22/Bibliographie
PDF:https://tinyurl.com/y2265ldn
#Bénin,#BurkinaFaso, #CôtedIvoire,#GuinéeBissau,#Mali,#Niger, #Sénégal #Togo #Cameroun,#CentrAfrique, #Congo, #Gabon,#GuinéeEquatoriale #Tchad #France
Faire savoir la vérité et être à sa recherche tel est le but de mon blogue. Je vous invite donc à faire jaillir la vérité par chacune de vos interventions sur ce blogue que vous rendrez plus éclairant. Soyez les bienvenu(e)s.
22/Bibliographie
PDF:https://tinyurl.com/y2265ldn
#Bénin,#BurkinaFaso, #CôtedIvoire,#GuinéeBissau,#Mali,#Niger, #Sénégal #Togo #Cameroun,#CentrAfrique, #Congo, #Gabon,#GuinéeEquatoriale #Tchad #France
21/Le Futur de la Zone CFA:un avenir incontournable.
PDF:https://tinyurl.com/y3ehkmn5
#Bénin,#BurkinaFaso, #CôtedIvoire,#GuinéeBissau,#Mali,#Niger, #Sénégal #Togo #Cameroun,#CentrAfrique, #Congo, #Gabon,#GuinéeEquatoriale #Tchad #France
20/La souveraineté passe par la Création d’une monnaie africaine
PDF:https://tinyurl.com/yxqca8rl
#Bénin #BurkinaFaso, #CôtedIvoire,#GuinéeBissau,#Mali,#Niger, #Sénégal #Togo #Cameroun,#CentrAfrique, #Congo, #Gabon,#GuinéeEquatoriale #Tchad #France franc cfa,souveraineté.
2/Anticonstitutionnalité du franc CFA.
https://bit.ly/30z8NiG
#Bénin #BurkinaFaso, #CôtedIvoire,#GuinéeBissau,#Mali,#Niger, #Sénégal #Togo #Cameroun,#CentrAfrique, #Congo, #Gabon,#GuinéeEquatoriale #Tchad #France
Les deux leaders de l’opposition sont d’accord sur un point : il faudrait un candidat unique pour l’élection présidentielle de 2012. L’entente s’arrête là. Pour le moment, aucun des deux ne semble disposé à s’effacer au profit de l’autre.
Même si Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng font tous les deux des efforts pour sauver les apparences et ont pris sur eux de se retrouver pour assurer la victoire de l’opposition aux élections locales du 22 mars dernier, leur passé commun, fait d’adversité et de méfiance, alors qu’ils étaient tous deux des proches collaborateurs de l’ex-président Abdou Diouf, remonte toujours à la surface. De sorte que le moindre incident dégénère en escalade entre leurs camps respectifs.
Dernier exemple en date : la polémique suscitée par la sortie de Barthélémy Dias. Il a suffi d’une phrase du leader des jeunes du Parti socialiste (PS) pour mettre le feu aux poudres. « Le candidat unique de Benno Siggil Sénégal (BSS, la coalition de l’opposition), ce sera Tanor Dieng et personne d’autre », avait-il proféré. Immédiatement, Mbaye Dione, patron des jeunes de l’Alliance des forces de progrès (AFP) de Moustapha Niasse, a dénoncé des « manœuvres politiciennes de bas niveau, des complots sordides pour imposer à la coalition Benno Siggil Sénégal son candidat ou, à défaut, la diviser ».
La querelle de leadership au sein de BSS est le fruit d’un choc entre deux légitimités. Fort de ses cinquante ans de militantisme, de sa longue expérience gouvernementale, et de sa grande connaissance de l’État, Moustapha Niasse, qui jouit également du droit d’aînesse, est convaincu d’être le porte-étendard naturel de l’opposition. En face, Tanor, qui est arrivé, avec 13,56 % des suffrages, en troisième position à l’élection présidentielle de février 2007 (derrière Abdoulaye Wade et Idrissa Seck), est convaincu d’avoir plus de légitimité populaire pour prétendre défendre les couleurs de l’union de l’opposition.
Bataille pour la mairie
Ce ne sont pas que ces ambitions contradictoires qui éloignent les deux hommes. Ils ont aussi des tempéraments fort différents. Si le leader de l’AFP a une grande capacité de conceptualisation en bon produit de Léopold Sédar Senghor, son alter ego du PS est plus sobre et moins expansif. Alors que le premier est un concepteur de la vieille école, le second a le profil d’un technocrate froid.
Ils se livrent une guerre sournoise. Les épisodes de ce bras de fer sont nombreux. Au lendemain des élections locales du 22 mars, remportées par BSS dans toutes les grandes villes, le problème du choix du maire de Dakar s’est posé. Alors que beaucoup de partis de la coalition commençaient à lorgner le fauteuil, Niasse a usé de toute son influence pour imposer Khalifa Sall du PS. Son calcul est simple : fort de l’un des postes les plus stratégiques du pays, un homme de l’envergure de Sall était parti pour contrebalancer l’influence de Tanor au sein de son propre parti. Le vieil animal politique ne s’est pas trompé : le maire de Dakar est aujourd’hui une grosse épine au pied du patron du PS. Barthélémy Dias aurait même confié à son entourage : « Si je me suis empressé de déclarer Tanor candidat unique de BSS, c’est surtout pour contrecarrer les manœuvres de Khalifa Sall, qui travaille en coulisses à imposer l’ex-Premier ministre Mamadou Lamine Loum ou le patron de l’athlétisme mondial Abdoulaye Diack comme candidats de notre parti à la future présidentielle. »
Grandes manœuvres et guerre de tranchées… Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng ne se font aucun cadeau. Au sein de BSS, chacun d’entre eux s’est arrangé pour avoir son propre camp. Niasse s’appuie sur Amath Dansokho, secrétaire général du Parti de l’indépendance et du travail (PIT) et sur d’autres leaders de petites formations. Tanor s’est rapproché d’Abdoulaye Bathily, patron de la Ligue démocratique-Mouvement pour le parti du travail (LD-MPT) et de quelques autres.
Macky Sall, arbitre ?
Fraîchement arrivé dans l’opposition après sa démission du parti présidentiel, l’ancien Premier ministre Macky Sall, leader de l’Alliance pour la République (APR), fait office d’arbitre entre ces deux blocs qui se neutralisent mutuellement. De sorte que Niasse et Tanor s’activent chacun pour l’avoir de son côté. Plus politique, le premier travaille à former une alliance entre l’AFP et l’APR afin d’isoler son rival.
