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Monday, July 13, 2009

Il était une fois Michael Jackson





par Sylvie Laurent





Michael Jackson était bien plus qu’un chanteur : Sylvie Laurent retrace l’histoire de cette star devenue « monstre », dont la quête de blancheur et d’androgynie révèle à bien des égards les tiraillements de la communauté afro-américaine confrontée au racisme et au sexisme.

C’est en découvrant dans les pages d’un magazine l’image d’un visage brûlé par les produits éclaircissants que Barack Obama - ainsi qu’il le raconte dans son autobiographie - s’est senti noir pour la première fois, irréductiblement noir. Celui que l’on allait accuser plus tard de n’être « pas assez noir » a senti ses entrailles se serrer devant une telle apostasie de soi. Cela explique peut-être le silence du président américain à l’heure où une bonne partie de l’Amérique pleurait Michael Jackson et son évocation, tardive et par porte-parole interposé, de la nature « tragique » de la vie de l’artiste. On rappelle en effet fréquemment depuis sa disparition que Jackson a désespérément blanchi sa peau, par volonté, dit-on, d’effacer toute négrité, identifiant cette dernière à la brutalité virile de son propre père. Mais, en ne disant que cela de ses troubles identitaires, on réduirait à tort son œuvre, sur lui-même et en musique, à une excentricité raciale et à l’extravagance d’une diva mégalomane. Sans doute l’art de Jackson procéda-t-il en réalité d’une démarche plus compliquée, qui trouve ses racines à la fois dans l’exemplarité d’une schizophrénie unique, une folie magistrale dont on peut essayer d’interpréter certains traits et aussi, plus globalement, dans l’histoire de la représentation douloureuse de soi dans le monde afro-américain.

L’enfance de l’art

Michael Jackson laisse l’image d’un homme torturé par ses démons, qui étouffèrent son génie et le transformèrent en figure fantomatique.

L’ultime image du moribond, obscène, celle d’un visage blême enturbanné de draps d’hôpital et à demi caché par le matériel d’intubation qui tente en vain de le réanimer, est tragiquement fidèle à ce qu’il fut : un homme aux masques, évoluant dans un espace liminal entre la vie et la mort, la haine de soi et la fascination pour le double qu’il aurait aimé être. Issu d’un milieu ouvrier pauvre de l’Indiana, il fut élevé par une mère témoin de Jéhovah fervente, qui éduqua ses enfants dans la rigueur d’un dogme qui refuse, en attendant la fin des temps imminente, de corrompre les siens dans la société qui les entoure. Michael raconte dans son autobiographie, Moonwalk, qu’il demeura fidèle aux préceptes jéhoviens jusqu’à l’âge adulte, intimement persuadé que, comme sa mère le lui a toujours dit, ses dons lui venaient de Dieu : « J’ai toujours fait rire en disant que je n’ai pas demandé à chanter et à danser, mais c’est vrai : dès que j’ouvre la bouche, la musique sort. Je suis honoré d’avoir ce don. Je remercie Dieu chaque jour pour cela. J’essaie de cultiver ce qu’Il m’a donné. C’est un devoir pour moi de faire ce que je fais » [1].

Michael dut pourtant prendre sa place dans le monde lorsque son père, Joseph, fait signer en 1967 à cinq de ses fils un contrat avec le label Steeltown. Il devient alors un parmi plusieurs, soumis au même rythme que ses aînés, clonés comme eux en petites vedettes de Motown, avec coiffure afro et bague d’or au doigt. Ce qui lui appartenait en propre serait un ailleurs, une vie en songe dans laquelle le petit génie, auquel on fit chanter à dix ans déjà des paroles d’adultes [2], vivrait son destin. Car, officiellement, il doit abjurer l’enfance. En effet, lorsque le petit prodige chante en solo, éclipsant ses aînés, qu’il danse comme le sensuel James Brown, le titre paradoxal de son premier succès « Big Boy » (grand garçon) apparaît comme une révélation de sa contradiction existentielle. Michael prétend qu’il est « grand » désormais et qu’il ne croit plus aux contes de fées, affirmant qu’il n’y voit plus que des chimères et des jouets brisés :

« Fairy tales, fairy tales I don’t enjoy Fairy tales and wishful dreams Are broken toys ‘Cause I’m a big boy now »

« Les contes de fées, les contes de fées Ne m’amusent pas Contes de fées et rêves illusoires Sont des jouets brisés Parce que je suis un grand garçon maintenant »

Pourtant, dès ses premières années d’explosion médiatique (1968-1979), Michael Jackson laisse deviner une volupté particulière lorsqu’il réinterprète une enfance qui lui file entre les doigts. Sa chanson « With a child heart » (1973) annonce sa croyance viscérale en la pureté de l’enfance, seule capable de rendre le monde supportable et lumineux [3].

Son apparition sous les traits de l’épouvantail pas très effrayant Scarecrow dans le remake du « Magicien d’Oz » en 1978 (The Wizz) a précisé l’iconographie de son identité d’artiste. Ce conte pour enfant, écrit en 1900 par l’américain L. Frank Baum, est une mise en abîme de la vie du jeune chanteur puisqu’il raconte l’histoire d’une toute jeune fille dont la maison est emportée dans le monde magique d’Oz, dans lequel les épouvantails ne font plus peur et les lions sont peureux.

Jackson rencontre à cette occasion le réalisateur de la bande originale du film, Quincy Jones, apprenti sorcier justement. En 1979, le producteur natif de Chicago, musicien « arrangeur » inspiré et Pygmalion professionnel, comprend que ce recours à l’enfance est un diamant musical qu’il faut transformer en énergie créatrice : dans l’album qu’il lui produit en 1979, Off the wall, le premier que Jackson chante en solo, Jones le laisse s’exprimer avec cette voix unique de falsetto, celle d’un jeune homme prépubère dont des dizaines d’interprètes se sont inspirés depuis. Il y ajoute sa connaissance inégalable de ce que la musique africaine américaine a produit de plus efficace et de plus brillant : jazz, rhythm & blues, funk et surtout « pop », cette musique de l’ère du temps que James Brown avait réussi à rendre noire. Bien que continuant à chanter avec ses frères, Michael Jackson cultive son imaginaire enfantin, peuplé de monstres extravagants, d’enfants immaculés et de créatures fabuleuses. Cette étrangeté, une pathologie disent certains, ne peut pourtant guère se comparer aux égarements névrotiques d’Elvis ou de Marlon Brando, car elle ne s’inscrit pas uniquement comme une négation, un parasitage de la carrière de l’artiste, mais en est également une condition de possibilité, et même une raison d’être. Quincy Jones mit intuitivement en scène et en partitions les errances psychologiques d’un être qui ne pouvait vivre au milieu des autres que derrière un filtre, un masque, un rideau de théâtre, un déguisement. Il lui permit de vivre artistiquement son refus du monde réel. Thriller, titre de l’album le plus vendu de tous les temps, signifie excitant mais aussi terrifiant. Dans ce chef d’œuvre de 1982, Jackson partage avec le monde sa narration d’un conte pour enfants dont il est le héros et où, par définition, « le terrible et l’extravagant sont admissibles » [4].

