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Le Mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour, dit le sage Haoussa .

Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur.










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Sunday, March 07, 2021

Le franc CFA:Un CANCER pour l'Afrique francophone.-22/Bibliographie

 22/Bibliographie

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Le franc CFA:Un CANCER pour l'Afrique francophone.-21/Le Futur de la Zone CFA:un avenir incontournable.

 21/Le Futur de la Zone CFA:un avenir incontournable.

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Le franc CFA:Un CANCER pour l'Afrique francophone.- 20/La souveraineté passe par la Création d’une monnaie africaine

 20/La souveraineté passe par la Création d’une monnaie africaine

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PDF:https://tinyurl.com/yxqca8rl

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Le franc CFA:Un CANCER pour l'Afrique francophone.2/Anticonstitutionnalité du franc CFA.

 

2/Anticonstitutionnalité du franc CFA.
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Wednesday, December 07, 2011

Mines d'uranium au Niger: Un scandale nommé COGEMA




Mine d'uranium au Niger.




Le nucléaire, l'uranium et l' "indépendance énergétique" française
Sur le site internet de COGEMA [1] on trouve les précisions suivantes: "Le groupe COGEMA est l'un des leaders mondiaux pour la production d'uranium naturel, il en produit de l'ordre de 7 000 tonnes par an soit environ 20% de la production mondiale. (...) En France plus de 70 000 tonnes d'uranium ont été exploitées depuis 1946. Les principaux gisements se situaient dans le Limousin, le Forez, la Vendée et l'Hérault (...). Dès le début des années soixante, les équipes de prospection du groupe COGEMA ont engagé des recherches hors de France (...). Les succès les plus remarquables ont été rencontrés au Gabon (près de 27 000 tonnes d'uranium découvertes et exploitées de 1960 à 1999) et surtout au Niger (près de 80 000 tonnes d'uranium produites depuis l'origine) (...)".
L'année 1988 correspond à la production maximale des mines d'uranium en France mais à partir de cette date les fermetures de sièges miniers vont se succéder (a). Pourtant, huit ans plus tard, dans la publication CEA "Memento sur l'énergie 1996" il est indiqué au chapitre "Réserves énergétiques françaises" que le taux d'indépendance de la France vis-à-vis de l'uranium est de 100% alors que les mines françaises sont en fin de vie. Dans les publications ultérieures ce chapitre a disparu.
Notons que cette façon de voir l'indépendance de la France est parfaitement logique dans le système économique actuel. La production d'une entreprise n'appartient pas au pays où l'entreprise est implantée mais à son propriétaire. Si les mines d'uranium en Afrique ou ailleurs sont la propriété de COGEMA alors l'uranium produit est français. L'économie moderne nous a permis de récupérer des territoires coloniaux que nous avions perdus. Une façon moderne de gérer la colonisation ! Ainsi, notre soit disant "indépendance énergétique" qui serait due à l'uranium vient, en réalité, d'Afrique depuis bien des années déjà, mais aussi du Canada, d'Australie, et COGEMA développe désormais des activités minières en Asie centrale dans des républiques de l'ex-URSS (Kazakhstan et Mongolie).

La réalité Cogéma et ses mythes

Une plainte avec constitution de partie civile pour pollution, mise en danger de la vie d'autrui, abandon et dépôt de déchets concernant tous les sites miniers du Limousin a été déposée contre Cogéma en mars 1999 par l'association Sources et Rivières du Limousin, trois ans après que plusieurs associations aient dénoncé la radioactivité des eaux du Lac de St Pardoux [2]. La COGEMA, en tant que personne morale, a été effectivement mise en examen le 30 août 2002 pour "pollution, abandon et dépôt de déchets".
Comment est-ce possible ? Les habitants du Limousin et de tous les sites miniers ne doivent-ils pas être rassurés et heureux des activités menées par COGEMA - la prospection, l'activité minière et la réhabilitation après la fermeture des installations - si l'on en croit le panégyrique publicitaire de COGEMA qu'on peut trouver sur internet ? Citons quelques passages. Les activités minières Cogéma ce n'est pas seulement "Découvrir et produire" mais aussi: "Favoriser le développement durable (...) En fin d'exploitation, COGEMA réaménage les sites miniers pour les rendre au milieu naturel et maintient une surveillance sur les sites une fois réaménagés. Sans attendre la phase de réaménagement, COGEMA entreprend à chaque stade des opérations, des actions de précaution et de prévention, afin de minimiser les impacts et les risques environnementaux". "La sécurité et la santé des travailleurs, COGEMA a été pionnière dans la profession pour la protection des mineurs contre les radiations ionisantes (...)". "Les relations avec les populations locales, COGEMA est à leur écoute et contribue à la vie économique et sociale de façon adaptée à chaque situation : - Assistance médicale dans les pays ne disposant pas de système de santé publique (exemple de l'hôpital d'Arlit au Niger) (...) " Cette auto-complaisance a de quoi faire grincer les dents. Nous allons la confronter à deux réalités, celle du Limousin et celle d'Arlit au Niger.

Cogéma et les mines d'uranium en Limousin

Ne manquez pas de voir le film de Thierry Lamireau "Uranium en Limousin" en Realvideo 21Kb [3] qui raconte une autre histoire, moins triomphaliste et plus triste, de sites saccagés, d'opposants, de travailleurs malades. L'histoire racontée par un médecin, de son patient qui a ses mouchoirs toujours jaunes comme est jaune la couleur du "yellowcake" issu des traitements chimiques du minerai d'uranium (b), qui va mourir et être autopsié et dont les résultats ne seront jamais communiqués.
Les oppositions à COGEMA ont été nombreuses en Limousin comme en témoigne la dizaine d'associations [4] créées au cours des ans dans toute la région. Michèle Granier (CLADE) nous fait un bref résumé: "En Limousin, la Division Minière de la Crouzille exploite l'uranium depuis 1949. Au début des années 1970 la contestation naît dans la population et une plainte en justice est déposée lorsque les déchets et matériaux provenant du démantèlement de l'usine du Bouchet [5] en région parisienne sont déversés dans une mine à ciel ouvert, Le Brugeaud, où sont stockées les boues de concentration du minerai. (Il a été question de 40 - 50 curies de radium 226 provenant du Bouchet). Il y a eu une grande variété de luttes ponctuelles, par exemple contre les permis d'exploitation dans les secteurs miniers.
Dans les années 90 les opposants ont obtenu une pré-étude sur l'état radiologique des sites d'exploitation du Limousin, payée par les Conseils général et régional, effectuée par la CRIIRAD, association indépendante (Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité), et la société ALGADE choisie par la COGEMA. Les deux séries de mesures ont été concordantes mais pas l'interprétation des résultats ! Les conclusions de la DRIRE (Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement) ont été celles d'ALGADE qui dédouanent la COGEMA, en bref: l'exploitation minière n'a eu aucun impact sanitaire en Limousin. L'inertie des élus et de la population aidant, les recommandations formulées par la CRIIRAD ont été enterrées. Mais cela n'empêche pas les problèmes de refaire surface très périodiquement: réservoirs d'eau potable de la ville de Limoges contaminés par les eaux d'exhaure des anciennes mines d'uranium "abandonnées ou délaissées". Lac touristique de Saint-Pardoux faisant de la "rétention" de radioactivité dans les sédiments ; maison à taux de radon record, vendue à des particuliers par COGEMA, que Kouchner - le ministre de la santé - fait évacuer, le tout avec procès à la clé (annulation de la vente au motif que COGEMA étant "expert en la matière" a réalisé une vente en connaissance du vice caché) ; plainte déposée par Sources et Rivières du Limousin pour empoisonnement des eaux du Limousin aboutissant en 2002 à la mise en examen de COGEMA (à suivre). Plainte le 2 octobre 2002 contre l'Etat français, Ministère de l'environnement chargé des installations classées, déposée par l'ADEPAL [5] auprès de la Commission des communautés européennes au sujet de l'autorisation préfectorale accordée à COGEMA de stockage de 199 900 tonnes d'oxyde d'uranium appauvri à Bessines, dans des hangars de surface (c). (Avec la réponse récente de la CCE l'Etat a gagnéA suivre). D'autres actions ont eu lieu au cours des ans, on ne peut les citer toutes (d).

