Tuesday, September 06, 2011
Thursday, June 24, 2010
Nigéria:Un président au-dessus de tout soupçon
Le Nigeria, ce n’est pas seulement un des adversaires de l’équipe de France au Mondial en Afrique du Sud. C’est aussi le pays le plus peuplé d’Afrique et le 8e producteur mondial de pétrole. C’est probablement pourquoi Bernard Kouchner a rappelé les liens d’amitié entre la France et le Nigeria, qui envisage de réorganiser sa production pétrolière. L’argent n’a pas d’odeur, mais celui du pétrole sent bon.
Le Nigeria est aussi, tout le monde le sait, l’un des pays les plus instables, les plus dangereux et les plus corrompus du continent africain. Selon un rapport de l’ONG Global Financial Integrity, de 1970 à 2009, 90 milliards de dollars ont fui le Nigeria pour se cacher dans les banques en Angleterre, en France et en Suisse. 10 milliards par an ! Le pillage des caisses publiques, les pots de vin, le trafic de drogue, le racket, la contrefaçon, le trucage commercial et financier sont les principales pratiques criminelles. Décidément, la France choisit bien mal ses amis, en Afrique.
Abacha ? Le nom ne vous dit rien ? Dans le monde de la criminalité financière internationale, c’est une vraie star : l’ancien président du Nigeria, qui a détourné des milliards dans des comptes occultes, et son fils qui a aidé son père à vider les caisses de l’Etat.
Le général-président a dirigé le Nigeria de 1993 à 1998 en vrai dictateur. Pendant cinq ans, il a constamment violé les droits de l’homme, il a fait emprisonner et exécuter ses opposants, il a suspendu les institutions démocratiques et régné avec ses généraux. Sa politique a entraîné l’isolement diplomatique du Nigeria, qui a sombré dans la corruption et la misère. En cinq ans au pouvoir, il a pillé les caisses de l’Etat et planqué des milliards de dollars dans les banques suisses notamment. Des palettes de billets de banque étaient livrées au domicile du général, des dettes étaient rachetées, des rétro-commissions versées pour alimenter les comptes du président.
Plus de 600 millions de dollars ont atterri dans 17 banques suisses. L’affaire Abacha est emblématique de la cupidité et de l’aveuglement des banquiers suisses. Je me souviens d’un directeur du Crédit Suisse qui prétendait devant ma caméra, avec une mauvaise foi en granit, qu’il ignorait tout des fonds Abacha placés dans sa banque, alors que la presse publiait le numéro d’un des comptes du président du Nigeria. Après une procédure qui a duré sept ans, la Suisse a restitué au Nigeria les millions volés par le clan Abacha.
Pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce que le dernier acte de cette saga juridico-financière se joue actuellement devant le tribunal de police de Genève. Le tribunal de police, pour une affaire de détournement de fonds qui porterait sur 2 milliards de dollars ? Ce sont les délices de la procédure suisse ! Selon le quotidien suisse Le Temps, le principal accusé, qui n’est pas présent, est Abba Abacha, l’un des dix enfants du dictateur défunt. Il a été condamné en novembre dernier à 360 jours de prison avec sursis pour participation à une organisation criminelle. 350 millions de dollars déposés sur les comptes d’une dizaine de sociétés-écrans au Luxembourg et aux Bahamas ont été séquestrés par la justice suisse. Mais le fils Abacha a fait recours, qui est actuellement jugé par le tribunal de police. Selon l’acte d’accusation, cité par Le Temps, “pour sa défense, Abba Abacha a déclaré durant l’enquête qu’il avait agi à la demande de son frère qui faisait des affaires, sans penser à mal et sans savoir qu’il était interdit d’utiliser des noms d’emprunt.” Escroc, à son insu de son plein gré !
Une star du barreau genevois défend, contre des honoraires juteux, ce malheureux pion égaré dans le pillage concerté des finances du Nigeria. Un défilé de témoins est invité à comparaître, ceux qui ont été bernés, ceux qui ont fermé les yeux et ceux qui ont facilité le clan Abacha. Mais, face à la justice, les banquiers ne sont ni courageux ni téméraires. Ils ont préféré s’abstenir.
Et la France, dans tout ça, au-dessus de tout soupçon ? Pas vraiment. Elle hébergerait 90 millions de dollars détournés par le clan Abacha. Selon l’ONG Terre Solidaire, la justice française a bien ouvert quelques enquêtes et Tracfin, la cellule anti-blanchiment de Bercy, a diligenté une enquête sur la Société bancaire arabe, détenue à 33% par la banque Worms, filiale d’Axa. Selon l’ancien procureur suisse Bernard Bertossa, 30 millions d’euros seraient gelés par la Tracfin. Ils n’auraient été ni confisqués ni restitués. Mais aucune enquête sur deux commissions de 1.8 million de dollars versés par le laboratoire Aventis Pasteur pour obtenir un contrat de vaccins de 45 millions. Ni Elf, qui a reconnu avoir versé 20 millions de dollars pour renouveler ses licences d’exploitation, ni Addax, qui a versé 10 millions de pot de vin pour décrocher un marché, n’ont été poursuivies. La justice française a quand même condamné pour corruption à 3 ans de prison et 300 000 euros d’amende l’ancien ministre nigérian du pétrole, Daniel Etete.
Ce qui intrigue un avocat suisse chargé par son gouvernement de démêler ces ténébreux montages financiers, c’est que “sur les 2,2 milliards de dollars retrouvés, pas un dollar ne correspondait à des commissions pétrolières, alors que le pétrole représente 98% des exportations du Nigeria.” Finalement, Abba Abacha a été condamné à deux ans de prison avec sursis. Ses avoirs planqués dans des paradis fiscaux, 400 millions de dollars, ont été confisqués.