Contes terrifiants et fantastiques

Il a ainsi crée un personnage à l’image de ses fantasmes, conciliant l’expression de ses dons, les exigences d’une industrie musicale qui dénicha très vite la pépite et son besoin inassouvi d’être l’enfant idéal. Si l’on regarde attentivement son œuvre, on discerne donc dès les premières années de sa carrière sa nature de petit Poucet égaré, entraîné par la vague de son talent, semant les cailloux qui le ramèneraient à l’enfant étrange qu’il ne cessa d’être. Ainsi, sa chanson « Ben » [http://www.youtube.com/watch">5]], irrésistible mélodie de 1972, est la chanson titre d’un film d’horreur qui narre l’amitié d’un jeune homme introverti avec un rat apprivoisé. Il y chante la solitude de deux êtres unis dans un monde de conte de Grimm, qui établissent un pacte d’amitié éternel contre l’ordre raisonnable des adultes. Le monde d’ici-bas n’a jamais été celui dans lequel il a voulu s’épanouir et son goût du songe fleura d’emblée le parfum du fantastique et du terrifiant comme le sont les contes pour enfants qu’on ne lui a sans doute jamais lus.

Dans sa Psychanalyse des contes de fées, Bruno Bettelheim explique que le conte est un espace qui ne camoufle pas les complexités de l’âme humaine, mais qui propose une initiation dialectique à l’ambivalence morale, permettant au jeune rêveur de forger sa personnalité. « Les personnages de contes », souligne-t-il, « ne sont pas à la fois bons et méchants, comme nous le sommes tous en réalité. De même que la polarisation domine l’esprit de l’enfant, elle domine le conte de fées. Chaque personnage est tout bon ou tout méchant ». L’enfant parvient à l’âge adulte lorsque, acceptant les ambiguïtés, il a « solidement établi sa propre personnalité » [6]. Michael Jackson est resté à la phase première, opposant le bien de l’enfance et la corruption du monde, conviction entretenue dans la culture populaire américaine par des gens aussi talentueux que Steven Spielberg qui, dans son E. T. de 1983, entama une longue filmographie dans laquelle les êtres étranges et bienveillants venus de loin n’ont comme interlocuteurs fiables que les enfants, préservés du mensonge. Certains critiques ont même évoqué une « peter-panisation » du réalisateur [http://www.henrys">7]]. Incontestablement plus fragile que la moyenne, Jackson ne fut lui aussi que l’incarnation hyperbolique d’une idéalisation pathologique de l’enfance propre à l’Amérique [8].

Le manichéisme analysé par Bettelheim est au cœur de l’œuvre de Jackson et son malaise personnel, son « moi déchiré », est une tentative mimétique de réconciliation. De cette incompatibilité, de cette improbable négociation entre l’enfance idéale et l’expérience mortifère de la vie est né un monstre, une créature se défiant des lois de l’humanité. Au travers de son art, et sa vie personnelle en est une partie intégrante, il cherche alors à incarner toutes les polarités pour les dépasser et les annuler : innocence/culpabilité, jeune/vieux, noir/blanc, homme/femme, religieux ou séculier. Il a ceci de commun également avec Spielberg d’avoir compris le rôle de l’image et de l’écran dans la recréation d’une psyché enfantine dans laquelle tous se retrouvent, les adultes se redécouvrant enfants.

Le critique Michael Dyson y voit un signe du caractère « postmoderne » du chanteur, dont « l’iconisation » eut lieu selon lui lors d’une épiphanie télévisuelle que l’on peut précisément dater : le 16 mai 1983, Jackson l’étrange apparaît dans l’émission « Motown 25 ». Il y exécute un numéro époustouflant de danse dont le point d’orgue est le célèbre Moonwalk, hérité bien davantage des grands danseurs et ménestrels afro-américains - depuis le génial Bill Bojangle [9]] jusqu’à Sammy Davis - qu’à Fred Astaire ou au mime Marceau. Plus de cinquante millions de personnes regardent le show et sont ensorcelées par ce zombie qui danse.

On évoque régulièrement le syndrome de Peter Pan pour appréhender Mickael Jackson, soulignant ainsi son refus de grandir. Il s’identifiait certes lui-même volontiers au héros de James Matthew Barrie (1860-1937), baptisant « Neverland » la propriété irréelle qu’il occupa plusieurs années et qu’il peupla de hordes d’enfants et d’animaux exotiques. Mais, en réalité, Peter Pan, tel que le conteur écossais l’a imaginé, est un personnage morbide, plus proche du héros de Günter Grass, Oskar le Tambour, que du petit lutin joyeux façon fée Clochette ou « Bambi » de Walt Disney. Günter Grass offre le récit d’un petit garçon, Oskar, qui décide le jour de ses trois ans de ne plus jamais grandir. Lorsqu’il raconte son histoire a posteriori, Oskar a trente ans et gît dans un hôpital psychiatrique. Bien sûr, tout le propos de Grass est de décrire la démence d’un enfant au milieu d’une Europe balayée par le nazisme et l’analogie avec Jackson ne peut qu’être partielle. Néanmoins, ce qui les rapproche est non seulement leur nature de Puer Aeternus qui dénie le cours du temps, mais leur qualité commune de prodiges précoces. Oskar est en effet un remarquable joueur de tambour, doué également d’une voix de crécelle capable de briser le verre. Au milieu des adultes qui les prennent pour des attardés et des bêtes curieuses, Oskar comme Michael Jackson refusent d’entrer dans le monde jugé sordide des adultes et jouent les aliénés afin de vivre à la marge. Leur monde est sourd et vulnérable. Ils n’ont comme anticorps que leur voix. Michael Jackson a rendu indissociable son expression artistique de cet « ailleurs » fantasmagorique qui fonctionne comme « une tête rebelle dans la tête ». [10]

« Le freak, c’est chic » [11]

