Faire savoir la vérité et être à sa recherche tel est le but de mon blogue.
Je vous invite donc à faire jaillir la vérité par chacune de vos interventions sur ce blogue que vous rendrez plus éclairant.
Soyez les bienvenu(e)s.
« Toute ma vie je me suis consacré à la lutte pour le peuple africain. J’ai combattu contre la domination blanche et j’ai combattu contre la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie et avec les mêmes opportunités. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et agir. Mais, si besoin est, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir »
Nelson Mandela, Déclaration devant la Cour suprême de l’Afrique du Sud à Pretoria le 20 avril 1964 pour sa défense
Qui à travers le monde, en voyant les images de Nelson Mandela, ne se souviendra de la joie de vivre si communicative d’un homme qui en toutes circonstances, même les plus graves, sérieuses ou empreintes de solennité, était capable d’exorciser les angoisses en esquissant quelques pas de danse dans un déhanchement si naturel qui apaisait aussitôt les souffrances de la vie. Mais il ne faut pas s’y tromper.
1. UN GRAND HUMAIN QUI A TRANSMIS L’ESPRIT DE LA RECONCILIATION
Si sur cette terre quelques hommes furent grands. Nelson Mandela fut bien de ceux-là. Un homme finalement très simple, humble serviteur toute sa vie durant et jusqu’au dernier souffle de la cause qui fut la sienne.
Nelson Mandela fut cet homme qui après avoir conquis le pouvoir après quarante années de luttes, a fait passer l’avenir de son pays devant son avenir personnel, alors que tant de ses homologues africains s’accrochent au pouvoir des décennies durant au mépris de leurs peuples, au prix de la corruption, de la prévarication et de la contre-vérité des urnes.
Nelson Mandela aura mené tous ses combats de manière originale usant et abusant d’armes pourtant simples en plaçant en permanence la persuasion et la force de conviction, au centre de son action publique.
Quel épisode pourrait mieux illustrer l’art du contre-pied permanent qu’il avait institué en mode de gouvernance, que son premier acte politique, dès son accession à la présidence de la république d’Afrique du sud, en allant rencontrer chez elle la veuve du père de l’Apartheid, posant ainsi le premier acte de la réconciliation nationale en République d’Afrique du Sud.
Quel meilleur exemple que celui de Nelson Mandela qui après 27 ans et pratiquement 10 000 jours en prison, avait conservé un charisme toujours intact et qui forçait l’admiration à la veille de son départ du pouvoir et hier de notre monde !
2. LUTTER POUR LA LIBERTÉ D’ABORD ET AVANT TOUT
Le Monde gardera de Nelson Mandela le souvenir d’un homme qui ne se départait jamais d’un optimisme positif et communicatif. De l’homme qui avait su transformer positivement le sinistre pénitencier Robben Island dans lequel il fut incarcéré 27 ans sous le numéro de matricule [46664],en une véritable université laboratoire de combattants de la liberté de laquelle sont sortis nombre de futurs dirigeants de l’Afrique du Sud ! De l’homme qui a su à Robben Island créer un monde qui rendait à leur sortie les gens meilleurs.
Mais Nelson Mandela fut aussi un Homme lucide et réaliste quand les circonstances de la vie et les nécessités de la lutte l’imposaient. Convaincu que des années de lutte non violente contre l’apartheid n’avaient apporté aucune avancée il décida sans hésitation à franchir un pas supplémentaire.
C’est ainsi qu’en mai 1961, Nelson Mandela, sans hésiter un seul instant et utilisant déjà l’art du contrepied, pousse le Gouvernement sud-africain raciste à tomber dans le piège du recours à la force et la contrainte en faisant intervenir police et armée, comme seule réponse à la grève générale où les grévistes restent à leur domicile. La non-violence comme réponse à la violence permanente de l’autre était déjà dans les gênes du combattant de la liberté que Nelson Mandela symbolisait au nom de tous les combats noirs et parfois blancs morts pour l’unité du pays Arc-en-Ciel. Faut-il rappeler Steve Biko assassiné ou d’autres comme feu Walter Sisulu, surnommé le « Papa » et compagnon de lutte et prisonnier comme lui ? Nelson Mandela était le « grand-frère » des gens du Bien.
Nelson Mandela n’hésitera pas davantage à cette occasion d’affirmer que le passage à la lutte armée pouvait si nécessaire constituer le dernier recours, élaborera un plan de passage graduel à la lutte armée, des campagnes de sabotage contre des cibles symboliques, des plans de guérilla si les sabotages ne suffisaient pas à mettre une fin à l’apartheid.
3. LA LUTTE CONTRE LES INÉGALITÉS ÉCONOMIQUES ET l’USURPATION DES TERRES
Nelson Mandela n’a pas pour autant oublié que la lutte se gagne au plan économique et que les inégalités et les townships devaient disparaître à terme. Mais paradoxalement, c’est la direction du parti ANC qui n’a pas voulu suivre ses recommandations dans le choix de ses dirigeants… Certains s’en mordent aujourd’hui les doigts car l’unité de l’ANC (African National Congress – Congrès National Africain) parti politique d’Afrique du Sud membre de l’Internationale socialiste, pourrait ne pas maintenir bien longtemps son unité et donc sa réconciliation si l’esprit de Mandela les abandonne.
Les tenants des richesses économiques sud-africaines feraient bien, volontairement, de partager les terres avec les autochtones d’avant, avant, avant eux, qui n’ont pas demandé à expérimenter l’Apartheid., un système qui mute comme un certain capitalisme qui fonde son accumulation sur le dos principalement et d’abord des peuples noirs, des pauvres et enfin des moins influents et les moins organisés.
4. MANDELA, LA CONSCIENCE ETHIQUE DU MONDE
Les jeunes générations garderont de Nelson Mandela le souvenir d’un combattant infatigable et déterminé, qui a mis sa vie entière au service de la lutte et du bien commun pour rendre véritablement le monde et les hommes meilleurs. Le premier Président noir de la République d’Afrique du Sud qu’il fut, fut d’abord un Grand Humain. Son esprit a irradié tout le mouvement, sans oublier les principales femmes de sa vie, Evelyn Mase (deux filles), Winnie Nomzamo (deux filles) et Graça Machel.
