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E. do REGO

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Le Mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour, dit le sage Haoussa .

Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur.










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Saturday, November 16, 2013

Pour Christiane Taubira


Marie Darrieussecq : "Je dédie mon prix Médicis à Christiane Taubira"



Marie Darrieussecq à Paris en août 2007.

Je voudrais dédier mon prix Médicis à Christiane Taubira. Il m'a été décerné le 12 novembre pour Il faut beaucoup aimer les hommes, roman qui raconte l'amour d'un Noir et d'une Blanche. Les attaques que subit notre ministre sont ignobles, indignes, dégueulasses. Et elles viennent de loin, d'une France qui existe, qui est là, et dont je viens, mais qui n'est pas la mienne.

Dans mon village, dans les années 1980, les propos racistes étaient légion. Michel Leeb moquait l'accent africain à la télévision, et les bols Banania étaient perçus comme pittoresques. Plusieurs membres de ma famille étaient revenus des colonies (Dakar et Brazzaville) avec des idées qui s'arrêtaient vite.
Leurs années de domination sur les populations locales donnaient à ces petits fonctionnaires et commerçants un « savoir » que, forcément, je n'avais pas, etprotester contre leur autorité était difficile. Mon grand-oncle, dès qu'il revint du Congo, se mit à voter à l'extrême droite.
Je n'avais pas d'outils pour penser le racisme. Le village était tout blanc, tout catholique. Je suis heureuse que mes enfants aient aujourd'hui accès à la diversité du monde, dans une école publique aux portes de Paris. La première petite fille noire que j'ai rencontrée, à mon entrée en classe de 6e, était antillaise.
DES IDÉES VAINES POUR SE CONSTRUIRE 
Elle avait la peau sombre et les cheveux frisés, et sa sœur jumelle, identique trait pour trait, était blonde aux yeux verts. Le monde s'est ouvert de nos conversations. Etais-je différente ? de la blonde, de la brune ? Des années plus tard je lus chez Genet cette question magnifique et provocante : « C'est quoi, un Noir ? Et d'abord, c'est de quelle couleur ? »
A l'école, on lisait Eluard ou Prévert, pas Césaire ni Senghor. Très vite nous reçûmes en masse les badges en forme de mains jaunes de Touche pas à mon pote. Nous étions tous frères, égalité et fraternité, au sein de la République. Et ce n'étaient pas des idées vaines pour se construire à l'adolescence.
Dans la foulée je remportai le prix de la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) locale dans une rédaction pleine de bons sentiments. Mais aujourd'hui encore, je préfère les bons sentiments aux mauvais. Ils donnent de la force, ils tiennent les humains debout, pas courbés sous les ordres ou la peur.
La limite de l'antiracisme des années 1980, c'est que nous étions tous supposés semblables. Il fallait refouler, voire nier les différences. La tolérance était le maître mot, suivi par l'intégration. L'idée restait très ancrée qu'un Français est blanc, ou que, Dieu sait comment, il doit le devenir.
J'insiste : au Pays basque où je suis née, les seuls immigrants étaient espagnols et portugais, et eux-mêmes étaient perçus comme différents et inférieurs. Cour d'école ou apéro, on moquait leur cuisine, leur apparence physique, leurs moeurs, y compris chez leurs enfants français.
Bordeaux, en 1986, j'ai vu une femme blonde et bourgeoise insulter un vendeur noir. La grande ville n'était donc pas plus civilisée que mon village. Puis je suis « montée » à Paris. J'étais blanche et étudiante, sans grands moyens, mais je découvrais que dans l'oeil des propriétaires j'étais prioritaire sur les salariés noirs.
QUELQUES SIGNAUX D'ALERTE
Puis j'ai intégré l'ENS et j'ai pénétré un univers formidablement éclairé. De plus en plus aisé, aussi. Les Noirs y étaient philosophes, avocats, écrivains – ou sans-papiers dans les combats que nous menions. J'ai oublié le racisme, je n'ai plus vu que des classes sociales et de la lutte économique, et les prolétaires du monde étaient plutôt des femmes, comme en Ethiopie dans ce refuge de lépreuses, excisées et fistuleuses.
Puis il y eut quelques signaux d'alerte : sur les forums de cette nouveauté, Internet. Des insultes qui semblaient dater de mon grand-oncle. Des commentaires d'un racisme que je n'entendais plus dans la rue, mais qui s'écrivait lâchement, facilité par l'anonymat. A la publication de Truismes (POL, 1996), j'ai reçu des lettres anonymes me traitant de « pute à bicot » ou me conseillant les « nègres » comme partenaires sexuels. Je les ai toutes gardées, je n'en revenais pas.
Puis il y eut le 11-Septembre, et le discours ambiant fit des noeuds autour du voileet de la viande halal, avec des discours atterrants sur les musulmans, et à nouveau, les Noirs. Le racisme dans les stades était crié, celui-là. Steeve Elana, gardien de but de Lille né en 1980, témoigne avoir subi des insultes racistes « depuis le début de sa carrière ».
