22/Bibliographie
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#Bénin,#BurkinaFaso, #CôtedIvoire,#GuinéeBissau,#Mali,#Niger, #Sénégal #Togo #Cameroun,#CentrAfrique, #Congo, #Gabon,#GuinéeEquatoriale #Tchad #France
Faire savoir la vérité et être à sa recherche tel est le but de mon blogue. Je vous invite donc à faire jaillir la vérité par chacune de vos interventions sur ce blogue que vous rendrez plus éclairant. Soyez les bienvenu(e)s.
22/Bibliographie
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21/Le Futur de la Zone CFA:un avenir incontournable.
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20/La souveraineté passe par la Création d’une monnaie africaine
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2/Anticonstitutionnalité du franc CFA.
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Savez-vous comment on vire un ministre en France ? On imaginait, mais désormais on sait, grâce à Robert Bourgi, le très loquace « monsieur Françafrique », qui a décrit par le menu, sur RTL lundi matin, la manière dont Jean-Marie Bockel a été débarqué du poste de secrétaire d'Etat à la coopération à la demande d'Omar Bongo l'an dernier.
Robert Bourgi, le conseiller officieux de l'Elysée sur l'Afrique, explique sans détour comment « papa » -c'est ainsi qu'il appelle le défunt président gabonais- l'a appelé début 2008 pour qu'il dise à « Nicolas » [Sarkozy, le président de la République française] qu'il fallait qu'il limoge l'effronté Bockel qui avait eu l'outrecuidance, dans ses voeux à la presse, puis dans les colonnes du Monde, de proclamer son intention d'achever la Françafrique, et de critiquer la gouvernance de certains pays africains, citant nommément le Gabon. Robert Bourgi, « fiston » pour Bongo, raconte :
« Je suis allé voir le président de la République à l'Elysée en présence de M. Guéant et je lui ai passé le message ferme et voilé de menaces du président Bongo. Et il m'a dit : “Ecoute, dis à Omar, comme il l'appelle, et aux autres chefs d'Etat que M. Bockel partira bientôt et sera remplacé par un de mes amis, un ami de M. Guéant.” » (Voir la vidéo)
L'ami en question, c'est l'actuel secrétaire d'Etat à la coopération, Alain Joyandet. Peu de temps après, on verra sur Canal+ cette séquence irréelle : le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, se rendant à Canossa auprès du Président Bongo à Libreville, pour présenter Alain Joyandet et sceller la réconciliation. Avec, Robert Bourgi comme entremetteur.
Qu'est-ce qui a poussé Robert Bourgi à parler autant lundi matin à la radio, sans doute avec le feu vert de l'Elysée ? Si l'intention était, comme il tente de le faire dans la première partie de l'entretien, de démontrer que Ali Bongo, le fils du défunt Président, n'était pas le candidat de la France, il aura échoué. L'impression qui ressort de cette interview, c'est au contraire toute la force des réseaux qui, depuis un demi-siècle, ont été tissés entre la France et ses anciennes colonies.
L'épisode de Bockel, que Bourgi rapproche lui-même de l'éviction un quart de siècle plus tôt, de celle de Jean-Pierre Cot qui s'était opposé à ce que des crédits de coopération servent à rénover la décoration intérieure de l'avion présidentiel gabonais, montre à quel point certaines moeurs restent immuables dans la Françafrique. Jean-Pierre Cot avait été sacrifié par François Mitterrand sur l'autel des bons rapports avec Bongo, comme Jean-Marie Bockel l'a été par Nicolas Sarkozy pour les mêmes raisons.
On ne remerciera jamais assez Robert Bourgi de sa candeur. Il permet de constater que ce qui semble parfois trop gros pour être vrai correspond réellement à la réalité. Et permet de comprendre un peu mieux le contexte dans lequel se déroulent les événements tragiques du Gabon, et cette colère antifrançaise que décrit très bien, par ailleurs, notre ami Théophile Kamouao [1].
La seule tristesse de cette affaire est de voir Jean-Marie Bockel accepter cette humiliation, et de laisser passer sans broncher, lundi, cette mise à nu du théâtre de la cruauté franco-africaine.
Photos : Jean-Marie Bockel (Audrey Cerdan/Rue89). Omar Bongo, Alain Joyandet (Reuters).
Jamais deux sans trois. Au commencement était la Côte d'Ivoire, où le long bras de fer entre Laurent Gbagbo, ancien « opposant historique » arrivé au pouvoir en octobre 2000, et Jacques Chirac, défenseur acharné du parti unique en Afrique accusé de soutenir la rébellion armée déclenchée en septembre 2002, s'est notamment caractérisé par ce que l'on a appelé des « violences antifrançaises ».
Puis il y a eu le Togo, où une bonne partie de la jeunesse urbaine a exprimé dans la rue, en 2005, à la fois son refus de la succession monarchique représentée par l'arrivée au pouvoir de Faure Gnassingbé et sa haine de la France officielle, coupable à ses yeux d'avoir sanctifié au point de vue international le « coup d'Etat électoral » du fils du général Gnassingbé Eyadéma.
Aujourd'hui, c'est au tour du Gabon de s'enflammer [1] après la mort du président Omar Bongo Ondimba [2] et « l'intronisation » de son fils Ali Ben Bongo [3] sous un grossier masque démocratique. Les coupables désignés ? La nomenklatura du PDG (Parti démocratique gabonais, au pouvoir) et… la France, dont les symboles ont été incendiés et pillés à Port-Gentil, capitale économique du pays et dont les ressortissants sont montrés du doigt.
Chose curieuse : les médias parisiens semblent considérer ces poussées de fièvre d'un simple point de vue logistique, et insistent largement sur la sécurité et les probables évacuations des Français, en occultant une question fondamentale. Celle que les Américains se sont posée après le 11-Septembre à propos d'un grand nombre de personnes dans le monde arabo-musulman : pourquoi nous détestent-ils tant ? [4]
Quant aux gouvernants français, ils manient à merveille l'art de la litote, de la dénégation sans conviction, voire du mépris. Bernard Kouchner estime que « ce n'est pas au Gabon » que le sentiment antifrançais, « s'il existe », est « le plus fort ». « Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage ! », ironise-t-il, sachant que le cliché des Africains notoirement incapables et accusant les autres de tous leurs maux est répandu dans l'Hexagone.
Ce cliché simpliste n'est pas le seul à prospérer et à faciliter la compromission des dirigeants français dans des aventures ambiguës en Afrique. « Si nous partons, les Américains et les [5] Chinois nous remplaceront [5] », entend-on de manière récurrente à Paris, y compris dans des milieux éclairés. Comme si l'idée de pays africains indépendants, commerçant comme ils veulent et avec qui ils veulent, était totalement extravagante… Ce serait donc un nom d'un intérêt national d'autant plus facile à faire accepter en période de crise mondiale et de crainte de déclassement que « certaines choses » continueraient à avoir cours.
« Ces pays sont indépendants depuis cinquante ans mais ne cessent de nous accuser de leurs malheurs », affirme-t-on ça et là sur les bords de la Seine. Mais l'indépendance du Gabon et celle du Ghana, ancienne colonie britannique se ressemblent-elles ? Le bilan d'Omar Bongo, qui laisse à son fils un « émirat pétrolier » où les infrastructures routières et sanitaires de base laissent à désirer peut-il être dissocié de celui d'une certaine continuité de la colonisation française ? La question mériterait d'être posée au chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, qui a longtemps arrondi ses fins de mois en livrant à Bongo des « études » [6] et des « conseils » grassement rémunérées sans résultat évident sur le terrain…
La vérité est que le Gabon reste un des derniers coffres-forts à la disposition d'une classe politique française échaudée par les scandales politico-judiciaires des quinze dernières années, mais qui continue de manier quotidiennement de l'argent liquide à provenance douteuse. La liberté de parole de Robert Bourgi, sorte de « nouveau Foccart » encombrant mais indéboulonnable [7] ne s'explique-t-elle pas par sa capacité à lever, en Afrique, d'importants « fonds politiques » ? Et si les « idées reçues » du commun des Français étaient en réalité au service d'intérêts privés, voire mafieux, d'un certain nombre de « réseaux » ?