Peut-on encore parler d’un Homme quand Nelson Mandela le Sur-Humain est passé du statut de « terroriste », dont il était taxé avec son mouvement ANC et que certains pays agresseurs permanents n’ont effacé de leur liste que vers les années 2000, à celui de conscience du Monde. Ceux qui critiquent encore la « raison Nègre » peuvent aller se coucher. Mandela n’en fait aucun cas… Il les a tous influencés. Il a changé certains. Mais une trop grande majorité discrète n’arrive pas à faire disparaître le racisme, inscrit dans leurs gênes, dont ils se servent comme d’une référence universelle pour expliquer leur conception du monde.
Mais quel monde ? Pourtant, c’est notre Monde à tous ! Il faudra d’autres « Mandela »…
Aussi, la lutte doit continuer. Paix à ton âme, Mandela. D’autres suivront ton exemple… Les ancêtres africains sont fiers de ta lignée, celle qui fait triompher le bien sur le mal. Merci encore !
In the desire to celebrate Nelson Mandela’s life — an iconic figure who triumphed over South Africa’s brutal apartheid regime — it’s tempting to homogenize his views into something everyone can support. This is not, however, an accurate representation of the man.
Mandela was a political activist and agitator. He did not shy away from controversy and he did not seek — or obtain — universal approval. Before and after his release from prison, he embraced an unabashedly progressive and provocative platform. As one commentator put it shortly after the announcement of the freedom fighter’s death, “Mandela will never, ever be your minstrel. Over the next few days you will try so, so hard to make him something he was not, and you will fail. You will try to smooth him, to sandblast him, to take away his Malcolm X. You will try to hide his anger from view.”
As the world remembers Mandela, here are some of the things he believed that many will gloss over.
1. Mandela blasted the Iraq War and American imperialism. Mandela called Bush “a president who has no foresight, who cannot think properly,” and accused him of “wanting to plunge the world into a holocaust” by going to war in Iraq. “All that (Mr. Bush) wants is Iraqi oil,” he said. Mandela even speculated that then-Secretary-General Kofi Annan was being undermined in the process because he was black. “They never did that when secretary-generals were white,” he said. He saw the Iraq War as a greater problem of American imperialism around the world. “If there is a country that has committed unspeakable atrocities in the world, it is the United States of America. They don’t care,” he said.
2. Mandela called freedom from poverty a “fundamental human right.” Mandela considered poverty one of the greatest evils in the world, and spoke out against inequality everywhere. “Massive poverty and obscene inequality are such terrible scourges of our times — times in which the world boasts breathtaking advances in science, technology, industry and wealth accumulation — that they have to rank alongside slavery and apartheid as social evils,” he said. He considered ending poverty a basic human duty: “Overcoming poverty is not a gesture of charity. It is an act of justice. It is the protection of a fundamental human right, the right to dignity and a decent life,” he said. “While poverty persists, there is no true freedom.”
3. Mandela criticized the “War on Terror” and the labeling of individuals as terrorists without due process. On the U.S. terrorist watch list until 2008 himself, Mandela was an outspoken critic of President George W. Bush’s war on terror. He warned against rushing to label terrorists without due process. While forcefully calling for Osama bin Laden to be brought to justice, Mandela remarked, “The labeling of Osama bin Laden as the terrorist responsible for those acts before he had been tried and convicted could also be seen as undermining some of the basic tenets of the rule of law.”
4. Mandela called out racism in America. On a trip to New York City in 1990, Mandela made a point of visiting Harlem and praising African Americans’ struggles against “the injustices of racist discrimination and economic equality.” He reminded a larger crowd at Yankee Stadium that racism was not exclusively a South African phenomenon. “As we enter the last decade of the 20th century, it is intolerable, unacceptable, that the cancer of racism is still eating away at the fabric of societies in different parts of our planet,” he said. “All of us, black and white, should spare no effort in our struggle against all forms and manifestations of racism, wherever and whenever it rears its ugly head.”
5. Mandela embraced some of America’s biggest political enemies. Mandela incited shock and anger in many American communities for refusing to denounce Cuban dictator Fidel Castro or Libyan Colonel Muammar Gaddafi, who had lent their support to Mandela against South African apartheid. “One of the mistakes the Western world makes is to think that their enemies should be our enemies,” he explained to an American TV audience. “We have our own struggle.” He added that those leaders “are placing resources at our disposal to win the struggle.” He also called the controversial Palestinian Liberation Organization leader Yasser Arafat “a comrade in arms.”
6. Mandela was a die-hard supporter of labor unions. Mandela visited the Detroit auto workers union when touring the U.S., immediately claiming kinship with them. “Sisters and brothers, friends and comrades, the man who is speaking is not a stranger here,” he said. “The man who is speaking is a member of the UAW. I am your flesh and blood.”
In the desire to celebrate Nelson Mandela’s life — an iconic figure who triumphed over South Africa’s brutal apartheid regime — it’s tempting to homogenize his views into something everyone can support. This is not, however, an accurate representation of the man.
Mandela was a political activist and agitator. He did not shy away from controversy and he did not seek — or obtain — universal approval. Before and after his release from prison, he embraced an unabashedly progressive and provocative platform. As one commentator put it shortly after the announcement of the freedom fighter’s death, “Mandela will never, ever be your minstrel. Over the next few days you will try so, so hard to make him something he was not, and you will fail. You will try to smooth him, to sandblast him, to take away his Malcolm X. You will try to hide his anger from view.”
As the world remembers Mandela, here are some of the things he believed that many will gloss over.
Paris- Vingt-six ans durant, Rolihlahla, au nom prédestiné de «fauteur de troubles», déclamera ce poème dans sa cellule de la prison de Robben Island, puis de Pollsmoor, comme la marque de sa détermination à mener son combat jusqu’à son terme; comme le symbole de sa lutte résolue face à ces tortionnaires ségrégationnistes blancs d’Afrique du sud, le parfait exemple d’un militantisme intégral; comme la marque de sa farouche croyance dans le destin de son pays et de son continent, l’Afrique, objet de la plus formidable dépossession de l’histoire de l’Humanité.
Court poème de l’écrivain britannique William Ernest Henley, très repris dans la culture populaire qui contribua à sa célébrité, le titre se fonde sur la propre expérience de l’auteur, qu’il écrivit, en 1875, sur son lit d’hôpital, à la suite de son amputation du pied. William Henley disait de lui-même que ce poème était une démonstration de sa résistance.
Invictus (Invaincu, celui dont on ne triomphe pas), poème préféré du chef du combat nationaliste africain, dont il déclinait les vers comme autant de mot d’ordre, sera popularisé à l’échelle planétaire par le film de Clint Eastwood, dont il en constituera le titre éponyme.