L’argent est l’autre question sur laquelle la rivalité fait rage. Chaque fois que BSS doit financer un meeting, une marche ou une activité quelconque, Niasse est le dernier à cotiser. Il attend toujours de connaître le montant de la participation de Tanor pour le doubler, convaincu que « qui paie plus commande plus ».
Cette rivalité tous azimuts plonge ses racines dans le passé. Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng se combattent au moins depuis ce « congrès sans débat » de mars 1996 au cours duquel Abdou Diouf, alors aux commandes de l’État et du Parti socialiste, a imposé Ousmane Tanor Dieng, militant de fraîche date, au poste de premier secrétaire. Au détriment d’historiques du parti comme Moustapha Niasse, qui a préféré bouder le congrès. Il se trouvait à ce moment-là en Suisse officiellement pour raison de santé.
La suite est connue. Arrivé en troisième position au premier tour de l’élection présidentielle de 2000, avec plus de 16 % des suffrages, Niasse soutient au second tour Abdoulaye Wade, qui bat Abdou Diouf. Nommé Premier ministre, puis limogé par Wade en mars 2001, le leader de l’AFP retrouve dans l’opposition celui qui a hérité du PS après la défaite de Diouf. Mais leurs divergences demeurent et empêchent une candidature unique de l’opposition à l’occasion de la présidentielle de 2007. Tanor fait cavalier seul, Niasse se retrouve avec Dansokho au sein de la Coalition alternance 2007.
Aujourd’hui encore, alors que Wade a d’ores et déjà déclaré sa candidature à l’élection de 2012, et que ses proches lui suggèrent de réviser la Constitution pour instaurer un système majoritaire à un seul tour, point d’union de l’opposition en vue.
Conscient qu’il joue sa dernière carte en 2012 – il aura 73 ans à cette date –, Niasse n’entend céder la place à personne. De neuf ans son cadet, Tanor a un peu plus de marge. Mais il ne songe pas à s’effacer au profit de qui que ce soit. Comme il l’a confié récemment à un autre leader de premier plan de l’opposition : « Je ne peux pas introduire un vide dans l’histoire du PS, longue de 60 ans, en décidant qu’il sera absent à un rendez-vous aussi important qu’une élection présidentielle. » Et le même leader de commenter : « Pourtant, ces deux hommes sont complémentaires et auraient pu former un beau duo. Niasse est expérimenté et jouit d’une réelle capacité de conception. Tanor a démontré qu’il savait bien piloter un cabinet présidentiel et faire fonctionner à plein régime la machine administrative. »
Digne de "Kafka", "saugrenu", "incongru" : le ministre de la Défense Hervé Morin s'est offusqué mardi de la contestation par la justice de la nationalité française de deux frères d'origine sénégalaise, l'un "para", l'autre ancien militaire.
Entouré sur le perron de l'Hôtel de Brienne, siège du ministère de la Défense, des deux jeunes gens arborant des médailles acquises de la Bosnie à l'Afghanistan, M. Morin leur a apporté "tout (son) soutien".
"Ce sont des procédures qui relèvent plus de Kafka que d'une République qui cherche à réconcilier les hommes", a-t-il déploré, expliquant avoir "appelé immédiatement" la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie pour lui faire part de son "étonnement".
"Extrêmement sensible à ma démarche", a-t-il dit, la garde des Sceaux, qui l'avait précédé à l'Hôtel de Brienne, "va prendre, je l'imagine, des mesures pour que de telles situations, complètement incongrues et saugrenues, ne se reproduisent pas".
Et "dans l'hypothèse où la justice viendrait à refuser la nationalité française à nos deux soldats, une nouvelle procédure serait engagée et leur permettrait probablement de voir leurs droits reconnus très rapidement", a poursuivi le ministre de la Défense.
La jurisprudence de la discorde
Le brigadier Ounoussou Guissé, du 1er régiment de hussards parachutistes de Tarbes (Hautes-Pyrénées), avait comparu le 6 octobre devant la cour d'appel de Rouen pour tenter de conserver sa nationalité française et le droit de servir son pays.
La cour, saisie d'un appel du parquet contre une décision qui donnait raison au jeune homme, a mis son arrêt en délibéré au 18 novembre.
Le litige résulte d'une jurisprudence récente de la Cour de cassation qui conteste la nationalité française aux ressortissants d'anciennes colonies qui avaient opté pour elle et résidaient sur le sol français, mais dont la famille vivait dans le pays d'origine, ce qui serait le cas du père des deux soldats.
Le frère aîné d'Ounoussou Guissé, Amara, 31 ans, ancien du 12e régiment d'artillerie d'Oberhoffen (Bas-Rhin), est dans une situation similaire, ayant reçu en mars 2007 un courrier du tribunal de grande instance de Strasbourg contestant sa nationalité.
Le ministre a lui-même souligné que l'ancien militaire affichait à son actif sept "opérations extérieures" en onze années sous les drapeaux, et avait "fait son service national en France sans que personne ne conteste sa nationalité française".
"Je leur ai dit qu'il n'est pas question de remettre en cause leur engagement" dans les armées, a-t-il insisté.
"Etonnant imbroglio juridique"
Venu en uniforme, Ounoussou Guissé, qui fêtait mardi ses 29 ans, s'est dit "rassuré", remerciant "du fond du coeur" ceux qui l'ont soutenu, ses camarades et les cadres de son régiment qui "ont fait leur maximum".
"Ce n'était pas possible que ça me tombe dessus", a déclaré le jeune homme qui avait cru d'abord à une erreur de la justice et entend désormais "aller jusqu'au bout" pour conserver sa nationalité et son engagement militaire.
Hervé Morin a rappelé que leurs chemins s'étaient déjà croisés, le 31 décembre dans l'est de l'Afghanistan, où le ministre était venu fêter la Saint Sylvestre avec les troupes françaises.
L'armée de terre a également apporté son soutien au brigadier face à "l'étonnant imbroglio juridique auquel il est confronté".
"Il sert la France depuis bientôt sept années dont une intervention récente en Afghanistan, et à ce titre, il mérite toute l'aide et la considération nécessaires", a souligné le colonel Benoît Royal, chef de son service d'information et de relations publiques.
La colère gronde dans les rues de Dakar et de sa banlieue. Les récurrentes coupures d’électricité ajoutées aux inondations font monter la tension. Le gouvernement est accusé de ne pas être à l’écoute, et l’opposition essaie de récupérer la fronde.