Le désamour d'une grande partie de la jeunesse d'Afrique francophone envers une France qui n'a pourtant jamais été aussi proche au point de vue linguistique et culturel, notamment en raison des migrations, doit être pris au sérieux. Si les éruptions de violence se sont vite calmées jusqu'ici, la profonde amertume qui en est la base demeure pendant des années, voire des décennies.
Les Africains qui, aujourd'hui, scandent des slogans anti-Français sur des barricades ou sur Internet, sont les plus jeunes et parfois les plus éduqués. D'une manière ou d'une autre, ils « prendront le pouvoir » bientôt dans leurs pays. Les désespérer aujourd'hui, c'est faire de la politique à la petite semaine, à mille lieux des vrais intérêts de la France à long terme.
Survie France | http://survie.org/Gabon-Coup-de-force-francafricain.html |
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Alors que les Gabonais aspirent à la démocratie et au changement après les 41 ans de gabegie du règne d’Omar Bongo, Ali Ben Bongo, fils du précédent, vient, non sans difficulté, d’être déclaré vainqueur de l’élection présidentielle au terme d’une mascarade électorale et d’un coup de force qui vise à prolonger la mainmise du clan Bongo sur le pays, avec la bénédiction des autorités françaises.
Ali Ben Bongo, fils et ex-ministre de la Défense d’Omar Bongo, également visé en France par une plainte sur les “ biens mal acquis ”, a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle gabonaise du 30 août dernier avec 41,73% des voix devant ses deux principaux concurrents André Mba Obame (25, 88%) et Pierre Mamboundou (25, 22%). Annoncés non sans atermoiements par la Commission électorale nationale autonome et permanente (CENAP, en grande partie composée de membres du Parti démocratique gabonais, au pouvoir) et surtout par l’actuel ministre de l’Intérieur (également PDGiste), ces résultats contredisent toutes les estimations qui donnent, procès-verbaux des décomptes de voix à l’appui, Ali Bongo loin derrière ses deux principaux concurrents. Mais c’était compter sans les faux PV et les PV falsifiés introduits à la Commission électorale. Afin de mener à son terme cette mascarade électorale, le régime a également dispersé avec violence les nombreux manifestants et responsables de l’opposition venus au siège de la CENAP s’assurer du bon décompte des voix. Aujourd’hui, la Garde présidentielle et l’armée quadrillent Libreville. La tension est extrême dans le pays. Exténués par 41 ans de dictature d’Omar Bongo et ulcérés par le coup de force d’Ali Bongo, la majorité des Gabonais n’entend pas se laisser abuser une fois de plus. Le consulat de France à Port Gentil a ainsi été incendié, tout comme un édifice du groupe français Total, symboles du soutien indéfectible de la France au régime Bongo depuis des décennies.
La France a prétendu être neutre “ La seule chose qu’elle fait dans cette élection, c’est d’aider au déroulement normal des opérations ” a déclaré le secrétaire d’Etat à la Coopération, Alain Joyandet. Sans doute trouve-t-il normales les conditions de la tenue de cette élection : organisation précipitée du scrutin, listes électorales gonflées, multiples violations du droit constitutionnel, énorme déséquilibre financier et médiatique entre les candidats qui, ailleurs, feraient crier au déni de démocratie. Dès le lendemain du vote, le même A. Joyandet a jugé le scrutin régulier alors que de nombreuses fraudes ont été dénoncées tant au Gabon que dans les ambassades à l’étranger. A l’ambassade du Gabon en France par exemple, l’ambassadrice a même été prise la main dans le sac, en possession de plusieurs dizaines de fausses cartes d’électeur.
Est-ce être neutre que laisser Robert Bourgi, conseiller notoire de Nicolas Sarkozy pour la diplomatie parallèle, ainsi que d’autres ressortissants français en vue au Gabon soutenir Ali Bongo ? Alors que dans le même temps A. Joyandet menace les Gabonais : “ si par malheur, les ressortissants français venaient à être inquiétés, il y aurait une quasi-automaticité d’intervention de nos troupes basées sur place.[…] il y a assez peu de probabilité que l’armée française quitte le Gabon.”
L’association Survie attire l’attention des dirigeants français sur la lourde responsabilité qui est la leur dans la détérioration de la situation au Gabon. A force de vouloir figer le pouvoir gabonais aux mains d’un clan complice des intérêts transnationaux les plus voraces, la France s’aliène la majorité du peuple gabonais.
L’association Survie demande aux autorités françaises de ne pas reconnaître l’élection d’Ali Bongo et de ne pas cautionner la prise du pouvoir par ce qui constitue un véritable un coup d’Etat électoral. Nous attendons du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner la même résolution dans la défense des principes démocratiques qu’il a montrée lors d’autres élections dans le monde, le même soutien à une opposition écrasée et bafouée dans ses revendications. Nous ne voulons pas que notre pays apparaisse comme le fidèle soutien de régimes despotiques indéfiniment reconduits.
Nous demandons au gouvernement français de s’assurer que les militants gabonais de la démocratie et des droits de l’Homme seront préservés de la répression qui risque de s’abattre sur eux comme sur tous ceux qui luttent pour le droit et la justice. Nous assurons les citoyens gabonais qui défendent leurs droits de notre solidarité dans leurs revendications.
En Mauritanie, au Niger, à Madagascar, nous assistons à un recul des acquis démocratiques, tandis qu’au Congo Brazzaville, au Cameroun, au Tchad les vieilles dictatures sont confortées. Le risque est grand de voir surgir au Gabon le même scénario qu’au Togo depuis 2005 : élection truquée, coup d’Etat électoral, répression des contestations, puis normalisation diplomatique validant une succession dynastique de Faure Gnassingbé après 38 ans de règne d’Eyadéma père. Tout cela, avec la complicité de la France, dans la droite ligne de la triste politique françafricaine avec laquelle le candidat Nicolas Sarkozy voulait rompre. Politique qu’il prétend maintenant camoufler sous des gesticulations médiatiques comme celle qui s’annonce en 2010, décrétée « année de l’Afrique » : “ année importante pour la relation entre l’Afrique et la France alors que 14 anciennes colonies françaises célèbreront le cinquantième anniversaire de leur indépendance. (…) Et je souhaite que 2010 signale aussi l’achèvement d’une rénovation profonde de nos relations avec le continent africain ”. Certains Français en seront peut-être dupes, pas les peuples africains.
Contact presse : Olivier THIMONIER olivier.thimonier@survie.org Tél. : 01 44 61 03 25
Depuis deux ou trois jours, les langues commencent se délier au sein du sérail politico-familial gabonais. Surtout qu’il a été admis par toutes les parties concernées par la succession d’Omar Bongo Ondimba que Rose Francine Rogombé, présidente du Sénat devait assurer la transition, comme prévue par la constitution. Les intrigues et les marchandages politiques battent le plein et c’est ainsi que certaines personnes, n’ayant plus rien à perdre, ont décidé de parler et de livrer des informations jusqu’ici connues par un cercle très restreint.
On apprend ainsi que c’est depuis le 7 mai que Omar Bongo serait décédé. La nouvelle a été tenue secrète par la France et la famille de Bongo.