Magistralement interprété par Morgan Freeman et Matt Damon, le film retrace en la scellant l’apothéose de la réconciliation entre Afrikaners et Noirs, lors de la finale de la coupe du Monde de Rugby, en Afrique du sud, en 1995, l’année suivant l’élection de Mandela à la présidence de l’Union sud-africaine.
Le tombeur de l’apartheid, portant le maillot des Springboks, symbole absolu de l’Apartheid, remettant la coupe au capitaine de l’équipe sud-africaine, François Piennaar, un afrikaner pur sucre, cimentera «la nation arc en ciel» par ce coup de génie de Madiba en propulsant Nelson Mandela au rang d’icône planétaire. «L’un des deux plus indiscutables magnifiques personnages du dernier millénaire, avec le Mahatma Gandhi», selon l’expression de l’écrivaine sud-africaine Nadine Gordimer.
Dans la nuit qui m’environne,
Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Je loue les Dieux qui me donnent
Une âme, à la fois noble et fière.
Prisonnier de ma situation,
Je ne veux pas me rebeller.
Meurtri par les tribulations,
Je suis debout bien que blessé.
En ce lieu d’opprobres et de pleurs,
Je ne vois qu’horreur et ombres
Les années s’annoncent sombres
Mais je ne connaîtrai pas la peur.
Aussi étroit soit le chemin,
Bien qu’on m’accuse et qu’on me blâme
Je suis le maître de mon destin,
Le capitaine de mon âme.
«Mandela appartient à l’Histoire», Obama dixit.
Barack Obama, en pèlerinage à l’Ile de Gorée, point de départ de la traite négrière, puis à Robben Island, l’été 2013, a signé dans l’ordre subliminale le passage de relai entre le fondateur de la «Nation Arc en ciel» et le premier président afro américain de l’histoire de la planète, le relai d’un pays pluriethnique à un pays multiracial, et, dans l‘ordre symbolique, un acte de filiation du Nouveau monde envers la vieille Afrique, qu’elle a sinon enfantée, à tout le moins aider à croître, plus durement que d’autres.
Une réplique silencieuse de la vieille Afrique aux négriers européens avec leur «fardeau de l’homme blanc» et leur «charge d’aînesse» arcbouté sur leur vieux continent pétri de rhumatismes systémiques, prix de leur excès. Une claire démonstration de la pleine place de l’Afrique dans l’histoire.
Mandela est décédé le 5 décembre 2013 à la veille du Sommet France Afrique de Paris que l’Afrique du sud a boudé pour les raisons que son successeur Jacob Zuma a résumé en ces termes: «Je ne trouve pas l’intérêt d’aller à un sommet France-Afrique, alors que la France n’encourage pas la démocratie que veut les peuples de ses colonies. En effet la France ne renforce et consolide que ses intérêts dans ses colonies; dès qu’on veut la rappeler à l’ordre, elle n’hésite pas de déstabiliser les nationalistes qui trouvent gênant qu’après le soit disant indépendance, que les richesses du colonisé continu de nourrir l’économie du colonisateur».
…«Nous voyons une Afrique forte qui doit avoir un leadership encourageant. Et non une Afrique que la France initie dans un processus de continuer à renforcer le pillage des ressources d’Afrique», assénera vertement Jacob Zuma, l’héritier de Mandela à la tête de l’Afrique du sud, la nouvelle référence morale du continent, à François Hollande, le Scipion l’africain du Mali Bangui, le nouveau gendarme socialiste de l’Afrique, un continent qui a longtemps été le champ d’action privilégié de la France, reléguée en deux décennies en 5 me position derrière les Etats-Unis, la Chine, l’Inde et le Royaume Uni.
Au Panthéon universel de l’humanité, Mandela rejoint ainsi les deux autres grandes figures tutélaires du XX me siècle pour leur contribution à la morale universelle, le Mahatma Gandhi (Inde), et, pour l’espace francophone, le Martiniquais Aimé Césaire, trois personnalités du tiers monde colonisé, une consécration qui retentit comme un camouflet pour les pays occidentaux avec leur cortège de nazisme, de fascisme, de totalitarisme et d’esclavagisme.
Puissent les fournisseurs de Djembé et de mallettes, les soiffards et les tricards, les cerbères de leurs peuples, prendre exemple sur ces figures de légende.
Et, que dans la mémoire des peuples en lutte pour leur liberté leur âme vive éternellement.
Le 10 mai 1994, Nelson Mandela (76 ans) est intronisé président de la République d'Afrique du Sud. La plupart des dirigeants de la planète se sont déplacés pour ce moment de grâce qui scelle la réconciliation des Sud-Africains après un siècle de ségrégation raciale, dans une période par ailleurs obscurcie par la guerre de Bosnie et le génocide du Rwanda.
Une icône noire
Né le 18 juillet 1918 dans le village de Mvezo, près d'Eastern Cape, le futur président grandit avec les bergers. À la mort de son père, il est élevé par un roitelet xhosa qui discerne son potentiel et le pousse vers les études.
Il entre à l'université de droit de Fort Hare, réservée aux Noirs, mais en est expulsé pour cause de grève, puis il rompt avec sa famille pour échapper à un mariage coutumier.
Réfugié à Johannesbourg, il achève ses études en accomplissant de petits boulots. Chez son hôte, Walter Sisulu, qui fait partie de l'African National Congress (ANC), un parti à vocation multiraciale qui plaide pour l'égalité des droits, il se lie d'amitié avec Oliver Tambo et fonde avec lui, en 1944, la Ligue de la Jeunesse de l'ANC (Young League).
Il se marie en 1944 avec Evelyn Mase, avec qui il aura quatre enfants.
L'arrivée au pouvoir du Parti national, en mai 1948, fait l'effet d'une bombe sur les jeunes militants. Ceux-ci s'engagent de toutes leurs forces contre le gouvernement de Daniel Malan et Hendrik Verwoerd qui instaure un apartheid rigide. Nelson Mandela entre dans une vie de clandestin à laquelle ne résistent ni son cabinet d'avocat ni son premier mariage. En 1952, il est arrêté une première fois et condamné à neuf mois de prison pour non-respect des lois de l'apartheid.
Il divorce et se remarie en 1958 avec Winnie Madikizela, avec qui il aura deux enfants.
Après la tragédie de Sharpeville, en 1960, et l'interdiction de l'ANC, Nelson Mandela convainc les militants de renoncer à la non-violence et d'entrer dans la lutte armée.