Elle n’en revient toujours pas. Dans la soirée du 31 août dernier, Maïmouna et ses amis papotent sur le trottoir quand soudain une foule survoltée envahit la chaussée. En quelques minutes, son quartier, Niary Tally, se transforme en champ de bataille. Les pierres volent. Les pneus brûlent. Les grenades lacrymogènes explosent. Des dizaines de manifestants, surgis de nulle part, défient les éléments du Groupement mobile d’intervention (GMI) dépêchés immédiatement sur les lieux. Un peu plus tard, le scénario se répète à Benn Tally, à Castor et aux HLM. Alors que les reporters des radios privées ne savent plus où donner de la tête, nombre de Dakarois, dans un ras-le-bol général, accueillent comme une bénédiction ces mouvements d’humeur. « Enfin, le pouvoir va comprendre que nous en avons marre des coupures d’électricité », lance un manifestant. Depuis quelques semaines, les délestages sont devenus quotidiens et peuvent durer jusqu’à douze heures. En cause, l’approvisionnement insuffisant en combustibles de la Société nationale d’électricité (Senelec), confrontée à de sérieux problèmes de trésorerie.
En plein mois de ramadan (le Sénégal compte 95 % de musulmans), beaucoup en ont eu assez de rompre leur jeûne à la lueur d’une bougie et sans eau fraîche. « Sans courant : pas de réfrigérateur ni de ventilateur. Nous passons des nuits blanches à cause de la chaleur écrasante. Nous sommes fatigués », se lamente Pape, un habitant de la Médina, un autre secteur de Dakar, touché quelques jours après Niary Tally par des manifestations. La banlieue n’a pas non plus été épargnée. Pikine, Yeumbeul, Guédiawaye, Thiaroye… ont été le théâtre de protestations qui se sont soldées par des blessés et des dégâts matériels importants. À Pikine, le tribunal départemental a été mis à sac. Et Dakar Dem Dikk, la société chargée du transport public, a décidé d’interrompre ses rotations à partir de 19 heures, par mesure de sécurité.
Aux coupures intempestives d’électricité se sont ajoutées les inondations. La tension est alors montée d’un cran. À cause des très fortes pluies qui se sont abattues fin août et début septembre, plus de 30 000 familles ont dû quitter leurs habitations. Bien qu’à la date du 8 septembre, grâce au déclenchement, onze jours auparavant, du plan Orsec (organisation des secours), 486 maisons et 30 voies de circulation avaient été libérées, une bonne partie de la banlieue dakaroise et plusieurs localités de l’intérieur du pays étaient toujours sous les eaux. Et la grogne des sinistrés persiste, laissant craindre de nouveaux remous.
Les Sénégalais, qui n’ont pas l’habitude de revendiquer dans la rue, sortent de plus en plus souvent manifester leur colère. Fin novembre 2007, lors des émeutes causées par des marchands ambulants sous le coup d’une interdiction de faire du commerce sur la voie publique, une mairie d’arrondissement et une agence de la Senelec ont été saccagées. En décembre 2008, à Kédougou (la plus grande ville du sud-est du Sénégal), des manifestants en quête d’emploi ont bravé les forces de l’ordre et s’en sont pris à des édifices publics. Bilan : deux morts. Ces deux cas, cités parmi les plus graves de l’histoire récente du pays, sont liés à des revendications sociales. Mais, à l’exception des soulèvements de 1988, à la suite de la réélection d’Abdou Diouf à la présidence de la République, jamais le Sénégal n’avait connu de manifestations en série comme celles qui se sont déroulées ces dernières semaines.
Vacances de luxe
Alors que le gouvernement a du mal à faire face à ces montées d’adrénaline, l’opposition et les syndicats surfent sur la vague. Ils ne cessent de tirer à boulets rouges sur l’État, mais ne sont pas forcément dans les bonnes grâces des protestataires. Le leader de la Ligue démocratique (LD), Abdoulaye Bathily, s’en est pris à Abdoulaye Wade, qui était en vacances lors des troubles. Il a qualifié d’« irresponsable » l’attitude du président de la République et de ses ministres qui, « au mépris des souffrances des populations déjà assommées par la cherté de la vie, poursuivent, en dépit du bon sens, leurs séjours dans des hôtels de luxe en Europe, aux frais du contribuable sénégalais ». Le journal Le Quotidien affirme que les congés du chef de l’État ont coûté 725 millions de F CFA (plus de 1 million d’euros). Quant au secrétaire général du Parti socialiste (PS), Ousmane Tanor Dieng, il a conduit une délégation du Benno Siggil Sénégal (BSS, coalition de l’opposition) auprès des sinistrés de la banlieue. Il a saisi cette occasion pour mettre en cause le « sérieux » des autorités dans la gestion des crises. Une critique partagée par les principaux syndicats. Mais qui laisse indifférentes les victimes des coupures d’électricité et des inondations. « Dans notre galère, ni les apparitions de l’opposition ni le message du Premier ministre ne nous intéressent, car ça ne règle rien. Ils se livrent tous à des règlements de comptes politiques », dit un jeune dirigeant d’un mouvement associatif de Guédiawaye, préférant garder l’anonymat. À la Médina, Pape ne cache pas son hostilité vis-à-vis de la classe politique. « Le PS, qui était au pouvoir avant 2000, n’a rien fait pour nous. Le PDS non plus. Les hommes politiques sont tous les mêmes », conclut-il. Alors que les jeunes libéraux, derrière Abdoulaye Wade, accusent l’opposition d’être à l’origine de l’explosion de violence, de Niary Tally à Pikine en passant par Thiaroye, les manifestants disent avoir agi de façon spontanée. « Nous ne sommes ni manipulables ni manipulés », clament-ils.
Après les premières échauffourées, le chef du gouvernement, Souleymane Ndéné Ndiaye, avait déclaré « comprendre » la colère des manifestants. De retour de congés, le président de la République a, pour sa part, suggéré la création d’une entité regroupant des membres du gouvernement, des partis politiques, des syndicats, de la société civile et des mouvements associatifs et religieux pour trouver des solutions aux inondations et aux coupures de courant. Évidemment, la proposition n’a pas fait mouche. « Ce que nous voulons, c’est du concret », explique un banlieusard. Pour lui, même le plan Jaxaay, lancé après les inondations de 2005, n’est pas convaincant. Ce projet, d’un coût de 52 milliards de F CFA (79 millions d’euros), prévoit la construction, d’ici à fin 2010, de 4 000 logements cédés aux sinistrés pour 4 millions de F CFA (6 000 euros), 75 % du coût étant pris en charge par l’État. Bien que 151 familles de Pikine et de Guédiawaye viennent d’emménager dans leurs nouvelles maisons, la gestion du plan Jaxaay suscite bien des interrogations. L’Alliance des forces de progrès (AFP) de Moustapha Niasse « redoute les combines et la surenchère dans l’attribution des maisons promises aux victimes » et dénonce « l’incompétence avérée » des autorités publiques en charge du dossier. Justifiées ou non, ces accusations viennent nourrir la crise de confiance qui grandit entre administration et administrés.