Quoi de plus ambivalent et déroutant qu’une voix angélique de castrat sous le costume d’une bête revenue d’outre-tombe. Une opposition binaire entre l’univers factice de la lumière et le monde obscur des morts-vivants et du mal structure son album Thriller, en particulier la chanson éponyme. On l’y voit, dans un vidéoclip devenu légendaire, danser au milieu des cadavres rendus à la vie l’espace d’une chanson, campant un monstre qui terrifie ses semblables. Loup garou, il est conforme à la légende terrifiante d’un être humain capable de se transformer en loup, devenant aussi puissant et féroce que l’animal. Pour la réalisation de ce qu’il a voulu être un film à part entière, il utilise les artefacts du film d’horreur : maquillage, effets spéciaux, musique terrifiante et voix off. On annonce en préliminaire que cette plongée dans l’occulte n’est pas l’expression du prosélytisme jéhovien de l’artiste. Mais le jeune démiurge n’y expose pourtant rien moins que sa vie, celle d’un homme qui, à l’approche de minuit, au milieu de nulle part après une panne de voiture, confie à sa petite amie qu’il est « différent », avant de se transfigurer en loup-garou puis en mort-vivant. « Billie Jean » (1982), récit autobiographique d’une femme démente qui l’accusa d’être le père de ses jumeaux, est également accompagné d’un film angoissant, fidèle à l’esthétique du film d’horreur. Plus tard, la chanson « Bad » (1987) reprend cette dichotomie entre le monde de l’obscur (le métro souterrain, la délinquance, le blouson noir, la mort promise) et la vie paisible de l’amitié et de la réussite.

L’étrangeté de Jackson est mise en image dans chacune de ses apparitions, ses vidéos fonctionnant comme des métaphores de sa vie. Nous devenons voyeurs de ce « freak », ce dingue, cette bête curieuse qui, glabre et androgyne, suggère pourtant sans pudeur dans « You are not alone » son union charnelle avec sa jeune épousée, Lisa Marie Presley. Ailleurs, il propose un monde sans race, sans guerre, sans famille et sans mal, une utopie qu’il partageait avec les nostalgiques des années 1960. D’ailleurs, non seulement il chanta avec Paul McCartney et racheta les droits de nombre de chansons des Beatles, mais il se réfère explicitement à John Lennon, John Kennedy et Martin Luther King lorsque, à propos de son titre messianique « Man in the mirror » (l’homme dans le miroir) il explique que chaque homme est responsable du monde qui l’entoure et qu’il se doit à lui-même de l’améliorer [12].

Le vidéoclip de « Thriller » révèle donc plus qu’aucun autre peut-être les tourments de Jackson. Il ne peut y réprimer l’altération de son visage qui perd inexorablement les traits de la jeunesse pour s’abîmer en gueule de loup puis en faciès de cadavre. Une même logique de transfiguration se retrouve dans nombre de ses vidéos jusqu’à la fin de sa carrière. Il est difficile de ne pas relier cette représentation à la vie réelle de l’artiste qui, par les mains expertes d’un essaim de chirurgiens, s’est transformé en quelque chose de sub-humain, assez cadavérique somme toute. Michael Jackson n’a cessé d’être confronté à son reflet, au milieu de huit frères et sœurs, les premiers lui ressemblant lorsqu’il est enfant habillé et coiffé comme eux, sa voix se mêlant à celles de la fratrie. Adulte, il est imité dans sa défiguration chirurgicale par sa sœur La Toya [13]] et dans une moindre mesure par sa jeune sœur Janet dont le corps souffre d’autres tourments. Lui semble vouloir être une créature, à la fois Galatée et reflet de Dorian Gray. Son visage peut se lire comme un objet, comme un discours et les mots de Roland Barthes à propos de Garbo semblent étonnamment lui correspondre :

« Le fard a l’épaisseur neigeuse d’un masque : ce n’est pas un visage peint, c’est un visage plâtré, défendu par la surface de la couleur et non par ses lignes ; dans toute cette neige à la fois fragile et compacte, les yeux seuls, noirs comme une pulpe bizarre mais nullement expressifs, sont deux meurtrissures un peu tremblantes. [...] ce visage [...] rejoint la face farineuse de Charlot, ses yeux de végétal sombre, son visage de Totem » [14].

Peau noire /masque blanc/lunettes noires/gants blancs

Franz Fanon, sensible bien avant Obama au désir masochiste de certains Noirs de supprimer le bistre de leur visage, espérant ainsi effacer une identité qu’ils jugent aliénante, donne une explication « psychopathologique » à un phénomène qui semble avoir touché la famille Jackson (à l’image de nombre de Noirs américains) et le décrit avec effroi et ironie : « Depuis quelques années, des laboratoires ont projeté de découvrir un sérum de dénigrification ; des laboratoires, le plus sérieusement du monde, ont rincé leurs éprouvettes, réglé leurs balances et entamé des recherches qui permettront aux malheureux nègres de se blanchir, et ainsi de ne plus supporter le poids de cette malédiction corporelle » [15].

La haine de son reflet, née du regard avilissant du Blanc, est un trope tragique de l’histoire et de la littérature américaine. Le prix Nobel Toni Morrison a, dans son roman l’Œil le plus bleu, décrit le désir étouffant d’une petite fille noire, Pecola Bredlove, qui voudrait être aimable, c’est-à-dire blanche, blonde, un sosie de Shirley Temple. En désespoir de cause, Pecola demande l’aide d’un guérisseur douteux et pédophile, Soaphead, qui est bouleversé par la demande de la petite :

« Il a pensé que c’était la demande la plus fantastique et la plus logique qu’on lui ait adressée. Voici une petite fille très laide qui demandait la beauté... Une petite fille noire qui voulait sortir de la fosse de sa négritude pour voir le monde avec des yeux bleus » [16].

Un tel désir, s’il existe sous une forme comparable chez Jackson, s’exprime particulièrement dans l’apparence qu’il a « donnée » à ses enfants, Paris ressemblant toute jeune à ce canon stéréotypé de la beauté occidentale que pourrait évoquer Shirley Temple [17]. Mais on est frappé d’entendre résonner l’écho de cette quête raciale impossible, imposé par le regard de l’autre lorsque l’on regarde la statue que Jeff Koons dédia à Jackson en 1988. Sur une céramique dorée, Jackson est présenté avec le visage et une partie du corps recouvert d’un glacis blanc, portant un maquillage ostentatoire, une boucle écarlate en particulier. Il tient dans ses bras un singe, lui-même grimé de façon identique. Le mimétisme entre le visage de Jackson et la face du chimpanzé laisse pantois et les propos de l’artiste révèlent toute l’ambiguïté de la représentation d’un idéal de beauté, à la fois féminin et [donc] blanc. Koons affirma ainsi qu’il avait voulu rendre hommage à la quête de perfection physique du chanteur. Il va donc de soi pour Koons, qui n’est pas soumis aux mêmes troubles identitaires que son modèle, que le Beau est d’albâtre.

Cette représentation de Jackson, soulignant à gros traits son caractère asexué, a le mérite d’illustrer l’articulation subtile entre l’identité de genre et l’identité raciale, dans le monde afro-américain tout particulièrement. Il est vrai que si la conscience raciale torturée de Jackson s’exprime dans son apparence physique, elle s’exprime également par son refus apparent de tout attribut viril ou clairement masculin. La peau blanchie et poudrée est évocatrice d’une féminité coquette et, de manière traditionnelle dans l’histoire africaine comme américaine, c’est sur les femmes que pèse l’impératif de la clarté de la peau [18].