Toutes les personnes qui ont assisté aux funérailles d’Edith Bongo (fille de Sassou Nguesso) on remarqué l’état fantomatique dans lequel se trouvait le président gabonais. Et ce n’est pas seulement le décès de sa bien-aimée qui l’affectait ainsi, cette extrême souffrance provenait aussi du cancer qui le menait vers la mort. Plusieurs personnes disent l’avoir vu par moments, grimacer sur sa chaise et donner l’impression qu’il perdait connaissance. Et selon des sources d’informations venues de l’intérieur du cercle familial et politique, c’est le 7 mai dernier dans les airs, entre le Maroc et l'Espagne, que le Président Omar Bongo a rendu l'âme dans l’avion médicalisé dépêché par la France et qui le conduisait en Espagne. Alors que son décès est constaté par les médecins qui étaient dans l’avion avec lui, l'Elysée et sa cellule Afrique, en accord avec Pascaline Bongo, Directrice du Cabinet et fille de Bongo maintiennent la destination « Barcelone » et imposent le silence total.
Pourquoi ? Parce que dit-on, L'Elysée tient à récupérer un certain nombre de documents que possédait (puisqu'il est déjà mort) le Président gabonais. Parmi ceux-ci un dossier sur le financement de la dernière campagne électorale en France - En retour la famille Bongo (Pascaline Bongo et son époux Ntoungui- membre du gouvernement-, Ali Ben) mais aussi, apprend-on, Jean Ping l'actuel Président de l'Union Africaine (qui a des enfants avec Pascaline Bongo) et Mba Obame (le puissant ministre de l’administration territoriale, issu de l’ethnie Fang, majoritaire au Gabon-40%-)…tout ce monde demande à la France un certain nombre de choses dont notamment la levée des saisies de compte de la famille en France. En plus, Ali Ben exige son adoubement par la France comme successeur immédiat, ce à quoi Pascaline est opposée et continue à s’opposer.
C’est ainsi qu’on comprend mieux « l’hospitalisation » médiatisée d’Ali Ben à Paris . Devant l’opposition de sa soeur et de ses partisans, il a fait appel aux deux Congo et a menacé de faire "sauter les légionnaires sur Libreville ". Nicolas Sarkozy et ses conseillers de la cellule africaine ont frappé du point sur la table et décidé d’exfiltrer Ali Ben du Gabon - officiellement alors on annonce qu'il est hospitalisé à Neuilly à l'hôpital américain – mais personne ne confirme sa présence dans cet hôpital. Après les discussions parisiennes, Ali Ben est retourné au Gabon pendant que Sarkozy dépêchait en Espagne Brice Hortefeux avec pour mission de convaincre la famille Bongo du soutien de la France.
Au moment où le Premier ministre français François Fillon arrive à Yaoundé, au Cameroun, nous sommes le 20 mai - il fait alors cette étrange déclaration "Je sais que le président est soigné. Je sais qu'hier soir encore et ce matin sa santé était satisfaisante. Je formule mes voeux de prompt rétablissement à M. Bongo en espérant naturellement qu'il sera remis sur pied le plus vite possible". Pour ceux qui connaissent Fillon, le fils du Mans, catholique pratiquant, on le voit mal à l’aise avec ces africanités teintées de Francafrique , il ne comprend pas pourquoi l'on ne veut pas rendre la nouvelle officielle.
Le 6 juin soit presque un mois après le décès de Bongo, l'Espagne somme la France de prendre ses responsabilités - le premier ministre espagnol le socialiste Zapatero un ancien religieux jésuite demande à son ministre des affaires étrangères sous la pression des médecins qui ne comprennent pas qu'on garde dans une chapelle ardente un corps aussi longtemps, et qui en plus n'a pas trouvé la mort dans leur établissement - de rendre la nouvelle publique - le Gabon dit n'être pas prêt et pour les problèmes de sécurité intérieure - L'Espagne refuse de reculer - Comme cela se fait toujours quelques journalistes reçoivent des instructions et c’est alors que le journal Le Point lance un ballon d'essai -.
On décide de dépêcher un avion à Libreville en mission commando avec une conseillère de l'Elysée avec pour mission de ramener en Espagne le premier ministre gabonais - ce qui est fait -. Avant la conférence de presse, les témoins, présents affirment que les membres de la famille Bongo l’auraient menacé de mort : « Salaud ! Si tu dis un mot de travers on te pend haut et court". Le premier ministre Jean Eyeghe Ndong annonce donc que Bongo est en vie ; pendant ce temps, des dispositions sont prises pour rapatrier le corps au Gabon avant que le décès ne soit annoncé. Las d’attendre, l'Espagne annonce le décès et le premier ministre gabonais est contraint de confirmer la nouvelle.
DÉSENGAGEMENT DE LA FRANCE, RÉSEAUX DE FINANCEMENT OCCULTE
Fondé par le président Omar Bongo, le Parti démocratique gabonais (PDG) a remporté plus des deux tiers des sièges aux élections législatives de décembre 1996. L’opposition, sur la lancée de ses succès aux élections municipales, à Libreville et Port-Gentil, croyait pouvoir inquiéter le pouvoir. Elle n’a pu triompher du "système Bongo", dans ce qui est un des plus petits et des plus riches Etats du continent et aussi l’un des plus fidèles cliengts de la "Françafrique" à l’ancienne. Pourtant, le désengagement de Paris pose de nouveaux défis à un pouvoir affaibli.
Au Gabon, plus de deux décennies de régime de parti unique avaient institutionnalisé clientélisme et corruption tandis que l’endettement s’alourdissait du coût d’investissements hasardeux, tel le chemin de fer transgabonais. Peu de voies discordantes s’élevèrent alors : le pays connaissait une certaine prospérité grâce à la rente pétrolière, tandis que la presse restait sous contrôle et que les rares opposants étaient muselés par la police politique et la garde présidentielle, quand ils n’étaient pas emprisonnés, exilés ou assassinés, comme Germain Mba en 1971.
Dans la seconde moitié des années 80, la chute des revenus pétroliers et l’accroissement de la pauvreté stimulent l’opposition au régime, la contestation gagne la rue. Le président Omar Bongo est contraint de convoquer en janvier 1990 une conférence nationale qui aboutit à la proclamation du multipartisme. Une façon de calmer le mécontentement populaire et de respecter les " recommandations " du sommet franco-africain de La Baule, en juin. L’avancée démocratique concédée par le président Omar Bongo n’est qu’un simulacre : les dizaines de partis politiques qui se créent sont financés par l’Etat, l’ancien parti unique conserve la majorité absolue lors des élections législatives, outrageusement truquées, de 1990, un des dirigeants de l’opposition, Joseph Renjambe, est mystérieusement assassiné...
Lors de l’élection présidentielle de décembre 1993, le président Omar Bongo est réélu dans des conditions douteuses au premier tour, devant son principal adversaire, M. Paul Mba Abessolé, avec 51,18 % des voix. Des manifestations, réprimées par la garde présidentielle, font de nombreuses victimes. Dans une atmosphère de guerre civile, les responsables de l’opposition regroupés au sein du Haut Comité de la résistance (HCR) et les partisans du président Bongo engagent des négociations qui se concluent, en octobre 1994, par la signature des accords dits de Paris. Il s’agit de mettre en place les instruments juridiques de la transparence : commission nationale, code électoral, etc., en vue des futures échéances. Si le président a su tirer parti des contradictions internes de l’opposition pour se maintenir au pouvoir, il a également profité des failles d’un système juridique inadapté et d’une administration à sa solde.
