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Le Mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour, dit le sage Haoussa .

Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur.










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Thursday, September 08, 2011

Jacques Chirac, celui qui aura érigé la trahison en éthique politique



Le procès des emplois présumés fictifs de la Ville de Paris a commencé lundi sans son principal prévenu, Jacques Chirac, dispensé d'audiences en raison de son état de santé. Pour Périco Légasse, c'est l'occasion de tirer le bilan d'un personnage qui aura institué la trahison en politique....


Clin d’œil du destin que cette anosognosie de l’ancien président de la République à l’heure de comparaître devant ses juges. Il aurait été cité devant le tribunal de l’histoire qu’une bonne dose de vraie amnésie ne lui aurait pas fait plus de mal. Laissons aux politologues assermentés de la Chiraquie le soin de dresser l’homélie funèbre d’un personnage dont la mort mentale ne fait plus de doute. D’apologies en anathèmes sur celui qui rythma quarante années durant la vie de la République Française avec ses atermoiements, les experts sauront bien conclure qui fut le vrai Chirac. Finalement sauvé de façon assez inattendue par l’hôte actuel de l’Elysée dont le bilan, prouesse parmi les records, pourrait être encore plus calamiteux que celui de son prédécesseur, celui qui fut douze années durant le chef de l’Etat aura marqué beaucoup plus profondément qu’on ne le pense la glaise dans laquelle est inscrit le processus psychologique conduisant au pouvoir suprême.


Une des caractéristiques notoires de Jacques Chirac, c’est d’avoir su trahir. Des trahisons multiples et fulgurantes ayant donné de l’homme public une image de tueur mécanique et impavide, l’analyse politique a retenu le mythe d’un étalon fougueux broyant tout sur son passage pour satisfaire un destin grandiose au service de la France. Une lecture en ayant fasciné plus d’un et ayant valu à l’intéressé certaines indulgences, parfois admiratives, du fait que ces trahisons, paraît-il, intervenaient toujours au nom de l’intérêt supérieur du pays. Des générations de militants UDR, RPR puis UMP virent dans cette dextérité à poignarder ses amis le signe d’une puissance d’âme digne de la virilité avec laquelle la France aime à être gouvernée. Même ses opposants ont vu dans l’art de dégommer l’allié d’hier une dimension de génie visionnaire. Chirac trahissait à bon escient. Pour la France.


Au crépuscule d’un parcours assez cossu et parsemé de gloriettes, le verdict de la morale finale pourrait être tout autre. Non seulement les trahisons de Chirac furent viles et lâches, mais leur retentissement ont généré un style assez vite homologué par la classe politique française.


La spectaculaire trahison ourdie contre Jacques Chaban-Delmas, en pleine campagne présidentielle de 1974, au cours de laquelle Chirac lâcha le candidat officiel du gaullisme pour se rallier à Valéry Giscard d’Estaing avec 43 parlementaires de l’UDR, ne fut en rien guidée par le devoir de sauver une droite menacée par une gauche rassemblée derrière François Mitterrand. Elle obéissait à un simple désir de vengeance des deux mentors d’alors du député de la Corrèze, Pierre Juillet et Marie-France Garaud, qui s’étaient juré de faire la peau de celui qui avait osé leur tenir tête quand ils étaient les conseillers particuliers du président Pompidou à l’Elysée. L’opération fut un succès et, en reconnaissance, Giscard nomma Chirac à Matignon.