Il fonde la branche armée du parti : Le Fer de lance de la Nation (MK, Umkhonto) avec mission de mener des attentats contre les cibles administratives et policières. Mais le mouvement est bientôt démantelé par la police et Mandela lui-même arrêté en août 1962 et condamné à 5 ans de prison pour incitation à la grève et déplacement illégal.
Deux ans plus tard, il est condamné à vie pour trahison. D'abord incarcéré à Robben Island, une île au large du Cap, il est libéré 27 ans plus tard, le 11 février 1990, par le gouvernement sud-africain, acculé à la négociation par la mobilisation internationale contre l'apartheid...
Entretemps, le prisonnier s'est forgé en prison un caractère peu commun, alliant détermination, refus de tout compromis et modération à l'égard de ses ennemis. Se convertissant à la non-violence, il s'est acquis une réputation internationale de vieux sage ou nouveau Gandhi, devenant dans les années 1980 une icône pour la jeunesse occidentale !
Il reçoit le Prix Nobel de la paix en novembre 1993 à Oslo, de concert avec le président Frederik de Klerk, qui a eu la clairvoyance de le libérer et d'engager des négociations avec l'ANC.
Élu à la présidence de la République le 10 mai 1994, il forme un gouvernement multiracial et réalise son rêve d’une Afrique du Sud «arc-en-ciel».
Vaincu par l'âge, Mandela, que l'on surnomme affectueusement «Madiba», délègue la gestion des affaires à son vice-président et ami Thabo Mbeki dès 1996 et quitte la présidence de l'ANC l'année suivante. Obligé de se séparer de Winnie, convaincue de turpitudes diverses, il noue une idylle avec la veuve de Samora Machel, ancien président du Mozambique, Graça, et l'épouse le jour de ses 80 ans. Une sortie en beauté.
Il meurt le 5 décembre 2013, à 95 ans, dans une apothéose nationale, universellement reconnu comme l'une des plus fortes personnalités de la fin du XXe siècle.
L'ancien président de l'Afrique du Sud,Nelson Mandela, est mort jeudi 5 décembre à l'âge de 95 ans. Depuis 1999, le héros de la lutte contre l'apartheid s'était retiré de la vie publique, ne faisant que de rares apparitions. En 2003 pourtant, il était sorti de son silence pourcommenterl'action de George W. Bush,« un président qui ne sait pas réfléchir », etcondamnerle lancement de l'attaque enIrak. Car tout au long de sa vie, la parole fut la plus grande arme de Nelson Mandela.
20 avril 1964, procès de Rivonia : « Un idéal pour lequel je suis prêt à mourir »
Depuis près de deux ans, Nelson Mandela est en prison, condamné pour avoirincité des gens à se mettre en grève pour protester contre les politiques de ségrégation raciale. Mais le 20 avril 1964, Nelson Mandela répond cette fois de chefs d'accusation plus graves : sabotage, haute trahison et complot. Aux côtés de 19 dirigeants de l'ANC, le leader du parti politique est le premier à prendre la parole dans le tribunal de Pretoria. Dans un discours de près de 30 minutes, il raconte à l'assemblée la genèse et les motivations de son engagement politique, esquissant les prémices de la future « Nation arc-en-ciel ».
« La souffrance des Africains, ce n'est pas seulement qu'ils sont pauvres et que les blancs sont riches, mais bien que les lois qui sont faites par les Blancs tendent à perpétuer cette situation. (...) Par dessus tout, nous voulons des droits politiques égaux, car en leur absence notre handicap sera permanent. Je sais que cela paraît révolutionnaire aux Blancs de ce pays, car la majorité des électeurs seront des Africains. Ce qui fait que les hommes blancs craignent la démocratie. Mais cette peur ne doit pas seplacer au travers de la voie de la seule solution qui garantira l'harmonie raciale et la liberté pour tous. Ce n'est pas vrai que le droit de vote pour tous se traduira par une domination raciale. Le clivage politique fondé sur la couleur de la peau est totalement artificiel et quand il disparaîtra, dans un même mouvement la domination d'un groupe de couleur sur un autre sera éliminée.
Au cours de ma vie, je me suis consacré à cette lutte des peuples africains. J'ai combattu contre la domination blanche et j'ai combattu contre la domination noire. J'ai chéri l'idéal d'une société libre et démocratique dans laquelle tout le monde vivrait ensemble en harmonie et avec des chances égales. C'est un idéal pour lequel j'espère vivre et que j'espère accomplir. Mais si nécessaire, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. »
A l'issue de ce procès, Nelson Mandela est condamné à la prison à vie. Il restera vingt-sept ans derrière les barreaux, sous le matricule de prisonnier 46 664.
13 février 1990, la libération : « L'apartheid n'a pas d'avenir »
La foule attend, impatiente, les premiers mots du plus vieux prisonnier politique du monde, qui a quitté deux jours plus tôt la prison Victor Verster de Paarl. Depuis le balcon de l'hôtel de ville du Cap, Nelson Mandela rompt un silence de vingt-sept années. Dans une adresse formulée à la première personne, il remercie tour à tour toutes les composantes de la société sud-africaine, celles-là même qu'il lui faudra réussir à réunifier pour obtenir la paix du pays, encore régi par les lois de l'apartheid.
« Je suis ici devant vous non pas comme un prophète mais comme votre humble serviteur. C'est grâce à vos sacrifices inlassables et héroïques que je suis ici aujourd'hui. Je mets donc les dernières années de ma vie entre vos mains. (...) Aujourd'hui, la majorité des Sud-Africains, noirs comme blancs, reconnaissent que l'apartheid n'a aucun avenir. Ce système doitêtre aboli d'un commun accord afin de reconstruire la paix et la sécurité. (...) La situation qui nous avait poussée à prendre les armes existe toujours aujourd'hui. Nous n'avons pas d'autre choix que de continuer.
Notre lutte a atteint un moment décisif. Nous appelons notre peuple à saisir cette opportunité, afin que nous puissions accéderrapidement à la démocratie. Nous avons attendu trop longtemps notre liberté. Nous ne pouvons plus attendre davantage. C'est le moment d'intensifier notre combat sur tous les fronts. Relâchernos efforts à présent serait une erreur que les générations qui nous suivront ne nous pardonneraient pas. La vision de la liberté, qui point à l'horizon, devrait tous nous encourager à redoublernos efforts.