En 1997, le jeu démocratique paraît une nouvelle fois bloqué. Certes, le dernier scrutin municipal dans la capitale s’est soldé, après une première annulation en octobre 1996, par la victoire de l’opposition. Mais ce succès prend un relief différent à la lumière du résultat des élections législatives des 15 et 29 décembre 1996. Reportées tout au long de l’année, en violation des accords de Paris (1), elles ont permis à l’ancien parti unique de confirmer sa domination dans des conditions de transparence contestables. Faute d’un improbable consensus et malgré quelques acquis, telle la renaissance d’une presse libre, les perspectives ne sont guère encourageantes. La version démocratique du système Bongo, marquée par une insécurité croissante et une incapacité relative à gérer le pays, a remplacé la version autocratique. Mais pour la population, démobilisée par les fraudes électorales et perdue dans un paysage politique complexe où se mêlent ambitions personnelles et rivalités ethniques, la rue apparaît comme le seul lieu d’expression.
Au-delà des apparences, le pouvoir reste depuis bientôt trente ans concentré entre les mains du même homme, qui dispose à sa guise de la richesse clef du Gabon : l’or noir. Premier client et premier fournisseur, la France constitue le principal partenaire économique d’un pays où vivent plus de 10 000 de ses ressortissants, les entreprises françaises tirant pleinement profit de la zone franc (2). Aux sociétés de négoce et d’exploitation forestière héritières des concessions d’antan sont venus s’ajouter les intérêts miniers : uranium, manganèse et surtout pétrole. Après le premier choc pétrolier de 1973, les gisements découverts dans les années 50 par l’Erap, ancêtre d’Elf Aquitaine, vont représenter la première ressource du pays, contribuant, sur la période 1974-1985, pour plus de 40 % du produit intérieur brut (3). L’épuisement temporaire des réserves et la chute du prix du baril vont contraindre le pays à traiter avec le Fonds monétaire international (FMI) en signant le 22 décembre 1986 un programme d’ajustement structurel.
Au Gabon, comme ailleurs en Afrique noire, la France abandonne progressivement ses responsabilités économiques aux institutions financières internationales, se résignant à la dévaluation du franc CFA, à la grande fureur du président Omar Bongo, le pays étant lourdement tributaire des importations, notamment alimentaires. En revanche, en vertu d’un accord liant les deux pays, l’armée française dispose toujours d’une base permanente de 650 hommes à Libreville. Quant à Elf, véritable Etat dans l’Etat, il continue de jouer un rôle actif, grâce notamment à ses réseaux de financement occulte (4).
Mais la position privilégiée de la France suscite de multiples convoitises, en particulier aux Etats-Unis, et le président Bongo a toujours su jouer des rivalités pétrolières franco-américaines pour faire pression sur Elf ou sur le gouvernement français. Au début des années 90, les scrupules de Washington à l’égard du pré carré français en Afrique se sont évanouis avec l’effondrement de l’empire soviétique (5). Le retour du multipartisme s’est accompagné de rumeurs sur le soutien apporté par les Américains à l’opposition. L’organisation du premier sommet Afrique-Amérique, à Libreville en 1992, a confirmé le regain d’intérêt des Etats-Unis. Les séjours d’opposants gabonais à Washington, l’attitude circonspecte de l’ambassade américaine après la réélection controversée du président Bongo en 1993 ou encore l’aide qu’aurait reçue M. Paul Mba Abessolé pour sa station de radio tendent à indiquer que Washington, par l’intermédiaire de Ron Brown, secrétaire d’Etat au commerce (décédé en 1995), et de M. George Moose, sous-secrétaire d’Etat aux affaires africaines, mise résolument sur l’après-Bongo.
En Afrique, " la fiction d’une greffe accélérée de l’Etat-nation s’est effondrée (6) ". Au Gabon, depuis l’indépendance, le pouvoir central, divisant pour mieux régner, a multiplié le nombre de circonscriptions administratives, trop élevé au regard de la démographie du pays. Les ethnies vivent séparées chacune dans leur province d’origine. Seul l’exode rural a permis de brasser les populations à Libreville, Port-Gentil et depuis peu Franceville. Même en milieu urbain, les Gabonais se regroupent par ethnies dans les quartiers pauvres.
La relative opulence des années de croissance pétrolière, l’entrée au gouvernement d’opposants notoires ou la présence dissuasive des militaires français ont préservé le pays de rivalités ethniques trop violentes. Mais la construction de la nation gabonaise, à coups de slogans antitribalistes et de discours sur l’ " unité nationale ", n’est qu’un leurre visant à tromper institutions internationales et gouvernements étrangers, tandis que les postes ministériels continuent d’être attribués en fonction de considérations ethniques.
Le débat nécessaire sur la place des ethnies dans la nation, supposé dangereux et subversif, a toujours été repoussé. Les principales ethnies ne perçoivent pas l’Etat comme un instrument politique au service du développement mais comme un enjeu qui assure à celle qui est au pouvoir sécurité, richesses et domination. Celle du président est sur-représentée par rapport à son poids démographique, et les clivages entre partis politiques s’opèrent essentiellement sur des critères ethniques en dépit des dénégations des principaux responsables politiques du pays (7).
Le Gabon joue un rôle important en Afrique centrale par la volonté de son président. Sa longue pratique du pouvoir, les rapports privilégiés qu’il entretient avec la France, son mariage avec la fille de son ancien homologue congolais Denis Sassou Nguesso sont autant d’atouts dont M. Omar Bongo sait user avec habileté. Le Gabon finance largement les organes politiques, économiques ou culturels de la région (Banque des Etats d’Afrique centrale, Union douanière des Etats d’Afrique centrale [Udeac], Centre international des civilisations bantoues...). En contrepartie, il exerce des responsabilités importantes qui lui permettent, malgré sa petite taille et sa population peu nombreuse, de disputer le leadership au Zaïre et au Cameroun. La participation gabonaise dans le règlement des conflits angolais et tchadien ainsi que dans la récente crise congolaise, la réunion des chefs d’Etat de l’Udeac en 1995 et le sommet spécial de la Banque africaine de développement en 1996, tenus tous deux à Libreville, témoignent ainsi des prétentions du Gabon à imprimer sa marque à la politique régionale.
Pourtant, cet activisme, marqué par une suite d’initiatives dispersées, apparaît davantage comme le fruit de la stratégie personnelle du président Bongo que comme le signe d’un grand dessein collectif, que pourrait effectivement constituer l’intégration régionale. Un tel objectif, le seul qui vaille pour le Gabon dans la perspective de l’après-pétrole, paraît pour l’heure inaccessible. Comment, en effet, les dirigeants d’Afrique centrale à la tête d’Etats fortement centralisés et sans réelle assise populaire pourraient-ils consentir à pratiquer de larges abandons de souveraineté et réussir à entraîner l’indispensable adhésion des populations ?
(1) Lire Jean de Dieu N’Doutoumey, " Les accords de Paris seront-ils respectés ? ", Le Nouvel Afrique-Asie, no 79, avril 1996.
(2) Lire Jean -Baptiste N. Wago, Zone franc : outil de développement ou de domination ? L’Harmattan, Paris, 1995.
(3) Lire Hugues Alexandre Barro Chambrier, " L’économie du Gabon ", Economica, Paris, 1990, p. 26.
(4) Lire Pierre Péan, Affaires africaines, Fayard, Paris, 1983. Lire Stephen Smith, " Jacques Chirac revient au pays d’Elf ", Libé ration, 17 juillet 1996.
(5) Claude Wauthier, " Appétits américains et compromissions françaises ", Le Monde diplomatique, octobre 1994.
(6) Thierry Michalon, " Légitimité de l’Etat et solidarités ethniques ", Le Monde diplomatique, novembre 1993.
(7) Lire l’entretien de M. Paul Mba Abessolé in Jeune Afrique du 20 mars 1996.