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Wednesday, September 30, 2009
Gagner beaucoup d'argent sur le dos de l'Irak
Par Pete W. Moore | |
Le 30 septembre 2009 | |
Dans l'un de ces établissements irakiens à Sharjah, un cousin bas de gamme de Dubaï dans les Emirats Arabes Unis, l’hôte dressait un gros poisson au milieu d’une tablée de six personnes en s'exclamant et en rigolant: «L'économie de l'Irak est comme ce poisson – la portion que vous aurez dépendra de la vitesse à laquelle vous mangerez». C'est là une description assez juste de l'Irak aujourd'hui : le patrimoine du pays est littéralement en train d'être désagrégé et dévoré. Malgré la crise financière mondiale et la baisse du prix du pétrole, le gouvernement irakien et ses supporters américains ont élaboré quelques bonnes nouvelles et peuvent faire valoir quelques améliorations, et ce malgré les bombardements qui tourmentent Bagdad et Mossoul et le fait que le crime est très répandu dans les rues. Les troupes se sont en effet retirées du centre des cités et des villes pour se terrer dans des campements protégés par des blocs de béton, et l'affirmation du Premier Ministre d’Irak, Nouri al-Maliki, selon laquelle il exerce un contrôle centralisé sur ses rivaux islamistes chiites à Bagdad semble se confirmer. En février 2009, le fonctionnaire le plus haut gradé de Washington à Bagdad a déclaré: «Nous sommes peut-être à un tournant. Nous avons déjà entendu ce discours, mais les conditions se mettent en place, les entreprises occidentales pourraient se montrer très intéressées. La politique est en train de se normaliser. Cela signifie que la porte est ouverte pour une plus grande activité dans les affaires et un...engagement.» [1] En avril 2009, le gouvernement Maliki a tenu à Londres une conférence internationale à forte visibilité pour encourager les investissements étrangers. Malheureusement ces «pousses vertes» prometteuses de renaissance économique, juste entrevues, sont trompeuses. Quelque chose est bien en train de pousser dans l'économie politique d'Irak, mais ses racines sont anciennes et solides, et la plante est très loin d'être saine. La violence toujours présente après l'invasion états-unienne de 2003 – qu'il s'agisse de résistance à l'occupation ou des luttes sectaires – a désagrégé l'Irak sur le plan économique, en créant des monopoles entre les mains de milices locales, des fiefs criminels dans le secteur public et des paradis fiscaux régionaux. Dire que la corruption, les pots-de-vin et l'intimidation sont généralisés est un euphémisme: ces pratiques font partie intégrante du business. Comme cela a été le cas lors d'autres conflits civils complexes à l'ère de la mondialisation, les années de pagaille en Irak se sont déroulées dans le contexte d'un marché régional dérégulé. Comme dans le cas des diamants sanglants en Afrique ou les chaînes d'approvisionnement contrôlées par la Mafia révélées par Roberto Saviano dans le film Gomorra (2008), le marché mondialisé a augmenté la violence et la criminalité en Irak. L'année de domination directe par les Etats-Unis entre mai 2003 et juin 2004 a ouvert le marché irakien à la prédation extérieure, alors que la montée des Islamistes chiites, en concurrence avec d'autres forces au sud du pays, est remontée vers le nord et a impliqué une réorganisation des relations politiques et économiques entre Bagdad et les pays voisins. Les Etats du Golfe, en particulier les Emirats arabes unis (EAU, composé de sept Etats) et l'Iran, sont devenus des acteurs importants dans l'économie irakienne. Les personnes et les biens affluent en Irak de manière dérégulée, alors que les capitaux et les ressources quittent le pays. D'une certaine manière, l'économie politique de l'Irak semble être en train de se couler dans le moule familier de la tutelle et de l’escroquerie de l'Etat qui étaient la norme durant les décennies de direction du parti Baath [dont Saddam Hussein fur le dernier dirigeant au pouvoir]. Une grande partie des chaînes d'importation d’approvisionnement et des réseaux de distribution continue à dépendre des ministères et des entreprises d'Etat créées dans les années 1970. Mais ce vieil édifice est maintenant fréquenté par de nouveaux fournisseurs qui servent un autre type de clientèle. Au lieu de construire la démocratie et impulser le développement socioéconomique comme l'imaginaient l'ex proconsul états-unien L. P Bremer et ses sous-fifres néolibéraux, l'ouverture des frontières et la liberté de commerce ont été exploitées par ces nouvelles autorités pour consolider leur règne de plus en plus autoritaire et pour détourner les profits vers leurs propres coffres. Pas pour les timorés Le matin du 30 mai 2009, l'ex-ministre du Commerce Abd al Falah Sudani, membre du parti de Maliki, le al-Dawa, a pris un avion de Bagdad à Dubaï. A peine quelques semaines plus tôt, Sudani avait donné sa démission du Ministère suite à des allégations de fraude massive dans l’achat de nourriture importée, surtout en provenance d'Iran. Au début il n'a pas été impliqué légalement – ou disons plutôt que 50 de ses subordonnés l'étaient – mais les raisons de chercher refuge à Dubaï paraissaient évidents. L'avion n'était en l'air que depuis 30 minutes lorsqu'il a changé de cap et s'est dirigé vers Bagdad, où les gardes de sécurité ont arrêté Sudani. Or, c’est là un gros changement par rapport à l’époque où les partisans du Baath en disgrâce et les exilés s'enfuyaient non pas vers le sud mais plutôt vers l'ouest, vers Amman. Durant les décennies qui ont précédé l'invasion états-unienne, c'est la Jordanie qui constituait la passerelle vers Irak. Cette histoire est bien connue. [2] Les profonds liens sociaux, politiques et économiques entre les régimes Baasiste et Hachémite [Jordanie] avaient réussi à les maintenir tous les deux à flot durant les ravages de la guerre, les sanctions et l'isolement international dans les années 1980 et 1990. La Jordanie reste un point d'entrée important vers l'Irak, même si les exportations n'atteignent plus les niveaux antérieurs à l'invasion, soit 800 millions de dinars jordaniens par année. Mais les dirigeants choisis par les Américains parmi les anciens exilés islamistes chiites, puis élus en 2005, n'ont aucun lien d'amitié avec le gouvernement Jordanien ou avec les exilés irakiens vivant en Jordanie. Par conséquent le commerce avec la Jordanie s’est heurté à une série d'obstacles. La chute de l'Irak baathiste a mis un terme à l’accord commercial entre Ammann et Bagdad. Celui-ci permettait que le pétrole soit transporté en Jordanie à des prix réduits en échange d'exportations et re-exportations depuis la Jordanie. Privés de cette garantie, les exportateurs jordaniens dépendent de paiements en liquide par des importateurs irakiens et des entreprises d'Etat. A défaut de bénéficier du cadre légal et sécuritaire d'un commerce d'Etat à Etat, les Jordaniens doivent s'appuyer sur des partenaires irakiens ayant des connexions à Bagdad pour conclure des affaires. Comme l'expliquait un exportateur jordanien: «Aucun homme d'affaires jordanien ne prendra le risque de visiter Bagdad, alors nous sommes obligés d'engager sur place des représentants, souvent peu dignes de confiance». Peut-être l'expression la plus manifeste du changement dans le contexte politique est le refus généralisé des ministères irakiens de permettre aux compagnies jordaniennes de faire des appels d’offres, alors que les entreprises syriennes et