L’androgynie de Jackson fonctionne très certainement comme un déplacement de la problématique raciale et il a inspiré en cela d’autres artistes noirs américains, qu’il s’agisse de Prince ou d’André 3000, rappeur talentueux du groupe Outcast. La virilité de l’homme noir est toujours en effet peu ou prou associée dans l’imaginaire racial américain à la menace du viol de la femme blanche.

En ce sens, revendiquer par l’accoutrement son travestissement est une forme de protection dans une Amérique raciste à bien des égards. Ainsi, d’une certaine façon, moins on souscrit à l’échelle de valeur de l’oppresseur (dans laquelle la virilité figure en bonne place, comme le remarquait également Fanon), moins on se vit et on est perçu comme noir. Dans le même temps bien sûr, la confusion dans le genre transgresse la bienséance que constitue l’hétérosexualité pour l’ordre dominant. La confusion de genre et - donc - de race entretenue par l’artiste maquillé fit d’ailleurs l’objet d’un colloque académique à l’université de Yale en 2004 (« Regarding Michael Jackson : Performing Racial, Gender, and Sexual Difference »), les chercheurs invités se penchant notamment sur l’homosexualité « déniée » de Jackson, la mise en scène énigmatique de son personnage de père de famille et enfin sa reconstruction d’un mythe masculin acceptable pour lui dans le vidéoclip « Thriller ».

« Le meilleur d’entre nous »

L’écrivain afro-américain James Baldwin, né à Harlem en 1924 dans un foyer pauvre où il subit la violence d’un beau-père qui lui reprochait, comme Joe Jackson le fit de Michael, d’avoir par trop « la tête d’un nègre » [19], transforma lui aussi en art la violence de ses tourments : être raillé tout à la fois pour être noir et pour être efféminé. La folie le guettait, relate-t-il, avant que Paris ne l’accueille en 1948 et qu’il y entame son œuvre littéraire. Cette dernière, romanesque pour l’essentiel, articule les dialectiques raciales et sexuelles qui l’étouffèrent conjointement dans une Amérique qui connut par ailleurs l’émergence de concert des mouvements de défense des droits des Noirs et de ceux des homosexuels. Il faut comprendre, analysa Baldwin, que l’idéalisation de la masculinité et le racisme sont les deux faces d’une même pièce. La stratégie qui s’impose est donc de « vivre dans le fantasme de l’autre » et, « utilisant la métaphore contre elle-même » [20], de s’appliquer à soi-même les perversions et pathologies que l’on vous prête ou les désamorcer en se rendant inoffensif. Jackson fait l’un et l’autre, à la fois efféminé certes mais aussi entiché sur scène de son pénis, qu’il agrippe compulsivement avec un cri. Ce geste est emblématique et parfaitement ambigu. Cela permet de comprendre que l’éclaircissement pigmentaire de Michael Jackson, corollaire de son androgynie assumée, est perçu par nombre de Noirs comme un symptôme du racisme et ne lui a jamais aliéné la communauté dans son ensemble. Bien au contraire. Baldwin lui-même salua en 1985 les tours de passe-passe de l’artiste « enmasqué », portant gant blanc et lunettes noires : « Jackson, on ne lui pardonnera pas de si tôt d’avoir donné le change, car y’a pas de doute qu’il a raflé la mise » [21]. Il salua en lui un autre « freak », s’identifiant à la monstruosité du chanteur, épinglé comme une bête de foire par le pays de l’homme blanc. Ce dernier, coupable aux yeux de James Baldwin de ses propres turpitudes, nomme « freak », cinglé, dépravé, ceux qui le forcent à se confronter à ses désirs inavoués [22].Michael Jackson n’a ainsi jamais cessé d’être reconnu comme afro-américain et, plus encore, comme un héros du monde noir.

Musicalement, son talent inégalé et son succès indiscuté ont permis que, pour la première fois, un artiste noir conquière toute la nation sans distinction, Blancs et Noirs de tous âges et de tous milieux sociaux. On revoit en lui les génies qui l’ont précédé, de Brown à Hendrix, de Jackie Wilson [23] à Marvin Gaye. Premier Noir dont la musique fut diffusée sur la chaîne musicale MTV, il fut surtout le premier à dominer de la tête et des épaules l’ensemble de l’industrie du divertissement. Plus encore, son succès est le fruit d’un talent qui crève les yeux et les oreilles, ses innovations musicales marquant une date dans l’histoire de la musique. Jackson doit ses succès à son génie propre mais aussi à l’aide de son orchestrateur, Quincy Jones, unanimement respecté dans l’univers afro-américain. À la sortie de « Thriller », Jones s’exclama dans les colonnes de Time Magazine qu’enfin, avec Jackson, les musiciens noirs cessaient d’occuper le second rang, rendant enfin à tous les Noirs du pays la place qui leur revient. Plus que les Blancs en effet, ce sont les artistes afro-américains (dont les plus jeunes d’entre eux lui rendirent l’hommage que l’on doit à un maître lors des BET Music Awards ce 28 juin) qui furent subjugués par le talent du showman étrange. Ainsi extasia-t-il le public lors des Grammy Awards de 1988, dans une atmosphère d’église noire du Sud. Interprétant sous la forme d’un gospel le début de son titre « The way you make me feel », il s’interrompit pour réaliser à la perfection son légendaire Moonwalk. Puis, le funambule interpréta au micro « Man in the mirror », ode au pouvoir de changer le monde. Lorsqu’il acheva son interprétation, il était en transe, épuisé et à genoux, martyr sublime de sa « sur-humanité ». Quincy Jones bien sûr, mais aussi Prince, Anita Baker, Little Richard et Whitney Houston applaudirent debout, dans une commune ferveur autour de ce Christ noir, qui leur donnait fierté et sentiment de reconnaissance mutuelle [24].

La passion selon Jackson ne pouvait que bouleverser un monde noir sensible au langage de la religiosité raciale, fût-elle séculière en apparence. La catharsis que suscite l’exhibition de ce mystique rendu fou par sa quête de transparence physique trouble mais séduit aussi : en chaque Noir, il y a un Jackson, une conscience tourmentée après des siècles de sujétion par la couleur de sa peau. Les stigmates de Michael Jackson, rendus tristement cliniques après son décès, ne pouvaient que susciter la terreur et la pitié : il était malingre et sous alimenté, imberbe et chauve, son ossature était de verre et sa peau décapée laissait apparaître des dizaines de contusions et de plaies dues aux innombrables injections qui faisaient son quotidien. Il y a quelques mois, on le disait à demi-aveugle. Vouloir sortir de son propre corps dans une ascèse folle (la « prison de l’égocentricité raciale » écrivit Baldwin) fit peut-être de lui un « hyper-noir ».