Hors Limousin

Concernant la Division minière du Forez, l'étude mandatée par le collectif des Bois Noirs, la Mairie de Saint Priest la Prugne et les élus locaux sera rendue début 2003. (A noter que la fermeture du site date de 20 ans et que c'est l'état du site et les préoccupations de santé des populations qui obligent les élus à se pencher sur le problème (mesures de la contamination du site par la CRIIRAD et SUBATECH choisi par COGEMA).
Par ailleurs la Division minière de Vendée a, elle aussi, demandé à la CRIIRAD de faire une étude qui a obligé l'industriel à reprendre certains sites. Quant à la Division de Lodève (Hérault) elle sert de vitrine de "réaménagement modèle" mais il faut noter que jusqu'à présent la contestation ne s'est pas fait entendre. Il se pourrait que s'engage le même processus que sur tous les sites visités par COGEMA".

Le scandale d'Arlit.
COGEMA soit-disant: "pionnière pour la protection des mineurs d'uranium" !
Pour illustrer les "bonnes oeuvres" de la COGEMA en Afrique, le site minier d'Arlit au Niger est exemplaire et nous donnons ci-après la traduction par Anne-Marie Chenet (Stop Nogent) d'un article de Roger Moody publié par Wise-Amsterdam le 22 avril 1982 [6] :

"Scandale de l'uranium au Niger"

"Des gamins de quinze et seize ans se font irradier dans les mines sous contrôle français au Niger. Il n'y a quasiment aucune protection contre l'inhalation de gaz radon. La main d'oeuvre, presque exclusivement des nomades Touaregs, reste totalement ignorante des effets de l'exploitation minière. La détection des radiations et les contrôles sanitaires sont inexistants."
Ce ne sont là que quelques uns des faits rapportés par un réalisateur de télévision britannique qui, avec une équipe de caméramans de l'émission Panorama (UK) ont été les premiers étrangers à visiter Arlit dans la partie nord du Niger. [Le réalisateur] Christopher Olgiati est un jeune homme grand et mince, parlant avec aisance. Il n'exprime pas de griefs particuliers contre le gouvernement militaire du Président Kountché: de fait il le défend contre l'accusation qui s'est répandue selon laquelle le gouvernement aurait permis aux Lybiens de détourner le minerai d'uranium. (Olgiati pense que c'est peut-être une désinformation qu'a fait courir la CIA).
Pour ce que j'en sais Chris Olgiati peut très bien être un défenseur de l'énergie nucléaire. Mais ce qui l'a choqué lors de sa visite durant dix jours de cette région uranifère, une des plus importantes de la planète, ce sont les conditions de vie de la main d'oeuvre locale. Et le contraste avec celles des Français qui occupent les postes de direction.
"Arlit est absolument au milieu de nulle part" m'a-t-il dit dans une interview en exclusivité. " C'est une oasis artificielle construite selon le modèle colonial. Elle a sa propre ville-dortoir avec supermarchés, courses de chevaux, produits de luxe importés de la métropole. Un incroyable choc culturel si l'on compare avec les travailleurs nomades". Selon Olgiati c'est la main d'oeuvre nomade qui vient vers la compagnie plutôt que l'inverse. Souvent les nomades ne restent pas plus d'une semaine, prennent leur paie et s'en vont. Certains ne restent qu'une journée. "C'était la grande récrimination française" dit Olgiati, "les ouvriers ne font juste que passer".
"Il va de soi que les Français n'informent pas les indigènes qu'ils travaillent dans les mines les plus dangereuses du monde, ils n'entendent jamais parler de mesures dosimétriques des rayonnements et un suivi sanitaire quel qu'il soit est impensable".
"Un sympathique directeur d'Arlit nous a concédé que les nomades travaillaient dans l'ignorance absolue de ce qui pouvait leur arriver dans vingt ou trente ans". Il y a de grandes mines souterraines à Arlit que l'équipe de la télévision a visitées: "une journée sous terre était plus qu'assez" a commenté Olgiati. "Le renouvellement d'air semblait correct mais le bruit du forage était insupportable. Je n'ai vu personne porter de masque. Les mineurs remontent des galeries en fin de journée recouverts de poussière radioactive de la tête aux pieds". Arlit n'est pas la seule mine d'uranium du Niger mais elle a été la première et elle reste la deuxième en importance. La production commerciale a démarré en 1971 - la production a été de 1900 tonnes en 1980. La teneur moyenne en uranium est actuellement de 0,25% mais en 1978 elle atteignait les 3%. Si l'on se réfère au terrible taux de mortalité parmi les mineurs des mines de Kerr McGee dans les années 50-60 (et leurs conditions de travail étaient probablement meilleures qu'ici) cela signifie que les Français ont signé l'arrêt de mort de milliers de Nigériens dans les années à venir.
Seulement le tiers du consortium SOMAIR d'Arlit appartient au gouvernement nigérien. La COGEMA (filiale du CEA, Commissariat à l'énergie atomique) en détient 27% tandis que la société IMETAL en détient aujourd'hui 19% à travers la compagnie française MOKTA. L'autre géant français de l'uranium MINATOME détient 8% des actions. Des parts moindres sont détenues par Urangesellschaft (6,5%) ouest-allemande et la société italienne AGIP (6,5%) (e). Mais la direction est solidement tenue par les Français. "J'ai eu l'impression d'être en première ligne" dit Olgiati. "Arlit est très important pour les Français. Ils ont une station émettrice très puissante qui communique directement avec la France et ils ont littéralement haï qu'il y ait une équipe de télévision ici". L'uranium du Niger est non seulement indispensable au programme électronucléaire massif de la France mais aussi à sa production d'armement (...). L'uranium est transporté vers le monde extérieur par camions vers le Bénin et aussi vers la Lybie par Agadez à 250 km au sud-est d'Arlit où l'avion prend la relève. Chaque convoi est gardé sévèrement mais des accidents et des déversements de "yellowcake" sont chose courante. "Il y a toutes sortes d'histoires qui circulent au sujet de déversements d'uranium hors des camions et qui contaminent les réserves d'eau" dit Olgiati.
Cependant, le plus grand danger est la mine elle-même. Ici, des gens parmi les plus pauvres de la planète travaillent dans un environnement parmi les plus mortels qui soient pour fournir l'énergie aux norias de trains mus à l'électricité des nations les plus riches et alimenter leurs bombes en combustible. Ils sont maintenus dans l'ignorance totale des conséquences de leur travail et lorsqu'ils mourront leur corps ne sera même pas soumis à la formalité d'un examen post-mortem [autopsie]. Il serait difficile de trouver un exemple plus frappant de néo-colonialisme rampant.
Remarque : Ce scandale des conditions de travail des mineurs d'uranium africains n'a jamais fait partie des préoccupations syndicales en France. Ni d'ailleurs des ONG comme Médecins du Monde que nous avons essayé de sensibiliser à ce problème, mais sans succès [7].
Ceci n'est pas étonnant puisque même en France les syndicats des mineurs d'uranium ne se sont guère intéressés à l'excès de mortalité par cancers chez les mineurs d'uranium en particulier par cancers du poumon. Bien plus, ils ont contribué à masquer le problème comme en témoigne le fait que la réunion sur le thème des déchets miniers et de la surmortalité par cancer chez les mineurs d'uranium [8] n'a pu se tenir à Bessines le 16 décembre 1993 que sous la protection des gendarmes pour empêcher l'intervention violente des dirigeants syndicaux (CGT) qui voulaient casser le matériel de projection de Thierry Lamireau.
Bella Belbéoch,
lettre d'information du Comité Stop Nogent-sur-Seine n°95.


