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E. do REGO

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Le Mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour, dit le sage Haoussa .

Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur.










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Thursday, May 16, 2013

Histoire universelleVous avez dit «civilisations» ?...




À Paris, le ministre de l’Intérieur Claude Guéant a déclaré le 4 février 2012, devant des représentants d’une association étudiante : «Contrairement à ce que dit l'idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas (…). Celles qui défendent l'humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient. Celles qui défendent la liberté, l'égalité et la fraternité, nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique».
Le propos a fait polémique en raison du flou qui entoure le mot «civilisations» (au pluriel). Que recouvre ce mot, que le ministre français a employé sciemment en lieu et place du mot «sociétés» ?
André Larané, avec la contribution d'Isabelle Grégor
Un menuet aux îles Marquises, auteur inconnu, Le Charivari, 1843

Pas de «civilisation» avant le XVIIIe siècle !

Bien que d’apparence commune, le mot «civilisation» n’a que trois siècles d’existence. Il est issu du latin civis, c'est-à-dire citoyen, et de civitas, qui désigne la cité, autrement dit l’ensemble des citoyens. Il apparaît d’abord dans le vocabulaire juridique pour désigner le fait de rendre civile une matière criminelle.
Au siècle des Lumières, il commence à se montrer dans un sens moderne. On le repère en 1758 dans L’Ami des Hommes, un essai politique de Victor Riqueti de Mirabeau, le père du tribun révolutionnaire : «C'est la religion le premier ressort de la civilisation», c'est-à-dire qui rend les hommes plus aptes à vivre ensemble.
On le retrouve en 1770 dans L’Histoire des Deux Indes, un ouvrage majeur du siècle des Lumières, attribué à l’abbé de Raynal et plus probablement à Diderot : «La civilisation d'un empire est un ouvrage long et difficile».
Dans cet ouvrage, le mot «civilisation» est employé comme synonyme de «rendre policé» (de poliscité en grec). Il exprime le processus qui permet aux hommes de s’élever au-dessus de l’état de nature, en corrélation avec le développement des villes. À ce propos, il n’est pas anodin d’observer que les adjectifs apparentés «civilisé»,«policé» et «urbain» (au sens d’urbanité) viennent de mots latins ou grecs qui désignent tous la ville ou la cité : civitaspolisurbs.
En 1795, à la fin de la Révolution, le mot civilisation a les honneurs du dictionnaire de l'Académie française avec la définition suivante : «Action de civiliser, ou état de ce qui est civilisé».
L'édition de 1872 est plus précise : «État de ce qui est civilisé, c'est-à-dire ensemble des opinions et des mœurs qui résulte de l'action réciproque des arts industriels, de la religion, des beaux-arts et des sciences». Elle ne porte pas de jugement de valeur ni n’établit de comparaison entre différentes formes de civilisations.

Le barbare n'est pas celui qu'on croit...

Les jugements de valeur ont longtemps été étrangers à la pensée occidentale. Quand les anciens Grecs inventent le mot barbare, il s’agit simplement d'une onomatopée par laquelle ils désignent les gens qui ne parlent pas leur langue.
Le sens du mot évolue à la fin de l’Antiquité quand, choqués par la violence des invasions germaniques, les Romains commencent à opposer sauvagerie et civilisation(humanitas). Le mot barbare prend alors une consonance péjorative en désignant l'ensemble des peuples hostiles qui vivent aux confins de l'empire.
Mais les Romains et leurs héritiers, chrétiens à l’ouest, majoritairement musulmans à l’est, demeurent étrangers aux jugements de valeur et plus encore aux catégories raciales. Au Moyen Âge, pour les disciples du Christ comme pour ceux de Mahomet, tous les hommes ont vocation à rejoindre leur foi.
À ce propos, retenons l’observation ironique de l'historien britannique Arnold Toynbee, publiée en 1972 : «Au lieu de diviser l’humanité comme nous le faisons, en hommes de race blanche et en hommes de couleur, nos ancêtres les divisaient en chrétiens et en païens. Nous ne pouvons manquer d’avouer que leur dichotomie valait mieux que la nôtre tant sur le plan de l’esprit que de la morale» (L’Histoire, Elsevier, 1972, traduction : 1978).
Curieux de tout, les Européens du Moyen Âge, une fois qu’ils ont fait le tour de leur monde imaginaire (bestiaire, gargouilles…), s’échappent de l’étroite «fin de terre» dans laquelle ils sont piégés. Ils empruntent la seule voie qui leur est ouverte, la voie océanique, et ainsi découvrent «monter en un ciel ignoré/Du fond de l’Océan des étoiles nouvelles» (José Maria de Heredia).
La rencontre avec les peuples du Nouveau Monde est brutale, d’autant plus meurtrière que s’immisce le fléau des épidémies. Elle révèle aussi aux Européens l’infinie diversité de la condition humaine : «Mais quoi, ils ne portent point de hauts-de-chausses !»Cette réflexion amusée conclut le passage des Essais rédigé par Montaigne après sa rencontre avec trois Indiens du Brésil, à Rouen, en 1562.
Montaigne ne s’en tient pas là. Décrivant les mœurs cruelles des «cannibales», il ajoute : «Je trouve, pour revenir à mon propos, qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté : sinon que chacun appelle barbarie, ce qui n’est pas de son usage». Et précise : «Je pense qu’il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort, à déchirer par tourments et par géhennes, un corps encore plein de sentiment, à le faire rôtir par le menu».
La critique vise ses contemporains qui se déchirent dans les guerres de religion. Montaigne les amène à réfléchir sur leur conduite par une mise en parallèle avec une autre conduite, le cannibalisme, que son éloignement permet d’observer avec détachement. Cette démarche sera reprise un siècle plus tard par Montesquieu dans les Lettres persanes. Ses deux héros, Usbek et Rica, par leur questionnement sur la société française, amènent les lecteurs à remettre en question leurs certitudes.
Pour ces penseurs éclairés, il s’agit non pas de condamner ou réprouver mais simplement de faire progresser des pratiques figées dans l’habitude et la routine.
En prévenant les Occidentaux contre le péché d’arrogance et le sentiment qu’ils n’ont rien à apprendre de quiconque, l’ouverture aux sociétés étrangères devient un moteur de l’innovation. Elle s’avère efficace si l’on en juge par la liste des emprunts étrangers dans les sociétés de la Renaissance et du siècle des Lumières, depuis le tabac, originaire du Brésil, jusqu’au recrutement des hauts fonctionnaires par concours, selon la pratique chinoise du mandarinat.