iraniennes ne semblent pas devoir subir de telles contraintes. Les routes commerciales depuis la Jordanie sont également devenues de plus en plus chères et dangereuses depuis 2003. Avant l'invasion, l’entreprise publique conjointe Jordan-Irak Land Transportation Company, transportait les biens. Des conducteurs jordaniens et irakiens traversaient librement les frontières et pouvaient effectuer des livraisons n'importe où. Cette entité a cessé d'exister après l'invasion, et ses camions ont été volés. Ni les Américains, idéologiquement opposés au secteur étatique, ni les partis chiites et kurdes irakiens n'ont manifesté la volonté de faire renaître cette compagnie. Même si les villes sont plus sûres maintenant qu’à l’apogée de la guerre civile, il n’en va pas de même pour les routes irakiennes, qui restent infestées de bandits, dont beaucoup se sont organisés de manière à contrôler des bouts d'asphalte comme s'ils étaient un Etat. Transporter des liasses d'argent liquide et des cargaisons de valeur à travers la province de al-Anbar [la plus grande et la plus à l’ouest des provinces irakiennes] n'est fait pour les timorés. Par conséquent, depuis 2004, les camions jordaniens déchargent leur marchandise à la frontière, où des camionneurs privés irakiens la rechargent pour le voyage à Bagdad. Aujourd'hui il existe une poignée d'entreprises de transport privées avec des bureaux en Jordanie et en Syrie qui ont fini par dominer le transport entre Bagdad et l’ouest – et leur part de marché n'est pas due qu’à leur perspicacité en affaires. Le responsable d’une compagnie de transport privé se vantait: «Si notre compagnie affiche les meilleures performances de livraison, c’est parce qu’avec nos contacts, personne n'osera s'en prendre à nos camions.» Depuis l'invasion, ces camions sont également devenus le principal moyen de ravitaillement pour les bases états-uniennes. Ce fait soulève beaucoup de controverses en Jordanie. Il n'apparaît pas clairement dans les statistiques commerciales, mais on pense généralement que les troupes états-uniennes consomment une large part des exportations jordaniennes en Irak, en particulier en ce qui concerne beaucoup de denrées alimentaires. [3] Par conséquent les autorités d’Amman se trouvent devant un dilemme. La réticence relative par rapport à l'invasion états-unienne recule devant la nervosité suscitée par la perspective d’un retrait états-unien, qui non seulement réduirait l'influence de la Jordanie sur son voisin oriental mais également les profits qu'y récoltent ses hommes d'affaires. Par contre, le Golfe est en position de pouvoir bénéficier dans tous les cas. La lutte pour le Sud Tout au long de l'histoire irakienne, le sud du pays a toujours été un passage crucial du point de vue économique: non seulement les réserves pétrolières de l'Irak s’y concentrent et Bassora est la deuxième ville du pays en importance, mais le Golfe s'ouvre sur l'Océan Indien, porte maritime ouvrant sur les richesses de l'Asie du Sud et de l'Extrême-Orient. Et le sud de l’Irak est rapidement en train de regagner ce statut. En 2008, l'Irak est devenue la troisième destination pour les réexportations de Dubaï, après l'Iran et l'Inde, alors qu’avant 2003 il ne se trouvait même pas parmi les dix premières. Entre-temps, le Koweït a utilisé sa position politique et géographique pour devenir un autre fournisseur majeur des biens qui affluent vers les bases états-uniennes en Irak. Et les autorités d'Arabie Saoudite projettent de créer une zone de libre-échange et de stockage sur la frontière avec l'Irak. Ces nouveaux rapports commerciaux se recoupent, en grande partie, avec les intérêts d'affaires de milices irakiennes ou de monopoles du secteur public contrôlés par un parti. Un autre acteur de poids dans le Golfe, l'Iran, déclare maintenant être le principal partenaire commercial de l'Irak. Des chiffres précis sur le commerce entre l'Iran et l'Irak sont insaisissables. Des évaluations officielles estiment que ce commerce, composé principalement d'exportations iraniennes, se monte à 3 milliards de dollars par année. Que ces estimations soient ou non correctes, personne ne conteste qu'il y a eu une augmentation substantielle de ce commerce par rapport au mince filet d’échanges d’avant l'invasion états-unienne. Et les relations commerciales continuent à se développer. En 2004 les autorités iraniennes ont établi la zone de libre-échange d’Arvand dans la province du Khuzestan, sur la frontière irakienne. En février 2009, la délégation commerciale iranienne à Bagdad a accepté d'augmenter le commerce à hauteur de 5 milliards de dollars. Une grande partie des importations depuis l'Iran consistent en des aliments conditionnés et des biens de consommation bon marché qui provenaient autrefois exclusivement de Jordanie. A part le pétrole, le commerce lié aux pèlerinages chiites, qui ont explosé après la chute de l'ancien régime, est l'entreprise la plus lucrative dans le sud. On estime que quelque 1500 pèlerins iraniens se rendent tous les jours dans les villes saintes de Najaf et Karbala. Dans ces villes les entreprises de construction et de gestion iraniennes ont une position dominante dans le secteur de la construction des hôtels et des installations pour les touristes. Et, pour les Irakiens qui se méfient de l'influence iranienne, il y a des rumeurs persistantes concernant un nouveau passage qui serait prévu pour développer les relations transfrontalières. Il semble que la plus grande partie – sinon tout – de ce business d'exportation iranienne soit contrôlé ou géré par plusieurs compagnies ayant des liens avec les Gardiens de la Révolution, un fait qui empêche toute appréciation quantitative exacte. Ce qui apparaît clairement aux Irakiens c’est le grand choix de biens manufacturés qui remplissent les étals des marchés et les commerces de détail dans tout le pays. Au moment où la violence sectaire était à son comble, des rapports faisaient état du fait que les milices sunnites avaient banni la vente de biens iraniens dans leurs régions. Bien entendu, la nouvelle dominance du commerce et de la finance iranienne alimente la perception, aussi bien parmi les Irakiens que parmi les Américains, d'une relation plus étroite entre l'Iran et l'Irak, le tout supervisé par un gouvernement Maliki monolithique. Néanmoins l'implication économique iranienne en Irak est l'objet d'une concurrence féroce parmi les partis chiites les plus importants du pays. Ammar al-Hakim, fils de feu Abd al-Aziz al-Hakim et dirigeant du Conseil Suprême islamique en Irak (ISCI), est devenu une figure particulièrement importante dans le commerce entre l'Irak et l'Iran. L'ISCI avait été fondé à la demande de la République Islamique d'Iran en 1982, et a lutté aux côtés de l'Iran pendant la terrible guerre de cette décennie. Les accusations dénonçant l'ISCI comme étant un allié (une cinquième colonne) perse étaient donc crédibles. Mais le parti a ses propres projets en ce qui concerne la manière de faire des profits. En 2005 il a été rapporté que le jeune Hakim avait pris le contrôle de la Shahid al Mihrab Corporation, une entité qui, d'après deux ex-ministres du commerce irakiens actuellement exilés à Sharjah, était contrôlé par les services de renseignements sous le règne baasiste. Cette compagnie, jusque-là peu connue, gérait le peu de commerce qui se faisait avec l'Iran au sud du pays et surveillait les quelques pèlerins qui avaient la permission d'entrer dans le