants sous le coup d’une interdiction de faire du commerce sur la voie publique, une mairie d’arrondissement et une agence de la Senelec ont été saccagées. En décembre 2008, à Kédougou (la plus grande ville du sud-est du Sénégal), des manifestants en quête d’emploi ont bravé les forces de l’ordre et s’en sont pris à des édifices publics. Bilan : deux morts. Ces deux cas, cités parmi les plus graves de l’histoire récente du pays, sont liés à des revendications sociales. Mais, à l’exception des soulèvements de 1988, à la suite de la réélection d’Abdou Diouf à la présidence de la République, jamais le Sénégal n’avait connu de manifestations en série comme celles qui se sont déroulées ces dernières semaines.

Vacances de luxe

Alors que le gouvernement a du mal à faire face à ces montées d’adrénaline, l’opposition et les syndicats surfent sur la vague. Ils ne cessent de tirer à boulets rouges sur l’État, mais ne sont pas forcément dans les bonnes grâces des protestataires. Le leader de la Ligue démocratique (LD), Abdoulaye Bathily, s’en est pris à Abdoulaye Wade, qui était en vacances lors des troubles. Il a qualifié d’« irresponsable » l’attitude du président de la République et de ses ministres qui, « au mépris des souffrances des populations déjà assommées par la cherté de la vie, poursuivent, en dépit du bon sens, leurs séjours dans des hôtels de luxe en Europe, aux frais du contribuable sénégalais ». Le journal Le Quotidien affirme que les congés du chef de l’État ont coûté 725 millions de F CFA (plus de 1 million d’euros). Quant au secrétaire général du Parti socialiste (PS), Ousmane Tanor Dieng, il a conduit une délégation du Benno Siggil Sénégal (BSS, coalition de l’opposition) auprès des sinistrés de la banlieue. Il a saisi cette occasion pour mettre en cause le « sérieux » des autorités dans la gestion des crises. Une critique partagée par les principaux syndicats. Mais qui laisse indifférentes les victimes des coupures d’électricité et des inondations. « Dans notre galère, ni les apparitions de l’opposition ni le message du Premier ministre ne nous intéressent, car ça ne règle rien. Ils se livrent tous à des règlements de comptes politiques », dit un jeune dirigeant d’un mouvement associatif de Guédiawaye, préférant garder l’anonymat. À la Médina, Pape ne cache pas son hostilité vis-à-vis de la classe politique. « Le PS, qui était au pouvoir avant 2000, n’a rien fait pour nous. Le PDS non plus. Les hommes politiques sont tous les mêmes », conclut-il. Alors que les jeunes libéraux, derrière Abdoulaye Wade, accusent l’opposition d’être à l’origine de l’explosion de violence, de Niary Tally à Pikine en passant par Thiaroye, les manifestants disent avoir agi de façon spontanée. « Nous ne sommes ni manipulables ni manipulés », clament-ils.

Après les premières échauffourées, le chef du gouvernement, Souleymane Ndéné Ndiaye, avait déclaré « comprendre » la colère des manifestants. De retour de congés, le président de la République a, pour sa part, suggéré la création d’une entité regroupant des membres du gouvernement, des partis politiques, des syndicats, de la société civile et des mouvements associatifs et religieux pour trouver des solutions aux inondations et aux coupures de courant. Évidemment, la proposition n’a pas fait mouche. « Ce que nous voulons, c’est du concret », explique un banlieusard. Pour lui, même le plan Jaxaay, lancé après les inondations de 2005, n’est pas convaincant. Ce projet, d’un coût de 52 milliards de F CFA (79 millions d’euros), prévoit la construction, d’ici à fin 2010, de 4 000 logements cédés aux sinistrés pour 4 millions de F CFA (6 000 euros), 75 % du coût étant pris en charge par l’État. Bien que 151 familles de Pikine et de Guédiawaye viennent d’emménager dans leurs nouvelles maisons, la gestion du plan Jaxaay suscite bien des interrogations. L’Alliance des forces de progrès (AFP) de Moustapha Niasse « redoute les combines et la surenchère dans l’attribution des maisons promises aux victimes » et dénonce « l’incompétence avérée » des autorités publiques en charge du dossier. Justifiées ou non, ces accusations ­viennent nourrir la crise de confiance qui grandit entre administration et administrés.

Crise de confiance

Le malaise des Sénégalais est de plus en plus perceptible et les manifestations pourraient devenir récurrentes. D’autant qu’aux revendications sociales s’ajoute l’inquiétude suscitée par une criminalité galopante. Si du côté de la police nationale on estime que ce sont les médias qui donnent plus de visibilité aux crimes et délits mais qu’il n’en est rien, du côté des tribunaux le discours est différent. « Depuis fin 2008, les ­audiences au tribunal des flagrants délits de Dakar sont devenues quotidiennes et se pour­suivent parfois jusqu’à 3 heures du matin. Une soixantaine de dossiers sont traités ­chaque jour », ­indique Me Assane Dioma Ndiaye, avocat et président de l’Organisation nationale des droits de l’homme (ONDH). Selon lui, les vols avec violence, les attentats à la pudeur et les agressions sexuelles sont devenus plus nombreux. Et la prison ne fait plus peur. L’ONG Grave (Groupe d’action contre le viol des enfants) rapporte en tout cas que, en 2007, 400 cas de viol sur des mineurs ont été enregistrés. L’appauvrissement des populations et la déstructuration du tissu social y sont pour quelque chose, analysent nombre d’observateurs. Un mal pernicieux s’est bel et bien installé. Le temps est venu de chercher le remède…


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