Notre marche vers la liberté est irréversible. Nous ne pouvons pas laisser la peur l'emporter. Le suffrage universel dans uneAfrique du Sud démocratique, unie et non raciale est notre seule voie vers la paix et l'harmonie entre les peuples. »
Sous les applaudissements de la foule, Nelson Mandela conclura son discours en citant les derniers mots de sa plaidoirie de 1964. « Ils sont toujours aussi vrais aujourd'hui qu'ils l'étaient à l'époque », martèle l'homme, se disant de nouveau« prêt à mourir pour cet idéal ».
Le comité suédois décerne en 1993 le prix Nobel de la Paix à Nelson Mandela et au président sud-africain Frederik de Klerk pour l'abolition de l'apartheid, en juillet 1991. A l'hôtel de ville d'Oslo, Nelson Mandela choisit notamment de rendrehommage à la mémoire de Martin Luther King.
« Nous sommes ici aujourd'hui pour représenter les millions de personnes qui ont osé se soulever contre un système social dont l'essence profonde était la guerre, la violence, le racisme, l'oppression, la répression, et l'appauvrissement de tout un peuple. (...) Ces innombrables humains, à la fois à l'intérieur et en dehors de l'Afrique du Sud, ont eu la noblesse d'esprit de s'opposer à la tyrannie et à l'injustice, sans chercher leur gain personne. Ils ont compris qu'une blessure faite à une personne est une blessure faite à l'humanité, et ont agi ensemble pourdéfendre la justice et le sens commun de la décence humaine.
Notre récompense ne se mesurera que par la paix joyeuse qui triomphera un jour, car l'humanité qui unit les blancs et les noirs en une seule et même race nous permettra de vivre un jour tels des enfants du paradis. Ainsi vivrons-nous, car nous aurons créé une société qui reconnaît que tous les hommes naissent égaux, et que tous ont le droit à la vie, à la liberté, à la prospérité, aux droits humains et à une bonne gouvernance. Une telle société n'autorisera plus jamais que certains soient faits prisonniers à cause de leurs idées. (...)
Qu'il ne soit jamais dit par les générations futures que l'indifférence, le cynisme et l'égoïsme nous ont empêchés d'êtreà la hauteur des idéaux humanistes. Que chacune de nos aspirations prouve que Martin Luther King avait raison, quand il disait que l'humanité ne peut plus être tragiquement liée à la nuit sans étoiles, du racisme et de la guerre. Que les efforts de tous prouvent qu'il n'était pas un simple rêveur quand il parlait de la beauté de la véritable fraternité et de la paix, plus précieuse que les diamants en argent ou en or. »
10 mai 1994, l'investiture : « Une nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde »
Le 27 avril 1994, Nelson Mandela est élu à la tête de l'Afrique du Sud, avec 62,2 % des voix. Nelson Mandela prête serment, devenant le premier président noir de l'Afrique du Sud, après quatre longues et difficiles années de négociations avec la minorité blanche.
« De l'expérience d'un désastre humain inouï qui a duré beaucoup trop longtemps, doit naître une société dont toute l'humanité sera fière. Nous, le peuple d'Afrique du Sud, nous sentons profondément satisfaits que l'humanité nous ait repris en son sein, et que le privilège rare d'être l'hôte des nations du monde sur notre propre terre nous ait été accordé, à nous qui étions hors la loi il n'y a pas si longtemps.
Le temps est venu de panser nos blessures. Le moment est venu de réduire les abîmes qui nous séparent. Le temps de la construction approche. Nous avons enfin accompli notre émancipation politique. Nous nous engageons à libérer tout notre peuple de l'état permanent d'esclavage à la pauvreté, à la privation, à la souffrance, à la discrimination liée au sexe ou à toute autre discrimination. Nous avons réussi à franchir le dernier pas vers la liberté dans des conditions de paix relative. Nous nous engageons à construire une paix durable, juste et totale.
Nous avons triomphé dans notre effort pour insuffler l'espoir dans le cœur de millions de nos concitoyens. Nous prenons l'engagement de bâtir une société dans laquelle tous les Sud-Africains, blancs ou noirs, pourront marcher la tête haute sans aucune crainte au fond de leur cœur, assurés de leur droit inaliénable à la dignité humaine – une nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde.
Le soleil ne se couchera jamais sur une réussite humaine si glorieuse. »
En mai 1999, Mandela se retire au terme d'un seul mandat.
Il disait qu'il n'était « ni un saint ni un prophète ». Il déplorait qu'on le présente comme « une sorte de demi-dieu ». Il insistait sur ses« erreurs », ses« insuffisances », ses « impatiences ». Jusqu'au bout, tandis qu'on le fêtait à travers le monde, tandis que les Etats et les puissants lui tressaient des lauriers, lui dressaient des statues, lui décernaient des palmes et des récompenses, tandis qu'un peu partout on donnait son nom à des milliers d'écoles, d'universités, de rues, de places, de parcs et d'institutions diverses, jusqu'au bout il s'est voulu « un homme comme les autres, un pécheur qui essaie de s'améliorer ».
Nelson Mandela est mort à l'âge de 95 ans à son domicile de Johannesburg, a annoncé dans la soirée du jeudi 5 décembre le président sud-africain Jacob Zuma, en direct à la télévision publique. « Notre cher Madiba aura des funérailles d'Etat », a-t-il ajouté, annonçant que les drapeaux seraient en berne à partir de vendredi et jusqu'aux obsèques qui auront lieu le 15 décembre à Qunu, son village natal. Le 10 décembre, une cérémonie nationale d'hommage se déroulera au stade de Soweto. Sa dépouille sera exposée au siège de la présidence à Pretoria, du 11 au 13 décembre.
On l'a comparé, et on l'identifiera plus encore maintenant qu'il est mort, au Mahatma Gandhi, au dalaï lama, à Martin Luther King. Même charisme, même volonté farouche. L'histoire tranchera. Bill Clinton voyait en lui « le triomphe de l'esprit humain, le symbole de la grandeur d'âme née dans l'adversité ». Il est plus probable que Nelson Rolihlahla Mandela restera, pour l'Afrique, ce qu'Abraham Lincoln fut pour l'Amérique du Nord, ou Simon Bolivar pour celle du Sud : un libérateur.
Il aimait les jolies femmes, les beaux costumes, les chemises bariolées, la boxe, la musique et la danse. Divorcé deux fois, il a fait cinq enfants à deux épouses successives avant de finir sa vie avec une troisième. Il lui est arrivé de mentir, demanipuler des interlocuteurs, de pactiser avec des gens peu recommandables, de se laisseremporter par la colère, de se montrer injuste, indifférent ou dictatorial avec des proches, des collègues, voire avec ses enfants.