L'Autre sous le projecteur des Lumières

Les Lumières ont su aussi observer les autres peuples, tantôt avec dégoût ou admiration, toujours avec étonnement. C'est le temps des grands voyages d'exploration à but non plus uniquement militaire ou commercial mais également scientifique. Les circumnavigateurs (Bougainville, Cook, Lapérouse...) s'empressent de coucher dans leurs carnets de route leurs observations sur les peuples rencontrés, bien conscients qu’elles allaient être épluchées par les grands esprits de l'époque.
Le XVIIIe siècle est en effet celui de l'étude de l'Homme, à la fois dans sa singularité et dans sa diversité.
Les voyageurs croient trouver au-delà des mers l'«état de nature» décrit parRousseau de façon purement théorique : les Tahitiens ne sont-ils pas de «bons sauvages» vivant dans un pays paradisiaque et ignorant la propriété, la violence, le besoin ? Malgré les mises au point de Bougainville puis de Diderot, le mythe prend de l'ampleur, faisant des Polynésiens les représentants d'une humanité primitive idéale.
Cette empathie pour l’Autre se prolonge jusqu’à la moitié du XIXe siècle. Ainsi en attestent les peintures de la société algérienne par Fromentin et Delacroix et les écrits de voyageurs en Orient, de Chateaubriand à Nerval. On la retrouve aussi dans la lutte pour l’abolition de l’esclavage.
Cette ignominie est venue du contact entre Méditerranéens de tous bords sur les marchés du Maghreb et de l’Orient au XVe siècle. Quand ils ont voulu exploiter les terres du Nouveau Monde, Espagnols et Portugais y ont tout naturellement transporté le système des grandes plantations sucrières esclavagistes qu’ils avaient découvert en Orient. Les Anglais ont pris le relais et, pour se protéger du risque de se dissoudre dans le métissage face à un flux grandissant d’Africains, ont érigé au XVIIe siècle la barrière du racisme.
Mais en Europe même, l’esclavage a été condamné par le pape dès le XVe siècle et le racisme n’a jamais eu de prise sur la société jusque dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Le mouvement en faveur de son abolition débute bien avant la Révolution. L’abbé de Raynal, dans l’Histoire des Deux Indes déjà citée, en appelle à un nouveau Spartacus. Dès son avènement, le jeune roi Louis XVI demande à Turgot d’abolir cette institution mais il doit reculer devant les menaces des planteurs. À l’ouverture des états généraux, en 1789, il récidive et par la voix de son ministre Necker, émet le vœu qu’il y soit mis fin.
L’on commence aussi au XVIIIe siècle à cultiver le désir de policer les sociétés «sauvages» et les amener à la civilisation. L’Europe se passionne pour l'expérience menée par les Jésuites au Paraguay, au cœur du continent sud-américain, où ils ont rassemblé les Indiens dans des communautés paisibles et ordonnées : «Rien ne fait plus honneur à la religion que d'avoir civilisé ces nations», dit le naturaliste Buffon, admiratif devant les résultats des missions religieuses.
Peuples océaniens, in Meyer Konversation Lexikon, 1897