Qu’il tente d’apprendre à danser à Michael Jordan (« Jam », 1992) [http://www.youtube.com/watch">25]], qu’il chante à l’unisson des accords du guitariste hard-rockeur blanc Slash (entre autres dans « Give in to me », 1991) [http://www.youtube.com/watch">26]], qu’il prétende, avec des bons sentiments un peu dégoulinants [27]], que la couleur de peau ne compte pas (« Black or White », 1991) ou qu’il crée la polémique en s’identifiant à l’image sulfureuse des Black Panthers dans la vidéo de ce même titre [28]], il ne quitte jamais le monde noir. Quincy Jones avait même compris sa capacité à dépasser l’imagerie ambiguë des ménestrels noirs [29] en l’habillant d’un costume noir, d’un nœud papillon et de gants blancs, image stéréotypée du musicien noir aux États-Unis. Espiègle, Jackson ne garda qu’un seul gant mais subvertit effectivement le jeu de mascarade raciale.

Blackface

De façon en effet audacieuse, Jackson se joue de l’imagerie racialisée de l’Amérique en mettant en scène avec Paul McCartney dans le vidéoclip de « Say, say, say » deux artistes de vaudevilles, ces spectacles itinérants dans lesquels les Blancs singeaient grossièrement les musiciens noirs à l’aide d’un maquillage clownesque et d’une pantomime raciste [http://www.youtube.com/watch">30]].

Les deux acolytes, à la fois bonimenteurs et comédiens de fortunes, trouvent un public complaisant dans une Californie frappée par la Grande Dépression. La force politique de cette évocation n’est accessible qu’à ceux qui maîtrisent le langage codé de l’oppression raciale. Jackson y prouve ainsi la filiation culturelle indéniable dans laquelle il s’inscrit [31]. La dimension militante de son travail, le plus souvent suggérée comme dans « Say, say, say », est parfois plus explicite comme dans le titre « They don’t care about us » (History, 1997) dans lequel « they » se réfère à « eux les Blancs » et « us » à « nous les Noirs ». Dans ce texte, il dénonce les brutalités policières, suggérant par son « Don’t you black or white me » que les allégations sur la couleur de sa peau ne sont elles aussi que pur racisme. Sur un arrière-plan musical hip-hop dans lequel un chœur d’enfants entonne le refrain, et avec Spike Lee aux commandes du vidéoclip, Jackson se fait militant de la cause noire. Cette vidéo n’est pas moins insurgée qu’un clip de rap « conscient » de la côte Est : mêlant images de brutalités policières façon Watts et se mettant en scène comme un détenu de pénitencier, il s’exprime comme un porte-parole de la population noire stigmatisée, violentée et sur-incarcérée. Il se dit victime de la haine intrusive du policier blanc qui « viole » littéralement sa « fierté » noire, celle célébrée par James Brown. Il pousse d’ailleurs la rhétorique raciale au point de la rendre polémique puisque, dans ce même titre, il utilise des formules raciales équivoques pour désigner les Juifs et fut, comme Africa Bambata, James Baldwin ou Jesse Jackson, accusé de participer au discours antisémite rampant dans la communauté noire américaine. Chose improbable : la presse voit en lui un « homme noir en colère » [32]].

Jackson, dont on dit qu’il voulait à tout prix (dont celui de sa santé) être blanc, reprend ainsi le masque noir lorsqu’il fait siens les discours essentialistes de la communauté noire : ainsi en est-il des accusations de racisme, formulées plus tard à l’adresse de Tommy Mottola, président de Sony, lorsque son album Invicible peine à décoller en 2001. Il mobilisa également le registre de l’injustice raciste lorsqu’il fut accusé dès 1993 de pédophilie après avoir confié qu’il dormait avec des enfants. Plus encore, la menace d’un procès en 2002 le rapprocha paradoxalement d’une communauté noire habituée aux dénis de justice et qui, huit ans plus tôt, avait collectivement soutenu le footballeur O. J. Simpson lorsque ce dernier, vraisemblablement coupable, fut jugé à Los Angeles. Jackson crie à l’injustice et c’est à l’unisson de sa jeune sœur, Janet, que dans le duo « Scream » (History, 1995) il dénonce à nouveau le système pourri dans lequel il vit et son envie de hurler devant tant de calomnie.

Plus frappant encore, le groupe radical Nation of Islam proclame son soutien à Jackson, comme il le fit pour Simpson, dénonçant le complot raciste, accentuant encore ce que le créateur du dessin animé « The Boondocks » (figurant des personnages noirs) [http://www.imdb.com/medi">33]], Aaron McGruder, a nommé la « re-négrification » du chanteur dépigmenté. Jackson aurait d’ailleurs été, selon un journaliste du Guardian [34]], très proche du mouvement de Louis Farrakhan. À ceux qui douteraient des complexités de la race aux États-Unis et qui ignoreraient la longue histoire des Noirs à peau blanche [35], Jackson offre un exemple frappant. Discours plus que couleur de peau, la conscience noire passe en Amérique par des codes auxquels Jackson a toujours souscrit. En 2003, on l’entendit à Harlem, aux cotés du candidat à l’élection présidentielle Al Sharpton, dénoncer une industrie du disque raciste. Lors de la mort de James Brown, légendaire parrain, c’est entouré de Jesse Jackson et d’Al Sharpton qu’il rendit hommage à celui qui l’inspira plus qu’un autre.

Conclusion

Antonin Artaud a écrit à propos de la mort brutale de Van Gogh : « Si Van Gogh n’était pas mort à 37 ans je n’en appellerais pas à la Grande Pleureuse pour me dire de quels suprêmes chefs d’œuvre la peinture eût été enrichie, car je ne peux pas, après les Corbeaux, me résoudre à croire que Van Gogh eût peint un tableau de plus. Je pense qu’il est mort à 37 ans parce qu’il était arrivé au bout de sa révoltante histoire de garrotté d’un mauvais esprit » [36]. Sans doute Jackson était-il arrivé au bout de sa route artistique, au bout d’une énergie créatrice que même les jeunes héritiers talentueux de la star qui ont tenté de le faire revenir ne sont pas parvenus à ranimer [37]. Jamais plus il n’aurait offert au monde, après cinquante années dont vingt au moins semblent miraculeuses, la magie et la démence qui, mixée dans une alchimie prodigieuse, firent de Michael Jackson le plus grand ménestrel de l’Amérique moderne.

Sylvie Laurent

SOURCE : La vie des idées


[1] Moonwalk, cité in Dyson, « Michael Jackson’s Post-modern Spirituality », The Michael Eric Dyson Reader, New York, Basic Civitas Book, 2004, p. 272.