Or c'est ce racisme, primaire et brutal, qui resurgit aujourd'hui dans l'espace le plus public. Ce qui nous horrifie dans la « une » de Minute et dans les insultes du type « Banania » (comme celles subies aussi par la ministre italienne Cécile Kyenge), c'est que nous sommes bien obligés de les entendre ; elles nous concernent et nous salissent tous, en la personne d'une ministre.
Le racisme est souvent plus discret, plus sournois. Il m'est arrivé d'aimerbeaucoup des hommes et certains d'entre eux étaient noirs. Je rends compte dans mon roman de ces moments où les mots vacillent : le très fugace « Oh » d'un de mes personnages blancs, à la présentation du fiancé noir. Le « mais » entre deux adjectifs, dans ces phrases réflexes du style « il est noir mais il est sympathique »« Il y a des phrases qu'on ne dit pas, et qu'on ne pense pas. »
UN RACISME QUASI RÉFLEXE
Juliette Gréco, qui aima Miles Davis, évoquait ainsi l'obligation qui est nôtre decombattre le racisme, et jusque dans notre inconscient. J'ai repris dans mon roman une anecdote qui m'a été confiée par un ami qui ne vit pas, a priori, dans un monde où on se fait traiter de singe. Cet écrivain et professeur noir possédait une belle voiture et la faisait laver régulièrement dans un garage. Un jour, un type descend d'une autre belle voiture et lui tend ses clefs en disant : « Quand tu auras fini avec celle-ci, tu feras la mienne. »
Ce racisme quasi réflexe est hérité du système économique colonial, de l'invention du « boy », voire de l'esclave, de la fabrication de l'indigène comme « homme de basse-cour » (Sartre). Pour exploiter d'autres humains, il faut décider que leur différence – à commencer par la pigmentaire – est le signe d'une infériorité qui justifie leur asservissement, leur pillage, voire leur assassinat.
C'est pour cela qu'on ne peut pas parler de racisme anti-Blancs. Le racisme est une invention idéologique qui a servi à justifier la colonisation. Il n'existe aucune comparaison possible entre cette idéologie constituée et des réactions de colère en réponse. Le racisme historique des Blancs a des méthodes éprouvées et pérennes. Frantz Fanon les repère dès les années 1950 : comment le racisme isole et folklorise un élément coutumier – que ce soit l'abattage halal ou les danses « rythmées » – pour discréditer une culture en bloc, la minoriser, l'animaliser.
Le racisme aujourd'hui se présente comme une sorte de bon sens objectif, brimé et censuré, qui prétend s'opposer au racisme de grand-papa, celui qui biologisait la différence. On ne parle plus d'infériorité des races, mais d'infériorité des civilisations ou d'infériorité des pratiques. L'explosion éjaculatoire du vieux racisme « Banania » nous saisit, nous surprend : c'est un rappel qu'il est toujours aux racines de cette idéologie.
DES INTELLECTUELS AFRICAINS DÉSILLUSIONNÉS
En Côte d'Ivoire, en 2001, j'ai découvert que j'étais blanche. Je me suis violemment disputée avec la talentueuse metteuse en scène Werewere Liking, qui voulait que Jean-Marie Le Pen soit élu à la présidentielle ; c'était après le 22 avril. Cette idée que « les choses seraient plus claires ainsi » est répandue, hélas, chez les intellectuels africains désillusionnés.
Des étudiants à Yaoundé, où vit l'auteur gabonais Janis Otsiemi, me parlaient récemment de Marine Le Pen comme présidente logique d'une France qui enfin « tomberait le masque ». Il faut dire que ma chère République venait de refuser à Janis Otsiemi son visa pour le Salon du livre de Paris.
Il faut une citoyenneté mondiale, des papiers planétaires. Un « Bretton Woods de l'immigration », comme le proposent les chercheuses Catherine de Wenden et Hélène Thiollet. Les habitants des parties inhabitables de la Terre se déplaceront aussi mécaniquement que les marées et il faut faciliter ce déplacement, à moins d'une catastrophe globale.
La seule vraie menace est cette peur de se dissoudre, d'être avalé, que le blanc se dilue dans le noir. Achille Mbembe, dans Critique de la raison nègre (La Découverte, 268 p., 21 €), décrit après Carl Schmitt ce fantasme d'un monde divisé : au-delà de la « clôture de l'Europe » régnerait un « outre-monde » sauvage dont il faut se protéger.
Angoisses archaïques, irrationnelles. Selon lui, le « nègre » comme figure de l'exploité, c'est ce qui est rejeté parce qu'on a peur de le devenir. Les petits Blancs d'Europe, au sens des déclassés du système, ont en fait la terreur d'être déjà noirs. Le racisme ne se porte jamais si bien, bien sûr, qu'en temps de crise, sauf que la crise fait partie du système, et que le racisme est structurel.
L'humain du futur sera beige foncé avec des cheveux bruns. La France, le monde, se métisseront. Et la Suède persévérera avec la France, le Maroc ou lesPhilippines, par les langues et les paysages, la forme des fleuves et des mots, les climats, les usages, les savoir-faire, les mythes.
Le remplacement des peuples est un fantasme ridicule. Des peuples ont disparu, oui : les Lutrawita de Tasmanie, certains Indiens d'Amérique, et presque tous les Héréros de Namibie. Disparus après des génocides motivés précisément par la passion forcenée de la division, la manie de la domination vue comme un sens et une fin.