La deuxième méga-trahison intervint au printemps 1981 quand Jacques Chirac retourna la machine RPR, dont il était devenu le maître par un tour de force, contre Valéry Giscard d’Estaing. Du dîner secret avec François Mitterrand organisé par Edith Cresson à la veille de l’élection présidentielle découla la célèbre formule « Je laisse mes électeurs du premier tour décider selon leur conscience, je ne puis, pour ma part, que voter pour Valéry Giscard d’Estaing ». Le code était passé et la formule permit à la gauche de l’emporter. On se gaussa de la performance. Décidément, Chirac était un tueur d’Etat, un matador national. Faire voter contre son propre camp, sans aucune divergence idéologique de fonds, pour assouvir une vengeance personnelle, ce n’est peut-être pas exactement ce que le général de Gaulle aurait prôné à ses troupes, mais passons. La haute figure du gaullisme était désormais incarnée par un spécialiste du stylet. On pourrait s’en tenir à cette simple conclusion et clore le constat, mais on ne peut écarter que cette pratique, érigée en éthique, allait vite devenir le comble du chic pour prouver que l’on était forgé dans le même acier. Non pas celui du fier canon, mais de la perfide lame. Toute la vie politique française allait désormais être régentée par le protocole de la trahison. Trahir c’est gagner, aurait-on pu lire dans certains traités électoraux.


Chaque parti comptait désormais dans ses rangs celui qui porterait haut et fort la bannière de la félonie. Ce qui était montré du doigt jusqu’alors devenait soudainement la marque d’une grande intelligence stratégique. Quelle belle trahison, quelle classe ! Chirac l’apprit à ses dépends avec Edouard Balladur, «son ami de trente ans », qui n’hésita pas à présenter sa candidature contre le maire de Paris à l’élection présidentielle de 1995 bien qu’ayant solennellement juré qu’il ne le ferait pas. Il fut d’ailleurs suivi par la garde intime et rapprochée de Jacques Chirac au travers de Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy, qui n’hésitèrent pas à lâcher leur mentor au milieu du gué pour se rallier à celui que les sondages avaient scientifiquement installé à l’Elysée. La tactique devenait pratique, voire méthode pragmatique. Même la gauche ne fut pas épargnée, puisque François Mitterrand ne se priva pas de lancer un Bernard Tapie dans les pattes de Michel Rocard, pourtant tête de liste du Parti Socialistes aux élections européennes de 1994, pour lui faire mordre honteusement la poussière (14,49%). On ne saura jamais pour qui le vieux président malade opta l’année suivante entre Jospin et Chirac, mais il dissimula peu les marques d’estime apportées en public à ce dernier et le peu d’affection qu’il montrait à son successeur à la tête du PS. Il faut dire que le parcours du député de la Nièvre n’avait rien d’un serment prêté.


Ce fut ensuite une longue litanie de trahisons diverses et variées à l’intérieur de tous les partis. On fera sans doute remarquer qu’elles ont toujours existé dans cet univers-là, à ceci près qu’elle n’apparaissaient pas au grand jour comme un signe de talent. L’appareil du PS savonna autant qu’il put la candidature de Ségolène Royal à la présidentielle de 2007. Plutôt Sarko que la quiche du Poitou. Et François Hollande ne fut pas en reste dans le lessivage de planche. Les querelles internes au Parti Socialiste n’opposent d’ailleurs plus les Fauristes aux Blumistes (1938), ni le courant A au courant C, mais Fabius à Strauss-Kahn, puis Valls à Montebourg et Aubry à Hollande, tous les coups étant permis pourvu que le meilleur perde. C’est tout juste si la loyauté ne devient pas ringarde et la fidélité une forme de veulerie réservée aux débiles. Jean-Louis Debré et Brice Hortefeux en savent quelque chose, Pierre Bérégovoy et François de Grossouvre les ont prises trop à cœur.


L’aura de Jacques Chirac fut tel que cette forme de comportement indiquait une largesse d’esprit, une capacité d’adaptation salutaire, une plasticité prouvant l’émancipation du traître vis à vis des clichés. La Ve République prit peu à peu l’habitude de voir le relaps récompensé.