Références:
[1] COGEMA: compagnie générale des matières nucléaires, dont la présidente est Anne Lauvergeon (ancienne sherpa de François Mitterrand). Dans le cadre de la réorganisation de la filière nucléaire, création le 3 septembre 2001 par CEA-Industrie, Framatome et COGEMA, du groupe AREVA dont le directoire est présidé par Anne Lauvergeon. Dans AREVA: un pôle nucléaire avec COGEMA et Framatome ANP - Framatome Advanced Nuclear Power Inc.- (66% Framatome et 34% Siemens) et un pôle "technologie de l'information et de la communication" avec FCI (Framatome connections international) et ST Microelectronics. [Framatome ANP est très présent aux USA, entre autres pour assurer la maintenance des réacteurs]
[2] La Montagne, 7 sept. 2002 "La Cogéma mise en examen"
[3] Thierry Lamireau, 6, rue de l'Annonciade, Clos de la Sauge 74150 Rumilly. Uranium en Limousin, film/vidéo de 36 mn, 1ère version 1993, Copyright Thierry Lamireau 1995. Plusieurs fois primé: mai 1994 2ème prix au Festival audiovisuel des cultures minorisées d'Europe. Septembre 1994 "Meilleure oeuvre vidéo" 5èmes rencontres de l'image-nature et environnement, Martigues. Novembre 1994 1er prix catégorie "amateur", Rencontres documentaires traces de vie Vicle Comte/Clermont-Ferrand. Mars 1995, Prix du ministère de l'environnement au festival eurorégional du film d'environnement de Roubaix. Projeté dans plusieurs festivals dont le festival du film scientifique de Palaiseau (Novembre 1995) et le festival "territoires en images" (Institut de géographie, Paris, Mars 2002).
[4] Amis de la terre Limousin et Marche, APMA association de la protection des monts d'Ambazac, ALV les amis du Limousin vert, APPSP association pour la protection du pays de Saint-Pardoux, AICIN association intercommunale d'information sur le nucléaire, ADEMAU association de défense des monts d'Auriat, CRIIRAD Marche-Limousin, CLAN collectif limousin pour une alternative au nucléaire, CLADE coordination limousine anti-déchets radioactifs, ADEPAL association de défense du pays arédien en Limousin. Il en manque peut-être !
[5] En région parisienne, à l'usine du Bouchet (CEA) les murs de certains laboratoires étaient devenus jaunes-orangés, comme les poudres d'uranates traités... N'étant pas d'une santé florissante les travailleurs du Bouchet ont eu du mal à se recaser pour raisons médicales dans les centres CEA après la fermeture de l'usine en 1971 et certains devaient être licenciés ce qui est apparu comme le début d'une campagne plus générale de licenciements prévus par l'administration du CEA qui a entraîné une riposte du personnel ("Non à la politique du citron pressé, non aux licenciements"), les syndicats ont appelé à la grève le 5 mai 1971, largement suivie à Saclay.
Il n'y a pas eu d'étude épidémiologique sérieuse des travailleurs du Bouchet. Obtenir la reconnaissance en maladie professionnelle de ceux morts par cancer est un véritable parcours du combattant. En 1990 la décontamination du site n'était toujours pas terminée et suscita de multiples protestations d'habitants du voisinage (Ballancourt, Itteville, Vert-le-Petit) en particulier des Amis de la Terre. Le Parisien des 28-29 avril 1990 titrait "Essonne : 20 000 tonnes de déchets nucléaires dorment près de Paris".
[6] WISE-Amsterdam, Number 134.967, 22.4.82 (WISE, World Information Service on Energy). Nous remercions Wise-Amsterdam pour nous avoir retrouvé ce document de 1982. (En 1982 Roger Moody habitait Londres. Militant très actif il a, entre autres, fondé un groupe de recherche et d'action en faveur des minorités indigènes coloniales, il collaborait à Wise-Amsterdam, et devait se rendre en Australie visiter une mine appartenant à COGEMA).Wise publie désormais un bulletin Nuclear Monitorconjointement avec Nuclear Information and Resource Service (NIRS, Washington- USA). Contact: WISE Amsterdam, PO Box 59636, 1040 LC Amsterdam,http://www.antenna.nl/wise
[7] Lors de cette rencontre le 12 mai 1987 avec plusieurs membres de Médecins du Monde (le président était à l'époque Bernard Kouchner) nous avons expliqué les problèmes liés aux mines d'uranium, l'importance des mesures de radioprotection (évidemment ces mesures ont un coût qui se répercute sur le prix de l'uranium), signalé ce témoignage paru dans le bulletin de WISE sur l'emploi d'adolescents Touareg. Nous leur avons suggéré de faire une enquête sur les conditions de travail à Arlit. Cela ne devait pas poser de problèmes car des médecins de MdM sont présents en Afrique. Aucun écho, si ce n'est qu'au cours de la discussion il est apparu qu'une des femmes présentes était descendue dans une mine souterraine d'Arlit (il y a aussi à Arlit des mines à ciel ouvert). Elle ne s'était pas inquiétée des conditions de travail mais a pali quand on a expliqué l'importance du radon etdes poussières d'uranium sur l'incidence des cancers du poumon.
[8] Roger Belbéoch, "Les risques de cancer chez les mineurs d'uranium français" La Gazette Nucléaire 129/130, décembre 1993, p.10-15. Colloque Uranium et santé, Limoges novembre 1993.