Crise de confiance
Le malaise des Sénégalais est de plus en plus perceptible et les manifestations pourraient devenir récurrentes. D’autant qu’aux revendications sociales s’ajoute l’inquiétude suscitée par une criminalité galopante. Si du côté de la police nationale on estime que ce sont les médias qui donnent plus de visibilité aux crimes et délits mais qu’il n’en est rien, du côté des tribunaux le discours est différent. « Depuis fin 2008, les audiences au tribunal des flagrants délits de Dakar sont devenues quotidiennes et se poursuivent parfois jusqu’à 3 heures du matin. Une soixantaine de dossiers sont traités chaque jour », indique Me Assane Dioma Ndiaye, avocat et président de l’Organisation nationale des droits de l’homme (ONDH). Selon lui, les vols avec violence, les attentats à la pudeur et les agressions sexuelles sont devenus plus nombreux. Et la prison ne fait plus peur. L’ONG Grave (Groupe d’action contre le viol des enfants) rapporte en tout cas que, en 2007, 400 cas de viol sur des mineurs ont été enregistrés. L’appauvrissement des populations et la déstructuration du tissu social y sont pour quelque chose, analysent nombre d’observateurs. Un mal pernicieux s’est bel et bien installé. Le temps est venu de chercher le remède…
| 29-07-2009 | |
| Depuis l’Alternance du 19 mars en 2000, des surfaces totales de terres de Deux cent deux mille quatre cent dix sept (202.417,20) hectares ont été bradées dans la communauté rurale de Mbane. Ainsi, en l’espace de trois(3) années seulement de GOANA et REVA, ce furent Cent quatre vingt neuf mille cent quatre vingt dix (189.190) hectares qui ont été spoliés correspondant exactement à la surface totale de la Communauté Rurale (190.600 ha) ! C’est ce qu’a soutenu la Conférence des leaders de Benno Siggil Senegaal en conférence de presse hier, mardi 28 juillet, sur la situation de Mbane. Mieux, si l’on en croit l’opposition, en tenant compte des 30.791 ha distribués entre 1980 et 2002, toutes les surfaces confondues attribuées s’élèvent à Deux cent trente trois mille deux cent huit (233.208,32) hectares depuis la création de la communauté rurale en 1980. « Si la logique boulimique libérale et suicidaire s’éclipse face à une réflexion lucide, on constate qu’en réalité il n’existe plus ni pâturages, ni zones d’habitations, encore moins de forêts classées dans cette Communauté Rurale. En effet, la surface de la communauté rurale de Mbane s’élève à 190.600 hectares seulement alors que 233.208 hectares de terres ont été distribués, soit quarante deux mille six cent huit (42.608,32) hectares de plus », affirme la Conférence des leaders de Benno Siggil Senegaal. Des autorités de la République font main basse…. Pour l’opposition, le scandale foncier est d’autant plus inacceptable, qu’il implique de grandes personnalités de la République, qui manifestement, dit-elle, piétinent la loi N° 64-46 du 17 juin 1964 relative au Domaine National. Ces autorités de la République « se sont fait attribuer des milliers d’hectares, n’ont payé ni des frais de bornage, encore moins entamé une quelconque exploitation de ces terres ». Et « ayant pris les meilleures terres aux abords immédiats du Lac de Guiers, elles ont par voie de conséquence pris toutes les dispositions de pouvoir, pour confiner les paysans et éleveurs dans les zones arides du Diéri ». Comme des vautours autour du butin La Conférence des leaders de Benno Siggil Senegaal donne la liste des bénéficiaires, il s’agit de : * Dakaria Diaw, le Directeur de Cabinet du Président de la République, 1.000 hectares, A cette liste, il faut ajouter les sociétés attributaires : * Société « Plantation verte », 20.000 hectares, Penser aux conséquences d’une boulimie foncière A en croire le Benno Siggil Senegaal , si les 233.208 hectares distribués devaient être irrigués, on devrait faire face à une opposition immédiate de la Mauritanie et du Mali. Il soutient que pour « le programme de l’après barrage, seuls 240.000 hectares peuvent être aménagés sur la rive gauche du Fleuve Sénégal au profit du Sénégal, sur lesquels seuls 140.000 sont destinés à l’agriculture (voir le Programme de Développement Intégré de la Rive Gauche (PDRH) élaboré par la SONED et l’état du Sénégal) ». Avant de s’interroger : « Comment peu-t-on alors envisager d’exploiter 233.208 hectares à Mbane sans provoquer une crise dans la sous-région ? Pour beaucoup moins que cela, l’excellent Programme des Vallées Fossiles pour le Sénégal, initié sous le régime socialiste, a été sacrifié, pour éviter un conflit avec la Mauritanie ! ». En plus, au plan de l’environnement et de l’approvisionnement en eau potable, souligne l’opposition, « il faut savoir que le hydrogéologues ont prouvé que le lac de GUIERS perdait 75% de son volume par évapotranspiration chaque année. Si on veut en plus irriguer 233.208 hectares avec ses mêmes ressources hydriques, on l’assécherait et on priverait Dakar d’eau potable de manière irréversible ». Pourquoi ils veulent changer le Pcr issu des rangs de Benno La Conférence des leaders de tirer la conclusion « qu’au vu de ce qui précède, on comprend mieux les enjeux des élections rurales dans la Communauté Rurale de Mbane. Une nouvelle équipe est arrivée au pouvoir, suite à une éclatante victoire de la coalition « BENNOO SIGGIL SENEGAAL » au lendemain des élections municipales et Rurales du 22 mars 2009 ». Cette dernière avait, selon l’opposition, commencé à mettre en œuvre ses promesses électorales suivantes, en l’occurrence : « un audit citoyen des attributions des terres en zones de terroir ;La désaffectation des terres attribuées illégalement ; Une redistributions des terres aux paysans, éleveurs et ayant droits ; Le refus systématique de déplacements de villages Peulhs au profit de l’agriculture ». Et d’ajouter : « Les déprédateurs de la République sachant que leurs terres seront nécessairement désaffectées, font tout ce qui est en leur pouvoir, pour éviter que l’équipe de « BENNOO SIGGIL SENEGAL » victorieuse ne s’installe durablement aux commandes » La résistance s’organise Pour les populations