[2] Dans la chanson « ABC », enregistrée en 1968, il prétend apprendre l’amour à une jeune fille, lui demandant de se défaire du savoir scolaire pour laisser s’exprimer son corps, secouant vigoureusement son derrière « Shake it baby ! » Dans « I want you back », il réclame le retour d’une femme qui le laisse insomniaque depuis qu’elle est partie et dans « The love you save » il met en garde la jeune femme cœur d’artichaut à qui il aurait offert une bague de fiançailles lorsqu’ils étaient à la fac.

[3] « Take life easy, so easy nice and easy/Like a child so gay and so carefree/The whole world smiles with you/As you go your merry way/Oh with a child’s heart/Nothing’s gonna get me down ».

[4] A.S. Byatt, « Inquiétante et délicieuse étrangeté des contes », Le Monde, 26 juin 2009.

[5] [6" class="spip_out">http://www.youtube.com/watch ?v=g40WCBaUXR4 Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, Paris, Hachette littérature, 1976, p. 24

[7] [8" class="spip_out">http://www.henrysheehan.com/essays/stuv/spielberg-1.html Voir Chris Jenks, Childhood Critical Concepts in Sociology, Londres, Routledge, 2005.

[9] Danseur de claquette virtuose du début du siècle, il demeure une idole. Bob Dylan lui a même consacré une chanson. On peut voir certaines de ses prouesses sur [10" class="spip_out">ce lien Pascal Quignard à propos des contes de Grimm « L’enfant incorrigible », Le Monde des Livres, 26 juin 2009.

[11] Référence à la chanson « Le freak » du groupe funk Chic qui connu un succès phénoménal en 1978 avec ce titre rythmé.

[12] Moonwalk, op. cit., cité in Dyson, op. cit., p. 458.

[13] [14" class="spip_out">http://images.mirror.co.uk/upl/m4/jan2009/8/2/983BF5CF-A49F-35D5-D11AD590904B0812.jpg Roland Barthes, « Le visage de Garbo », Mythologies, Paris, Seuil, 1957.

[15] Franz Fanon, Peaux Noires, masques blancs, Paris, Seuil, 1952, p. 90.

[16] Toni Morrison, L’œil le plus bleu, traduction de Jean Guiloineau, 10/18, Paris, Christian Bourgeois éditeur, 1970.

[17] Jackson a « conçu » trois enfants avec son infirmière blanche, Debbie Rowe. Les enfants sont blonds et de type européen (http://www.breakingthetape.com/...).

[18] Voir « Couleur de peau et négritude », disponible sur http://www.afrik.com/article1516.html.

[19] Voir James Baldwin, Notes of a Native Son, Beacon Press, 1984.

[20] Jean-Paul Rocchi, « Littérature et métapsychanalyse de la race », Tumultes, n° 31, 2008.

[21] Je remercie vivement Arthur Goldhammer pour son aide précieuse dans la traduction de cette phrase de James Baldwin

[22] « Freaks and the American ideal of manhood », Playboy, 1985. Repris dans James Baldwin : Collected Essays, édités par Toni Morrison, New York, Literary Classics of the United States, 1998

[23] Membre des « Dominoes », il est un grand nom du Rn’B et de la soul music noire américaine dans les années 1950 (http://www.history-of-rock.com/jackie_wilson.htm).

[24] J’emprunte cette évocation à Dyson, op. cit.

[25] [26" class="spip_out">http://www.youtube.com/watch ?v=dma9fvOmbJs [27" class="spip_out">http://www.youtube.com/watch ?v=KqDOsKKhb88 [28" class="spip_out">http://www.nytimes.com/1991/11/16/arts/review-rock-new-video-opens-the-jackson-blitz.html ?pagewanted=2 [29" class="spip_out">http://www.dailymotion.com/video/x1d4qm_michael-jackson-black-or-white_music Voir Sylvie Laurent, « Peaux blanches, masques noirs », Revue internationale des livres et des idées, n° 9, janvier-février 2009.

[30] [31" class="spip_out">http://www.youtube.com/watch ?v=UfiNT6AKG0s Voir W.T. Lhamon Jr, Peaux blanches, masques noirs, Paris, Kargo & L’Éclat, 2008

[32] [33" class="spip_out">http://www.nytimes.com/1995/06/15/arts/in-new-lyrics-jackson-uses-slurs.html ?scp=11&sq=Michael%20Jackson%20-%20HIStory&st=cse [34" class="spip_out">http://www.imdb.com/media/rm3584463360/tt0373732 Gary Younge, « Back into the fold », 6 janvier 2004. Disponible sur :[35" class="spip_out">http://floacist.wordpress.com/... Depuis les métisses à carnation très pâles qui « passent » pour Blancs et les albinos qui sont exhibés dans les foires, l’histoire afro-américaine est marquée par cette dissociation entre phénotype et race comme construction sociale. Voir l’ouvrage de Charles D. Martin, The White African American Body : A Cultural and Literary Exploration, Rutgers University Press, 2002.

[36] Antonin Artaud, Van Gogh. Le Suicidé de la Société, Paris, Gallimard, 2001.

[37] Will I Am, musicien membre des Black Eye Peas et producteur, collabora aux reprises de son dernier album. Il réalisa également le clip de campagne de Barack Obama.



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Wednesday, July 08, 2009

Text of H. Res. 600: A Tribute to an American Legend and Musical Icon

This version: Introduced in House. This is the original text of the bill as it was written by its sponsor and submitted to the House for consideration. This is the latest version of the bill available on this website.

HRES 600 IH

111th CONGRESS

1st Session

H. RES. 600

A tribute to an American legend and musical icon.

IN THE HOUSE OF REPRESENTATIVES

June 26, 2009

Ms. JACKSON-LEE of Texas (for herself and Ms. WATSON) submitted the following resolution; which was referred to the Committee on Foreign Affairs


RESOLUTION

A tribute to an American legend and musical icon.