Lire :
- Points de repère
Concurrence de l’Asie, vieillissement des réseaux
Un forum « alternatif et citoyen » s’est tenu en marge du XXIIIe sommet Afrique-France de Bamako (Mali), fin novembre. Les participants y ont dénoncé le « néocolonialisme » de Paris, notamment le soutien à certains régimes autoritaires (Togo, Gabon…). Cette contestation de l’ingérence française se produit alors que des entreprises comme Pinault ou Bolloré, autrefois très présentes, semblent se désintéresser du continent noir.
« En Afrique francophone, notre problème n’est pas d’identifier de nouveaux investisseurs privés, mais d’empêcher ceux qui sont là de partir. » Ce constat de M. Anthony Bouthelier, président délégué du Conseil des investisseurs (français) en Afrique noire (CIAN), est confirmé par M. Jean-Pierre Barbier, directeur du département Afrique centrale, australe et océan indien de l’Agence française du développement (AFD) : « Le désinvestissement des entreprises françaises a bel et bien commencé, et a été accéléré par les événements en Côte d’Ivoire. » En effet, en dehors des petits entrepreneurs (dont une partie a été ruinée par la dévaluation du franc CFA en 1994) (1), la présence économique hexagonale en Afrique se résume désormais à une vingtaine de groupes moyens et grands. Parmi eux : Bouygues et Vinci (construction), CFAO (distribution spécialisée), Rougier (bois), Total (hydrocarbures) (2), Castel (bière), Dagris (coton), la Compagnie fruitière, Bolloré et CMA-CGM (logistique et transport), Veolia (eau), Accor (hôtellerie), Air France, BNP Paribas, Société générale (banque)...
Il est loin le temps où, durant la guerre froide, les groupes français, très bien implantés en Afrique francophone, contrôlaient plus de la moitié des marchés au Gabon, en Côte d’Ivoire, au Cameroun ou au Sénégal, et enregistraient des profits considérables avec le soutien de la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (Coface). Au milieu des années 1980 encore, le Gabon représentait la moitié des réserves prouvées d’Elf Aquitaine, et des passerelles avaient été installées entre le service de documentation extérieure et de contre-espionnage (Sdece), le Quai d’Orsay et la compagnie pétrolière publique. En 1964, le rétablissement de Léon M’Ba à la présidence du Gabon, après un éphémère coup d’Etat, sera la première ingérence manifeste de la « Françafrique » – mêlant intérêts politiques, économiques, commerciaux et appétits individuels, comme au Congo-Brazzaville, au Togo, en Centrafrique (3). La corruption et la prévarication révélées par l’« affaire Elf » demeurent les symboles de ces douteux mariages effectués aux frais des populations locales (4).
Désormais, le retrait des entreprises françaises est sensible dans des secteurs longtemps dominés, comme l’exploitation de l’eau ou le bois. Ainsi, après avoir quitté la Guinée-Equatoriale et le Mozambique, et annoncé son retrait du Mali, Bouygues – via ses filiales Saur et Sodeci – souhaite se désengager de Côte d’Ivoire. Veolia (ex-Vivendi Environnement) a cessé ses activités au Tchad, au terme d’un contrat de gestion de trois ans, après la renationalisation de la société locale. Cette nouvelle attitude des firmes de l’eau dépasse toutefois le cadre des relations franco-africaines, et s’inscrit, selon M. Maurice Bernard, chef de projet au département infrastructures et développement urbain à l’AFD, « dans un mouvement général de retrait des sociétés multinationales issues des pays en développement, au profit de l’Europe, des Etats-Unis et des grands pays émergents d’Asie, l’Inde et la Chine ».
Les opérateurs hexagonaux délaissent aussi le secteur forestier, dans lequel s’illustrèrent M. François Pinault et la famille de Bernard-Henri Lévy : Bolloré a vendu ses parts dans les plantations du continent, Thanry a cédé l’ensemble de ses concessions à des Chinois de Hongkong, sauf au Gabon ; Leroy a été racheté par des Portugais... Reste Rougier, un groupe de taille intermédiaire (146 millions d’euros en 2004, pour un résultat net de 1,4 million d’euros) – plus petit, par exemple, que l’allemand Danzer. Enfin, les Français ont peu participé au récent « bond » de l’investissement direct à l’étranger (IDE) en Afrique subsaharienne : la France se classe en quatrième position, avec 4 % du stock d’IDE, contre 13 % pour le Royaume-Uni, 8 % pour les Etats-Unis, et 5 % pour les Pays-Bas (5). Cette progression a surtout été le fait « d’Asiatiques, d’Américains et de Sud-Africains, devenus les premiers investisseurs sur le continent, mais guère de Français », constate M. Barbier.
La géographie de l’implantation des groupes français en Afrique a, elle aussi, évolué : l’activité se porte désormais vers les bordures méditerranéenne, méridionale et orientale du continent, au détriment de l’Afrique de l’Ouest et centrale, plus pauvre, plus instable et moins peuplée. Dans certains pays, le retrait hexagonal est très marqué, comme en Centrafrique. « Il n’y a pratiquement plus aucun secteur économique avec une présence significative des entreprises françaises », estime le ministre centrafricain des affaires étrangères Jean-Paul Ngoupandé (6). Ainsi, sur les dix créations d’entreprises et les onze acquisitions réalisées ces cinq dernières années par CFAO (groupe Pinault-Printemps-Redoute), la plupart l’ont été dans le nord et l’est du continent. Bouygues a débuté sa réorientation vers l’Afrique du Nord à la fin des années 1980. Et le vice-président de Bolloré (et président du comité Afrique du Medef (7) international), M. Michel Roussin, également ancien ministre de la coopération de M. Edouard Balladur, d’expliquer : « Désormais, les flux commerciaux en provenance d’Asie seront sans doute plus conséquents que ceux en provenance d’Europe, d’où l’importance accordée par le groupe Bolloré à l’Afrique de l’Est, en particulier l’Ethiopie, où il étudie l’implantation d’une première agence. »
Total lui-même, l’héritier d’Elf, clame qu’il a « normalisé » sa présence sur le continent. Le géant français réalise plus de la moitié de sa production quotidienne continentale – 813 000 barils équivalent pétrole (gaz compris), 30 % de son total mondial – au Nigeria et en Angola, hors de l’ancien « pré carré ». Avec quelque 110 milliards de barils, l’Afrique détient 9,4 % des réserves pétrolières mondiales (contre 7,6 % en 1984). Or, dans ce secteur stratégique, la diversité des sources d’approvisionnement est vitale. D’où l’offensive de Pékin, dans le cadre de grands contrats d’Etat à Etat dépourvus de toute conditionnalité politique (Angola, Congo-Brazzaville...), et les efforts de Washington pour s’assurer une part croissante du pétrole africain. Total, qui reste le premier opérateur international privé du continent, se voit ainsi concurrencé par les Etats-Unis en Afrique francophone, comme au Tchad, et dans les nouveaux pays producteurs, comme en Guinée-Equatoriale.
Le désengagement français et sa réorientation ont plusieurs causes. En premier lieu, la chute du mur de Berlin puis l’ouverture vers l’est ont dirigé l’intérêt politique de Paris – et les flux financiers – vers l’Europe centrale et orientale. Très peu de groupes hexagonaux disposent encore d’une stratégie africaine : « Hors pétrole, l’Afrique attire moins de 5 % des investissements étrangers directs de la France, elle n’est clairement plus stratégique pour nous », constate ainsi M. Philippe Hugon, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Dans la compétition mondiale, l’Afrique subsaharienne se caractérise par l’étroitesse de son marché, avec un produit intérieur brut (PIB) de quelque 248 milliards d’euros, inférieur à celui de l’Australie. La moitié des habitants n’y disposent que d’un dollar par jour (8).