Quand la science s'en mêle

Le siècle des Lumières est aussi le siècle de la raison et de la science. Dans L’Esprit des Lois (1748), Montesquieu emprunte au grec Hippocrate la «théorie des climats»pour expliquer de façon «rationnelle» les différences entre les sociétés humaines :«Les peuples des pays chauds sont timides comme les vieillards le sont ; ceux des pays froids sont courageux comme le sont les jeunes gens (…)». On entre ici dans le jugement de valeur.
Dans son Histoire naturelle, qu’il écrit à partir de 1749, Buffon traite du règne animal. Comme le botaniste suédois Linné, il se pique de mettre en fiches la Nature. Travail utile. Mais il n'oublie pas l'homme et effectue une étude approfondie des «Variétés dans l'espèce humaine». L'homme, qui se distingue de l'animal par sa capacité à réfléchir, lui est aussi supérieur par son désir de créer des sociétés et de les développer. Mais si l'homme est unique, ajoute Buffon, il varie en fonction de la couleur, de la taille et des mœurs. Certains représentants «paraissent avoir dégénéré de l'espèce humaine», notamment à cause des conditions climatiques, de la nourriture et des coutumes. Pour s'améliorer, l'homme doit donc être capable de se détacher de son milieu naturel.
C'est pourquoi, pour Buffon, on trouve au sommet les peuples d'Europe «policés», sociables, capables de développement, puis au bas de l'échelle les groupes américains «grossiers»«brutes», vivant nus en pleine nature, y compris sous les climats rigoureux (Fuégiens). Pour asseoir sa réflexion, le savant se base sur une différence des cultures et non des corps : le degré de perfection des sociétés se mesure à l’éloignement par rapport à «l'état de nature» en prenant toujours comme repère idéal la société européenne.
L’aboutissement de ces travaux de classification, c’est d'abord en 1854 la publication par le comte de Gobineau de l'Essai sur l'inégalité des races humaines (tout est dit dans le titre) puis, en 1859, la publication de L’Origine des Espèces. Cette théorie de la sélection naturelle, exposée avec brio par Charles Darwin, est pleinement acceptée par l'opinion publique qui y voit le fondement de ses conceptions politiques et sociales, alors que triomphent le libéralisme et la foi dans le progrès, sur fond d'agnosticisme.
Die Zivilisierung Europas, Caricature d'un tirailleur sénégalais tirée du journal  Kladderadatsch, n° 30, paru le 23 juillet 1916L’Europe est alors au sommet de sa puissance et ses élites ne doutent plus de la supériorité de «leur»civilisation. Le mot lui-même se décline désormais au pluriel et l’on regarde avec condescendance ou mépris les autres grandes civilisations universelles qui, au même moment, sont au plus mal, qu’il s’agisse des Indes, de la Chine ou des empires musulmans, pour ne rien dire de l’Afrique. Leurs différences et leur retard paraissent trop grands pour qu’elles puissent un jour rattraper l’Occident.
Revenus de leurs illusions après le cataclysme de la Grande Guerre, les Européens prêtent davantage d’attention aux travaux des pionniers en ethnologie et anthropologie qui mettent en évidence la richesse symbolique des sociétés dites primitives. Les préhistoriens montrent que le génie inventif de Cro-Magnon supporte la comparaison avec celui de l’Occidental.
La psychanalyse donne à penser, suprême humiliation, que les performances de nos sociétés seraient le fruit de nos frustrations. C’est en tout cas ce qu’affirme Sigmund Freund en 1929 dans Malaise dans la civilisation (en allemand : Das Unbehagen in der Kultur).
Un Européen de la Compagnie des Indes, Londres, Victoria and Albert Museum
Après la Seconde Guerre mondiale et ses horreurs, l’ethnologue Claude Lévi-Strauss en rajoute en réduisant les différences entre les sociétés humaines à des variations de structures élémentaires (préférences matrimoniales…).
Plus fort que tout, bien sûr, le formidable rattrapage de l’Occident par le Japon, la Chine, l’Inde et quelques pays musulmans renvoie aux oubliettes l’arrogance passée de la bourgeoisie européenne. Il remet en selle la vision d’un monde multipolaire, fragmenté entre plusieurs aires de civilisation. Fragmenté ou soudé ?

Une civilisation mondialisée ?