Whereas Michael Jackson was not only an accomplished recording and performing artist, he was a noted humanitarian;

Whereas Michael Jackson began his stellar recording career as the featured member of ‘The Jackson 5’, which was the first act in recorded history to have their first four major label singles ‘I Want You Back’,‘ABC’,‘The Love You Save’, and ‘I’ll Be There’, reached the top of the American charts;

Whereas the internationally recognized ‘Thriller’ released in 1982, which became a smash hit yielded seven top-10 singles. The album sold 21 million copies in the United States and at least 27 million worldwide. It was a monumental moment in music history;

Whereas Michael Jackson was labeled ‘The King of Pop’, Jackson’s music is internationally recognized and critically acclaimed;

Whereas Michael Jackson was one of the few artists to have been inducted into the Rock and Roll Hall of Fame twice;

Whereas in the early 1980s, Michael Jackson became a dominant figure in popular music and the first African-American entertainer to amass a strong crossover following on MTV. The popularity of his music videos airing on MTV, such as ‘Beat It’, ‘Billie Jean’ and ‘Thriller’--widely credited with transforming the music video from a promotional tool into an art form--helped bring the relatively new channel to fame;

Whereas, on January 10, 1984, Michael Jackson visited the unit for burn victims at Brotman-Memorial Hospital in Los Angeles, and demonstrated his concern with people suffering from grievous injuries;

Whereas, on April 9, 1984, David Smithee, a 14-year-old boy suffering from cystic fibroses was invited to Michael’s home, in response to a dying request to meet Michael. David passed away 7 weeks later;

Whereas, on April 14, 1984, Michael Jackson was single handedly responsible for equipping a 19-bed-unit at Mount Sinai New York Medical Center. This center is now a critical part of the T.J. Martell Foundation for leukemia and cancer research;

Whereas, on July 5, 1984, during the Jackson’s press conference at Tavern On The Green, Michael announced that his portion of the earnings from the Victory Tour would be donated to three charitable organizations: The United Negro College Fund, Camp Good Times, and the T.J. Martell Foundation;

Whereas, on July 14, 1984, after the first concert of the Victory Tour, Michael met 8 terminally ill children backstage;

Whereas, on December 13, 1984, Michael visited the Brotman Memorial Hospital, where he had been treated when he was burned during the producing of a Pepsi commercial. He subsequently donated all the money he received from Pepsi, $1.5 million, to the Michael Jackson Burn Center for Children;

Whereas, on January 28, 1985 Michael and 44 other artists met to record ‘We Are The World’, written by Michael and Lionel Ritchie, a project devoted to fighting global hunger. The proceeds of this record were donated to the starving people in Africa;

Whereas in 1986, Michael set up the ‘Michael Jackson UNCF Endowed Scholarship Fund’. This $1.5 million fund is aimed toward assisting students majoring in performance art and communications, with money given each year to students attending a UNCF member college or university;

Whereas, on February 28, 1986, after having had a heart-transplant, 14-year-old Donna Ashlock from California received a call from Michael Jackson. He had heard that she was a fan. Michael invited Donna to his home following her recovery;

Whereas, on September 13, 1987, Michael supported a campaign against racism. He made every effort to publicly support NAACP, in the fight against discrimination of African-American artists;

Whereas in October 1987, at the end of his ‘Bad Tour’, Michael donated personal items to UNESCO for a charitable auction. The proceeds of his donation were allocated for the education of children in developing countries;

Whereas, on February 1, 1988 The Song ‘Man In the Mirror’ entered the charts. The proceeds from the sales of this record went directly and exclusively to Camp Ronald McDonald for Good Times, a camp for children who suffer from Cancer;

Whereas, on March 1, 1988, at a press conference held by his sponsor Pepsi, Michael presented a $600,000 check to the United Negro College Fund;

Whereas on April 1988, Michael Jackson ensured that free tickets to three concerts in Atlanta, Georgia, were specifically set aside for the Make a Wish Foundation;

Whereas, on May 22, 1988, Michael visited cancer-stricken children in the Bambini-Gesu Children’s Hospital in Rome. He signed autographs and gave away sweets and records to the young patients. He also announced his monetary donation of 100,000 pounds to the hospital;

Whereas, on July 16, 1988, Michael met the Prince of Wales and his wife Diana, where he donated 150,000 pounds for the Prince’s Trust, and a check of 100,000 pounds for the children’s hospital at Great Ormond Street;

Whereas, on July 20, 1988, Michael visited terminally ill children at Great Ormond Street Hospital. At a unit for less critical patients he stayed longer and to engage in story telling time with the children;

Whereas, on August 29, 1988, at his 30th birthday Michael performed a concert in Leeds, England, for the English charity organization ‘Give For Life’, an organization designed as an immunization charity for children. Michael presented a check for 65,000 pounds;

Whereas on January 1989, the proceeds of one of Michael’s shows in Los Angeles were donated to Childhelp USA, the biggest charity organization against child abuse. In appreciation of the contributions of Michael, Childhelp of Southern California founded the ‘Michael Jackson International Institute for Research On Child Abuse’;

Whereas, on January 10, 1989, upon the winding down of his ‘Bad Tour’, Michael Jackson donated tickets for each concert to underprivileged children, and made contributions to hospitals, orphanages and charity organizations throughout each stop on his tour;

Whereas, on February 7, 1989, Michael visited the Cleveland Elementary School in Stockton, California, a site of playground violence where 5 children had been tragically killed and 39 had been wounded;

Whereas, on March 5, 1989, Michael invited 200 underprivileged children of the St. Vincent Institute for Handicapped Children and of the organization Big Brothers and Big Sisters to the Circus Vargas in Santa Barbara. Following the event, the children were invited to his ranch to visit his private Zoo at Neverland Ranch;

Whereas in December 1991, Michael’s office MJJ Productions donated more than 200 turkey dinners to needy families in Los Angeles;

Whereas in February 1992, within 11 days Michael covered 30,000 miles in Africa, to visit hospitals, orphanages, schools, churches, and institutions for mentally handicapped children;

Whereas, on February 3, 1992, at a press conference at the New York Radio City Music Hall, Michael announced that he is planning a new world tour, to raise funds for his new ‘Heal The World’ Foundation. This Foundation was designed to support the fight against AIDS, Juvenile Diabetes, the Ronald McDonald Camp, and the Make A Wish Foundation;

Whereas, on May 6, 1992, Michael defrayed the funeral expenses for Ramon Sanchez, who was killed during the Los Angeles riots;

Whereas, on June 26, 1992, Michael presented the Mayor of Munich, Mr. Kronawitter, with a 40,000 DM check for the needy people of the city;

Whereas on July 1992, Michael donated 821,477,296 Lire to La Partita del Cuore (The Heart Match) in Rome and donated 120,000 DM to children’s charities in Estonia and Latvia;

Whereas, on July 25, 1992, at his concert in Dublin, Ireland, Michael announced that he will give 400,000 pounds of the tour earnings to various charities;

Whereas in June 1993, Michael announced a donation of $1.25 million for children suffering as a result of the riots in Los Angeles;

Whereas on October 1993, Michael Jackson donated $100,000 to the Children’s Defense Fund, the Children’s Diabetes Foundation, the Atlanta Project, and the Boys and Girl Clubs of Newark, New Jersey;

Whereas on December 1993, in conjunction with the Gorbachev Foundation, Michael Jackson airlifted 60,000 doses of children’s vaccines to Tblisi, Georgia;

Whereas in 1994, Michael donated $500,000 to Elizabeth Taylor’s AIDS Foundation;