Notes
:
a) Dossier: l'uranium, par Pierre-Christian GUIOLLARD http://www.minerapole.com/f_/fi_01_1.html. Jouac, la toute dernière mine d'uranium française non loin de Limoges, a fermé le 31 mai 2001. D'après la publication CEA Informations utiles, Edition 2001, la répartition de la production d'uranium en 1999 par les compagnies du groupe COGEMA (5528 tonnes) était la suivante: Afrique 58% ; Canada 32% ; Jouac 8% ; divers (USA) 2%.
b) Le "yellowcake" est un concentré issu du traitement chimique du minerai. C'est un diuranate de couleur jaune. A Bessines ces traitements étaient effectués à l'usine SIMO (société industrielle des minerais de l'ouest). C'est sous forme de "yellowcake" que l'uranium est ensuite envoyé aux différentes usines de conversion.
c) La présence d'un tel tonnage d'oxyde d'uranium appauvri sous forme de poudre n'a guère mobilisé les antinucléaires hors Limousin. Et pourtant si un avion s'écrasait sur les hangars ou si un incendie se déclarait (acte malveillant, amorçage de réaction chimique transformant UO2 résiduel en U3O8 etc.) ce serait pire que la dispersion des oxydes formés par l'impact des obus utilisés dans la guerre du Golfe et au Kosovo car, dans les hangars, c'est déjà de l'oxyde d'uranium sous forme de poudre qui se disperserait.
d) Action collective symbolique réussie à Auriat: deux forages destinés à l'étude de l'enfouissement en couche géologique profonde de déchets radioactifs sont définitivement bouchés. Il ne s'agissait pas de la Cogéma mais de forages de l'Institut de Protection et de la Sûreté Nucléaire (IPSN).
e) D'après Wise-Amsterdam (mise à jour 2 août 2002) deux groupes SOMAIR et COMINAK se partagent l'exploitation de l'uranium au Niger dans les sites respectifs d'Arlit et Akouta et COGEMA est majoritaire: SOMAIR: 56,86% COGEMA, 6,54% Urangeselschaft Allemagne, 36,6% ONAREM Niger. COMINAK: 34% COGEMA, 31% ONAREM Niger, 25% OURD Japon, 10% ENUSA Espagne http://www.antenna.nl/wise/uranium/uoafr.html


A lire :
- Communiqué de la Criirad, 16/02/2005: Areva - Niger - Uranium

- (format word): Malgré l'opposition des filiales de la Cogéma, la CRIIRAD et SHERPA ont mis le pied au Niger et commencé les investigations autour des sites miniers (déc. 2003).

- Le Limousin radioactif
- Radon, un gaz mortel qui vient du sol

Action :
- "Sortir du nucléaire" décline l'offre d'Areva et lance une souscription pour une inspection indépendante.

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Saturday, October 02, 2010

L’Uranium du Niger : 20 milliards de dollars perdus en 50 ans

par A. W.

Cinquante ans après l’indépendance, le Niger qui fournit à la France de l’uranium en abondance est l’un des pays les plus pauvres de la planète.  A l’heure où s’écrivent ces lignes, un programme alimentaire d’urgence est en cours d’exécution. Paradoxes.

L’uranium nigérien est d’abord une exclusivité signée par la France,  le 24 avril 1961,  sous forme d’un accord de défense entre la métropole, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Niger. Les annexes de cet accord sont sans équivoques, mélangeant intérêts mutuels en matière de défense et fourniture de matières premières. Par cet accord, la France qui venait d’accorder  leurs  indépendances à ces trois pays s’arrogeait le droit de poursuivre l’œuvre coloniale, à savoir l’exploitation des ressources minières à un prix arbitraire. Qu’y gagnaient donc les nouveaux dirigeants de ces pays ?
En échange de cet accord, la France soutient tacitement les régimes sans toutefois  s’engager à intervenir en cas d’agression extérieure. Pendant ce temps le commerce de l’uranium prospère. Le petit Niger qui ne dispose que de cette matière comme ressource émet de timides protestations emmenant à une première révision des accords « secrets ». Ainsi, dès 1969, la France propose d’enlever l’uranium au prix fixe au titre d’une aide au développement d’un milliard de F CFA.  Le premier président nigérien Hamani Diori qui avait émis le vœu de rediscuter les termes de l’accord sera renversé en 1974 en plein pourparlers autour des prix de l’uranium. Ce coup d’état était-il  fomenté par la France ?  Dans quelle mesure la  brutalité du changement de régime a-t-il contribué à figer les cours ?  Il faudra  attendre  2007 avec l’arrivée des chinois et la montée spectaculaire du cours de l’uranium pour voir le gouvernement nigérien de Mamadou Tandia (renversé en 2010) exiger la révision des prix quasiment figés depuis 1960. 

Le Niger a perdu entre 14,5 et 21 milliards d’euros depuis 1960 

Entre temps et selon nos  estimations, le Niger   a  produit entre 100 000 et 150 000 tonnes  depuis 1960 au prix moyen de 27 300 F CFA le kilo (soit 42 euros) . Nettement en dessous du cours mondial  moyen qui était  de 122 000 F CFA le kilo (187 euros) sur la période . Sur la base de ces prix moyens et d’une production oscillant entre 100 000 et 150 000 tonnes, l’on peut dire que la vente de l’uranium du  Niger est chiffrée entre   4,2 milliards et 6,3 milliards d’euros. Si le prix international avait été appliqué, les actionnaires  (Etat et partenaires) se seraient partagés entre 18,7 milliards et 28 milliards. C’est dire que depuis l’indépendance, et sur la base de ce calcul simple ne tenant pas compte de la différence de cours entre le marché spot et celui des contrats, les actionnaires de l’uranium du  Niger ont  perdu entre 14, 5 milliards d’euros et 21 milliards de dollars. Enorme pour un pays qui compte à peine 2 milliards de dollars de  PIB et dont le modeste budget est «généreusement » alimenté par l’aide publique au développement pour plus de la moitié.