En deuxième lieu, la « normalisation » de la présence française est encouragée par l’ouverture à marche forcée du continent sous la houlette de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). La globalisation fait tomber les remparts qui protégeaient les groupes nationaux de la concurrence internationale : marchés captifs (pharmacie), monopoles ou oligopoles (transport aérien, téléphonie filaire), aides publiques (infrastructures), routine sans risque de certaines activités (banque de dépôt)... Les Français doivent désormais affronter la concurrence, notamment celle des Chinois (9).
Le secteur de la construction, est soumis à une telle compétition que le leader mondial Colas (groupe Bouygues), battu d’avance, ne prend plus la peine de participer à certains appels d’offres. L’aide de l’AFD étant déliée de toute condition de nationalité depuis le 1er janvier 2002, certains s’inquiètent de voir les Chinois rafler une part croissante des projets soutenus par cette institution. Leur présence – comme celle des Indiens, Malais et autres Asiatiques – pourrait pourtant dynamiser les entreprises françaises, remarque M. Roussin : « C’est à nous d’être imaginatifs, de monter des joint-ventures, de proposer de nouveaux services, etc. »
En troisième lieu, le redéploiement économique français s’explique par l’instabilité chronique du continent, que les événements de Côte d’Ivoire n’ont fait qu’illustrer. Une série de crises secoue l’Afrique de l’Ouest et centrale, zone privilégiée de la présence hexagonale, comme en Centrafrique ou en République démocratique du Congo (ex-Zaïre). La vie des affaires est perturbée par l’incertitude juridique, les soubresauts politiques, la corruption, les difficultés des recouvrements. A Niamey (Niger), Veolia aurait le plus grand mal à recouvrer le tiers de la facture d’eau des institutions publiques, présidence et armée comprises. « Le différentiel de compétitivité entre l’Afrique et la moyenne mondiale est de 20 %, en raison de coûts financiers plus élevés, de difficultés logistiques, du coût de l’encadrement expatrié et du facteur risque », résume M. Eric Dahlström, directeur des opérations Afrique et Moyen-Orient d’Imperial Tobacco (qui a racheté la branche tabac de Bolloré).
Enfin, à ces tendances générales s’ajoutent des difficultés spécifiques liées à l’histoire de la présence hexagonale sur le continent noir. « Le capitalisme postcolonial français a longtemps vécu de ses situations de rente et de ses relations privilégiées avec le politique », explique M. Hugon, de l’IRIS. Protégé de la concurrence extérieure par ses positions monopolistiques et ses liens étroits avec le monde politique, le capitalisme français pouvait prospérer tranquillement. Or, quoiqu’on prête au premier ministre Dominique de Villepin de solides relations avec les réseaux vieillissants de la « Françafrique » (10), la tendance de fond est celle d’un désengagement continu de Paris et d’une « disjonction progressive des sphères militaire, économique, politique et culturelle de la présence française en Afrique depuis le début des années 1980 », selon l’expression d’Achille Mbembé, chercheur à l’université de Witwatersrand, en Afrique du Sud.
Plusieurs députés français réclament d’ailleurs une commission d’enquête sur les comptes de la Coface, dont les dettes ne cessent d’augmenter (11). « La “Françafrique” est morte, non pas terrassée par la vertu citoyenne, bien tardive à se manifester, mais de ses hésitations, de son incapacité à s’adapter à l’Afrique et au monde, qui ont profondément changé », confirment les journalistes Antoine Glaser et Stephen Smith (12). La crise en Côte d’Ivoire a en outre révélé le ressentiment des populations locales contre les pratiques françaises, et la tentation des gouvernants de choisir d’autres partenaires (13).
Cependant, le mélange des genres politico-économiques demeure une réalité dans certains cas. Ainsi, l’obtention, sans appel d’offres, de la concession du port autonome d’Abidjan par la SETV (Bolloré), début 2004, a fait couler beaucoup d’encre. Objet d’un véritable bras de fer entre des autorités politiques et économiques ivoiriennes concurrentes, le contrat de concession et d’exploitation du premier port d’Afrique de l’Ouest a finalement été attribué au groupe français, qui affirme s’être tenu à sa ligne de conduite officielle : la non-ingérence. Selon un ancien du groupe, ce renouvellement serait une compensation pour l’exploitation à perte, au plus fort de la crise traversée par la Côte d’Ivoire depuis septembre 2002, de la ligne de chemin de fer Sitarail conduisant de Ouagadougou à Abidjan. Dans l’ensemble, constate M. Paul Lignières, associé du cabinet d’avocats Linklaters, les entreprises françaises manifestent toujours une « sensibilité un peu différente » de celle de leurs homologues étrangères : elles sont « souvent plus attachées à leur indépendance vis-à-vis des financiers anglo-saxons que vis-à-vis des politiques français »...
Le comportement des firmes nationales peine à s’adapter à une nouvelle donne qui, sous la pression des organisations non gouvernementales et des associations altermondialistes, fait une part croissante à la « moralisation » des pratiques économiques en Afrique. Ainsi Total, qui a adhéré à l’Initiative sur la transparence des industries extractives lancée en 2002 à l’occasion du Sommet sur le développement durable de Johannesburg, ne participe pas à la campagne « Publiez ce que vous payez », organisée par un groupe d’ONG. Coordinateur, en France, de cette campagne, M. Michel Roy estime que, en invoquant la non-ingérence et la confidentialité de ses contrats, « Total tient un discours sur la transparence qui ne peut pas se traduire dans les faits ». Du coup, le groupe français se trouve au vingt et unième rang (sur vingt-quatre) des sociétés pétrolières les moins bien notées par ce collectif d’ONG. Or, constate Achille Mbembé, en Afrique, « les gens veulent une autre culture politique, qui se traduise par le retour à des valeurs de base ». Un désir qui s’exprime lentement : « Il y a un progrès, au moins sur le plan rhétorique, car auparavant la corruption était niée. »
Désormais, les grands groupes peuvent être interpellés sur les résultats de leurs activités. Ainsi, dans son dernier rapport consacré à l’IDE en Afrique, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) dresse un bilan très mitigé de la présence économique étrangère sur le continent : divergences d’intérêts entre les Etats hôtes et les entreprises (comme le développement d’enclaves sectorielles dans le pétrole ou les mines), politique d’incitations fiscales préjudiciable aux rentrées budgétaires, et absence d’entraînement des capitaux étrangers sur le tissu local. Pour les Français, longtemps dominants, sinon seuls (en Afrique francophone), le passif est lourd. Il décrédibilise le discours des entrepreneurs hexagonaux qui prétendent faire mieux que leurs concurrents asiatiques peu soucieux du développement local, des droits fondamentaux ou d’environnement (voir « Mélange des genres »). Ainsi, des associations comme les Amis de la Terre ou Survie se sont désormais fixé pour objectif de montrer que « l’extraterritorialité dans laquelle agissent les agents privés n’est pas la garantie systématique de l’impunité ». Les Amis de la terre se sont constitués partie civile en mars 2002 dans une action – jusque-là restée sans suite – devant la justice française, intentée par des villageois camerounais contre Rougier, pour « destruction de biens appartenant à autrui, faux et usage de faux, escroquerie, recel, corruption de fonctionnaire (14) ». Aussi l’AFD affiche-t-elle sa volonté de « soutenir les bonnes pratiques ». M. Mbembé souligne le « paradoxe » de cette situation : « Au moment où se produit un désengagement relatif des entreprises françaises, leur action dans les pays hôtes est de plus en plus vue comme du pillage. »
Les entreprises ne peuvent plus se contenter de créer « un îlot de prospérité dans un océan de misère », selon l’expression de M. Henri-Bernard Solignac-Lecomte, économiste au centre de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), par l’édification d’installations « maison » (école maison, hôpital maison, etc.). Il faut aller plus loin, contribuer à l’amélioration durable du tissu économique ou social local, en soutenant la création de PME, par exemple. Cela implique de repenser certaines pratiques. Ainsi, estime M. Marc Vézina, de l’association ps-Eau, « dans les petites villes et les villages, on pourrait très bien confier l’exploitation de l’eau communale à des opérateurs privés locaux, plutôt que de signer de gros contrats avec des groupes comme Veolia ou Saur ». Mais, ajoute-t-il, « entre les contrats d’affermage à la française et le régulateur à l’anglaise – imposés par la Banque mondiale –, il est bien difficile pour les Africains de trouver leur place ! ». Dans le secteur du bois, les pays producteurs manifestent également des exigences industrielles et fiscales croissantes afin de mieux servir le développement de leur pays. La transformation locale atteint désormais 40 à 100 % de la production de grumes, selon les essences et les pays. Et dans le bassin du Congo, indique M. Rougier, « la fiscalité a été multipliée par deux ou trois depuis cinq ans ».