pays. Après 2003, comme pour beaucoup d'autres anciennes institutions du parti baath, Shahid al-Mihrab Corporation, a été reprise par les nouveaux pouvoirs pour poursuivre d'autres objectifs. Le contrôle sur cette compagnie a facilité la suprématie de l'ISCI dans le domaine des permis de construction et de transport en rapport avec le «business» du pèlerinage ainsi que dans les importations iraniennes des biens du commerce de détail dans les villes du Sud de Kut, Amara et Bassora. On ne sait pas encore quelles seront les conséquences des élections provinciales de janvier 2009, dans lesquelles l'ISCI n'a pas eu de bons résultats, sur la domination du parti sur ces actifs. En attendant, al-Dawa, le principal rival de l'ISCI, profite du contrôle des ministères fédéraux et de leurs négoces avec l'Iran. Comme les ministères et les entreprises d'Etat sous leurs auspices restent les acheteurs et les distributeurs pour la plupart des biens dont l'Irak a besoin, et au vu de la corruption très répandue, ceux qui occupent les postes de pouvoir dans le secteur public ont la possibilité de s'enrichir rapidement. Autrefois les entreprises d'Etat importaient des matériaux bruts en vue de produire des biens de consommation (elles importaient par exemple du tissu pour confectionner des chemises). Mais deux décennies de manque d'entretien pendant les guerres et les sanctions, suivies de la destruction délibérée d'entreprises physiques à partir de 2003, ont laissé la plupart des usines dépourvues de machines-outils. Actuellement l'Irak se contente donc d'acheter des produits finis. (Voilà une autre raison pour laquelle les syndicats irakiens ont été terrassés: les travailleurs d'usines qui ne produisent plus rien n'ont pas un rapport de force pour négocier). La réhabilitation de ces usines serait évidemment payante sur le plan du développement, en créant des emplois et en mettant à jour les qualifications des travailleurs irakiens, mais elle n'est pas tellement dans l'intérêt des fonctionnaires ministériels. En effet, des investissements dans les usines pourraient avantager des régions géographiques contrôlées par des partis rivaux. Les officiels préfèrent donc distribuer des millions tous les mois pour des accords d'importation. Les contrats apportent de l'argent liquide; des hommes d'affaires qui traitent avec les ministères et les entreprises d'Etat rapportent que des dessous-de-table sont requis à tous les niveaux. Pour ceux qui ont les bons contacts dans une milice ou un parti, la corruption peut être régulée et simplifiée même si elle reste coûteuse. Pour d'autres, des demandes de pot-de-vin peuvent venir de partout. Un commerçant irakien basé en Turquie expliquait: «Si je n'ai pas les bons contacts, je reçois des demandes de dessous-de-table de tout le monde, depuis le garde posté à la porte d'entrée jusqu'aux officiers de contrôle de qualité à l'intérieur.» Même si on obtient un contrat, des hommes d'affaires rivaux soutenus par d'autres groupes peuvent gâter le marché. En plus, beaucoup de fonctionnaires ministériels et PDG d'entreprises d'Etat ont peu d'expérience dans le service civil et le népotisme est largement répandu. Une semaine avant l'arrestation de l'ex-ministre du commerce Sudani, son frère Sabah Muhammad Sudani a été arrêté pour suspicion de corruption en lien avec le ministère. Mais Sudani et son ministère ne sont de loin pas une exception dans ce domaine. Un participant commentait, en décrivant le climat du business en Irak: «Il s'agit de prendre son argent le plus vite possible avant de se tirer.» Il est vrai que la corruption était déjà répandue avant l'invasion états-unienne (ce fait est d'ailleurs communément utilisé par les officiels états-uniens pour se défendre), et les sommes engagées sont comparables, mais le chaos politique accru a multiplié aussi bien le nombre de joueurs que les risques. Sous le régime des sanctions des années 1990, les compères du Parti Baath sont devenus des millionnaires alors que l'Etat protégeait leurs opérations de contrebande de la concurrence. Les observateurs disent qu'actuellement il y a d'avantage de millionnaires, liés aux partis religieux chiites et leurs milices, qui sont plus impitoyables que les membres du Baath lorsqu'il s'agit de défendre leur territoire. Selon un commerçant irakien: «Sous Saddam on pouvait être volé par le secteur publique ou obligé de payer des pots-de-vin. Maintenant vous pouvez perdre votre argent et votre vie et celle de votre frère.» Peu d'hommes d'affaires sérieux dans le pays travaillent sans soutien ou protection organisés. Les liens familiaux peuvent aider, mais le fait de fonctionner loin de sa base de départ requiert une police d'assurance supplémentaire. Par exemple les rackets de protection faisaient partie de la vie quotidienne des milices du Mehdi de Moqtada al-Sadr à Bagdad entre 2004 et 2007. A mesure que le contrôle de l'armée du Mehdi s'est ébréché, les commerçants sunnites se sont mis à louer des représentants chiites, et les commerçants chiites à engager des hommes de paille sunnites. Cette coopération fait penser à certains que la division sectaire est en train de diminuer, mais elle peut également mettre en évidence à quel point ces divisions sont profondes et à quel point elles se sont institutionnalisées. Pots-de-vin à trois étages Au cours des dernières décennies, Dubaï et les autres Emirats Arabes Unis EAU) abritaient une communauté d'expatriés irakiens qui était minuscule comparée aux communautés de Amman ou de Damas. Mais cela a changé: à la suite de l'Iran, Dubaï et les Emirats sont devenus les partenaires commerciaux d'Irak dans le Golfe. Les facilités du transit dans la dynamique Dubaï ont donné lieu non seulement une importante augmentation du commerce direct avec l'Irak mais également une hausse significative mais officieuse du commerce de re-exportation par l'Iran. Le premier business à être exploité après la chute de l'ancien régime était celui des voitures d'occasion. Ensuite cela a été le tour du pétrole de contrebande. Sous le régime du baath, la propriété d'automobiles était restreinte et tous les achats passaient par la compagnie d'autos de l'Etat. A la fin 2003 les trafiquants de voitures entreprenants des Emirats ont commencé à transporter par bateau les modèles les plus anciens et de moindre qualité aux ports de Bassora et de Umm Qasr. Pour répondre à une demande en pleine expansion, des acheteurs privés du côté irakien se débrouillaient pour réceptionner les bateaux et transporter les voitures vers le Nord. Le piètre état des installations portuaires de Bassora et de Umm Qasr limitait la taille des navires qui pouvaient accoster sans danger. Alors, pour s'adapter à la demande, les importateurs irakiens ont ouvert tout au long de la voie fluviale de Shatt-el-Arab une série de lieux d'abordage plus petits et à la limite de la légalité pour charger et décharger les cargaisons. D'après les entrepreneurs de l’export à Dubaï, ces ports rafistolés n’étaient faits souvent que d’une jetée en bois sur lesquels les voitures pouvaient être conduites une à une jusqu'à la côte. Les acheteurs n'étaient pas des concessionnaires habituels de voitures usagées. Certains étaient des chefs de milice ayant les contacts et les armes nécessaires pour faire conduire des camions chargés de voitures à la capitale; d'autres étaient en collusion avec de petits gangs criminels à la recherche de profits rapides. Pendant ce temps, les