ÉLEVÉ POUR RÉGNER ET COMMANDER
Ce n'était ni un messager de Dieu ni un ange descendu du ciel. Pas même un pacifiste. C'était un humain, issu de la noblesse d'Afrique, un fils de chef, né dans l'orbite des étoiles, élevé pour régner et commander. Mandela était un géant comme il en éclot moins d'un par siècle sur la planète. Il faudrait une bibliothèque entière pour restituer l'œuvre du personnage. Et des centaines d'ouvrages ont déjà été écrits à travers le monde sur le destin et la pensée de ce charismatique et énigmatique vieux sage.
Aujourd'hui, on s'interroge sur l'avenir de l'Afrique du Sud, et sur la pérennité de l'héritage démocratique qu'il a laissé. Certains radicaux se demandent si « Madiba » – comme il aimait à être nommé parce que c'était le nom de son clan tribal et qu'il n'avait « jamais su » pourquoi sa première institutrice, une missionnaire britannique, lui avait attribué d'autorité le nom de Nelson à l'âge de 9 ans, alors que son vrai prénom était Rolihlahla – ne s'est pas trompé.
Au vu des fortes inégalités et des injustices qui perdurent dans la République « arc-en-ciel », le plus souvent au profit de la minorité blanche, certains avancent que Mandela a trop cédé à cette dernière, lui a trop pardonné. Qu'il eût peut-être mieux valu une vraie révolution accompagnée d'une véritable redistribution des richesses, des droits et des privilèges au profit de la majorité noire.
En clair, ils reprochent au « fauteur de troubles » – traduction approximative de"Rolihlahla" en langue xhosa – de s'être montré trop clément avec la minorité blanche, d'avoir assuré une transition démocratique en douceur, d'avoir instauré la règle du « un homme, une voix » et d'être ainsi devenu, le plus équitablement du monde et avec le minimum de troubles et d'affrontements possibles, le premier président noir élu par tout le peuple d'Afrique du Sud. En d'autres termes, on lui reproche ce qui restera à jamais dans l'histoire comme sa plus grande œuvre :avoir évité à son pays sans doute la plus sanglante des guerres civiles d'Afrique.
« UN IDÉAL POUR LEQUEL JE SUIS PRÊT À MOURIR »
Dès avant sa libération, le 11 février 1990, après vingt-sept années d'enfermement, cet homme d'exception était déjà un exemple pour tous les opprimés de la terre, une légende, un mythe quasi universel. Cinq phrases, prononcées en conclusion d'une plaidoirie de quatre heures à son propre procèsle 20 avril 1964, lui avaient ouvert à jamais le cœur des hommes.
Ce texte, qui fit le tour du monde avant que le gouvernement minoritaire blanc de l'apartheid interdise sa diffusion et bannisse pendant trois décennies jusqu'au nom et aux traits du célèbre prisonnier de Robben Island, le voici : « J'ai dédié ma vie à la lutte pour le peuple africain. J'ai combattu la domination blanche et j'ai combattu la domination noire. J'ai chéri l'idéal d'une société démocratique et libre dans laquelle tous vivraient ensemble, dans l'harmonie, avec d'égales opportunités. C'est un idéal que j'espère atteindre et pour lequel j'espère vivre. Mais, si besoin est, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. »
Six semaines plus tard, le 11 juin 1964, Nelson Mandela, qui était en prison depuis déjà deux ans, échappait de justesse à la peine de mort et était condamné, avec huit de ses camarades de combat, à la prison à vie pour « haute trahison et tentative de renversement par la force du gouvernement » blanc.
Au cas où la potence aurait été, comme pour tant d'autres, au bout du chemin, Mandela avait préparé pour la postérité une autre petite phrase retrouvée plus tard dans ses notes de cellule : « Je veux que tous ici sachent que je vais à la rencontre de mon destin comme un homme. » Ce courage, ce panache devant une mort si injuste, ne venaient évidemment pas de nulle part. Ces qualités autant que la vision du prisonnier politique le plus célébré de l'univers accompagnèrent toute la longue vie de l'« Africain capital », comme on allait plus tard le célébrer.
LE PÈRE, CHEF DU CLAN MADIBA, BANNI DE SA TERRE
Rolihlahla Mandela naît le 18 juillet 1918 dans une hutte circulaire du village de Mvezo, dans le district d'Umtata. Peu après sa naissance, le père, chef du clan Madiba et membre de la dynastie des Thembu, qui régnait depuis des siècles sur la région du Transkei, est banni de sa terre par l'autorité coloniale blanche au motif qu'il n'était pas assez coopératif. Roi des Thembu, l'une des grandes tribus de la nation Xhosa, seconde en nombre dans le pays derrière les Zoulous, l'arrière-grand-père de Rolihlahla, mort en 1832, avait un fils appelé Mandela, source, plus tard, du patronyme familial.
Déporté dans un autre village proche, nommé Qunu – la hutte familiale existe toujours et Mandela président s'y fera construire une autre maison –, le chef destitué des Madiba, ses quatre épouses et ses treize enfants vivent chichement, mais avec dignité. Les Thembu reconnaissent son rang et, lorsque le père meurt de tuberculose, Rolihlahla, alors âgé de 9 ans, est pris en charge par le régent de la tribu. Il deviendra le premier de sa famille à aller en classe, dans une mission méthodiste.
Président, Mandela ira souvent se ressourcer dans son village, auprès de son clan. Dans ses Mémoires, il évoque « l'enfance heureuse » qu'il y mena au milieu des vaches qu'il avait à garder. « Je me souviens avoir écouté les anciens de ma tribu raconter les histoires d'autrefois, le bonheur d'autrefois et puis les guerres livrées par nos ancêtres pour défendre notre patrie » contre le colonisateur. Madiba est « fier » de ses racines tribales.
A l'ouverture de son ultime procès, le 9 octobre 1963, il se présente drapé dans un kaross, la cape traditionnelle en peau de léopard des dignitaires xhosa. « J'ai choisi de revêtir ce costume pour souligner le symbolisme de l'Africain noir dans un tribunal exclusivement blanc », explique-t-il. Mandela « le grand communicateur », qui fera si souvent merveille plus tard, qui saura, d'instinct,utiliser l'image et les médias pour avancer sa grande cause de la réconciliation entre les races, perce déjà sous le militant.
Il est conscient de son rang « jusqu'à l'arrogance », diront certains de ses amis.