A qui profite cette sous valorisation  de l’uranium  nigérien? Aux actionnaires non nigériens qui enlèvent pour leur propre compte des quantités non contrôlées par l’Etat, sur la base de leurs propres appréciations. Il est clair que de cette manière, l’uranium ne profitera jamais au Niger. 

Les choses bougent quand même depuis 2007 puisque un nouvel accord obtenu à l’arraché permet de doubler le prix, qui atteint 40 000 F CFA, ce qui en réalité ne représente même pas 50% du cours international. La libéralisation de l’Uranium  promise à hue et à dia changera-t-il la donne ? 

Depuis 2007, beaucoup de permis (entre 70 et 100) ont été accordés, relançant du coup les activités d’une rébellion touarègue dont les liens avec les uns et autres ne sont pas totalement élucidés.


 Articles de A. W. publiés par Mondialisation

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Wednesday, June 10, 2009

L’Afrique n’est plus l’eldorado des entreprises françaises

Concurrence de l’Asie, vieillissement des réseaux


Un forum « alternatif et citoyen » s’est tenu en marge du XXIIIe sommet Afrique-France de Bamako (Mali), fin novembre. Les participants y ont dénoncé le « néocolonialisme » de Paris, notamment le soutien à certains régimes autoritaires (Togo, Gabon…). Cette contestation de l’ingérence française se produit alors que des entreprises comme Pinault ou Bolloré, autrefois très présentes, semblent se désintéresser du continent noir.

Par Anne-Valérie Hoh et Barbara Vignaux

« En Afrique francophone, notre problème n’est pas d’identifier de nouveaux investisseurs privés, mais d’empêcher ceux qui sont là de partir. » Ce constat de M. Anthony Bouthelier, président délégué du Conseil des investisseurs (français) en Afrique noire (CIAN), est confirmé par M. Jean-Pierre Barbier, directeur du département Afrique centrale, australe et océan indien de l’Agence française du développement (AFD) : « Le désinvestissement des entreprises françaises a bel et bien commencé, et a été accéléré par les événements en Côte d’Ivoire. » En effet, en dehors des petits entrepreneurs (dont une partie a été ruinée par la dévaluation du franc CFA en 1994) (1), la présence économique hexagonale en Afrique se résume désormais à une vingtaine de groupes moyens et grands. Parmi eux : Bouygues et Vinci (construction), CFAO (distribution spécialisée), Rougier (bois), Total (hydrocarbures) (2), Castel (bière), Dagris (coton), la Compagnie fruitière, Bolloré et CMA-CGM (logistique et transport), Veolia (eau), Accor (hôtellerie), Air France, BNP Paribas, Société générale (banque)...

Il est loin le temps où, durant la guerre froide, les groupes français, très bien implantés en Afrique francophone, contrôlaient plus de la moitié des marchés au Gabon, en Côte d’Ivoire, au Cameroun ou au Sénégal, et enregistraient des profits considérables avec le soutien de la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (Coface). Au milieu des années 1980 encore, le Gabon représentait la moitié des réserves prouvées d’Elf Aquitaine, et des passerelles avaient été installées entre le service de documentation extérieure et de contre-espionnage (Sdece), le Quai d’Orsay et la compagnie pétrolière publique. En 1964, le rétablissement de Léon M’Ba à la présidence du Gabon, après un éphémère coup d’Etat, sera la première ingérence manifeste de la « Françafrique » – mêlant intérêts politiques, économiques, commerciaux et appétits individuels, comme au Congo-Brazzaville, au Togo, en Centrafrique (3). La corruption et la prévarication révélées par l’« affaire Elf » demeurent les symboles de ces douteux mariages effectués aux frais des populations locales (4).

Désormais, le retrait des entreprises françaises est sensible dans des secteurs longtemps dominés, comme l’exploitation de l’eau ou le bois. Ainsi, après avoir quitté la Guinée-Equatoriale et le Mozambique, et annoncé son retrait du Mali, Bouygues – via ses filiales Saur et Sodeci – souhaite se désengager de Côte d’Ivoire. Veolia (ex-Vivendi Environnement) a cessé ses activités au Tchad, au terme d’un contrat de gestion de trois ans, après la renationalisation de la société locale. Cette nouvelle attitude des firmes de l’eau dépasse toutefois le cadre des relations franco-africaines, et s’inscrit, selon M. Maurice Bernard, chef de projet au département infrastructures et développement urbain à l’AFD, « dans un mouvement général de retrait des sociétés multinationales issues des pays en développement, au profit de l’Europe, des Etats-Unis et des grands pays émergents d’Asie, l’Inde et la Chine ».

Les opérateurs hexagonaux délaissent aussi le secteur forestier, dans lequel s’illustrèrent M. François Pinault et la famille de Bernard-Henri Lévy : Bolloré a vendu ses parts dans les plantations du continent, Thanry a cédé l’ensemble de ses concessions à des Chinois de Hongkong, sauf au Gabon ; Leroy a été racheté par des Portugais... Reste Rougier, un groupe de taille intermédiaire (146 millions d’euros en 2004, pour un résultat net de 1,4 million d’euros) – plus petit, par exemple, que l’allemand Danzer. Enfin, les Français ont peu participé au récent « bond » de l’investissement direct à l’étranger (IDE) en Afrique subsaharienne : la France se classe en quatrième position, avec 4 % du stock d’IDE, contre 13 % pour le Royaume-Uni, 8 % pour les Etats-Unis, et 5 % pour les Pays-Bas (5). Cette progression a surtout été le fait « d’Asiatiques, d’Américains et de Sud-Africains, devenus les premiers investisseurs sur le continent, mais guère de Français », constate M. Barbier.