de Mbane, il n’est pas question qu’une nouvelle équipe vienne prendre les rênes de leur Communauté Rurale. « Elles ne veulent ni d’une équipe SOPI ni d’une Délégation spéciale, qui ne serait rien d’autre qu’un bras armé du SOPI et des déprédateurs de la République », souligne l’opposition, avant d’ajouter : « Si les tenants du pouvoir essayent d’imposer Mamadou Ciré Diallo et son équipe à la tête de la Communauté Rurale ou d’y installer une Délégation Spéciale, les populations leurs opposeraient une désobéissance civile sans précédent dans l’histoire de notre pays, jusqu’à l’avènement d’un nouveau régime, en l’occurrence : refus de payer les impôts, refus de payer les taxes dans les loumas, déclaration de tous les membres du « nouveau Conseil Rural » persona non grata dans la Communauté Rurale, Refus de déférer à toute convocation de ce « Conseil » ou de son « Président », Interdiction de tenue de réunions dans la maison Communautaire de Mbane, Refus de travailler avec le nouveau sous-préfet, etc.. » En tout état de cause, le Front « BENNOO SIGGIL SENEGAAL » « avertit solennellement, qu’il se réserve, une fois au pouvoir, le droit de remettre en cause toute acquisition de terres dans des conditions non transparentes à Mbane, surtout par des Ministres de la République, qui ont manifestement abusé de leur situation de pouvoir et de proximité avec le Président Abdoulaye Wade, pour spolier les pauvres populations. Aucune indemnisation ou dédommagements ne leur seront payés ». SUD QUOTIDIEN |
Concurrence de l’Asie, vieillissement des réseaux
Un forum « alternatif et citoyen » s’est tenu en marge du XXIIIe sommet Afrique-France de Bamako (Mali), fin novembre. Les participants y ont dénoncé le « néocolonialisme » de Paris, notamment le soutien à certains régimes autoritaires (Togo, Gabon…). Cette contestation de l’ingérence française se produit alors que des entreprises comme Pinault ou Bolloré, autrefois très présentes, semblent se désintéresser du continent noir.
« En Afrique francophone, notre problème n’est pas d’identifier de nouveaux investisseurs privés, mais d’empêcher ceux qui sont là de partir. » Ce constat de M. Anthony Bouthelier, président délégué du Conseil des investisseurs (français) en Afrique noire (CIAN), est confirmé par M. Jean-Pierre Barbier, directeur du département Afrique centrale, australe et océan indien de l’Agence française du développement (AFD) : « Le désinvestissement des entreprises françaises a bel et bien commencé, et a été accéléré par les événements en Côte d’Ivoire. » En effet, en dehors des petits entrepreneurs (dont une partie a été ruinée par la dévaluation du franc CFA en 1994) (1), la présence économique hexagonale en Afrique se résume désormais à une vingtaine de groupes moyens et grands. Parmi eux : Bouygues et Vinci (construction), CFAO (distribution spécialisée), Rougier (bois), Total (hydrocarbures) (2), Castel (bière), Dagris (coton), la Compagnie fruitière, Bolloré et CMA-CGM (logistique et transport), Veolia (eau), Accor (hôtellerie), Air France, BNP Paribas, Société générale (banque)...
Il est loin le temps où, durant la guerre froide, les groupes français, très bien implantés en Afrique francophone, contrôlaient plus de la moitié des marchés au Gabon, en Côte d’Ivoire, au Cameroun ou au Sénégal, et enregistraient des profits considérables avec le soutien de la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (Coface). Au milieu des années 1980 encore, le Gabon représentait la moitié des réserves prouvées d’Elf Aquitaine, et des passerelles avaient été installées entre le service de documentation extérieure et de contre-espionnage (Sdece), le Quai d’Orsay et la compagnie pétrolière publique. En 1964, le rétablissement de Léon M’Ba à la présidence du Gabon, après un éphémère coup d’Etat, sera la première ingérence manifeste de la « Françafrique » – mêlant intérêts politiques, économiques, commerciaux et appétits individuels, comme au Congo-Brazzaville, au Togo, en Centrafrique (3). La corruption et la prévarication révélées par l’« affaire Elf » demeurent les symboles de ces douteux mariages effectués aux frais des populations locales (4).
Désormais, le retrait des entreprises françaises est sensible dans des secteurs longtemps dominés, comme l’exploitation de l’eau ou le bois. Ainsi, après avoir quitté la Guinée-Equatoriale et le Mozambique, et annoncé son retrait du Mali, Bouygues – via ses filiales Saur et Sodeci – souhaite se désengager de Côte d’Ivoire. Veolia (ex-Vivendi Environnement) a cessé ses activités au Tchad, au terme d’un contrat de gestion de trois ans, après la renationalisation de la société locale. Cette nouvelle attitude des firmes de l’eau dépasse toutefois le cadre des relations franco-africaines, et s’inscrit, selon M. Maurice Bernard, chef de projet au département infrastructures et développement urbain à l’AFD, « dans un mouvement général de retrait des sociétés multinationales issues des pays en développement, au profit de l’Europe, des Etats-Unis et des grands pays émergents d’Asie, l’Inde et la Chine ».
Les opérateurs hexagonaux délaissent aussi le secteur forestier, dans lequel s’illustrèrent M. François Pinault et la famille de Bernard-Henri Lévy : Bolloré a vendu ses parts dans les plantations du continent, Thanry a cédé l’ensemble de ses concessions à des Chinois de Hongkong, sauf au Gabon ; Leroy a été racheté par des Portugais... Reste Rougier, un groupe de taille intermédiaire (146 millions d’euros en 2004, pour un résultat net de 1,4 million d’euros) – plus petit, par exemple, que l’allemand Danzer. Enfin, les Français ont peu participé au récent « bond » de l’investissement direct à l’étranger (IDE) en Afrique subsaharienne : la France se classe en quatrième position, avec 4 % du stock d’IDE, contre 13 % pour le Royaume-Uni, 8 % pour les Etats-Unis, et 5 % pour les Pays-Bas (5). Cette progression a surtout été le fait « d’Asiatiques, d’Américains et de Sud-Africains, devenus les premiers investisseurs sur le continent, mais guère de Français », constate M. Barbier.