La baisse tendancielle du nombre d’expatriés depuis vingt ans ouvre un espace à la promotion des cadres africains : moins de 200 expatriés pour CFAO (sur un effectif de 10 300 personnes), contre un millier dans les années 1980 ; une vingtaine à la Compagnie fruitière (sur 15 000) ; 60 pour 2 000 emplois directs chez Rougier ; 381 expatriés chez Bolloré sur 28 868 employés (permanents et temporaires). L’hexagone dispose d’un atout humain précieux mis en valeur par M. Didier Acouetey, fondateur et dirigeant d’AfricSearch, le premier cabinet de recrutement dédié à l’Afrique : « Des cadres d’origine africaine formés en France en nombre croissant, soucieux d’œuvrer de manière concrète au développement de l’Afrique. »
Cependant, la disparité des traitements entre expatriés et recrutés locaux continue de choquer. Dixit un cadre supérieur ivoirien de Bouygues : « En général, le problème, c’est le pourcentage de la masse salariale française par rapport à la masse salariale totale – mais cela reste un sujet tabou. » Et pourtant... « La nationalité des cadres n’est pas neutre sur la répartition des profits entre la maison mère et la filiale », témoigne un ancien cadre de la Banque mondiale. Mais ce sujet « techniquement compliqué et politiquement sensible » n’a jamais été « abordé de front ». Dans certains pays, comme le Gabon, relève la Cnuced, les rapatriements de bénéfices dépassent, certaines années, les entrées de capitaux étrangers ! En 2003, Libreville a cumulé 87,7 millions d’euros d’IDE pour des bénéfices rapatriés de 526 millions d’euros !
C’est dire que le continent reste, dans certains secteurs, une terre attrayante. La rentabilité serait de 5 % seulement dans l’eau potable et l’assainissement, autrefois très profitables, mais de 13 à 15 % dans l’électricité et de 20 à 25 % dans les télécommunications (15) ! Entreprise vieille de vingt ans détenue à 42 % par France Télécom depuis 1997 (et à 27 % par le gouvernement sénégalais), Sonatel représente la première capitalisation boursière sur la place régionale de Dakar (avec un doublement de son cours de Bourse, ces dix-huit derniers mois), et le premier contributeur fiscal du Sénégal. Son chiffre d’affaires a bondi de 30 % en 2004, à 400 millions d’euros, avec un résultat net de 100 millions d’euros.
En Côte d’Ivoire, malgré la destruction de onze de ses treize agences d’Abidjan en novembre 2004, Orange a continué à gagner de l’argent, grâce à une augmentation du parc de téléphones mobiles de 40 % en 2004. Aussi le directeur des opérations internationales de France Télécom et président de Sonatel, M. Marc Rennard, voit-il dans l’Afrique « une des zones au monde qui offrent le plus grand potentiel de croissance » en raison de son faible niveau d’équipement et de sa faible industrialisation. Alcatel profite également de l’expansion du secteur, et, comme d’autres, aura affaire à forte partie : le groupe chinois mi-privé mi-public ZTE, déjà présent dans quatorze pays africains, et dont l’ambition n’est rien de moins que de devenir « le premier fournisseur d’équipements de télécommunication du continent ».
Président de CFAO, M. Alain Viry souligne la facilité d’implantation sur le continent : « Il n’existe aucun obstacle réglementaire à la création d’une entreprise par des capitaux étrangers, ni de limite aux investissements par des non-résidents, sauf dans la partie méditerranéenne du continent. » Mais, pour tirer leur épingle du jeu, les groupes doivent revoir leur stratégie. L’invocation du risque, réel ou fantasmé, n’est pas sans avantage : « Il faut l’accepter et obtenir, en contrepartie, une meilleure rentabilité », assume M. Francis Rougier, président du directoire de Rougier SA. En outre, subtilement, la présence en Afrique « permet d’être invité au tour de table du développement durable et de communiquer sur le sujet », note un observateur sans illusions...
Certains groupes français ont ainsi su adapter leur périmètre d’activités. Passer du métier de transitaire à celui de logisticien axé sur la manutention et la gestion de terminaux portuaires, telle est l’ambition affichée par Bolloré, qui vient de céder ses navires (Delmas) et conteneurs en propriété à CMA-CGM. Le premier employeur français du continent (dont un gros effectif temporaire) tire ainsi parti du constat dressé par un ancien du groupe : « L’Afrique est comme une île, reliée au monde par les mers. Donc, qui tient les grues tient le continent ! »
Cette vente est la dernière d’une longue liste, commencée en 2001 avec la cession de la filière tabac et poursuivie en 2004 avec celle des activités « non stratégiques » de négoce de cacao et café en Côte d’Ivoire, et d’exploitation forestière au Cameroun. Après de multiples cessions (cuirs et peaux, vin, grande distribution), la centenaire CFAO occupe désormais des niches, étroites mais lucratives, dans la distribution automobile et la pharmacie. En 2005, son chiffre d’affaires devrait dépasser 2 milliards d’euros au terme d’un triplement ces dix dernières années ! Au total, l’écrasante majorité des membres du CIAN est bénéficiaire, quoique avec des variations parfois sensibles (16).
Si quelques groupes français tirent leur épingle de la nouvelle donne africaine, seule une nouvelle vision politique permettrait de relancer l’attrait économique pour le continent et de solder les comptes de la « Françafrique ».
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(1) Lire Demba Moussa Dembélé, « Mauvais comptes du franc CFA », Le Monde diplomatique, juin 2004.
(2) Cette compagnie est issue de la fusion de Total, Fina et Elf.
(3) Lire François-Xavier Verschave,
(4) Huit années d’instruction (1994-2001) ont révélé 183 millions d’euros de détournements de fonds, au profit, notamment, du financement de partis politiques français, tous bords confondus. Si les anciens ministres Charles Pasqua (RPR) et Roland Dumas (PS) ont bénéficié d’un non-lieu et d’une relaxe, l’ancien PDG Loïk Le Floch-Prigent a été condamné à cinq ans ferme. MM. Alfred Sirven et André Tarallo, l’ancien « Monsieur Afrique » du groupe, à quatre ans ferme. Lire Olivier Vallée, « Elf au service de l’Etat français », Le Monde diplomatique, avril 2000.
(5) Cependant, le continent africain ne reçoit que 2 à 3 % des flux mondiaux de capitaux. Cf. Cnuced, « Le Développement économique en Afrique : repenser le rôle de l’investissement étranger direct », Genève, septembre 2005.
(6) Jean-Paul Ngoupandé, L’Afrique sans
(7) Mouvement des entreprises de France.
(8) Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Les objectifs du millénaire pour le développement, Economica, Paris, 2003.
(9) Lire Jean-Christophe Servant, « La Chine à l’assaut du marché africain », Le Monde diplomatique, mai 2005.