La géographie de l’implantation des groupes français en Afrique a, elle aussi, évolué : l’activité se porte désormais vers les bordures méditerranéenne, méridionale et orientale du continent, au détriment de l’Afrique de l’Ouest et centrale, plus pauvre, plus instable et moins peuplée. Dans certains pays, le retrait hexagonal est très marqué, comme en Centrafrique. « Il n’y a pratiquement plus aucun secteur économique avec une présence significative des entreprises françaises », estime le ministre centrafricain des affaires étrangères Jean-Paul Ngoupandé (6). Ainsi, sur les dix créations d’entreprises et les onze acquisitions réalisées ces cinq dernières années par CFAO (groupe Pinault-Printemps-Redoute), la plupart l’ont été dans le nord et l’est du continent. Bouygues a débuté sa réorientation vers l’Afrique du Nord à la fin des années 1980. Et le vice-président de Bolloré (et président du comité Afrique du Medef (7) international), M. Michel Roussin, également ancien ministre de la coopération de M. Edouard Balladur, d’expliquer : « Désormais, les flux commerciaux en provenance d’Asie seront sans doute plus conséquents que ceux en provenance d’Europe, d’où l’importance accordée par le groupe Bolloré à l’Afrique de l’Est, en particulier l’Ethiopie, où il étudie l’implantation d’une première agence. »

Total lui-même, l’héritier d’Elf, clame qu’il a « normalisé » sa présence sur le continent. Le géant français réalise plus de la moitié de sa production quotidienne continentale – 813 000 barils équivalent pétrole (gaz compris), 30 % de son total mondial – au Nigeria et en Angola, hors de l’ancien « pré carré ». Avec quelque 110 milliards de barils, l’Afrique détient 9,4 % des réserves pétrolières mondiales (contre 7,6 % en 1984). Or, dans ce secteur stratégique, la diversité des sources d’approvisionnement est vitale. D’où l’offensive de Pékin, dans le cadre de grands contrats d’Etat à Etat dépourvus de toute conditionnalité politique (Angola, Congo-Brazzaville...), et les efforts de Washington pour s’assurer une part croissante du pétrole africain. Total, qui reste le premier opérateur international privé du continent, se voit ainsi concurrencé par les Etats-Unis en Afrique francophone, comme au Tchad, et dans les nouveaux pays producteurs, comme en Guinée-Equatoriale.

Le désengagement français et sa réorientation ont plusieurs causes. En premier lieu, la chute du mur de Berlin puis l’ouverture vers l’est ont dirigé l’intérêt politique de Paris – et les flux financiers – vers l’Europe centrale et orientale. Très peu de groupes hexagonaux disposent encore d’une stratégie africaine : « Hors pétrole, l’Afrique attire moins de 5 % des investissements étrangers directs de la France, elle n’est clairement plus stratégique pour nous », constate ainsi M. Philippe Hugon, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Dans la compétition mondiale, l’Afrique subsaharienne se caractérise par l’étroitesse de son marché, avec un produit intérieur brut (PIB) de quelque 248 milliards d’euros, inférieur à celui de l’Australie. La moitié des habitants n’y disposent que d’un dollar par jour (8).

En deuxième lieu, la « normalisation » de la présence française est encouragée par l’ouverture à marche forcée du continent sous la houlette de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). La globalisation fait tomber les remparts qui protégeaient les groupes nationaux de la concurrence internationale : marchés captifs (pharmacie), monopoles ou oligopoles (transport aérien, téléphonie filaire), aides publiques (infrastructures), routine sans risque de certaines activités (banque de dépôt)... Les Français doivent désormais affronter la concurrence, notamment celle des Chinois (9).

Demande de commission d’enquête

Le secteur de la construction, est soumis à une telle compétition que le leader mondial Colas (groupe Bouygues), battu d’avance, ne prend plus la peine de participer à certains appels d’offres. L’aide de l’AFD étant déliée de toute condition de nationalité depuis le 1er janvier 2002, certains s’inquiètent de voir les Chinois rafler une part croissante des projets soutenus par cette institution. Leur présence – comme celle des Indiens, Malais et autres Asiatiques – pourrait pourtant dynamiser les entreprises françaises, remarque M. Roussin : « C’est à nous d’être imaginatifs, de monter des joint-ventures, de proposer de nouveaux services, etc. »

En troisième lieu, le redéploiement économique français s’explique par l’instabilité chronique du continent, que les événements de Côte d’Ivoire n’ont fait qu’illustrer. Une série de crises secoue l’Afrique de l’Ouest et centrale, zone privilégiée de la présence hexagonale, comme en Centrafrique ou en République démocratique du Congo (ex-Zaïre). La vie des affaires est perturbée par l’incertitude juridique, les soubresauts politiques, la corruption, les difficultés des recouvrements. A Niamey (Niger), Veolia aurait le plus grand mal à recouvrer le tiers de la facture d’eau des institutions publiques, présidence et armée comprises. « Le différentiel de compétitivité entre l’Afrique et la moyenne mondiale est de 20 %, en raison de coûts financiers plus élevés, de difficultés logistiques, du coût de l’encadrement expatrié et du facteur risque », résume M. Eric Dahlström, directeur des opérations Afrique et Moyen-Orient d’Imperial Tobacco (qui a racheté la branche tabac de Bolloré).

Enfin, à ces tendances générales s’ajoutent des difficultés spécifiques liées à l’histoire de la présence hexagonale sur le continent noir. « Le capitalisme postcolonial français a longtemps vécu de ses situations de rente et de ses relations privilégiées avec le politique », explique M. Hugon, de l’IRIS. Protégé de la concurrence extérieure par ses positions monopolistiques et ses liens étroits avec le monde politique, le capitalisme français pouvait prospérer tranquillement. Or, quoiqu’on prête au premier ministre Dominique de Villepin de solides relations avec les réseaux vieillissants de la « Françafrique » (10), la tendance de fond est celle d’un désengagement continu de Paris et d’une « disjonction progressive des sphères militaire, économique, politique et culturelle de la présence française en Afrique depuis le début des années 1980 », selon l’expression d’Achille Mbembé, chercheur à l’université de Witwatersrand, en Afrique du Sud.

Plusieurs députés français réclament d’ailleurs une commission d’enquête sur les comptes de la Coface, dont les dettes ne cessent d’augmenter (11). « La “Françafrique” est morte, non pas terrassée par la vertu citoyenne, bien tardive à se manifester, mais de ses hésitations, de son incapacité à s’adapter à l’Afrique et au monde, qui ont profondément changé », confirment les journalistes Antoine Glaser et Stephen Smith (12). La crise en Côte d’Ivoire a en outre révélé le ressentiment des populations locales contre les pratiques françaises, et la tentation des gouvernants de choisir d’autres partenaires (13).