Autant un leader de droite, Jean-Pierre Soisson, intégra-t-il un gouvernement «d’ouverture » suggéré par François Mitterrand en 1988, pour revenir à ses anciennes amours aux élections suivantes, quitte à accepter les voix du Front National pour obtenir la présidence de la région Bourgogne, autant Eric Besson et Bernard Kouchner passèrent-ils en quelques heures, avec armes et bagages, et sans autre consigne, du lit de Ségolène au harem de Nicolas. L’opprobre qu’ils suscitèrent fut sans commune mesure avec l’admiration inspirée aux médias du moment. « Il faut en avoir dans le calbar pour trahir avec un tel aplomb en gardant la tête si haute », aurait dit le mari de Bernie.


Autrefois, un renégat, ça se lynchait. Et bien aujourd’hui, ça se lèche.


Et si l’intelligentsia déteste le sinistre Eric Besson, ce n’est pas tant d’avoir rejoint celui qu’il fustigeait côté gauche avant de s’offrir à lui, que d’avoir tenu des propos faisant honte aux valeurs républicaines.


Tel sera le bilan philosophique de Jacques Chirac. Bilan dont on ne se souviendra pas forcément, mais qui aura conduit une partie de l’élite gouvernante à se prévaloir de la trahison pour plaire. Que voulez vous, ça fait moderne. Aucun de ceux la ne sont pour autant des salauds, ce ne sont que des enfants de Chirac. Il serait temps que la République se remette de cette déviance avant que le peuple ne lui tourne le dos. En effet, l’anosognosie n’a jamais été un bon remède pour la démocratie.
Wikio

Saturday, August 06, 2011

Pourquoi l’Afrique ne se développe pas



Le continent n'exploite pas ses nombreuses richesses et n'a pas su tirer les leçons des modèles sociopolitiques expérimentés à travers le monde.


View of Kigali, Rwanda, by oledoe via Flickr CC

C’est une lapalissade de dire que l’Afrique est un continent riche, tant elle regorge de ressources naturelles. Même ci celles-ci ne sont pas inépuisables, l’Afrique est encore riche de ses terres en grande partie cultivables et de ses ressources humaines. Et pourtant, elle peine à se développer —c’est le moins que l’on puisse dire.
Au lieu de tirer leçon des succès et des échecs des modèles de développement qui ont été expérimentés de par le monde, elle continue à s’engluer dans ses politiques stériles. Plusieurs facteurs essentiels sont la cause de cette situation.

La faillite des politiques

Depuis la fin de la colonisation, presque tous les pays africains ont été dirigés par une élite sans vision politique à moyen ou long terme. Cette élite, qui s’est substituée aux anciens colonisateurs, a été incapable d’ambition et s’est davantage préoccupée d’elle-même que des peuples dont elle prétend défendre les intérêts. Résultat: le système colonial a été purement et simplement perpétué sous une autre forme dans les domaines politique, économique et culturel au fil des années. A cela, il faut ajouter l’insécurité de l’environnement économique qui ne favorise pas les investissements, et le règne de l’informel.
L’indépendance est donc devenue une véritable dépendance vis-à-vis des puissances étrangères, en particulier des anciennes puissances coloniales. Faute de réflexions endogènes ou prospectives et de volonté politique en vue d’amorcer un changement par une synergie d’actions, les politiques actuelles sont une navigation à vue. Les Etats sont gérés à la petite semaine par les dirigeants, juste le temps d’accomplir les hautes charges qui sont les leurs.

Le marché de consommateurs

Il n’y a pas meilleur marché de consommation que l’Afrique. C’est ce que nous appelons, avec un certain humour, dans nombre de pays africains les «receveurs universels». Comment peut-on se développer quand on consomme tout ce qui vient de l’extérieur sans distinction et qu’on ne produit rien, ou pas grand-chose?
Le comble, c’est que beaucoup d’Africains ont le complexe suranné de la préférence étrangère. Même quand ce qui est produit localement est de bien meilleure qualité que ce qui est importé. L’extraversion est non seulement un phénomène économique, mais aussi culturel. Et cette tendance doit être inversée par la création et la recherche de qualité, afin que les produits africains puissent être concurrentiels à l’échelle internationale.
L’Afrique ne doit pas être uniquement un marché de consommateurs —bien au contraire, elle a tout intérêt à se lancer dans la production tous azimuts. En effet, les Africains doivent encore prouver, comme qui dirait, qu’ils ne savent pas jouer que du banjo.