(10) Lire Anne-Cécile Robert, « Pas en notre nom ? », Manière de voir, no 79, « Résistances africaines », février-mars 2005.
(11) En 2005, le taux d’endettement financier brut du groupe se situe à 30 %, contre 20 % fin 2003.
(12) Antoine Glaser et Stephen Smith, Comment
(13) Lire Boubacar Boris Diop, « Avertissement ivoirien à la « Françafrique » », Le Monde diplomatique, mars 2005. Les groupes français occupent une place dominante en Côte d’Ivoire dans l’eau et l’électricité (Bouygues) ou la téléphonie mobile (France télécom)... Cependant, ce sont les Etats-Unis qui détiennent les secteurs-clés du pétrole et du cacao. Lire Serge Michailof, « Côte d’Ivoire 2005 : bienvenue sur le Titanic ! », Commentaire, no 110, Paris, été 2005.
(14) Lire Arnaud Labrousse et François-Xavier Verschave, Les Pillards de la forêt. Exploitations criminelles en Afrique, Agone, Marseille, 2003.
(15)
Journaliste.
Journaliste.
Après plusieurs heures de confusion, le gouvernement gabonais a confirmé, lundi 8 juin, le décès du président Omar Bongo Ondimba. Au pouvoir depuis 1967, il était devenu un élément incontournable de la diplomatie africaine, participant à de nombreuses médiations avec plus ou moins de succès, comme en Côte d’Ivoire ou au Congo-Brazzaville. Mais le chef de l’Etat gabonais est aussi connu pour être l’un des parrains de ce qu’on appelle couramment la « Françafrique », c’est-à-dire ce réseau, souvent très opaque, d’intérêts économiques et politiques entre la France et ses anciennes colonies africaines.
Bongo fut souvent cité dans l’affaire Elf, où se mêlent prévarication et financement occultes de partis politiques en France. Plus tard, c’est une action judiciaire intentée par plusieurs associations (Transparency International et Sherpa) qui dévoile les richesses possédées de manière opaque par le président gabonais en France : immeubles, appartements, comptes bancaires. Sont aussi mis en cause les présidents Theodore Obiang (Guinée-Equatoriale) et Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville). Ces biens considérables devraient bientôt faire l’objet d’une enquête que le gouvernement français ne semble pas pressé de voir aboutir. Le plus choquant de l’affaire est sans doute que le peuple gabonais ne semble pas profiter de la manne pétrolière : peu de routes et d’infrastructures ont été construites dans ce petit pays d’Afrique côtière. Le Gabon a même dégringolé dans l’échelle de développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en quelques années.
Doyen des chefs d’Etat africains, Bongo connaissait tous les secrets (petits et grands) des relations entre la France et le continent noir. Chacun a remarqué que, si le président Nicolas Sarkozy avait fait de la rupture avec la Françafrique un thème de campagne électorale, annonçant même que son premier déplacement sur le continent noir serait pour le monde anglophone, son premier geste, une fois élu, sera de téléphoner au président Bongo. On murmure aussi que M. Jean-Marie Bockel aurait été limogé de son poste de ministre de la coopération sur les « conseils » du chef de l’Etat gabonais qui le trouvait trop critique pour la françafrique. M. Alain Joyandet, son successeur, se rendra presque immédiatement à Libreville. Il était peu crédible que, M. Sarkozy, l’ami de tant de chefs d’entreprises, rompe une si juteuse relation avec l’Afrique…
Après 41 années passées à la tête du Gabon, Omar Bongo est mort lundi 8 juin, à l'age de 73 ans. Après avoir suspendu ses pouvoirs à Libreville le 6 mai, le plus ancien chef d'Etat africain avait été admis dans une clinique de Barcelone. Sa carrière et ses liens incestueux avec la France, avec l'INA.
(De nos archives) Mémoire vivante de la Ve République, Omar Bongo a bien connu tous les présidents français, de Charles de Gaulle à Nicolas Sarkozy. Le Président du Gabon a d'ailleurs donné sa propre définition des relations franco-africaines : "L'Afrique sans la France, c'est la voiture sans le chauffeur. La France sans l'Afrique, c'est une voiture sans carburant.
Le général de Gaulle reçoit Omar Bongo à l'Elysée en janvier 1968, soit quelques semaines après l'accession au pouvoir de ce dernier. Dans "Affaires africaines" (Fayard, 1983), Pierre Péan a levé le voile sur une investiture largement organisée par la France. Après l'indépendance du Gabon, le 17 août 1960, Paris soutient le Président Léon M'Ba qui, à défaut d'être un impeccable démocrate, est proche des autorités françaises.
A sa mort, en 1967, Jacques Foccart, le "Monsieur Afrique" de l'Elysée, opte pour son directeur de cabinet, un ancien sous-officier de l'armée française, Albert-Bernard Bongo. Quelques élections opaques plus tard, le jeune Bongo (32 ans) devient maître du Gabon. Il fonde alors le parti unique PDG (Parti démocratique gabonais). (Sur la vidéo, le 5 janvier 1968.)
Le président Pompidou reçoit Bongo à l'Elysée. Jacques Foccart dessine toujours les grandes lignes de la politique africaine. En 1973, Albert-Bernard Bongo se convertit à l'islam et devient Omar Bongo. Cette conversion l'aide à adhérer à l'Opep [2] en 1974. (Sur la vidéo, le 6 juillet 1970.)
Avec Valéry Giscard d'Estaing à l'Elysée, un nouveau style s'impose, mais pas de réforme en matière de politique africaine. Giscard tient son Foccart en la personne de René Journiac, ancien magistrat colonial. Les prospections de pétrole d'Elf débutent sous VGE. En 1977, André Tarallo devient PDG d'Elf Gabon : en 2005, il est condamné à sept ans de prison et deux millions d'euros d'amende pour abus de biens sociaux au détriment du groupe pétrolier. (Sur la vidéo, le 28 juillet 1977.)
1984 : Omar Bongo est reçu en grande pompe par François Mitterrand. En 1994, le Président gabonais qualifiera le chef d'Etat français de "Mitterrand l'africain, le combatif et le fidèle". Venant d'Omar Bongo, le compliment a de la saveur.
Dans son ouvrage d'entretiens avec Airy Routier, du Nouvel Obs, Bongo avait balancé ses amis français : "Giscard n'a pas été le seul à recevoir en cadeau des plaquettes de diamants de Bokassa : beaucoup d'autres en ont reçues, y compris des hommes politiques français importants, qui, à l'époque, se sont fait tout petits."
Ne donnant pas de noms, Bongo s'est contenté de préciser qu'il a aidé ses amis mais n'a, en aucun cas, "aidé tel parti contre un autre". Pierre Péan raconte dans "Affaires africaines", sans avoir jamais été démenti, comment Bongo a participé au financement de la campagne du PS en 1981, histoire d'être sûr de gagner, quel que soit le vainqueur… (Sur la vidéo le 4 octobre 1984.)
1996 : Jacques Chirac se rend à Libreville. En France, l'affaire Elf défraye la chronique politico-mondaine. Omar Bongo, dans cette interview, répond que l'affaire est "franco-française" et qu'il demandera des "comptes" si l'argent du Gabon a été pillé. Plus de 2 milliards de francs ont été détournés des caisse du groupe pétrolier par ses dirigeants à la fin des années 80. Nerf de la guerre de toutes les transactions occultes, la Fiba (French International Bank of Africa) appartenait à Elf, à la famille Bongo et à l'Etat congolais. (Sur la vidéo, le 16 juillet 1996.)
► Article republié le 07/06/2009 à 23h00, après l'annonce de la mort d'Omar Bongo.
►Mise à jour le 8/6/2009 à 00h40, avec le démenti de Libreville sur la mort d'Omar Bongo.