Monday, July 23, 2012

Maroc - Le calvaire des noirs dans le royaume chérifien


L'enfer des Subsahariens au Maroc


Dans la peau d'un noir au Maroc


Les noirs de Tunisie feront-ils leur révolution?


Thursday, September 22, 2011

Mise à mort aux Etats-Unis


jeudi 22 septembre 2011


Emprisonné depuis vingt-deux ans en Géorgie, dans le sud-est des Etats-Unis, Troy Davis a été exécuté par injection létale le 21 septembre 2011. Cet Afro-américain des quartiers pauvres de Savannah, condamné pour le meurtre d’un policier blanc en 1989, n’a jamais cessé de clamer son innocence, et ses avocats de pointer les faiblesses de l’accusation : l’arme du crime n’a pas été retrouvée ; aucune empreinte digitale ou ADN n’a été relevée ; sept des neufs témoins sont revenus sur leur déclaration, certains désignant même un autre tireur. Mais Troy Davis « avait la mauvaise couleur de peau, au mauvais endroit, au mauvais moment, avec le mauvais compte en banque et la mauvaise équipe d’avocats », comme l’écrit Dave Zirin, journaliste à l’hebdomadaireThe Nation.
Malgré le soutien de nombreuses personnalités et associations humanitaires et religieuses, qui ont fait de cette affaire le symbole de la lutte contre la peine de mort et du racisme du système pénal américain, les recours en grâce déposés par ses avocats ont été rejetés. M. Barack Obama — qui n’avait pas les moyens légaux de s’opposer à la sentence — est resté, comme à son habitude sur ce sujet, très silencieux, tandis que le gouverneur du Texas James Richard Perry (234 exécutions depuis sa prise de fonction), l’un des principaux prétendants à l’investiture républicaine, a réaffirmé sa confiance dans le système judiciaire du pays.
Troy Davis est le 52e mis à mort en Géorgie depuis le rétablissement de la peine capitale en 1976, la 4e en 2011. En trente-cinq ans, 1 268 personnes ont été exécutées aux Etats-Unis. Seuls la Chine, l’Iran, l’Irak et l’Arabie Saoudite ont fait pire.

Dans « Le Monde diplomatique » :