Héritier de l’historiographie européenne du XIXe siècle, Arnold Toynbee (1889-1975) est l'auteur d’une magistrale Étude de l’Histoire en 12 volumes. Il a consacré sa vie à disséquer les civilisations. Comment se définissent-elles ? Comment grandissent-elles et meurent-elles ?
Villégiature d'hiver en Afrique centrale, L'Illustration, 1905L’historien en a recensé une trentaine au cours des cinq millénaires qui se sont écoulés depuis l’apparition des premières cités-États, dont plusieurs qui ont avorté. Par exemple la civilisation nestorienne, issu d’un rameau oriental du christianisme : elle était sur le point de séduire l’Asie centrale quand elle a été détruite par l’irruption de l’islam.
Parmi les civilisations les plus durables, il y a la civilisation chinoise et ses satellites : les civilisations vietnamienne, coréenne et japonaise ; la civilisation occidentale et la civilisation orthodoxe, la civilisation russe, cousine de la précédente ; la civilisation pharaonique et la civilisation hellénique, qui a réuni la Grèce et Rome… C’est beaucoup moins que le nombre de cultures et de sociétés.
La distinction entre civilisation, culture et société ne va pas de soi. Le concept de «culture» est issu du mouvement romantique allemand ; il désigne tout ce qui fait l’essence d’une société humaine : langue, mœurs, habitudes, rites et souvenirs communs…
Au sein d’une civilisation peuvent cohabiter plusieurs variantes culturelles. Arnold Toynbee définit une «civilisation» comme «un champ intelligible d’études historiques». Ainsi l’Angleterre a une culture propre, avec sa langue, ses rituels sportifs et sa gastronomie particulière, son humour so british, mais elle ne constitue pas pour autant une civilisation parce que son Histoire est incompréhensible si on ne la relie pas à celle de ses voisins européens.
Toynbee n’en admet pas moins des affinités et des passerelles plus ou moins intenses entre les civilisations elles-mêmes. Ainsi entre la civilisation occidentale, la civilisation orthodoxe et la civilisation islamique, toutes les trois issues de ce qu’il appelle le rameau syro-hellénique (pensée grecque et monothéismes orientaux).
On peut porter un jugement de valeur sur une société et considérer par exemple que la société fédérale allemande est plus estimable que la société hitlérienne. On le peut d’autant mieux qu’une société se définit par des choix politiques (au sens large) et que tout individu est en mesure de récuser ceux-ci, par la révolte ou la fuite.
Il n’en va pas de même d’une civilisation ou d’une culture, qui sont partie intégrante de chaque individu. Dès les premiers jours de l’existence, nous sommes imprégnés par la langue, les bruits, les odeurs, les couleurs et les rituels de notre culture. Nous ne pouvons nous en défaire mais nous pouvons l’enrichir de notre expérience.
Un pays comme la France peut faire bon accueil au couscous et accepter la préférence d'une fraction de ses habitants pour la nourriture halal ou kasher. Il est par contre impensable - sauf à se mutiler - qu'elle mette à l'index les fêtes et traditions issues de son héritage chrétien ou encore les paroles de la Marseillaise, si rudes qu'elles nous paraissent.
En ce XXIe siècle mondialisé, peut-on concevoir que se forge une civilisation planétaire ? L’idée est suggérée par certains penseurs mais l’analyse des échanges et des mentalités permet d’en douter.
À mesure que se précise le rattrapage économique de l’Occident par l’Extrême-Orient, ce dernier se redéfinit comme un monde clos : la mer de Chine devient un foyer d’échanges privilégié entre Japon, Chine et Corées, à l’égal de la mer du Nord pour l’Europe, et ces deux extrémités de l'Eurasie tendent à se tourner le dos. Le sous-continent indien a quant à lui toujours conservé son identité ; il limite ses échanges avec l'extérieur et vit en quasi-autarcie. 
Si l’on regarde sur un planisphère les pays qui mettent en avant les droits des homosexuels ou abolissent la peine de mort, ils coïncident à quelques exceptions près avec l’ancien monde européen (Europe, Amériques, Océanie), preuve que les idées politiques elles-mêmes ont une universalité toute relative. Enfin, le rêve d'un idiome universel, le «globish», version appauvrie de l’anglo-américain, ne devrait pas survivre au déclin des États-Unis.

Conclusion très provisoire

Les différentes civilisations de ce IIIe millénaire n'ont sans doute pas dit leur dernier mot. 
La civilisation chinoise et ses satellites (Japon, Corée...) montrent une étonnante capacité à se maintenir envers et contre tout (invasions, guerres civiles, cataclysmes et infécondité...), sans doute grâce à des anticorps que l'on appelle de ce côté-ci de la planète ethnocentrisme
C'est ce que donne à croire l'historien Serge Gruzinski (L'Aigle et le Dragon, Fayard, 2012) dans un entretien au Nouvel Observateur (9 février 2012) : «(...) les Chinois n'éprouvaient aucun intérêt ni attirance pour l'étranger, qu'il soit européen ou mongol (...). Par l'intermédiaire de leur bureaucratie tentaculaire et xénophobe, les Chinois se sont constitués de formidables défenses immunitaires contre les Portugais. En revanche, l'empereur aztèque Moctezuma est tombé dans le piège de sa curiosité envers l'autre castillan, le conquistador, arrivé par bateau de nulle part. Moctezuma a accordé une place à l'étranger et cela lui fut fatal».
Largement ouverte aux influences étrangères (invasions islamo-mongoles, colonisation britannique), la civilisation indienne a quant à elle su les digérer sans rien perdre de son identité plurimillénaire.
Paul Valéry (1871-1945)La civilisation occidentale, moins ancienne que les précédentes puisqu'elle n'a que dix à quinze siècles d'existence, aura-t-elle la même capacité de résistance que l'Extrême-Orient, tirera-t-elle de nouveaux profits de son ouverture au monde comme les Indes, ou succombera-t-elle à sa curiosité insatiable comme le Mexique des Aztèques ?
Nul ne peut le dire mais l'on peut conclure sans trop de risque sur une antienne :«Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d'empires coulés à pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins ; descendus au fond inexplorable des siècles avec leurs dieux et leurs lois, leurs académies et leurs sciences pures et appliquées (...). Tout ne s'est pas perdu mais tout s'est senti périr. Un frisson extraordinaire a couru la moelle de l'Europe (...)». Publié en avril 1919 dans La Crise de l'esprit, ce texte a été inspiré à Paul Valéry par la catastrophe de la Grande Guerre.