La géographie de l’implantation des groupes français en Afrique a, elle aussi, évolué : l’activité se porte désormais vers les bordures méditerranéenne, méridionale et orientale du continent, au détriment de l’Afrique de l’Ouest et centrale, plus pauvre, plus instable et moins peuplée. Dans certains pays, le retrait hexagonal est très marqué, comme en Centrafrique. « Il n’y a pratiquement plus aucun secteur économique avec une présence significative des entreprises françaises », estime le ministre centrafricain des affaires étrangères Jean-Paul Ngoupandé (6). Ainsi, sur les dix créations d’entreprises et les onze acquisitions réalisées ces cinq dernières années par CFAO (groupe Pinault-Printemps-Redoute), la plupart l’ont été dans le nord et l’est du continent. Bouygues a débuté sa réorientation vers l’Afrique du Nord à la fin des années 1980. Et le vice-président de Bolloré (et président du comité Afrique du Medef (7) international), M. Michel Roussin, également ancien ministre de la coopération de M. Edouard Balladur, d’expliquer : « Désormais, les flux commerciaux en provenance d’Asie seront sans doute plus conséquents que ceux en provenance d’Europe, d’où l’importance accordée par le groupe Bolloré à l’Afrique de l’Est, en particulier l’Ethiopie, où il étudie l’implantation d’une première agence. »
Total lui-même, l’héritier d’Elf, clame qu’il a « normalisé » sa présence sur le continent. Le géant français réalise plus de la moitié de sa production quotidienne continentale – 813 000 barils équivalent pétrole (gaz compris), 30 % de son total mondial – au Nigeria et en Angola, hors de l’ancien « pré carré ». Avec quelque 110 milliards de barils, l’Afrique détient 9,4 % des réserves pétrolières mondiales (contre 7,6 % en 1984). Or, dans ce secteur stratégique, la diversité des sources d’approvisionnement est vitale. D’où l’offensive de Pékin, dans le cadre de grands contrats d’Etat à Etat dépourvus de toute conditionnalité politique (Angola, Congo-Brazzaville...), et les efforts de Washington pour s’assurer une part croissante du pétrole africain. Total, qui reste le premier opérateur international privé du continent, se voit ainsi concurrencé par les Etats-Unis en Afrique francophone, comme au Tchad, et dans les nouveaux pays producteurs, comme en Guinée-Equatoriale.
Le désengagement français et sa réorientation ont plusieurs causes. En premier lieu, la chute du mur de Berlin puis l’ouverture vers l’est ont dirigé l’intérêt politique de Paris – et les flux financiers – vers l’Europe centrale et orientale. Très peu de groupes hexagonaux disposent encore d’une stratégie africaine : « Hors pétrole, l’Afrique attire moins de 5 % des investissements étrangers directs de la France, elle n’est clairement plus stratégique pour nous », constate ainsi M. Philippe Hugon, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Dans la compétition mondiale, l’Afrique subsaharienne se caractérise par l’étroitesse de son marché, avec un produit intérieur brut (PIB) de quelque 248 milliards d’euros, inférieur à celui de l’Australie. La moitié des habitants n’y disposent que d’un dollar par jour (8).
En deuxième lieu, la « normalisation » de la présence française est encouragée par l’ouverture à marche forcée du continent sous la houlette de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). La globalisation fait tomber les remparts qui protégeaient les groupes nationaux de la concurrence internationale : marchés captifs (pharmacie), monopoles ou oligopoles (transport aérien, téléphonie filaire), aides publiques (infrastructures), routine sans risque de certaines activités (banque de dépôt)... Les Français doivent désormais affronter la concurrence, notamment celle des Chinois (9).
Le secteur de la construction, est soumis à une telle compétition que le leader mondial Colas (groupe Bouygues), battu d’avance, ne prend plus la peine de participer à certains appels d’offres. L’aide de l’AFD étant déliée de toute condition de nationalité depuis le 1er janvier 2002, certains s’inquiètent de voir les Chinois rafler une part croissante des projets soutenus par cette institution. Leur présence – comme celle des Indiens, Malais et autres Asiatiques – pourrait pourtant dynamiser les entreprises françaises, remarque M. Roussin : « C’est à nous d’être imaginatifs, de monter des joint-ventures, de proposer de nouveaux services, etc. »
En troisième lieu, le redéploiement économique français s’explique par l’instabilité chronique du continent, que les événements de Côte d’Ivoire n’ont fait qu’illustrer. Une série de crises secoue l’Afrique de l’Ouest et centrale, zone privilégiée de la présence hexagonale, comme en Centrafrique ou en République démocratique du Congo (ex-Zaïre). La vie des affaires est perturbée par l’incertitude juridique, les soubresauts politiques, la corruption, les difficultés des recouvrements. A Niamey (Niger), Veolia aurait le plus grand mal à recouvrer le tiers de la facture d’eau des institutions publiques, présidence et armée comprises. « Le différentiel de compétitivité entre l’Afrique et la moyenne mondiale est de 20 %, en raison de coûts financiers plus élevés, de difficultés logistiques, du coût de l’encadrement expatrié et du facteur risque », résume M. Eric Dahlström, directeur des opérations Afrique et Moyen-Orient d’Imperial Tobacco (qui a racheté la branche tabac de Bolloré).
Enfin, à ces tendances générales s’ajoutent des difficultés spécifiques liées à l’histoire de la présence hexagonale sur le continent noir. « Le capitalisme postcolonial français a longtemps vécu de ses situations de rente et de ses relations privilégiées avec le politique », explique M. Hugon, de l’IRIS. Protégé de la concurrence extérieure par ses positions monopolistiques et ses liens étroits avec le monde politique, le capitalisme français pouvait prospérer tranquillement. Or, quoiqu’on prête au premier ministre Dominique de Villepin de solides relations avec les réseaux vieillissants de la « Françafrique » (10), la tendance de fond est celle d’un désengagement continu de Paris et d’une « disjonction progressive des sphères militaire, économique, politique et culturelle de la présence française en Afrique depuis le début des années 1980 », selon l’expression d’Achille Mbembé, chercheur à l’université de Witwatersrand, en Afrique du Sud.
Plusieurs députés français réclament d’ailleurs une commission d’enquête sur les comptes de la Coface, dont les dettes ne cessent d’augmenter (11). « La “Françafrique” est morte, non pas terrassée par la vertu citoyenne, bien tardive à se manifester, mais de ses hésitations, de son incapacité à s’adapter à l’Afrique et au monde, qui ont profondément changé », confirment les journalistes Antoine Glaser et Stephen Smith (12). La crise en Côte d’Ivoire a en outre révélé le ressentiment des populations locales contre les pratiques françaises, et la tentation des gouvernants de choisir d’autres partenaires (13).