  • « Les lents progrès du mouvement abolitionniste »
    par Philippe Rekacewicz, Visions cartographiques, 10 mars 2011.
    Le 10 mars 2011, l’Etat de l’Illinois, aux Etats-Unis, a officiellement aboli la peine de mort et commué en détention à vie la condamnation à la peine capitale de quinze prisonniers. Il devient le seizième Etat abolitionniste après le Nouveau Mexique (2009).
  • « Aux Etats-Unis, une double peine pour les délinquants sexuels »
    par Jérémie Droy, mars 2010.
    L’enfermement est à la mode. Pour les malades mentaux ou les délinquants ordinaires, c’est en tout cas une option répandue, tant aux Etats-Unis qu’en Europe. L’idéal de réhabilitation a presque partout laissé place à la mise à l’écart pure et simple.
  • « Pas de nouveau procès pour Mumia Abu-Jamal »
    par Marie-Agnès Combesque, La valise diplomatique, 31 mars 2008.
    La décision rendue par la Cour d’appel du troisième circuit de Pennsylvanie ne met pas un terme à la campagne internationale pour sauver Mumia Abu-Jamal.
  • « Répression des mineurs : le contre-exemple américain »
    La valise diplomatique, 16 juillet 2007.
    Au cours des dernières décennies, les Etats-Unis ont jugé un nombre croissant de mineurs comme des adultes, en les enfermant dans les mêmes prisons que ces derniers. Et il est établi que les mineurs noirs ont davantage de « chances » d’être jugés et condamnés.
  • « Les contes de Mumia Abu-Jamal »
    (M.-A. C.), novembre 2006.
    Compte rendu de deux livres récents de Mumia Abu-Jamal, En direct du couloir de la mort et We want freedom— mémoire de maîtrise consacré aux Panthères noires (voir aussi la première recension de ce livre par Schofield Coryell, en octobre 2004).
  • « Dans les couloirs de la mort »
    par Marina Da Silva, décembre 2005.
    Incarcéré au Texas à 17 ans, en 1995, puis condamné à mort pour un crime qu’il n’a pas commis, Nanon McKewn Williams a vu sa peine commuée en prison à vie après l’abolition par la Cour suprême des Etats-Unis, le 1er mars 2005, de la peine capitale pour les mineurs au moment des faits. Il revient sur ses dix années passées dans les couloirs de la mort dans son livre, Tenir debout.
  • « Les Etats-Unis malades de leurs prisons »
    par Megan Comfort, juin 2003.
    On compte, aux Etats-Unis, près de deux millions de personnes incarcérées — 700 détenus pour 100 000 habitants. Mais cet emprisonnement de masse des pauvres pose plus de problèmes qu’il n’en résout.
  • « Sauver Mumia Abu-Jamal »
    (M.-A. C.), La valise diplomatique, 27 octobre 1999.
    Thomas Ridge, gouverneur de l’Etat de Pennsylvanie, vient de signer un nouvel ordre d’exécution. Si la personnalité du condamné est exceptionnelle, de nombreux procès n’ont, comme le sien, que les apparences de la légalité, et la peine de mort ne fait guère plus débat dans la vie politique américaine.
  • « Comment le FBI a liquidé les Panthères noires » et « Un lynchage judiciaire »
    (M.-A. C.), août 1995.
    Mumia Abu-Jamal devait être exécuté le 17 août 1995 ; il obtint un sursis six jours avant cette date. L’affaire incite aussi à s’interroger sur les procédés employés par les autorités du pays, de 1968 à aujourd’hui, pour liquider les mouvements révolutionnaires américains et leurs militants.

Dans notre DVD-ROM d’archives (1968-2010) :

  • « Mortelles surenchères électorales aux Etats-Unis »
    par Serge Halimi, juillet 1990.
    L’Amérique « plus douce et plus tendre » de M. George H. Bush est aussi celle du retour de la peine capitale. Jamais elle n’a été aussi populaire, au point que les hommes politiques en ont fait l’un des thèmes favoris de leurs surenchères électorales.

Toujours disponible :

  • « Demain, l’Amérique... », Manière de voirnº 101, octobre-novembre 2008.
    Embourbée dans deux conflits simultanés et confrontée à une crise majeure de l’immobilier et du système financier, l’Amérique réapprendrait l’humilité ?

Monday, July 19, 2010

Immigration en France 2



Ce documentaire est composé d'images d'archives qui nous montrent comment étaient perçues tout au long du siècle les populations des territoires colonisés par la France, puis essait de comprendre ou d'expliquer l'installation dans les mentalités de certains clichés qui persistent.
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Friday, April 23, 2010