Whereas, on October 1, 1996, Michael donated the proceeds of his Tunisia concert to ‘The National Solidarity Fund’, a charity dedicated to fighting poverty;

Whereas, on December 9, 1996, during the ‘History Tour’ visit in Manila, Michael visited a Children’s Hospital, where he announced that a portion of his concert earnings will be donated to the renovation of the Hospital;

Whereas the Millennium Issue of the ‘Guinness Book Of Records’ named Michael as ‘the Pop Star who supports the most charity organizations’;

Whereas in 2004, The African Ambassadors’ Spouses Association, honored Michael Jackson for his worldwide humanitarian efforts, due to his fiscal contribution of more than $50 million to various charities, including many organizations that feed the hungry in Africa; and

Whereas we today mourn with and send our condolences to the children that Michael Jackson left behind: Prince Michael, Paris Michael, and Prince Michael II and his mother, father, brothers, and sisters: Now, therefore, be it

Resolved, That the House of Representatives--

(1) recognizes Michael Jackson as a global humanitarian and a noted leader in the fight against worldwide hunger and medical crises; and

(2) celebrates Michael Jackson as an accomplished contributor to the worlds of arts and entertainment, scientific advances in the treatment of HIV/AIDS, and global food security.


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Michael Jackson 's Legacy

Michael Jackson

By Wendy Geller Mon Jul 6, 2009 1:33pm PDT 143 Comments

2009 Legacy

Considerable excitement met the announcement of "This Is It"--a series of 50 live Michael Jackson dates at the O2 arena in London, to commence July 2009 and run through 2010. These would be his first major series of concerts since his HIStory World Tour in 1997. The singer hinted at a possible full retirement after the series. All the shows sold out. However, on June 25, he collapsed at his rented mansion in Los Angeles, was rushed to the hospital, and died of cardiac arrest that afternoon. He was 50 years old, and left behind the legacy of 13 Grammy Awards, 13 No. 1 singles, the sales of more than 750 records, and two inductions into the Rock And Roll Hall Of Fame.

2003 Trials


After the release of Invincible, a documentary about the singer was released which resulted in seven counts of child sexual abuse after it aired (all charges related to the same boy featured in the documentary). In 2005 Michael was acquitted of all charges, but he withdrew from the public eye--leaving the country and making only a scant few public appearances.



2001 Invincible

Michael Jackson's last studio album stands out for its contemporary production: Rodney Jerkins, Babyface, and R. Kelly were among the coproducers on the project. Just prior to the release of the album, Michael caused controversy by announcing he was leaving his record label. However, the record, again, debuted at No. 1. This period marks the birth of his third child, Prince Michael Jackson II (called "Blanket"), whose mother was not identifed.


1995 HIStory: Past, Present and Future, Book I

This album was sold as a set: the first disc, named "HIStory Begins," consists of greatest hits; while the second, named "HIStory Continues," features new songs. Just prior to the release, Michael faced the infamous accusations of child sexual abuse. He also married his first wife, Lisa Marie Presley, who was serving as an emotional support during this difficult period and was a staunch defender of his innocence. The record itself became Michael's top-grossing release after Thriller, and the best-selling multiple-disc album of all time. After divorcing Presley in 1996, Michael married Deborah Rowe, a dermatologist's nurse whom he met when he was diagnosed with the skin condition vitiligo. She is credited as the mother of two of his children, son Prince Michael and daughter Paris.





1991 Dangerous

Dangerous was Michael's second album to debut at No. 1 on the album charts. The record featured co-production by 22-year-old Teddy Riley, the founder of the New Jack Swing style and who was recommended by Quincy Jones. The music videos from the album continue in Michael's innovative vein, including the one shot for "Remember The Time," which featured comedian Eddie Murphy and iconic model Iman; as well as the 10-minute "Black Or White" which featured some of the earliest examples of computer morphing.


1987 Bad

At this point, rumors about Michael's eccentric behaviors began to make news. However, these rumors did not hurt his popularity in terms of creative output: The highly anticipated follow-up to Thriller did not disappoint. It was his first album to debut at the top of the charts, and currently the only album to have five singles hit No. 1 on the Billboard Hot 100. Nine of the 11 tracks on the record are written by Michael himself.


1982 Thriller


Michael Jackson's Thriller can be summed up in one sentence: The best-selling album of all time. Additionally, the album is notable for establishing Michael as one of the predominant pop icons of the '80s, for helping him to pave the way for racial equality in music, and also one of the first albums to be significantly promoted via music videos. His longform video for the title cut, which ran 14 minutes, caused a tremendous sensation on MTV and remains an iconic marker in the industry.


1979 Off The Wall


This album marks a real departure from Michael's work with Motown. Co-produced with Quincy Jones, it boasted various influences (pop, rock, dance, disco) and featured songwriting from well-known names such as Paul McCartney. The record was a smash success, with four singles peaking in the top 10 of the Billboard Hot 100, and winning a Grammy for Best Male R&B Vocal Performance (for "Don't Stop 'Til You Get Enough"). Quincy Jones would continue his partnership with Michael for several more years, most notably on the next record they created together.


1978 The Jacksons & The Wiz

Still performing with his brothers--now renamed the Jacksons and on the CBS (later Epic) Record label--Michael takes a part in the musical film The Wiz. A modern retelling of "The Wizard of Oz" with an entirely African-American cast, Michael's portrayal of the Scarecrow played off other starring roles by Diana Ross, Nipsey Russell, Lena Horne, and others. While in production, he works with Quincy Jones, who is arranging the film score. Jones agrees to produce Michael's next solo album.



1972-75 First solo attempts

Motown releases four solo records from Michael: Got To Be There (including the title song, which was his first solo single); Ben (the title song becoming Michael's first Number One solo hit), Music & Me (a transitional album in which Michael began demanding more creative control), and Forever, Michael (his final solo album for Motown). While releasing his solo work, he remains active with the Jackson 5; however all of them would leave the label in 1975 due to dissatisfaction with Motown's refusal to allow creative input. Shortly following the release of Forever, Michael, Motown puts out a Michael Jackson Greatest Hits collection.



1966 The Jackson 5

Now known as "The Jackson 5," Michael and his brothers (with the exception of youngest brother Randy) perform as a touring act and sign with Motown Records in 1968. Michael quickly stands out as the main attraction in the group, and is described by critics as a prodigy. The group's first four singles all hit Number One on the Billboard Charts, creating history.


1958 Michael Joseph Jackson is born


The man who will eventually be known to the world as "the King of Pop" is born in Gary, Indiana--the seventh child of Joe and Katherine Jackson. His father, a former musician working in the steel industry, discovered his elder sons Jackie, Jermaine, and Tito displayed budding musical talent. Adding younger sons Marlon and Michael to the mix, he begins supervising rigorous rehearsals and training to groom the boys into performers.

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