La négligence de l’agriculture

L’agriculture a toujours été reléguée au dernier rang des activités humaines en Afrique. Le paysan est considéré comme un citoyen de seconde zone. C’est le moins que rien. La plupart des Africains veulent être des commis de l’Etat. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, tous les pays africains font de l’agriculture la base de leur développement. Mais ils ne font rien pourtant pour développer cette agriculture. Et ce n’est qu’un euphémisme.
Il faut bien le dire, depuis l’époque de la pierre, l’Afrique n’a remplacé l’outil agricole que par le fer. Rien de plus. Ce n’est pas avec la houe et la daba que l’Afrique peut se rendre autosuffisante alimentairement avant de parler de développer son agriculture à des fins de commercialisation ou de transformation. Comme les résultats d’investissements dans ce secteur ne s’obtiennent qu’à moyen ou long terme, cela intéresse peu les investisseurs étrangers et les Etats eux-mêmes.
Pourtant, cela concerne la presque totalité de la population du continent. Avec une démographie galopante et un dérèglement climatique qui s’accentue d’année en année, les moyens agricoles traditionnels ne peuvent plus nourrir les nombreuses bouches du continent tant qu’ils n’évolueront pas. Et un homme qui a faim est un homme qui ne pense pas, et par conséquent ne se donne pas les moyens de son développement.

L’inadéquation du système éducatif

Plus de cinquante après les indépendances de la plupart des pays d’Afrique, le système éducatif ne s’est toujours pas adapté aux réalités du monde actuel et à l’évolution des sociétés africaines. L’enseignement élémentaire reste encore un luxe pour la majorité. Et l’enseignement supérieur ne forme en grande partie que des diplômés sans emploi, incapables d’entreprendre ou de s’insérer dans la vie active dès qu’ils quittent leur formation.
Malheureusement, dans un tel contexte, l’enseignement technique et professionnel qui devrait être privilégié demeure le parent pauvre du système éducatif africain. C’est une des questions essentielles du développement de l’Afrique à laquelle il convient absolument d’apporter une solution adéquate.

L’instabilité sociopolitique

On peut compter sur les doigts d’une seule main les pays africains qui peuvent se targuer d’avoir connu une longue stabilité sociopolitique. Or celle-ci est une condition sine qua non du développement. L’Afrique souffre de la faiblesse de son organisation sociale et politique. Tant et si bien que la conjugaison des conflits internes et des appétits voraces externes que suscitent ses richesses ne sont pas pour la prémunir de crises plus ou moins graves.
L’une des raisons à cette instabilité chronique et récurrente est la difficulté à s’approprier les principes de la démocratie. Qu’ils accèdent au pouvoir, au pire par un coup d’Etat, succession dynastique ou au mieux par des élections passablement démocratiques, les chefs d’Etat africains finissent la plupart du temps par succomber à la tentation de la dictature. Grâce à l’absence d’armées républicaines, à la corruption, à l’analphabétisme d’une grande partie des peuples, au clientélisme, au culte de la personnalité et tutti quanti. Toutes choses qui engendrent des conflits sociopolitiques. De manière inconsciente ou non, les peuples africains sont eux-mêmes des usines à dictateurs.