Nouvelles de la Guadeloupe






Claude Ribbe
Vendredi 23 Avril 2010

Nouvelles de la Guadeloupe
n se doute que je ne suis pas déplacé en Guadeloupe pour bronzer. De retour sur le terrain, j’ai eu le plaisir de me rappeler pourquoi les racistes me vouent une telle haine. J’aurais dû comprendre plus tôt que le 3 juillet 1974, le jour où un Guadeloupéen (d’origine) est enfin entré à l’École normale, était évidemment pour eux (les racistes) un jour de deuil. Mais quel plaisir de croiser les gens pour la dignité desquels je me bats. Il me semble, d’après les réflexions des plus jeunes qui me saluent, que ce combat a du sens et que ce sens est bien compris. En fait, mon travail ne consiste qu'à servir de contrepoids à ceux qui tirent l’outre-mer vers le bas pour mieux l’exploiter ou pour mieux permettre à leurs maîtres de l’exploiter. Nous les connaissons bien. Ici, en Guadeloupe, le malaise est partout perceptible. Le racisme ? Un tabou dont il n’est sans doute pas prudent de parler sur cette île. Sur les affiches des publicités, ceux qui représentent l’ « identité guadeloupéenne » sont toujours très clairs de peau. Les Békés, les « Syriens » (pour les non initiés : commerçants d’origine syro-libanaise), les élus, les « expats », ceux qui voyagent dans les classes supérieures d’Air France aux frais de la République, vont très bien. RAS. Les autres, les « noirs », la plèbe, le lumpen, n’ont pas l’air d’exister. Un euro le yaourt ? Les plus pauvres - c'est à dire à peu près tout le monde - se nourrissent de patates, de racines au chlordécone. Ils deviennent obèses à force d'avaler ce qu’ils peuvent et s’efforcent de croire qu’ils sont des Français à part entière. Ils sont calmes. Pour l’instant. Vingt cinq à trente pour cent de chômeurs. Six exportations pour cent importations de métropole. Tout va bien. Merci Paris. Pour résumer : malgré les luttes menées l’an passé, les gendarmes, les préfets et les magistrats sont toujours métropolitains, les hôpitaux psychiatriques certainement bien remplis et la vie toujours aussi chère. Une fois et demie à deux fois plus chère qu’en métropole, d’après mes vérifications ! Comment les gens d’ici peuvent-ils arriver à se nourrir ? Mystère et bouche cousue. Il n’y a que le rhum qui soit meilleur marché, ce qui est une incitation, pour ceux qui se posent trop de questions, à trouver, sinon des réponses, du moins une échappatoire. Ici, sous l’un des volcans les plus dangereux du monde, en pleine zone de risque sismique maximum, avec la dengue en prime (400 cas par semaine dans l’indifférence complète de la métropole), en attendant que ça pète (car si ça continue, c'est inévitable) la culture, c’est le luxe. Et le luxe, forcément, c’est cher. Un livre vendu à 19,90 euros à Paris – le mien par exemple - arrive en Guadeloupe avec un retard d’une semaine à un mois, augmenté de 3 euros qui représentent, paraît-il, le prix du transport. Une contradiction flagrante au principe du prix du livre unique imposé par la loi Lang. Et tout est comme ça. Il me semble que la moindre des choses serait que, pour les ouvrages ayant une valeur culturelle, et en particulier un intérêt pour le département d’outre mer concerné, l’État prenne au moins en charge le coût de ce transport de sorte que le principe du prix unique du livre et celui de la continuité territoriale soient respectés. N’est-ce pas Monsieur le ministre de la Culture ? Votre dernier voyage en Guadeloupe remonte à quand, au fait ? Le secteur du livre est très menacé en Guadeloupe comme dans tous les DOM. Je ne m’explique toujours pas que les radios nationales France Culture et France Musique ne soient pas diffusées en Guadeloupe, ce qui ne peut être un hasard. Sans doute, l’État et Radio France considèrent-ils que les Français d’outre mer son trop arriérés pour mériter de capter des radios dites « culturelles ». À moins que l’on craigne que les Guadeloupéens s'aperçoivent qu'on les méprise à Paris dans les sphères du pouvoir économique, politique et culturel; qu’un Finkielkraut dispose d’une tribune sur France Culture tandis que les Antillo-Guyanais (je ne parle pas des imbéciles dont le métier est de se prosterner devant le maître) y sont généralement traités comme des étrangers dérangeants et problématiques. En ce qui me concerne, non seulement, je n’y dispose pas de tribune, mais en dix ans, je crois n’avoir été invité qu’une seule fois sur France Culture. On y a cependant plus d’une fois cité mon nom pour m’insulter, en particulier au moment de la sortie du Crime de Napoléon. Ici pas de journaux, sauf France Antilles et les innombrables publications hippiques. Et Internet – pour celui qui ne fait que passer - c’est quand on peut. Le haut débit est plutôt moyen. La télévision reste allumée toute la journée. On y voit des séries lamentables achetées à bas prix où des héros et des héroïnes à la peau claire totalement décérébrés évoquent leur misère affective. Pour les mères, un seul espoir : avoir un enfant sportif. Le football. Normal, avec la sélection naturelle de l’esclavage, seuls les plus costauds ont survécu. Les plus révoltés, eux, sont passés à la casserole. Malgré tout, Guadeloupéens, on compte sur vous pour que ça change. En douceur, je l’espère.



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