Cependant, le mélange des genres politico-économiques demeure une réalité dans certains cas. Ainsi, l’obtention, sans appel d’offres, de la concession du port autonome d’Abidjan par la SETV (Bolloré), début 2004, a fait couler beaucoup d’encre. Objet d’un véritable bras de fer entre des autorités politiques et économiques ivoiriennes concurrentes, le contrat de concession et d’exploitation du premier port d’Afrique de l’Ouest a finalement été attribué au groupe français, qui affirme s’être tenu à sa ligne de conduite officielle : la non-ingérence. Selon un ancien du groupe, ce renouvellement serait une compensation pour l’exploitation à perte, au plus fort de la crise traversée par la Côte d’Ivoire depuis septembre 2002, de la ligne de chemin de fer Sitarail conduisant de Ouagadougou à Abidjan. Dans l’ensemble, constate M. Paul Lignières, associé du cabinet d’avocats Linklaters, les entreprises françaises manifestent toujours une « sensibilité un peu différente » de celle de leurs homologues étrangères : elles sont « souvent plus attachées à leur indépendance vis-à-vis des financiers anglo-saxons que vis-à-vis des politiques français »...

Le comportement des firmes nationales peine à s’adapter à une nouvelle donne qui, sous la pression des organisations non gouvernementales et des associations altermondialistes, fait une part croissante à la « moralisation » des pratiques économiques en Afrique. Ainsi Total, qui a adhéré à l’Initiative sur la transparence des industries extractives lancée en 2002 à l’occasion du Sommet sur le développement durable de Johannesburg, ne participe pas à la campagne « Publiez ce que vous payez », organisée par un groupe d’ONG. Coordinateur, en France, de cette campagne, M. Michel Roy estime que, en invoquant la non-ingérence et la confidentialité de ses contrats, « Total tient un discours sur la transparence qui ne peut pas se traduire dans les faits ». Du coup, le groupe français se trouve au vingt et unième rang (sur vingt-quatre) des sociétés pétrolières les moins bien notées par ce collectif d’ONG. Or, constate Achille Mbembé, en Afrique, « les gens veulent une autre culture politique, qui se traduise par le retour à des valeurs de base ». Un désir qui s’exprime lentement : « Il y a un progrès, au moins sur le plan rhétorique, car auparavant la corruption était niée. »

Désormais, les grands groupes peuvent être interpellés sur les résultats de leurs activités. Ainsi, dans son dernier rapport consacré à l’IDE en Afrique, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) dresse un bilan très mitigé de la présence économique étrangère sur le continent : divergences d’intérêts entre les Etats hôtes et les entreprises (comme le développement d’enclaves sectorielles dans le pétrole ou les mines), politique d’incitations fiscales préjudiciable aux rentrées budgétaires, et absence d’entraînement des capitaux étrangers sur le tissu local. Pour les Français, longtemps dominants, sinon seuls (en Afrique francophone), le passif est lourd. Il décrédibilise le discours des entrepreneurs hexagonaux qui prétendent faire mieux que leurs concurrents asiatiques peu soucieux du développement local, des droits fondamentaux ou d’environnement (voir « Mélange des genres »). Ainsi, des associations comme les Amis de la Terre ou Survie se sont désormais fixé pour objectif de montrer que « l’extraterritorialité dans laquelle agissent les agents privés n’est pas la garantie systématique de l’impunité ». Les Amis de la terre se sont constitués partie civile en mars 2002 dans une action – jusque-là restée sans suite – devant la justice française, intentée par des villageois camerounais contre Rougier, pour « destruction de biens appartenant à autrui, faux et usage de faux, escroquerie, recel, corruption de fonctionnaire (14) ». Aussi l’AFD affiche-t-elle sa volonté de « soutenir les bonnes pratiques ». M. Mbembé souligne le « paradoxe » de cette situation : « Au moment où se produit un désengagement relatif des entreprises françaises, leur action dans les pays hôtes est de plus en plus vue comme du pillage. »

Les entreprises ne peuvent plus se contenter de créer « un îlot de prospérité dans un océan de misère », selon l’expression de M. Henri-Bernard Solignac-Lecomte, économiste au centre de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), par l’édification d’installations « maison » (école maison, hôpital maison, etc.). Il faut aller plus loin, contribuer à l’amélioration durable du tissu économique ou social local, en soutenant la création de PME, par exemple. Cela implique de repenser certaines pratiques. Ainsi, estime M. Marc Vézina, de l’association ps-Eau, « dans les petites villes et les villages, on pourrait très bien confier l’exploitation de l’eau communale à des opérateurs privés locaux, plutôt que de signer de gros contrats avec des groupes comme Veolia ou Saur ». Mais, ajoute-t-il, « entre les contrats d’affermage à la française et le régulateur à l’anglaise – imposés par la Banque mondiale –, il est bien difficile pour les Africains de trouver leur place ! ». Dans le secteur du bois, les pays producteurs manifestent également des exigences industrielles et fiscales croissantes afin de mieux servir le développement de leur pays. La transformation locale atteint désormais 40 à 100 % de la production de grumes, selon les essences et les pays. Et dans le bassin du Congo, indique M. Rougier, « la fiscalité a été multipliée par deux ou trois depuis cinq ans ».

La baisse tendancielle du nombre d’expatriés depuis vingt ans ouvre un espace à la promotion des cadres africains : moins de 200 expatriés pour CFAO (sur un effectif de 10 300 personnes), contre un millier dans les années 1980 ; une vingtaine à la Compagnie fruitière (sur 15 000) ; 60 pour 2 000 emplois directs chez Rougier ; 381 expatriés chez Bolloré sur 28 868 employés (permanents et temporaires). L’hexagone dispose d’un atout humain précieux mis en valeur par M. Didier Acouetey, fondateur et dirigeant d’AfricSearch, le premier cabinet de recrutement dédié à l’Afrique : « Des cadres d’origine africaine formés en France en nombre croissant, soucieux d’œuvrer de manière concrète au développement de l’Afrique. »

Cependant, la disparité des traitements entre expatriés et recrutés locaux continue de choquer. Dixit un cadre supérieur ivoirien de Bouygues : « En général, le problème, c’est le pourcentage de la masse salariale française par rapport à la masse salariale totale – mais cela reste un sujet tabou. » Et pourtant... « La nationalité des cadres n’est pas neutre sur la répartition des profits entre la maison mère et la filiale », témoigne un ancien cadre de la Banque mondiale. Mais ce sujet « techniquement compliqué et politiquement sensible » n’a jamais été « abordé de front ». Dans certains pays, comme le Gabon, relève la Cnuced, les rapatriements de bénéfices dépassent, certaines années, les entrées de capitaux étrangers ! En 2003, Libreville a cumulé 87,7 millions d’euros d’IDE pour des bénéfices rapatriés de 526 millions d’euros !