rues des villes irakiennes étaient obstruées par cet afflux de véhicules. A Dubaï des voitures âgées de 10 ou de 20 ans pouvaient être envoyées au Nord à partir de 135 dollars la pièce, et étaient ensuite vendues à Bassora pour plusieurs milliers de dollars. Les résidants de Dubaï ont commencé à remettre des voitures usagées de n'importe quelle qualité à des commissionnaires pour la revente en Irak. Des rumeurs ont commencé à circuler à Dubaï selon lesquelles des épaves de voitures piégées portaient des numéros d'identification des Emirats, mais cela n'a pas empêché le commerce de continuer. Lorsque Maliki a rétabli son pouvoir dans le sud du pays en 2007, on a annoncé que la corruption dans les ports allait cesser. Une année plus tard, Bagdad a banni l'importation de vieilles voitures, mais cette interdiction n'a été appliquée que mollement. En 2009, les ports irakiens restent des zones en marge de la loi. Les importateurs qui disposent des bons contacts politiques et de l'argent pour les pots-de-vin continuent à pouvoir passer leurs biens en évitant les patrouilles maritimes, obtenir que leurs marchandises soient déchargées dans un port et transportées au marché. Comme le trafic des importations devenait plus rentable, les officiels des gouvernements irakiens intérimaires, transitoires et élus ont tous gravité autour Dubaï. Munis de poignées de coupures puisées dans les caisses du gouvernement, ils ont pu obtenir des permis de résidence sûrs dans les Emirats sans qu'on leur pose trop de questions. Des membres de leurs familles et des hommes de paille de chefs de partis et de ministres en fonction ont écoulé leurs dollars dans le secteur de l'immobilier de Dubaï, en plein essor, ou monté des compagnies commerciales ou investi dans des sociétés de transport naval, ou tous les trois à la fois. Lorsqu'il est question de rechercher les 17 milliards de dollars environ qui ont fui la capitale irakienne depuis 2003, on porte généralement le regard vers Amman, Beyrouth et Damas, mais maintenant ce sont Dubaï, Abou-Dhabi et Sharjah qui sont les paradis fiscaux préférés. (Comme les Emirats ne communiquent pas la nationalité des investissements étrangers, il n'y a aucun moyen de savoir combien de capitaux irakiens y sont investis.) Dubaï, connu à échelle internationale pour le blanchiment et contrebande d'argent, est un bon endroit pour mettre en sécurité des gains mal acquis. On y réserve un bon accueil à l'argent liquide, même lors de transactions importantes. Hormis quelques banques privées, l'Irak n'a pas un système bancaire en état de fonctionner. Les fuites de capitaux signifient donc qu'il s'agit de traverser physiquement les frontières avec des monceaux d'argent en cash. Les hommes d'affaires irakiens actifs dans les Emirats depuis 2003 parlent de «paquets de Fort Knox» [camp militaire qui abrite les ressources d’or des Etats-Unis depuis 1937], des palettes de billets de 100 dollars emballés sous film plastique arrivant sur des vols charter. C'est peut-être une pure coïncidence si l'Autorité Provisoire de la Coalition de Paul Bremer [de mai 2003 à juin 2004] et les équipes de militaires préposés à la reconstruction au niveau des provinces ont justement déballé un nombre considérable de ces paquets durant la période qui a suivi l'invasion. La corruption ministérielle, le business de l'importation, les compagnies offshore et les fuites de capitaux constituent ensemble ce que l'on pourrait appeler les «le système irakien de pots-de-vin à trois étages». Premier étage: le représentant de la compagnie commerciale d'un ministre à Dubaï «gagne» un contrat pour fournir des pièces détachées pour les véhicules de ce ministère. Deuxième étage: alors qu'il siège à Bagdad, le ministre reçoit un pot-de-vin sur l'affaire. Troisième étage: ce pot-de-vin prend le chemin de Dubaï, où cet argent, avec la redevance de l'importateur en provenance du ministère, est investi dans une affaire immobilière ou une compagnie. Ce système obscur mais bien organisé garantit que tout le monde reçoit sa part, sauf bien sûr le public irakien. Pourtant, cette corruption en trois étages pâlit en comparaison d'un racket incroyablement lucratif qui a porté le préjudice de loin le plus grave à l'économie irakienne : celui de la contrebande de pétrole. Au grand jour Lorsqu'il est question du vol massif de pétrole irakien depuis 2003, les officiels états-uniens montrent habituellement du doigt les insurgés et les gangs criminels, préférant ignorer les liens entre les trafiquants et les partis politiques. Des paradis fiscaux régionaux comme les Emirats constituent un maillon crucial dans la contrebande. Beaucoup de biens ont été réexportés en Irak, mais dans le même temps une quantité beaucoup plus importante est revenue dans les Emirats sous forme de pétrole brut du marché noir. Avant l'invasion états-unienne, l'Irak pompait 2.6 millions de barils par jour; en 2003, ce volume a chuté à pic, et n'a réussi à atteindre 2.4 millions de barils qu'en 2008, juste à temps pour que les prix du pétrole à niveau mondial baissent précipitamment. On estime que sur ce nombre, 200'000 à 500'000 barils passent quotidiennement en contrebande. Certains experts américains mettent en doute ces estimations, notamment au vu de la logistique qui serait nécessaire pour transporter chaque jour une quantité aussi gargantuesque. Ils suggèrent qu'une grande quantité de ce pétrole brut est simplement repompé dans le sol au lieu d'être raffiné. [4] Comme c'est souvent le cas en Irak depuis l'invasion, il n'y a aucune manière de déterminer exactement combien a été volé, mais si l'on tient compte de l'argent gagné dans les Emirats, On peut en déduire qu'il s'agit d'une quantité considérable. Sous le régime baasiste, du pétrole sortait en contrebande par le Sud, mais c'est l'invasion états-unienne qui a permis aux trafics criminels de se généraliser. La contrebande se fait maintenant au grand jour, et a évolué pour devenir une sorte de système autorégulé. Des interviews d'Irakiens qui captent le pétrole et des capitaines de boutres [dhows - voiliers en bois traditionnels] qui transportent la contrebande esquissent déjà une image des premiers pas modestes dans cette direction à la fin 2003 et début 2004. Après que les autorités portuaires furent dissoutes en 2003, les groupes locaux liés au ISCI [Conseil Supérieur Islamique] et à la faction al-Fadhila, un petit groupe islamiste chiite dans la mouvance sadriste [Moqtada Sadr], ont pris le contrôle des deux principaux terminaux offshore de chargement pétrolier à Bassora et à Khawr al-Amaya. Comme pour le trafic de voitures, cependant, c'étaient les ports quasi-légaux le long du Chatt al-Arab qui étaient les plus importants. Le plus tristement célèbre de ces ports pétroliers se trouve sur l'île de al-Dakir. [5] C'est ici qu'en 2003 les hommes d'affaires et les représentants des milices ont mis sur pied des ateliers pour la réparation les boutres et autres petites embarcations, en plus de quais rudimentaires et d'unités de stockage pour le pétrole. Al-Dakir pouvait fournir un service rapide et des prix compétitifs et les questions embarrassantes étaient réduites au minimum. Du brut irakien était siphonné par des pipelines depuis la côte et transporté dans l'île. Les mêmes hommes d'affaires envoyaient des agents aux Emirats ou en Iran pour chercher des acheteurs. Les premières livraisons étaient transportées sur des péniches converties, qui naviguaient