Friday, October 23, 2009

Faut-il restituer les butins des expéditions coloniales ?


Au long de sa première année d’existence, le Musée du quai Branly – ou musée des arts et civilisations non occidentales d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques – a connu un véritable succès : un million sept cent mille visiteurs et des centaines de chercheurs s’y sont pressés. Le 20 juin 2006, les festivités entourant son inauguration avaient marqué l’apothéose d’un processus qui, à des degrés divers, affecte la plupart des musées d’art et de civilisation non occidentaux des anciennes puissances coloniales. La fête fut belle, les intentions louables, et il fallait se pincer pour ne pas succomber à la tentation de croire à l’idée que la France renouait avec son rôle de messager universel de la paix, à l’aune des principes humanistes dont elle se targue si souvent.

De fait, le passé resurgit dans l’actualité de manière surprenante : alors que la conquête, le travail forcé et l’administration coloniale sont remis à l’ordre du jour par nombre d’associations et de mouvements militants dans le but d’instruire le procès de la colonisation, les objets collectés durant cette période suscitent simultanément un enthousiasme sans précédent.

Accompagnant ce phénomène, les musées occidentaux se refont une beauté. Ce processus affecte à des degrés divers la quasi-totalité des musées en question : alors que depuis 2000 le British Museum consacre de nouveaux espaces aux collections ethnographiques, que le Dahlem Museum de Berlin développe un projet inédit permettant de redécouvrir des collections que la guerre froide avait disséminées, la France inaugure, on l’a vu, le Musée du quai Branly...

On s’attend logiquement à ce que les musées concernés, rénovés et remis à l’heure des pendules du monde d’aujourd’hui, se conçoivent comme un espace de discussion, comme une « zone de contact (1) », se donnant activement les moyens d’un débat qui implique les sociétés dont sont issus les objets conservés, dans l’espoir d’affronter sans complexe le dilemme postcolonial. On s’attend ainsi à ce que la « toilette » à laquelle sont en train de procéder les musées en question invite, dans un monde alarmé par le fantasme du « choc des civilisations (2) », à esquisser une manière nouvelle d’envisager le lien qui unit les nations contemporaines, notamment le Nord et le Sud, au-delà de la mascarade ethnotouristique de la diversité culturelle.

La nature des objets conservés par les musées, et notamment le contexte de leur collecte, offre une occasion unique à l’ouverture de ces discussions qui devront donner lieu à des développements concrets et pratiques. Car – faut-il le rappeler ? – la grande majorité des objets conservés par ces musées a été collectée entre 1870 et la première guerre mondiale, période recouvrant aussi celle de la conquête coloniale. Alors qu’en 1880 les Européens ne contrôlaient que 35 % de la superficie de la planète, cette proportion s’élevait à plus de 84,4 % en 1914. Plus important encore : bon nombre d’objets ont été saisis au cours des campagnes militaires. Ils ne parlent donc pas seulement de la culture des Autres, mais aussi d’un chapitre complexe de l’histoire de l’humanité dont ils sont les traces.

Le signal fort de cette volonté de coopération pourrait être la reconnaissance symbolique du caractère aujourd’hui problématique de la présence de butins des guerres coloniales dans les collections des musées des anciennes métropoles.

La rétrocession,
présentée de manière
polémique, mérite
un traitement raisonné

Ces butins demeurent vivants dans la mémoire des peuples jadis colonisés, comme en témoigne la créativité notamment artistique à laquelle ils donnent lieu encore aujourd’hui. Et il coule de source que les sociétés qui ont fabriqué ces objets souhaitent y avoir accès, de manière à redécouvrir leur propre histoire. Le préambule de la résolution 42-7 votée par l’Organisation des Nations unies (ONU) en 1987 précise justement : « Le retour des biens culturels de valeur spirituelle et culturelle fondamentale à leur pays d’origine est d’une importance capitale pour les peuples concernés en vue de constituer des collections représentatives de leur patrimoine culturel (3). »

Conscientes du caractère explosif de la problématique, des initiatives se font jour ; la chape de plomb commence à se soulever. Timidement, mais certainement, les mêmes musées qui ont signé la « Déclaration sur l’importance et la valeur des musées universels » organisent des rencontres, colloques, expositions qui permettront progressivement de dessiner les contours du différend.