« On peut tout m'imposer, mais détruire ma dignité, jamais ! » Toujours poli etcourtois avec ses gardiens afrikaners, à Robben Island comme dans la prison Pollsmoor où il sera transféré en 1982, il exige et obtient, malgré les mauvais traitements que tous les détenus ont à endurer, d'être traité avec respect. A la fin des années 1990, il sera l'un des rares chefs d'Etat du monde à donner du« chère Elizabeth » à la reine d'Angleterre…
« L'UNIVERSITÉ ROBBEN ISLAND »
A « l'école des Blancs », le jeune Rolihlahla, excellent élève, a appris leur histoire, leur culture. Il adore Haendel, Tchaïkovski, adule Shakespeare. Adulte, il étudiera Clausewitz et Che Guevara. En prison, il parfait ses connaissances en droit, obtient deux diplômes d'études supérieures par correspondance, partage ses acquis avec ses codétenus – au point que la plupart évoqueront en souriant « l'université Robben Island » qu'il a mise en place sur l'île forteresse.
En prison, il apprend la langue afrikaans, étudie l'histoire et la littérature de « l'ennemi », invite ses camarades à faire de même, « parce qu'un jour, dit-il, il faudra que tous les peuples de notre pays, Afrikaners compris, se comprennent pour vivre ensemble ». La vision est déjà là, solide. « La souffrance peutengendrer l'amertume ou ennoblir, explique Mgr Desmond Tutu, Prix Nobel de la paix 1984, chef de l'Eglise anglicane sud-africaine et militant infatigable de la lutte antiapartheid. Madiba a développé une générosité, une magnanimité hors du commun. »
La personnalité africaine de Mandela n'y est pas pour rien. Adolescent, il a découvert, auprès du régent des Thembu, la philosophie centrale de la culture xhosa – et de tous les peuples bantous auxquels appartiennent aussi les Zoulous et d'autres peuples noirs : l'ubuntu, une fraternité, une manière de vivre ensemble. Fondé sur un sentiment d'appartenance à une humanité plus vaste, le concept contraint ses adeptes à respecter autrui, à faire preuve de compassion, de compréhension. Il s'oppose à l'égoïsme et à l'individualisme, réputés « valeurs blanches ».
Dans le manifeste que Mandela contribue à rédiger dès 1944 pour la création de la Ligue des jeunes de l'ANC, le Congrès national africain, qui existe alors depuis trente-deux ans mais ne se faisait guère entendre, l'ubuntu, qui interprète l'univers comme un tout organique en chemin vers l'harmonie, est déjà présent. L'idée fera sa route dans d'autres documents politiques de l'ANC et jusque dans la nouvelle constitution de la nation « arc-en-ciel » de 1996.
Les Afrikaners, qui ont institutionnalisé le développement séparé – apartheid – en 1948, qui ont créé les bantoustans, régions autonomes réservées aux Noirs, privés des droits les plus élémentaires, mais ont aussi tué, torturé et emprisonné des milliers de gens parce qu'ils se rebellaient contre cet ordre inique, doivent-ils à l'Ubuntu d'avoir échappé aux massacres postapartheid ? Sans doute en partie.
PAS UN PACIFISTE
Car l'homme qui, après sa libération, poussera l'exemple du pardon jusqu'à serrerla main du procureur afrikaner qui voulait le pendre en 1964, qui rendra visite à la veuve du Dr Verwoerd, l'architecte historique de l'apartheid, le président qui mettra en place à travers le pays, et contre l'avis de ses camarades de combat, ces commissions Vérité et réconciliation, où les leaders, les serviteurs civils, policiers et militaires de l'apartheid, viendront confesser leurs crimes et demander pardon, cet homme-là, on l'a dit, n'était pas un pacifiste.
Il ne le niera pas devant ses juges, c'est lui qui, après le massacre de Sharpeville, au cours duquel la police blanche abat plus de soixante-sept Noirs dans une manifestation en mars 1960, plaide au sein de l'ANC pour mettre un terme à la stratégie de non-violence, qui n'avait abouti, en un demi-siècle de pratique, à aucun résultat ; lui qui allait créer et diriger, à partir de juin 1961, l'Umkhonto we Sizwe, la « Lance de la nation », branche armée du mouvement. En juin 1962, après une tournée clandestine dans une douzaine de pays d'Afrique, dont l'Algérie, il est en Ethiopie.
Il endosse la tenue camouflée des guérilleros, apprend le maniement des explosifs et du pistolet-mitrailleur. Il explique que, dans les luttes pour la justice, « c'est toujours l'oppresseur qui détermine les méthodes d'action » : « S'il use de la force brute contre les aspirations populaires légitimes, s'il refuse tout dialogue significatif et de bonne foi, la meilleure méthode en toutes circonstances, parce que les conflits sont toujours mieux résolus par le cerveau que par le sang, alors les opprimés n'ont d'autre choix que de recourir eux aussi à la force. »
Arrêté dès son retour clandestin d'Ethiopie sur dénonciation d'un agent de la CIA infiltré dans l'ANC, l'homme que la presse blanche avait surnommé « le mouton noir » pour sa capacité à échapper, par des déguisements divers, à toutes les polices qui le poursuivaient depuis des mois déjà, parce que, en tant que haut dirigeant de l'ANC, il avait organisé des grèves et des campagnes de désobéissance civile à fort retentissement, Madiba entre en prison le 5 août 1962, condamné à cinq ans pour ces faits. Et pour avoir quitté le pays clandestinement.
MANDELA REFUSE LA LIBÉRATION CONTRE SON RETRAIT POLITIQUE
Dix-huit ans plus tard, alors qu'il quitte enfin l'« île du diable » pour Pollsmoor, près du Cap, le pouvoir blanc commence à mesurer l'aura particulière de son prisonnier. En février 1985, le président P.W. Botha lui offre la libération en échange de son retrait politique et d'un appel public à la cessation des violences. Mandela refuse. Une fois, dix fois, le pouvoir essaie de le tenter.
Il n'ignore pas, grâce aux rares lettres que le détenu est autorisé à écrire à sa famille – une seule tous les six mois pendant huit ans –, combien Madiba souffre de la séparation d'avec sa jeune et belle épouse, Winnie, ses deux premiers fils, leurs deux filles qu'il ne verra pas grandir. Il sait combien Mandela a souffert de ne pas avoir été autorisé à assister aux funérailles de sa mère, morte d'épuisement en 1968, puis de son fils aîné, son favori sans doute, tué dans un accident de voiture l'année suivante. Mais, rien à faire, à chaque fois, le reclus de Pollsmoor rejette les offres conditionnelles d'élargissement.