laborieusement de Dubaï et Sharjah à al-Dakir. On faisait rouler les barils dans ces embarcations qui devenaient des risques d'incendie flottants. Certaines de ces péniches débarquaient leur contenu à Dubaï, à Port Rashid ou d'autres ports plus petits comme Hamriyya. Les dirigeants de Dubaï ont toujours souligné le fait que la ville-Etat ne dispose pas de réserves de pétrole, mais elle abrite par contre plusieurs compagnies de service et de stockage du pétrole. Du brut irakien volé a été vendu à ces compagnies (utilisant des documents falsifiés ou pas de documents du tout), qui l'ont simplement «disparu» dans le système de stockage régional. Un baril vendu à al-Dakir pour 8-10 dollars pouvait tripler de prix en arrivant à Dubaï. A mesure que des officiels des gouvernements successifs post-Saddam se déplaçaient dans les Emirats, le trafic s'est développé de manière exponentielle. Il paraît que pour gagner vraiment beaucoup d'argent avec de la contrebande de pétrole irakien des capitaux et des moyens de transport sont plus importants que de la marchandise à bas prix. Quiconque peut produire à la fois les liquidités, les contacts portuaires et le transport naval garanti emporte le marché. En 2005, les gros gagnants étaient les Irakiens avec des amis haut placés dans les partis et dans les milices qui percevaient une part dans les ports et des autochtones (aussi bien des Emirats que des expatriés irakiens) disposant de liquidités. Le trafic s'est développé et a passé des péniches à des navires plus grands qui pouvaient naviguer directement jusqu'aux installations off-shore. Le fait d'avoir des accointances avec le préposé à la pompe ou ses supérieurs permettaient aux capitaines des navires de prélever des pipelines off-shore des milliers de barils à la fois. Jusqu'en 2008 il n'y avait pas de compteurs en état de fonctionner à Bassora et à Khwar al-Amaya. (Les raisons invoquées pour expliquer cet état de fait dépendaient de l'interlocuteur: soit que les compteurs étaient déjà défectueux avant l'invasion états-unienne, soit ils ont été détruits après coup). Mais la contrebande s'est poursuivie même après que des compteurs aient prétendument été installés. En 2007, il y avait à Dubaï et Sharjah un marché frénétique pour du brut irakien volé. A mesure que les coûts de fonctionnement augmentaient, les montants d'argent liquide requis augmentaient également, attirant dans le trafic de plus gros poissons, soit de riches individus, soit des consortiums, qui rassemblaient l'argent. A Hamriyya et Port Rashid, des manutentionnaires déchargeaient continuellement des barils de pétrole de toutes sortes d'embarcations pour les charger sur des camions, et ce trafic se poursuivait jour et nuit. Un responsable portuaire expliquait: «Il y avait simplement trop d'embarcations, d'heures d'arrivée et d'emplacements pour qu'il soit possible de contrôler ou réguler ces transactions.» Chaque maillon de la chaîne avait son rôle à jouer. Les gestionnaires au terminal de la pompe, les ouvriers, les transporteurs et ceux qui misaient l'argent, tous effectuaient leurs tâches au grand jour. La marine états-unienne dont les bateaux de croisière patrouillaient ces eaux et qui embauchaient ceux qui gardaient les pipelines offshore, était probablement en grande partie au courant de ce trafic illicite. Mais tout comme les honnêtes commerçants, les voleurs et les escrocs peuvent subir les coups du sort. Il pouvait arriver que des facilitateurs en poste à Bassora reçoivent l'argent des contrebandiers mais ne versent pas les pots-de-vin requis, laissant les embarcations attendre trop longtemps pour qu'elles puissent prendre la cargaison ou en leur refusant le pétrole sur un coup de tête. En 2007, certaines de ces péniches encombrantes ont sombré et leur cargaison de pétrole est venue se répandre sur les plages du Golfe. Les officiels des Emirats ne pouvaient pas faire semblant d'ignorer cette visqueuse menace au tourisme, et ont fini par interdire le déchargement de pétrole aux ports commerciaux. Cette mesure de police tardive n'a pas vraiment mis un terme aux opérations de contrebande, qui étaient déjà bien rôdées. Des trafiquants ont mis sur pied une installation offshore – sorte de marché pétrolier flottant – juste en dehors des eaux territoriales de Sharjah. Cette installation servait non seulement au trafic du brut mais aussi à la vente de carburant et de diesel de contrebande à des prix réduits pour les boutres. Les boutres qui quittaient les Emirats se mettaient à quai à cet emplacement et faisaient le plein avant de continuer vers d'autres destinations. D'après un capitaine de boutre, il arrivait parfois qu'ils croisent des navires de la marine états-unienne: «On passait et on se saluait de la main». Depuis la crise financière globale et la forte baisse des prix du pétrole, la contrebande de pétrole a ralenti, mais elle s'est également davantage centralisée. L'extension par Maliki du writ d'Etat sur Bassora a mis les partisans de al-Dawa en position de remplacer leurs rivaux aux terminaux offshore. Pour ce qui est des Emirats, il semble que la pratique d'embaucher plus son propre transporteur pour se rendre au nord du pays ait été abandonnée; maintenant une seule autorité navale (là aussi réputée liée à des personnalités du parti al-Da'wa) effectue les voyages et charge le pétrole. En 2007, lorsque la guerre civile faisait rage, un fonctionnaire des douanes a déclaré à la presse: «Ceux qui font de la contrebande de pétrole appartiennent aux centres de pouvoir, c'est le cas maintenant et c'était le cas autrefois, durant l'ancien régime, et ils sont capables de truffer de balles de quiconque s'oppose à eux.» [6] Deux ans plus tard, alors que l'administration Obama s'emploie à réaliser le retrait par étapes promis durant la campagne présidentielle, les officiels états-uniens soutiennent que la politique irakienne est en voie de normalisation. Mais en réalité si moins de tirs sont échangés c'est uniquement parce que certaines factions irakiennes – celles qui détiennent les ministères dans la Zone Verte – n'ont plus besoin d'utiliser une violence démesurée pour faire respecter leurs décisions. Ils sont en voie d'étendre le pouvoir judiciaire de l’Etat aux frontières de l'économie de guerre du pays. Mais l'Etat lui-même est bâti sur une assise de corruption cimentée au cours des années de guerre civile. Bagdad attend un afflux d'investissements légaux de la part des conglomérats multinationaux du pétrole qui sont avides de mettre le grappin sur les vastes champs pétrolifères inexploités. Mais les usines à l'arrêt et une classe professionnelle (des «hommes d’affaires») non résidente suggèrent que les perspectives d'investissements productifs de ces fonds sont minces. Même si certains secteurs de la population irakienne sont mènent la belle vie au milieu de la contrebande endémique et d'autres activités économiques illégales, 28% des jeunes hommes sont sans travail. Le peuple irakien n'a pas bénéficié de l'aubaine. 2. Voir Pete W. Moore et Christopher Parker, “The War Economy of Iraq,” Middle East Report 243 (Eté 2007). 3. Ibrahim Saif et David DeBartolo, The Iraq War’s Impact on Growth and Inflation in Jordan (Amman: Jordan Institute for Strategic Studies, 2007), p. 8. 4. Voir Luke Mitchell, “The Black Box: Inside Iraq’s Oil Machine,” Harper’s (Décembre 2007). 5. Jasim Dakhil, “Squandered Wealth: Oil Smuggling in Basra,” al-Sharq al-Awsat, 22 septembre, 2007.