Cependant, le mélange des genres politico-économiques demeure une réalité dans certains cas. Ainsi, l’obtention, sans appel d’offres, de la concession du port autonome d’Abidjan par la SETV (Bolloré), début 2004, a fait couler beaucoup d’encre. Objet d’un véritable bras de fer entre des autorités politiques et économiques ivoiriennes concurrentes, le contrat de concession et d’exploitation du premier port d’Afrique de l’Ouest a finalement été attribué au groupe français, qui affirme s’être tenu à sa ligne de conduite officielle : la non-ingérence. Selon un ancien du groupe, ce renouvellement serait une compensation pour l’exploitation à perte, au plus fort de la crise traversée par la Côte d’Ivoire depuis septembre 2002, de la ligne de chemin de fer Sitarail conduisant de Ouagadougou à Abidjan. Dans l’ensemble, constate M. Paul Lignières, associé du cabinet d’avocats Linklaters, les entreprises françaises manifestent toujours une « sensibilité un peu différente » de celle de leurs homologues étrangères : elles sont « souvent plus attachées à leur indépendance vis-à-vis des financiers anglo-saxons que vis-à-vis des politiques français »...
Le comportement des firmes nationales peine à s’adapter à une nouvelle donne qui, sous la pression des organisations non gouvernementales et des associations altermondialistes, fait une part croissante à la « moralisation » des pratiques économiques en Afrique. Ainsi Total, qui a adhéré à l’Initiative sur la transparence des industries extractives lancée en 2002 à l’occasion du Sommet sur le développement durable de Johannesburg, ne participe pas à la campagne « Publiez ce que vous payez », organisée par un groupe d’ONG. Coordinateur, en France, de cette campagne, M. Michel Roy estime que, en invoquant la non-ingérence et la confidentialité de ses contrats, « Total tient un discours sur la transparence qui ne peut pas se traduire dans les faits ». Du coup, le groupe français se trouve au vingt et unième rang (sur vingt-quatre) des sociétés pétrolières les moins bien notées par ce collectif d’ONG. Or, constate Achille Mbembé, en Afrique, « les gens veulent une autre culture politique, qui se traduise par le retour à des valeurs de base ». Un désir qui s’exprime lentement : « Il y a un progrès, au moins sur le plan rhétorique, car auparavant la corruption était niée. »
Désormais, les grands groupes peuvent être interpellés sur les résultats de leurs activités. Ainsi, dans son dernier rapport consacré à l’IDE en Afrique, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) dresse un bilan très mitigé de la présence économique étrangère sur le continent : divergences d’intérêts entre les Etats hôtes et les entreprises (comme le développement d’enclaves sectorielles dans le pétrole ou les mines), politique d’incitations fiscales préjudiciable aux rentrées budgétaires, et absence d’entraînement des capitaux étrangers sur le tissu local. Pour les Français, longtemps dominants, sinon seuls (en Afrique francophone), le passif est lourd. Il décrédibilise le discours des entrepreneurs hexagonaux qui prétendent faire mieux que leurs concurrents asiatiques peu soucieux du développement local, des droits fondamentaux ou d’environnement (voir « Mélange des genres »). Ainsi, des associations comme les Amis de la Terre ou Survie se sont désormais fixé pour objectif de montrer que « l’extraterritorialité dans laquelle agissent les agents privés n’est pas la garantie systématique de l’impunité ». Les Amis de la terre se sont constitués partie civile en mars 2002 dans une action – jusque-là restée sans suite – devant la justice française, intentée par des villageois camerounais contre Rougier, pour « destruction de biens appartenant à autrui, faux et usage de faux, escroquerie, recel, corruption de fonctionnaire (14) ». Aussi l’AFD affiche-t-elle sa volonté de « soutenir les bonnes pratiques ». M. Mbembé souligne le « paradoxe » de cette situation : « Au moment où se produit un désengagement relatif des entreprises françaises, leur action dans les pays hôtes est de plus en plus vue comme du pillage. »
Les entreprises ne peuvent plus se contenter de créer « un îlot de prospérité dans un océan de misère », selon l’expression de M. Henri-Bernard Solignac-Lecomte, économiste au centre de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), par l’édification d’installations « maison » (école maison, hôpital maison, etc.). Il faut aller plus loin, contribuer à l’amélioration durable du tissu économique ou social local, en soutenant la création de PME, par exemple. Cela implique de repenser certaines pratiques. Ainsi, estime M. Marc Vézina, de l’association ps-Eau, « dans les petites villes et les villages, on pourrait très bien confier l’exploitation de l’eau communale à des opérateurs privés locaux, plutôt que de signer de gros contrats avec des groupes comme Veolia ou Saur ». Mais, ajoute-t-il, « entre les contrats d’affermage à la française et le régulateur à l’anglaise – imposés par la Banque mondiale –, il est bien difficile pour les Africains de trouver leur place ! ». Dans le secteur du bois, les pays producteurs manifestent également des exigences industrielles et fiscales croissantes afin de mieux servir le développement de leur pays. La transformation locale atteint désormais 40 à 100 % de la production de grumes, selon les essences et les pays. Et dans le bassin du Congo, indique M. Rougier, « la fiscalité a été multipliée par deux ou trois depuis cinq ans ».
La baisse tendancielle du nombre d’expatriés depuis vingt ans ouvre un espace à la promotion des cadres africains : moins de 200 expatriés pour CFAO (sur un effectif de 10 300 personnes), contre un millier dans les années 1980 ; une vingtaine à la Compagnie fruitière (sur 15 000) ; 60 pour 2 000 emplois directs chez Rougier ; 381 expatriés chez Bolloré sur 28 868 employés (permanents et temporaires). L’hexagone dispose d’un atout humain précieux mis en valeur par M. Didier Acouetey, fondateur et dirigeant d’AfricSearch, le premier cabinet de recrutement dédié à l’Afrique : « Des cadres d’origine africaine formés en France en nombre croissant, soucieux d’œuvrer de manière concrète au développement de l’Afrique. »
Cependant, la disparité des traitements entre expatriés et recrutés locaux continue de choquer. Dixit un cadre supérieur ivoirien de Bouygues : « En général, le problème, c’est le pourcentage de la masse salariale française par rapport à la masse salariale totale – mais cela reste un sujet tabou. » Et pourtant... « La nationalité des cadres n’est pas neutre sur la répartition des profits entre la maison mère et la filiale », témoigne un ancien cadre de la Banque mondiale. Mais ce sujet « techniquement compliqué et politiquement sensible » n’a jamais été « abordé de front ». Dans certains pays, comme le Gabon, relève la Cnuced, les rapatriements de bénéfices dépassent, certaines années, les entrées de capitaux étrangers ! En 2003, Libreville a cumulé 87,7 millions d’euros d’IDE pour des bénéfices rapatriés de 526 millions d’euros !