Il paraît de plus en plus urgent d’aborder la question de la propriété des biens culturels détenus par les musées du Nord et la question épineuse de la restitution. M. Abdou Diouf, secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie, affirmait ainsi que « la question de la restitution, souvent présentée de manière polémique, mérite un traitement raisonné, comme le souhaite d’ailleurs la résolution “retour ou restitution des biens culturels à leur pays d’origine”, adoptée par l’ONU, en décembre 2002 (4) ».

En Afrique, le mouvement œuvrant en faveur de la réparation et de la restitution des biens culturels spoliés s’est développé à la fin des années 1980. Il a ensuite été relancé au début des années 1990, quand l’Organisation de l’unité africaine (OUA) adopta le principe de « réparation », notamment sous forme d’indemnités, pour l’esclavage et le colonialisme. Au cours du sommet de 1992, les chefs d’Etat africains créent un groupe d’experts, chargé d’étudier la question, coprésidé par Moshood Abiola (5) et l’ancien directeur général de l’Unesco, M. Amadou Mahtar M’Bow. Cette initiative débouche en avril 1993 sur la proclamation d’Abuja. Celle-ci se réfère « à la “dette morale” et à la “dette compensatoire” dues à l’Afrique par les pays engagés dans la traite négrière, le colonialisme et le néocolonialisme. Elle exige le retour des “biens spoliés” et des trésors traditionnels (...). Pleinement convaincue que les dommages subis par les peuples africains ne sont pas une “affaire du passé” (...). Convaincue que de nombreux pillages, vols et appropriations ont été perpétrés sur les peuples africains, la proclamation en appelle à ceux qui sont en possession de ces biens spoliés de les restituer à leur propriétaires légitimes. [La proclamation] en appelle à la communauté internationale pour que soit reconnue la dette morale sans précédent qui est due aux peuples africains (6) ».

La question de la restitution des biens culturels africains a en outre été inscrite au plan stratégique de la commission de l’Union africaine pour 2004-2007. Depuis les années 1980, les demandes de restitution connaissent une croissance importante. Et il semble raisonnable de pronostiquer qu’elles augmenteront parallèlement à la visibilité gagnée dans les musées. On se souvient que le Nigeria demande depuis vingt ans la restitution par le Royaume-Uni des centaines de plaques en bronze évoquant l’histoire du royaume d’Edo (Nigeria actuel) saisies durant l’expédition punitive de 1897. L’Ethiopie réclame au même pays les objets saisis en 1868 durant le siège de Magdala. Les descendants de Béhanzin, « dernier » roi d’Abomey (République du Bénin) renversé par les Français en 1892, demandent, par l’intermédiaire d’une question écrite au gouvernement formulée le 18 novembre 2005 par la députée française Christiane Taubira, la restitution du trésor royal, aujourd’hui conservé au Musée du quai Branly.

Plusieurs objets,
tel le sceau du dey d’Alger,
ont déjà été rendus
à leur pays d’origine

Une association internationale réclame à l’Autriche le retour de la couronne du roi aztèque Moctezuma (Mexique), emportée par les soldats de Hernán Cortés en 1519 et aujourd’hui conservée au Museum für Völkerkunde de Vienne. L’Egypte exige de l’Allemagne le retour du buste de Néfertiti. La Chine demande le retour des objets pillés durant le sac du Palais d’été opéré conjointement par les troupes anglaises et françaises, durant la seconde guerre de l’opium, en 1860. La Corée du Sud réclame la restitution des deux cent quatre-vingt-dix-sept volumes de manuscrits saisis en 1866 par les militaires français au sein d’archives royales, aujourd’hui déposés à la Bibliothèque nationale de France. Dans les décombres d’un autre empire, le Japon doit aussi faire face à de nombreuses requêtes émises par les gouvernements de ses anciennes colonies, dont la Corée. Tokyo a ainsi restitué en 2005 à la Corée du Nord, via la Corée du Sud, le « monument à la grande victoire » de Bukgwan emporté par les Japonais lors de la guerre russo-japonaise de 1905 dans la péninsule.