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Tuesday, September 08, 2009
L'Afrique toujours en manque d'énergie
Sous-équipement, sous-capacité, vétusté des infrastructures… De nombreux pays africains ont du mal à combler leurs besoins énergétiques à cause d’un déficit à la fois d’investissements et de volonté politique. Seul le maghreb, plus développé, tire son épingle du jeu en s’arrimant peu à peu à l’Europe.
Le 28 juillet dernier, quatre coupures d’électricité étaient enregistrées pendant la matinée dans plusieurs quartiers de la ville de Constantine, en Algérie. Le phénomène était devenu quasi quotidien depuis plus d’une semaine, rapportait le journal national El Watan. Quelques jours auparavant, c’était tout le département de Diourbel, au Sénégal, qui subissait des coupures de courant intempestives, suscitant l’ire de la population locale. Et au printemps dernier, les habitants de Ouagadougou, la capitale du Burkina, avaient déjà été victimes d’interruptions quotidiennes de courant à la suite d’un délestage du réseau électrique national… La plupart des pays africains peinent à répondre à leurs pics de consommation énergétique, surtout en période de canicule, entraînant régulièrement des délestages sur leurs réseaux nationaux. Sous-équipement, sous-capacité, vétusté des infrastructures, sous-capitalisation des compagnies nationales d’électricité en constantes difficultés financières… Le développement des réseaux et des infrastructures énergétiques restent un enjeu crucial pour de nombreux pays africains.
« On constate un manque flagrant d’investissement de la part des entreprises nationales d’énergie, incapables de financer la hausse de la production », indique Marc Vergnet, le PDG de Vergnet SA, PME française spécialisée dans l’énergie éolienne, présente en Éthiopie et en Érythrée. « Les problématiques varient néanmoins selon trois zones géographiques : le Maghreb ; l’Afrique subsaharienne ; l’Afrique de l’Est et australe », souligne Jean-Pierre Favennec, le directeur expert à l’Institut français du pétrole (IFP).
Connexion méditerranéenne
Face à la forte croissance de leur demande énergétique liée à leur développement économique, les pays du Maghreb et, dans une moindre mesure, l’Égypte et la Libye, s’ils continuent de s’arrimer à l’Europe, sont les mieux placés pour résoudre leurs problèmes. D’autant que l’Afrique du Nord compte deux grands pays producteurs, l’Algérie et la Libye, et un niveau d’électrification proche de 100 % pour les trois pays maghrébins. Leur solution passe en grande partie par leur raccordement au Vieux Continent. Ainsi, les projets d’interconnexion électrique se multiplient entre les pays du nord et du sud du Bassin méditerranéen. Déjà deux lignes à haute tension relient le Maroc et l’Algérie à l’Europe. Ces dernières s’inscrivent dans le cadre du grand projet Med Ring, qui vise à développer une boucle électrique entre les deux rives de la Méditerranée, ouvrant la perspective d’un véritable marché commun de l’énergie. Maroc, Algérie, Tunisie d’un côté, et Libye, Égypte, Jordanie, Syrie de l’autre sont déjà interconnectés. Deux maillons restent à réaliser, l’un avec la Libye au sud et l’autre avec la Turquie au nord, selon RTE, le gestionnaire du réseau français de transport d’électricité, partie prenante du projet. L’Union pour la Méditerranée (UPM), en panne depuis sa création il y a un an, parie d’ailleurs sur l’énergie pour se relancer.
L’interconnexion régionale, c’est ce qui fait principalement défaut à l’Afrique subsaharienne. « Chaque pays se restreint à son propre besoin, avec des coûts élevés de production. Il faut construire des réseaux transfrontaliers à partir de grands sites de production en mesure de fournir de l’énergie à moindre coût à toute une sous-région », estime Alain Tronche, vice-président Afrique de ContourGlobal, société américaine spécialisée dans la production indépendante d’électricité, active au Togo et au Rwanda. Sur ce créneau, les grands projets hydroélectriques ont une carte à jouer. L’énorme barrage Grand Inga, en RD Congo, au potentiel de 40 GW, pourrait couvrir à terme les besoins des pays voisins. De même, celui de Gibe, en Éthiopie.
Les initiatives restent timides
Conscient de ses atouts, le Cameroun a lancé début 2009 son grand programme énergétique qui consiste à construire de multiples barrages et centrales hydroélectriques et à réaliser des interconnexions avec les cinq pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Le pays a déjà trouvé un partenaire privé, Rio Tinto Alcan, pour la construction du barrage de Song Mbengue, d’une capacité de 900 MW. Mais les initiatives restent en général très timides sur un continent qui « n’utilise que 8 % de son immense potentiel hydroélectrique, un véritable gâchis », selon Marc Vergnet.
Et si les grands projets se multiplient, ils tardent à se réaliser en raison surtout d’un manque de financement. « En revanche, l’Afrique de l’Est a une logique de développement et d’interconnexions régionales plus avancée, du Kenya à l’Ouganda jusqu’à l’Afrique du Sud », expose Alain Tronche. En témoigne le projet d’un barrage géant à Jinja, en Ouganda, d’un coût de 860 millions de dollars financés par l’entreprise américaine Sithe Global et le fonds Aga Khan pour le développement économique.
Quant à l’Afrique du Sud, qui a depuis longtemps fait le choix du nucléaire, avec deux centrales existantes, elle peine aussi à répondre à la hausse de sa demande domestique en raison d’une politique d’investissements atone depuis la fin de l’apartheid. « Le pays a très peu investi dans la production d’énergie en gelant la réalisation de six centrales nucléaires supplémentaires, nécessaires pour combler ses besoins », déplore Jean-Pierre Favennec. Comme l’Afrique du Sud pour ses townships, les pays d’Afrique subsaharienne pèchent également par un manque crucial d’électrification de leurs zones rurales. Un marché énorme convoité notamment par l’entreprise Câbleries du Maroc, fabricant marocain de câbles électriques et optiques, qui vise à électrifier les campagnes des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) – Sénégal, Côte d’Ivoire, Togo… Mais pour l’instant, populations et villages isolés africains bénéficient des petits générateurs autonomes d’énergie solaire fournis par les spécialistes étrangers comme le français Tenesol (joint-venture entre Total et EDF).