C’est dire que le continent reste, dans certains secteurs, une terre attrayante. La rentabilité serait de 5 % seulement dans l’eau potable et l’assainissement, autrefois très profitables, mais de 13 à 15 % dans l’électricité et de 20 à 25 % dans les télécommunications (15) ! Entreprise vieille de vingt ans détenue à 42 % par France Télécom depuis 1997 (et à 27 % par le gouvernement sénégalais), Sonatel représente la première capitalisation boursière sur la place régionale de Dakar (avec un doublement de son cours de Bourse, ces dix-huit derniers mois), et le premier contributeur fiscal du Sénégal. Son chiffre d’affaires a bondi de 30 % en 2004, à 400 millions d’euros, avec un résultat net de 100 millions d’euros.

En Côte d’Ivoire, malgré la destruction de onze de ses treize agences d’Abidjan en novembre 2004, Orange a continué à gagner de l’argent, grâce à une augmentation du parc de téléphones mobiles de 40 % en 2004. Aussi le directeur des opérations internationales de France Télécom et président de Sonatel, M. Marc Rennard, voit-il dans l’Afrique « une des zones au monde qui offrent le plus grand potentiel de croissance » en raison de son faible niveau d’équipement et de sa faible industrialisation. Alcatel profite également de l’expansion du secteur, et, comme d’autres, aura affaire à forte partie : le groupe chinois mi-privé mi-public ZTE, déjà présent dans quatorze pays africains, et dont l’ambition n’est rien de moins que de devenir « le premier fournisseur d’équipements de télécommunication du continent ».

Président de CFAO, M. Alain Viry souligne la facilité d’implantation sur le continent : « Il n’existe aucun obstacle réglementaire à la création d’une entreprise par des capitaux étrangers, ni de limite aux investissements par des non-résidents, sauf dans la partie méditerranéenne du continent. » Mais, pour tirer leur épingle du jeu, les groupes doivent revoir leur stratégie. L’invocation du risque, réel ou fantasmé, n’est pas sans avantage : « Il faut l’accepter et obtenir, en contrepartie, une meilleure rentabilité », assume M. Francis Rougier, président du directoire de Rougier SA. En outre, subtilement, la présence en Afrique « permet d’être invité au tour de table du développement durable et de communiquer sur le sujet », note un observateur sans illusions...

Certains groupes français ont ainsi su adapter leur périmètre d’activités. Passer du métier de transitaire à celui de logisticien axé sur la manutention et la gestion de terminaux portuaires, telle est l’ambition affichée par Bolloré, qui vient de céder ses navires (Delmas) et conteneurs en propriété à CMA-CGM. Le premier employeur français du continent (dont un gros effectif temporaire) tire ainsi parti du constat dressé par un ancien du groupe : « L’Afrique est comme une île, reliée au monde par les mers. Donc, qui tient les grues tient le continent ! »

Cette vente est la dernière d’une longue liste, commencée en 2001 avec la cession de la filière tabac et poursuivie en 2004 avec celle des activités « non stratégiques » de négoce de cacao et café en Côte d’Ivoire, et d’exploitation forestière au Cameroun. Après de multiples cessions (cuirs et peaux, vin, grande distribution), la centenaire CFAO occupe désormais des niches, étroites mais lucratives, dans la distribution automobile et la pharmacie. En 2005, son chiffre d’affaires devrait dépasser 2 milliards d’euros au terme d’un triplement ces dix dernières années ! Au total, l’écrasante majorité des membres du CIAN est bénéficiaire, quoique avec des variations parfois sensibles (16).

Si quelques groupes français tirent leur épingle de la nouvelle donne africaine, seule une nouvelle vision politique permettrait de relancer l’attrait économique pour le continent et de solder les comptes de la « Françafrique ».

Anne-Valérie Hoh et Barbara Vignaux.

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1) Lire Demba Moussa Dembélé, « Mauvais comptes du franc CFA », Le Monde diplomatique, juin 2004.

(2) Cette compagnie est issue de la fusion de Total, Fina et Elf.

(3) Lire François-Xavier Verschave, La Françafrique. Le plus long scandale de la République, Stock, Paris, 1998.

(4) Huit années d’instruction (1994-2001) ont révélé 183 millions d’euros de détournements de fonds, au profit, notamment, du financement de partis politiques français, tous bords confondus. Si les anciens ministres Charles Pasqua (RPR) et Roland Dumas (PS) ont bénéficié d’un non-lieu et d’une relaxe, l’ancien PDG Loïk Le Floch-Prigent a été condamné à cinq ans ferme. MM. Alfred Sirven et André Tarallo, l’ancien « Monsieur Afrique » du groupe, à quatre ans ferme. Lire Olivier Vallée, « Elf au service de l’Etat français », Le Monde diplomatique, avril 2000.

(5) Cependant, le continent africain ne reçoit que 2 à 3 % des flux mondiaux de capitaux. Cf. Cnuced, « Le Développement économique en Afrique : repenser le rôle de l’investissement étranger direct », Genève, septembre 2005.

(6) Jean-Paul Ngoupandé, L’Afrique sans la France. Histoire d’un divorce consommé, Albin Michel, Paris, 2002.

(7) Mouvement des entreprises de France.

(8) Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Les objectifs du millénaire pour le développement, Economica, Paris, 2003.

(9) Lire Jean-Christophe Servant, « La Chine à l’assaut du marché africain », Le Monde diplomatique, mai 2005.

(10) Lire Anne-Cécile Robert, « Pas en notre nom ? », Manière de voir, no 79, « Résistances africaines », février-mars 2005.

(11) En 2005, le taux d’endettement financier brut du groupe se situe à 30 %, contre 20 % fin 2003.

(12) Antoine Glaser et Stephen Smith, Comment la France a perdu l’Afrique, Calmann-Lévy, Paris, 2005.

(13) Lire Boubacar Boris Diop, « Avertissement ivoirien à la « Françafrique » », Le Monde diplomatique, mars 2005. Les groupes français occupent une place dominante en Côte d’Ivoire dans l’eau et l’électricité (Bouygues) ou la téléphonie mobile (France télécom)... Cependant, ce sont les Etats-Unis qui détiennent les secteurs-clés du pétrole et du cacao. Lire Serge Michailof, « Côte d’Ivoire 2005 : bienvenue sur le Titanic ! », Commentaire, no 110, Paris, été 2005.

(14) Lire Arnaud Labrousse et François-Xavier Verschave, Les Pillards de la forêt. Exploitations criminelles en Afrique, Agone, Marseille, 2003.

(15) La Tribune, 25 août 2005.

(16) « Les entreprises françaises et l’Afrique 2005, 16e rapport », Moniteur du commerce international- CIAN, Paris, 30 décembre 2004-12 janvier 2005.


Anne-Valérie Hoh

Journaliste.

Barbara Vignaux

Journaliste.



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