Malgré la complexité juridique qui accompagne le transfert d’un objet inaliénable d’un patrimoine à un autre, la restitution est possible. Elle s’est déjà produite à plusieurs reprises et certains objets de la polémique ont connu le chemin du « retour ». Le sceau du dey d’Alger saisi par l’armée française, au cours de la prise d’Alger en 1830, est donné au président Abdelaziz Bouteflika par M. Jacques Chirac le 2 mars 2003. Dès 1954 est retourné en Tanzanie le crâne du sultan Mkwaka, qui tint tête à un bataillon de l’armée allemande, et qui fut rapportée comme trophée en 1898 : le traité de Versailles de 1918 prévoyait sa restitution. Une partie du trésor de l’île de Lombok, sur laquelle régnaient les familles princières de Bali, saisi en 1893, a été restitué à l’Indonésie par les Pays-Bas en 1977.

La réponse des musées occidentaux à la multiplication des demandes est toutefois sans équivoque. La « Déclaration sur l’importance et la valeur des musées universels », rédigée en décembre 2002 et signée par dix-neuf directeurs de quelques-uns des principaux musées du monde (notamment le British Museum, le Louvre, le Metropolitan Museum of Art de New York, le Prado de Madrid, le Rijksmuseum d’Amsterdam, l’Hermitage à Saint-Pétersbourg), est édifiante. Les signataires vont même jusqu’à ne mettre l’accent que sur « la nature essentiellement destructrice de la restitution des objets », en rajoutant ensuite que « les musées sont les agents du développement culturel, dont la mission est d’encourager la production de la connaissance en entretenant un processus permanent de réinterprétation. Ils ne sont pas seulement au service des citoyens d’une nation, mais au service des peuples de toutes les nations ». Il s’agit d’affirmer l’irrecevabilité des demandes de restitution en rappelant toutefois la responsabilité qu’appelle le principe d’universalité, d’inspiration humaniste, qui fonde les musées.

Les demandes de restitution trouvent toutefois un écho plus favorable auprès des institutions transnationales. Dès 1907, la convention de La Haye concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre stipule dans son article 28 qu’« il est interdit de livrer au pillage une ville ou localité même prise d’assaut ». La convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé, ratifiée en 1954 toujours à La Haye, à la suite des destructions massives infligées au patrimoine culturel au cours de la seconde guerre mondiale, fut le premier instrument international à vocation universelle qui soit exclusivement axé sur la protection du patrimoine culturel. Plus récemment, le code de déontologie du Conseil international des musées (International Council of Museums, ICOM) comporte une déclaration sans équivoque, dont l’article 6.1 stipule que, « si une nation ou une communauté d’origine demande la restitution d’un objet ou spécimen qui s’avère avoir été exporté ou transféré en violation des principes des conventions internationales et nationales, et qu’il s’avère faire partie du patrimoine culturel ou naturel de ce pays ou de cette communauté, le musée concerné doit, s’il en a la possibilité légale, prendre rapidement les mesures nécessaires pour favoriser son retour (7) ».

Et l’on se demande si la communauté internationale abordera un jour avec la même fermeté les spoliations coloniales que les spoliations des biens culturels juifs (8). Pour cela, il faudrait que soit juridiquement admis que la conquête fut une guerre et non une succession d’expéditions punitives visant à la « pacification ».

Pourquoi alors ne pas rendre ces objets à ceux qui les demandent ? Ce geste aurait certainement un incroyable effet de détente et serait compris comme l’expression d’une authentique volonté de coopération universelle, véritablement humaniste. La reconnaissance du principe de la restitution s’inscrit dans un processus visant à admettre une évidente responsabilité morale et historique. Il apparaît toutefois que ce travail de mémoire ne doit pas se contenter de feindre une repentance de bon ton, mais impliquer activement tous les acteurs de l’exploitation coloniale. Par ailleurs, s’il est impossible de nier la légitimité morale des demandes de restitution des prises de guerre, le fait que « le colonialisme fut une perversion qui s’est paré des oripeaux des Lumières pour justifier ses conquêtes (9) » n’étant en effet plus à démontrer, les mouvements qui s’en font aujourd’hui les porte-parole sont-ils pour autant habilités à jouer ce rôle ?

Pour faire sens, le retour sur le passé que permet le débat sur la restitution des butins ne doit pas seulement venir des pays occidentaux, mais aussi des relais locaux de la mécanique d’exploitation coloniale, dont les avatars sont bien souvent à la tête de dictatures d’aujourd’hui... Il serait donc déplacé de formuler des excuses ou de restituer des butins à des dirigeants d’Etats sanguinaires et obscurantistes !

Des commissions
internationales pourraient
étudier tous les contentieux
au cas par cas

Si ces derniers ne sont pas représentatifs des populations, cela ne remet pas en question la légitimité des demandes. Dès lors, que faire ? Comment sortir de ce double lien, sinon en affirmant l’universalité de ce patrimoine ? Ne faudrait-il pas inscrire les objets de la polémique sur la liste du patrimoine universel, de manière que juridiquement ils n’appartiennent plus à personne ? Cette liste serait gérée par des commissions internationales incluant bien évidemment les représentants des mandants, les conservateurs des musées des anciennes colonies et surtout des acteurs de la scène culturelle des pays concernés.