L’exception tunisienne
En attendant, « les pays africains ont en général fait le mauvais choix énergétique, celui de la facilité, en optant souvent pour un combustible cher, le pétrole – et ses dérivés, le gazole et le fuel », analyse Marc Vergnet. C’est le cas du Mali. Le pays a lancé en mai dernier les travaux de sa nouvelle centrale électrique au fuel de Balingué (zone industrielle de Bamako) d’une capacité de 45 MW et d’un coût de 34 milliards de F CFA. Opérationnelle à la fin 2010, elle permettra de minimiser les risques de défaillance liés aux aléas de la production et au retard des projets hydroélectriques de Félou et Kénié et d’interconnexion avec la Côte d’Ivoire. De son côté, le Togo s’apprête à être autosuffisant en énergie, lorsque sa nouvelle centrale thermique au fuel, d’une capacité de 100 MW et d’un montant de 180 millions de dollars financés par ContourGlobal, sera mise en service en 2010. Le pays emboîte le pas de la Tunisie, une exception dans le paysage énergétique africain : elle est le seul pays à produire depuis vingt ans plus d’énergie qu’elle n’en consomme. Un exemple à suivre…Wikio
Friday, August 14, 2009
La "malédiction du pétrole" en Afrique
Par Hicham El MOUSSAOUI
Deux nouveaux pays, le Ghana et le Mali, vont bientôt rejoindre le club des pays Africains producteurs de pétrole. La manne financière attendue leur ouvre de nouveaux horizons pour transformer leurs économies et sortir leurs populations de la pauvreté. Toutefois, il convient d’être prudent à cet égard.
En effet, si l’on en croit le rapport 2008 sur les performances des compagnies pétrolières et gazières, publié par Transparency International, 60% des personnes les plus pauvres vivent dans des pays riches en ressources, particulièrement ceux de l’Afrique.
Ce paradoxe est qualifié de "malédiction pétrolière". Comment l’expliquer ? Et comment y remédier ?
Si de nombreux pays Africains producteurs d’hydrocarbures ont adopté des régimes en apparence démocratiques, le principe de contrepouvoirs garant de la responsabilité des dirigeants n’est pas toujours respecté car ils sont dépourvus d’institutions capables de faire contrepoids, et de lutter contre la tendance autocratique des régimes politiques.
Les dirigeants échappent donc souvent au contrôle des institutions démocratiques les obligeant à inscrire leurs actions dans le long terme d’une part, et à rendre compte à leurs citoyens d’autre part.
La gestion de la manne pétrolière ne fait pas exception. L’opacité dans la gestion des ressources pétrolières traduit elle aussi une faiblesse du contrôle institutionnel, c’est à dire en l’espèce, l’ensemble des règles (budgétisation des revenus pétroliers par exemple) et d’institutions (cours des comptes et justice indépendantes) qui surveillent, évaluent et sanctionnent la gestion des revenus pétroliers.
Dans la majorité des pays Africains producteurs de pétrole, la déclaration et la gestion démocratique des revenus pétroliers sont donc quasiment absentes.
Aux origines du paradoxe de la malédiction pétrolière en Afrique
Or, dans ce contexte, la prépondérance de ces revenus pétroliers pose problème car elle est une incitation forte à la connivence entre les hommes politiques et les hommes d’affaires dans les pays Africains producteurs d’hydrocarbures.
Cette connivence entretient ainsi l’opacité et la banalisation de la corruption. Au Nigéria, au Congo Brazzaville et en Guinée-Equatoriale, pour ne citer que ceux-ci, la gestion des revenus pétroliers est une affaire privée entre les compagnies pétrolières et le Président. Celui-ci supervise personnellement toutes les transactions financières se rapportant à l’exploitation des hydrocarbures.
Au Cameroun les recettes pétrolières n’ont jamais été budgétisées et en Algérie le Fonds de Régulation des Recettes, dont les ressources sont estimées à plus de 32 milliards de dollars à la fin 2007, n’est pas intégré au budget.
Par ailleurs, il n’est pas rare en Afrique que les ressources pétrolières soient détournés afin de financer les régimes autoritaires (Nigeria, Tchad), et d’approfondir des tensions ou des conflits armés (Soudan, Angola, Congo Brazzaville).
Le pétrole se transforme donc en "carburant" alimentant la corruption et les conflits armés avec pour conséquence une pauvreté endémique, d’où la malédiction pétrolière.
Comment prévenir la malédiction du pétrole ?
Pour échapper à la malédiction des ressources pétrolières, les pays Africains producteurs et leurs partenaires doivent promouvoir la transparence au niveau de la déclaration et de la gestion des revenus pétroliers.
Cela passe par la réhabilitation d’un contrôle institutionnel efficace incitant les dirigeants à une gestion responsable et performante de la manne pétrolière.
L’amélioration de la transparence, et donc de la responsabilité des acteurs, implique que le gouvernement soit soumis au contrôle effectif du parlement et de la société civile.
La transparence passe inéluctablement par la séparation des pouvoirs et par la neutralisation des mécanismes de connivence entre le monde de la politique et celui des affaires. Ceci permet de réduire les opportunités de corruption et d’abus offertes aux dirigeants et aux bureaucrates.
Si les gouvernements Africains demeurent les premiers responsables, il n’en reste pas moins que les compagnies pétrolières sont souvent complices des détournements à l’image des scandales "Elf" et "Angolagate" respectivement au Congo Brazzaville et en Angola.
Elles doivent être incitées à déclarer les paiements effectués en faveur des gouvernements hôtes (royalties, impôts et commissions). Cela implique non seulement la suppression de la clause de confidentialité dans les contrats pétroliers, mais aussi l’établissement de règles imposées par les gouvernements des pays d’origine et les autorités boursières, des règles obligeant les firmes pétrolières à publier ce qu’elles payent aux pays hôtes.
Lorsque l’on observe le classement des deux nouveaux pays producteurs de pétrole (le Ghana et le Mali) selon l’indice de perception de corruption 2007, il existe un grand risque qu’ils deviennent aussi victimes de la malédiction pétrolière : le Mali occupe en effet la 118ème place et le Ghana la 69ème.
En conséquence, il est incontournable que ces deux pays entreprennent de manière urgente des réformes institutionnelles allant dans le sens de la transparence, condition sinon qua non pour conjurer la malédiction pétrolière dans la mesure où elles renforcent l’esprit de responsabilité nécessaire à toute bonne gouvernance et par conséquent, favorisent le développement.
Nous Sommes le Congo !
Cessons d'Avoir Peur !
Pour un Etat de Droit au Congo !
"Chaque génération a le choix entre trahir ou accomplir sa mission"
Celui qui lutte peut gagner ! Celui qui ne lutte pas a déjà tout perdu !
Patrick Eric Mampouya
http://mampouya.over-blog.com/
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