En novembre 1985, alors qu'il entre dans sa vingt-troisième année de détention, lepouvoir blanc, qui commence à vaciller, veut ouvrir des négociations directes avec lui. Tenace, il refuse encore : « Seuls les hommes libres peuvent négocier », dit-il.Dialoguer avec les geôliers, voire avec les ministres blancs qui défilent maintenant dans sa cellule, oui. Sauver le régime par quelques réformettes et concessions à la majorité noire, non.
La situation internationale aidant, la montée de l'opprobre mondial et des sanctions internationales contre le pouvoir blanc bouleverse l'équilibre des forces. Ce sont maintenant Mandela et les siens qui fixent leurs conditions à une éventuelle sortie de prison. L'ANC et ses alliés communistes et syndicalistes doivent être légalisés à nouveau. Tous les prisonniers politiques doivent être libérés, les bantoustans créés pour diviser les Noirs et réserver les richesses aux Blancs, démantelés, la règle démocratique, « un homme, une voix », acceptée.
Quatre ans plus tard, virtuellement aux abois, le gouvernement de Frederik De Klerk accepte tout. La suite est universellement connue. Le 11 février 1990, à 16 heures, Nelson Rolihlahla Mandela, en costume gris, se dirige vers la grille de sa dernière prison. La cérémonie est retransmise en mondovision.
PERSONNE OU PRESQUE NE L'AVAIT REVU
Chacun retient son souffle. Il y a plus d'un quart de siècle que personne ou presque ne l'a revu. Pas même en photo. Le héros quadragénaire "posterisé" autour du monde a maintenant 73 ans. Les années de travaux forcés dans lescarrières de chaux ont brûlé ses yeux, il ne peut plus pleurer. On craint d'apercevoir un frêle vieillard, voûté, abîmé, malade peut-être. Et c'est un miracle. Il se tient, grave, droit comme un I, prenant son épouse, Winnie, par la main. "Il était la personnification de l'avenir", s'ébaudit Nadine Gordimer, écrivaine sud-africaine, Prix Nobel de littérature en 1991.
« On avait peur qu'il ne soit pas à la hauteur de son mythe, Dieu merci, ces craintes étaient infondées », s'exclame Mgr Tutu. Son premier discours d'homme libre, au Cap, est à la hauteur de l'événement. « Je me tiens ici devant vous, non comme un prophète, mais en humble serviteur (…). Mes dix mille jours d'emprisonnement sont enfin derrière moi (…). Je place les années de vie qui me restent entre vos mains. » La foule exulte. Partout dans le monde, les opprimés communient. Lui a le sentiment de marcher vers une nouvelle vie. Elle sera compliquée. Le pouvoir est en vue, pas encore entre ses mains.
Il y a des émeutes sanglantes entre les Zoulous et l'ANC, des assassinats et des règlements de comptes par milliers, une tentative meurtrière de coup d'Etat de l'extrême droite afrikaner. Il est sur tous les fronts. Tour à tour, il cajole, condamne, menace. Il s'affirme comme le chef d'Etat qu'il n'est pas encore. Et il finit partriompher.
PREMIER PRÉSIDENT SUD-AFRICAIN ÉLU DÉMOCRATIQUEMENT
Le 10 mai 1994, après quatre longues et difficiles années de négociations pied à pied avec la minorité blanche, de plaidoiries enflammées autour du monde, l'icône prête serment : il est le premier président de la République sud-africaine élu démocratiquement. Son parti a obtenu 62,6 % des voix.
« Jamais, plus jamais, ce beau pays ne vivra l'oppression des uns par les autres,lance-t-il. L'humanité ne connaîtra pas plus grand accomplissement. Que règne la liberté ! » L'homme a rejoint sa légende.
Chef de l'Etat, il donne les grandes orientations, multiplie les gestes symboliques de réconciliation. En prison déjà, « le pardon était une stratégie de survie pour lui », écrit Bill Clinton, président des Etats-Unis de 1993 à 2001. Pour le reste, il laisse son premier ministre, Thabo Mbeki, gérer le pays, plonger les mains dans le cambouis, changer les lois, passer les compromis nécessaires à la paix civile, bref, gouverner.
Madiba a prévenu qu'en raison de son grand âge et de sa soif de découvrir ce monde de jumbo-jets, de satellites et d'ordinateurs qu'il n'a pas connus, il ne ferait qu'un seul mandat. En mai 1999, il se retire de la scène politique. Trois ans plus tôt, évoquant « l'immense solitude » qui fut la sienne après sa libération aux côtés de Winnie, laquelle a multiplié les frasques et encouragé l'extrémisme, il a demandé le divorce. Fin 1993, déjà séparé d'elle, il est tombé amoureux pour la dernière fois de sa vie.
Douce, intelligente, pleine de compassion, Graça Machel a vingt-sept ans de moins que lui. Elle est veuve du président du Mozambique, Samora Machel, disparu en 1986. Il est, dit-il, « très attiré par cette remarquable femme ». Elle l'aime aussi, ils sont vus partout ensemble, main dans la main. Le 18 juillet 1998, pour le 80e anniversaire du grand homme, Graça dit enfin oui. L'heure du départ approche.
Après 1999, peu à peu, Madiba se retire des affaires du monde, il ne commente plus les affaires politiques. Sauf exception, comme en 2003, lorsque George W. Bush, « un président qui ne sait pas réfléchir », lance l'attaque sur l'Irak. On sait que les déboires de son successeur, Thabo Mbeki, éjecté du pouvoir par ses rivaux de l'ANC, le « désespèrent ».
Mais, discipliné jusqu'au bout, il ne dit mot. Et soutient, en 2009, la candidature à la présidence d'un ex-compagnon de prison, Jacob Zuma. Il honorera encore de sa présence quelques galas de charité pour les fondations – en faveur de l'enfance surtout – qu'il patronne, participe aux campagnes internationales de lutte contre lesida et, en juillet 2010, assiste au match de clôture de la Coupe du monde defootball, qui s'est tenue en Afrique du Sud.
Au crépuscule de sa longue vie, Madiba le magicien partageait son temps entre Johannesburg et le Mozambique, coulant ses derniers jours dans la paix et le silence. Auprès de Graça, son ultime amour.
The Posture Cure
-
Stand Taller, Train Like a Bodybuilder
by Dr John Rusin |
[image: The-posture-cure]
Here's what you need to know...
1. Everyone Needs Posture Wor...