Cette (ou ces) commission devrait alors envisager certaines restitutions au cas par cas, et surtout organiser des expositions itinérantes permettant de faire circuler les objets, à l’instar de la récente exposition « Béhanzin, roi d’Abomey » coorganisée (du 16 décembre 2006 au 16 mars 2007) par le Musée du quai Branly et la fondation Zinsou (10) à Cotonou (République du Bénin), simultanément à la commémoration du centenaire de la mort du souverain. Ou encore l’exposition « Benin : kings and rituals. Court arts from Nigeria (11) » (du 9 mai au 3 septembre 2007, Museum für Völkerkunde de Vienne), qui réunit plus de trois cents objets provenant de la cour du roi d’Edo pillée par les Anglais en 1897 et dont on espère qu’elle ira aussi en Afrique. Cette exposition ne tente pas d’éluder le contexte colonial dans lequel les objets ont été collectés.

Pour atteindre l’objectif d’une véritable « restitution », en l’occurrence symbolique et sous forme de connaissance, ces expositions devront être accompagnées de projets pédagogiques. Cette démarche implique que l’utilité des musées du Sud soit reconnue et accompagnée par des financements adéquats, dont une partie pourrait provenir d’une taxe sur les bénéfices réalisés sur le marché des arts non européens. Elle devra accorder une grande importance à la diffusion des informations inhérentes à l’objet : archives, bases de données, publications, etc., qui restent trop souvent inaccessibles.

Il est fondamental que les jeunes générations du Nord et du Sud accèdent aux fruits de la recherche et de la conservation réalisés par les musées du Nord. Les « musées universels », pour rester crédibles, doivent ainsi se donner véritablement les moyens de la circulation de leurs projets muséographiques. Cette circulation est d’autant plus urgente que l’intérêt des jeunes générations risque de s’émousser complètement, le vide laissé, dans la mémoire collective, par l’absence de ces objets n’en devenant que plus béant !

L’important est de sortir ces objets de leur engourdissement muséal, de leur carcan autant ethnologique qu’esthétique, en rendant possibles des réappropriations diverses et contradictoires, en encourageant la multitude des angles de vue. Il est essentiel de remettre ces objets en jeu, par le moyen d’un débat constructif reposant davantage sur un esprit de réconciliation que sur le principe moral de la réparation – de manière à éviter que les butins des guerres coloniales et plus largement les objets des Autres ne deviennent des armes d’affrontements, au risque de transformer le « musée universel » en espace de confrontation généralisée.

Il faut, comme l’écrit l’écrivain nigérian Wole Soyinka, « trouver des réponses permettant d’atteindre les trois objectifs incontournables pour qu’un semblant de paix puisse s’installer dans ce XXIe siècle multiculturel : l’établissement de la Vérité, la Réparation et la Réconciliation (12) »...

Bernard Müller.


Bernard Müller

Chercheur et commissaire d’exposition indépendant. Il coordonne le projet Broken Memory et a publié La Tradition mise en jeu, une anthropologie du théâtre yoruba, Aux lieux d’être, La Courneuve, 2006.

Courrier des lecteurs.

(1) James Clifford, Routes : Travel and Translation in the Late Twentieth Century, Harvard University Press, Cambridge, 1997.

(2) Samuel Huntington, Le Choc des civilisations, Odile Jacob, Paris, 2000.

(3) ONU, résolution 42-7 : « Retour ou restitution des biens culturels à leur pays d’origine », 42e session, 21 septembre-21 décembre 1987, communiqué de presse GA-7612 du 29 janvier 1988.

(4) Actes du colloque organisé au Sénat le 28 mars 2003.

(5) Moshood Abiola fut l’éphémère président du Nigeria, qu’il dirigea du 6 au 31 juillet 1993.

(6) http://www.awrrtc.org/the -accra-dec...

(7) Le code de déontologie a été adopté à l’unanimité par la 15e assemblée générale de l’ICOM, réunie à Buenos Aires (Argentine), le 4 novembre 1986, modifié par la 20e Assemblée générale à Barcelone (Espagne) le 6 juillet 2001 et révisé par la 21e assemblée générale à Séoul (Corée du Sud) le 8 octobre 2004 ; http://icom.museum/ethics _fr.html#debut

(8) http://icom.museum/spolia tion_fr.ht...

(9) Tzvetan Todorov, « L’esprit des Lumières a encore beaucoup à faire dans le monde d’aujourd’hui », Le Monde, 4 mars 2006.

(10) http://www.fondation-zinsou.lescors...

(11) http://www.ethno-museum.ac.at/en/fr.. .

(12) Wole Soyinka, The Burden of Memory, the Muse of Forgiveness, Oxford University Press, 1999.

Voir aussi le courrier des lecteurs dans notre édition de septembre 2007.


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