C’est dire que le continent reste, dans certains secteurs, une terre attrayante. La rentabilité serait de 5 % seulement dans l’eau potable et l’assainissement, autrefois très profitables, mais de 13 à 15 % dans l’électricité et de 20 à 25 % dans les télécommunications (15) ! Entreprise vieille de vingt ans détenue à 42 % par France Télécom depuis 1997 (et à 27 % par le gouvernement sénégalais), Sonatel représente la première capitalisation boursière sur la place régionale de Dakar (avec un doublement de son cours de Bourse, ces dix-huit derniers mois), et le premier contributeur fiscal du Sénégal. Son chiffre d’affaires a bondi de 30 % en 2004, à 400 millions d’euros, avec un résultat net de 100 millions d’euros.
En Côte d’Ivoire, malgré la destruction de onze de ses treize agences d’Abidjan en novembre 2004, Orange a continué à gagner de l’argent, grâce à une augmentation du parc de téléphones mobiles de 40 % en 2004. Aussi le directeur des opérations internationales de France Télécom et président de Sonatel, M. Marc Rennard, voit-il dans l’Afrique « une des zones au monde qui offrent le plus grand potentiel de croissance » en raison de son faible niveau d’équipement et de sa faible industrialisation. Alcatel profite également de l’expansion du secteur, et, comme d’autres, aura affaire à forte partie : le groupe chinois mi-privé mi-public ZTE, déjà présent dans quatorze pays africains, et dont l’ambition n’est rien de moins que de devenir « le premier fournisseur d’équipements de télécommunication du continent ».
Président de CFAO, M. Alain Viry souligne la facilité d’implantation sur le continent : « Il n’existe aucun obstacle réglementaire à la création d’une entreprise par des capitaux étrangers, ni de limite aux investissements par des non-résidents, sauf dans la partie méditerranéenne du continent. » Mais, pour tirer leur épingle du jeu, les groupes doivent revoir leur stratégie. L’invocation du risque, réel ou fantasmé, n’est pas sans avantage : « Il faut l’accepter et obtenir, en contrepartie, une meilleure rentabilité », assume M. Francis Rougier, président du directoire de Rougier SA. En outre, subtilement, la présence en Afrique « permet d’être invité au tour de table du développement durable et de communiquer sur le sujet », note un observateur sans illusions...
Certains groupes français ont ainsi su adapter leur périmètre d’activités. Passer du métier de transitaire à celui de logisticien axé sur la manutention et la gestion de terminaux portuaires, telle est l’ambition affichée par Bolloré, qui vient de céder ses navires (Delmas) et conteneurs en propriété à CMA-CGM. Le premier employeur français du continent (dont un gros effectif temporaire) tire ainsi parti du constat dressé par un ancien du groupe : « L’Afrique est comme une île, reliée au monde par les mers. Donc, qui tient les grues tient le continent ! »
Cette vente est la dernière d’une longue liste, commencée en 2001 avec la cession de la filière tabac et poursuivie en 2004 avec celle des activités « non stratégiques » de négoce de cacao et café en Côte d’Ivoire, et d’exploitation forestière au Cameroun. Après de multiples cessions (cuirs et peaux, vin, grande distribution), la centenaire CFAO occupe désormais des niches, étroites mais lucratives, dans la distribution automobile et la pharmacie. En 2005, son chiffre d’affaires devrait dépasser 2 milliards d’euros au terme d’un triplement ces dix dernières années ! Au total, l’écrasante majorité des membres du CIAN est bénéficiaire, quoique avec des variations parfois sensibles (16).
Si quelques groupes français tirent leur épingle de la nouvelle donne africaine, seule une nouvelle vision politique permettrait de relancer l’attrait économique pour le continent et de solder les comptes de la « Françafrique ».
Affairisme, Multinationales, Francophonie, Afrique, Chine, Côte d’Ivoire, France, Sénégal, Niger, Gabon, Centrafrique, Afrique de l’Ouest, Congo-Brazzaville
(1) Lire Demba Moussa Dembélé, « Mauvais comptes du franc CFA », Le Monde diplomatique, juin 2004.
(2) Cette compagnie est issue de la fusion de Total, Fina et Elf.
(3) Lire François-Xavier Verschave,
(4) Huit années d’instruction (1994-2001) ont révélé 183 millions d’euros de détournements de fonds, au profit, notamment, du financement de partis politiques français, tous bords confondus. Si les anciens ministres Charles Pasqua (RPR) et Roland Dumas (PS) ont bénéficié d’un non-lieu et d’une relaxe, l’ancien PDG Loïk Le Floch-Prigent a été condamné à cinq ans ferme. MM. Alfred Sirven et André Tarallo, l’ancien « Monsieur Afrique » du groupe, à quatre ans ferme. Lire Olivier Vallée, « Elf au service de l’Etat français », Le Monde diplomatique, avril 2000.
(5) Cependant, le continent africain ne reçoit que 2 à 3 % des flux mondiaux de capitaux. Cf. Cnuced, « Le Développement économique en Afrique : repenser le rôle de l’investissement étranger direct », Genève, septembre 2005.
(6) Jean-Paul Ngoupandé, L’Afrique sans
(7) Mouvement des entreprises de France.
(8) Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Les objectifs du millénaire pour le développement, Economica, Paris, 2003.
(9) Lire Jean-Christophe Servant, « La Chine à l’assaut du marché africain », Le Monde diplomatique, mai 2005.
(10) Lire Anne-Cécile Robert, « Pas en notre nom ? », Manière de voir, no 79, « Résistances africaines », février-mars 2005.
(11) En 2005, le taux d’endettement financier brut du groupe se situe à 30 %, contre 20 % fin 2003.
(12) Antoine Glaser et Stephen Smith, Comment
(13) Lire Boubacar Boris Diop, « Avertissement ivoirien à la « Françafrique » », Le Monde diplomatique, mars 2005. Les groupes français occupent une place dominante en Côte d’Ivoire dans l’eau et l’électricité (Bouygues) ou la téléphonie mobile (France télécom)... Cependant, ce sont les Etats-Unis qui détiennent les secteurs-clés du pétrole et du cacao. Lire Serge Michailof, « Côte d’Ivoire 2005 : bienvenue sur le Titanic ! », Commentaire, no 110, Paris, été 2005.
(14) Lire Arnaud Labrousse et François-Xavier Verschave, Les Pillards de la forêt. Exploitations criminelles en Afrique, Agone, Marseille, 2003.
(15)
Journaliste.
Journaliste.