La corruption

La corruption est un véritable fléau en Afrique, qui touche particulièrement les élites. En l’absence d’initiatives individuelles ou collectives de production de richesses, l’Etat reste la seule vache à lait. La politique est ainsi le plus grand pourvoyeur d’emplois et le seul moyen de s’enrichir de façon licite ou illicite sans travailler. Cet état de fait inhibe toute initiative et transforme certains agents de l’Etat, mais surtout ceux qui sont au pouvoir ou proches, en de véritables sangsues. Les économies en sont du coup gangrénées.
Si l’argent qui part en fumée au moyen de la corruption était effectivement investi en faveur des populations, l’Afrique aurait fait un grand bond en avant sur la voie du développement. Mais qui refuse de gagner de l’argent sans travailler? Ils ne sont pas légion, ces agents de l’Etat ou hommes politiques en Afrique. De nos jours, ils sont malheureusement comme des espèces humaines en voie de disparition.
La bonne gouvernance n’est pas le fort des dirigeants africains. Bien au contraire, c’est ce qui leur permet de rester au pouvoir en organisant des élections truquées d’avance par l’achat de conscience non seulement des électeurs en majorité analphabètes, mais aussi de ceux qui organisent les élections. Quand ils ne sont pas purement et simplement des dignes représentants de groupements économiques et politiques étrangers qui font feu de tout bois à cet effet.
Marcus Boni Teiga

Tuesday, May 10, 2011

10 mai 1981, triste anniversaire


« Il y a deux manières d’aborder une revendication sociale. La première consiste à additionner les difficultés pour justifier qu’on y renonce. La seconde à considérer qu’il s’agit d’une exigence de justice et que, si l’on fait le compte des obstacles, c’est avec la volonté de les surmonter », écrivait François Mitterrand en 1980 (1). Sept ans plus tard, pourtant, au terme du premier mandat du président socialiste, Lionel Jospin sonnait le glas du volontarisme politique qui avait marqué les premiers mois du gouvernement de gauche — nationalisation des banques et des grands groupes industriels, retraite à 60 ans, cinquième semaine de congés payés, augmentation des minima sociaux. Il annonçait en effet : « La période des grandes réformes ne se renouvellera pas (2). »
Les « réformes » allaient reprendre, mais en changeant de sens. Il ne s’agirait plus de réduire les inégalités sociales, mais d’accroître la rentabilité des entreprises ; plus d’élargir les marges de manœuvre de la puissance publique, mais de généraliser aux services publics la logique du marché ; à l’information et à la culture, celle de l’audimat et de la publicité. Ceci dit, le réformisme de la gauche a également concerné des questions de société, à propos desquelles les socialistes peuvent pointer de réelles avancées (suppression des juridictions d’exception, abolition de la peine de mort, fin des discriminations liées à la sexualité).
Paradoxalement, le seul président socialiste élu en France depuis Vincent Auriol en 1947 aura néanmoins compté au nombre des agents les plus performants de l’affaiblissement en France de l’idée de socialisme. Sa popularité actuelle dans les milieux dirigeants de l’entreprise et des médias ne s’explique peut-être pas autrement…
Pour les adversaires de la gauche (et pour les éléments les plus modérés de celle-ci), le bilan des années Mitterrand a ceci de réconfortant qu’il paraît avoir confirmé qu’un pays enserré dans l’économie mondialisée serait voué à perpétuer l’ordre social. L’échec du projet de « rupture avec le capitalisme » de Mitterrand permet ainsi à la droite de prétendre qu’il n’existe aucune alternative viable au libéralisme économique qu’elle défend : « Ce qui était socialiste n’a pas marché. Ce qui a marché n’était pas socialiste (3). »
Les socialistes modérés, pour leur part, se montrent d’autant plus prompts à exagérer les « erreurs » volontaristes de leur programme de 1981 qui aspirait à « changer la vie » que cela leur permet de célébrer le nouveau « réalisme » de leurs projets successifs (4). Ils n’aspirent plus dorénavant qu’à « réguler le capitalisme », ce qui explique qu’un des leurs dirige le Fonds monétaire international (FMI), pendant qu’un autre pilote l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
En définitive, la question n’est pas tant de savoir, trente ans après, si les socialistes ont « échoué » ou s’ils ont « réussi ». Ils ont échoué sur le front de l’emploi et sur celui de l’égalité sociale. Ils ont réussi sur ceux de l’inflation et des taux de profit. Le problème, c’est qu’on attendait d’eux qu’ils livrent la première bataille, pas qu’ils remportent la seconde.
Serge Halimi
(1) Cf. Quand la gauche essayait, Arléa, Paris, 2000.
(2) Le Monde, 9 octobre 1987.
(3) Alain Madelin, Europe 1, 12 février 1986.
(4) Le PS a admis, lors de son congrès de la révision doctrinale, en décembre 1991 : « Le capitalisme borne notre horizon historique. »

Dans « Le Monde diplomatique » :

  • « L’histoire vire-t-elle à droite ? » (aperçu), par Rémy Lefebvre, avril 2011.
    « Les valeurs des Français » ont-elle évolué vers la droite, comme l’estimait récemment Nicolas Sarkozy ? Le Parti socialiste ne se démarque pas toujours de cette analyse, bien commode pour justifier des renoncements politiques dont l’extrême droite se nourrit.
  • « “Vive la crise !”, saison deux » (aperçu), par Laurent Cordonnier.
    Un quart de siècle après la diffusion de « Vive la crise ! », une émission de pédagogie libérale animée par l’acteur Yves Montand, la télévision publique récidive, le 11 janvier. Mais, cette fois, le climat idéologique a changé.
  • « Liberté, égalité... “care” », par Evelyne Pieiller, septembre 2010.
    Respect, souci des autres : Martine Aubry hésite entre plusieurs termes pour traduire la notion de « care » qui, selon elle, devrait fonder le projet de société du Parti socialiste. Mais cette priorité accordée à la compassion ne conduit-elle pas à négliger les structures de l’économie ?
  • « Les socialistes ont-ils bonne mémoire ? », par Serge Halimi, avril 2010.
    Dans son dernier ouvrage de Mémoires, M. Lionel Jospin fait peu de révélations et ne délivre pas d’analyses percutantes. Néanmoins, l’ensemble n’est pas entièrement dépourvu d’avantages, qui relate la métamorphose d’une des figures de la gauche française, passée du militantisme trotskiste à la direction du PS.
  • « Terra Nova, la “boîte à idées” qui se prend pour un think tank », par Alexander Zevin, février 2010
    Un peu partout en Europe, les partis de gauche errent comme des bateaux ivres, incapables de définir une ligne politique, un projet de société. Ce marasme favorise les entreprises de « refondation intellectuelle » du progressisme, parfois moins désintéressées que ne l’affirment leurs ambitieux promoteurs.
  • « Socialiste ou “manager de l’espoir” ? » (S. H.), septembre 2008.
    M. Delanoë a choisi de se placer sur la scène déjà encombrée des « pragmatiques », des « réalistes », des modérés. Le maire de Paris se veut avant tout entrepreneur, « manager » même.
  • « A gauche, l’éternelle tentation centriste », par Grégory Rzepski et Antoine Schwartz, juin 2007.
    Face aux attraits de M. Sarkozy, capable de séduire le Front national et d’enrôler des personnalités comme M. Bernard Kouchner, les dirigeants de gauche semblent désorientés. Certains d’entre eux recommandent une adhésion plus ostensible à l’économie de marché. L’idée n’est pas vraiment inédite…
  • « La foire aux fiefs », par François Cusset, mai 2007.
    Parmi les curiosités héritées des années 1980, un paradoxe ne surprend plus personne : la décentralisation a engendré la mise en concurrence féroce et publicitaire des mille recoins de l’Hexagone et creusé une « fracture provinciale ».
  • « Quand la gauche de gouvernement raconte son histoire » (S. H.), avril 2007.
    Depuis 2002, on ne compte donc plus les acteurs directs des septennats de François Mitterrand ou du gouvernement de M. Lionel Jospin qui ont rédigé des ouvrages de Mémoires et d’analyse.
  • « Changer de président ou changer de Constitution ? », par André Bellon, mars 2007.
    L’élection présidentielle est devenue le centre de la vie politique française. Cependant, elle contribue aux dérives de la personnalisation du pouvoir. N’est-il pas temps de repenser les institutions et — pourquoi pas — de revenir au parlementarisme ?
  • « Quand la gauche renonçait au nom de l’Europe » (S. H.), juin 2005.
    Transformation sociale ou invocation des « contraintes européennes » ? Seule une réécriture conservatrice de l’histoire a conduit à poser comme inédite une question qui ne l’est pas. Car le risque d’une collision entre les ambitions de la gauche française et un environnement international qui l’inciterait à en rabattre ne date pas d’hier.
  • « La gauche dans son labyrinthe », par Anne-Cécile Robert, mai 2005.
    Pourquoi, lorsqu’il s’agit de la construction européenne, les représentants officiels de la gauche soutiennent-ils des documents qui, comme le traité constitutionnel, n’ont que peu à voir avec leur vocation politique et sociale ?
  • « Le rendez-vous manqué de la gauche et des cités », par Olivier Masclet, janvier 2004.
    La gauche rappelle régulièrement les principes du pacte républicain, tels que l’égalité des chances ou l’intégration de tous dans le respect des différences... Mais quelles mesures avance-t-elle pour intégrer les couches populaires, notamment les Français d’origine maghrébine ?
  • « Flamme bourgeoise, cendre prolétarienne » (S.H.), mars 2002.
    L’essai de M. Dominique Strauss-Kahn, La Flamme et la Cendre, théorise la rupture du Parti socialiste à la fois avec son histoire et avec ce qui constitua longtemps une fraction significative de sa base sociale.
  • « Un bilan doublement révélateur » (S. H.), mai 2001.
    L’ouvrage de deux journalistes de haut rang, qui ont fait appel, pour analyser les vingt années écoulées depuis l’élection de François Mitterrand, à « 47 experts et grands témoins », offre une belle démonstration de l’enfermement d’un certain journalisme dans la pensée dominante.
  • « Il y a quinze ans, “Vive la crise !” (P. R.), février 1999.
    En février 1984, une émission de télévision cherchait à accomplir un travail de propagande en faveur du marché. Fin des idéologies, futilité de l’Etat-providence, culte de l’entreprise : les Français étaient appelés à sacrifier Etat social et conquêtes syndicales sur l’autel de la rigueur.

Dans notre DVD-ROM d’archives (1968-2010) :

  • « Au nom du consensus... », par Christian de Brie, juillet 1988.
    Les élections présidentielle et législatives viennent de consacrer le ralliement des socialistes à la logique de l’économie de marché, aboutissement d’un long glissement amorcé dès 1982.
  • « Les socialistes français et la contrainte européenne », par Bernard Cassen, juin 1988.
    Le PS fait face à deux défis cruciaux : briser l’engrenage de la société duale qui s’installe, véritable fabrique des exclus et terreau de l’extrême droite ; préserver une marge de manœuvre vis-à-vis de l’Europe libérale du marché unique, qui ne connaît d’autre impératif que celui de la rentabilité.
  • « La foire aux libertés (I) », par Claude Julien, septembre 1984.
    L’intérêt général : tel était l’un des leitmotive de la gauche qui, maintenant, semble lui préférer l’« individualisme ». Mais elle renie son propre projet lorsqu’elle renonce à combattre une idéologie qui fait fi de l’intérêt général.
  • « La trajectoire originale du parti socialiste français », par Kostas Vergopoulos, septembre 1981.
    Le socialisme français aujourd’hui au pouvoir se situe dans une perspective différente de celle des social-démocraties du Nord, non seulement par ses objectifs, mais aussi parce qu’il correspond à un autre type de société.


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