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Le Mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour, dit le sage Haoussa .

Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur.










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Monday, August 15, 2011

Les affaires de la Françafrique continuent de tourner


Le terme de « Françafrique » est né d'une boutade, celle de la « France-à-fric », symbole des financements occultes qui ont « fluidifié » les rouages franco-africains depuis plus de cinq décennies.

Mais l'expression est devenue quasiment officielle, couvrant l'ensemble des relations, politiques autant qu'économiques, publiques comme parallèles, de l'Hexagone avec ces anciennes colonies du sud de Sahara. Elle est incarnée par un ensemble hétéroclite de chef d'Etats, de conseillers occultes, d'émissaires officieux, de gourous et d'hommes d'affaires intéressés par la préservation de certaines habitudes et rentes de situation en Afrique francophone.
En coulisses, on fait des affaires tout en faisant de la politique. A moins que ce ne soit l'inverse. La frontière est difficile à tracer entre la stricte défense d'une certaine influence politique française sur le continent noir et la préservation d'intérêts économiques privés auxquels s'arc-boutent les entreprises. Au risque de mélanger les genres.

600 entreprises françaises en Côte d'Ivoire

Prenons l'exemple de la Côte d'Ivoire, qui fut en proie à une guerre civile larvée depuis 2002, entre les rebelles du Nord qui soutenaient le nouveau président élu en novembre 2010 Alassane Ouattara, et les forces longtemps fidèles à l'ancien président Laurent Gbabgo, en poste depuis 2000 et finalement forcé de quitter le pouvoir le 11 avril 2011 après une crise de plusieurs mois.
Sur place, plus de 600 entreprises françaises tiennent encore des positions-clés de ce pays, qui demeure le poumon économique de l'Afrique de l'Ouest et le premier partenaire commercial de la France dans la zone du franc CFA.
Malgré le climat tendu de ces dernières années, notamment en 2004 lors du bombardement de troupes françaises par l'aviation ivoirienne, et malgré les discours anti-français du président Gbabgo, les affaires ont continué.
Le pétrolier Total a signé fin 2010 des contrats d'exploration au large des côtes. Déjà chargé de l'électricité et de la distribution d'eau, le groupe Bouygues, qui s'appuie sur l'ancien patron des patrons ivoiriens, Marcel Zadi Kessy, lorgne sur la construction d'un deuxième grand pont sur la lagune d'Abidjan.

Bolloré s'affiche avec Gbagbo et obtient le port d'Abidjan

Très actif dans le transport ferroviaire et l'agro-industrie, Vincent Bolloré, quant à lui, a obtenu en 2004 « de gré à gré » la concession de la gestion du port d'Abidjan.
L'industriel français s'est rendu sur place en avril 2008, prenant la pose aux côtés du président Laurent Gbabgo, qui l'a encensé dans son discours. Ce qui n'a pas empêché ce dernier de dénoncer ensuite le complot français ourdi contre lui après les élections de novembre 2010.
Il est vrai que son rival, Alassane Ouattara, ancien économiste au FMI, finalement intronisé au poste de président en mai dernier, a, lui aussi, beaucoup de contacts dans le milieu des affaires à Paris, notamment l'avocat François Meyer, qui défend par ailleurs… le groupe Bolloré. Et Martin Bouygues, qui était présent au mariage de Alassane Ouattara et de son épouse Dominique, redoutable femme d'affaires.
A Paris, Nicolas Sarkozy, en président super-VRP, mouille sa chemise pour défendre des industriels français qui sont aussi ses amis.
Par exemple en 2009 quand il a été reçu par le président congolais Denis Sassou-Nguesso, Nicolas Sarkozy lui a dit franchement qu'il ne devait pas confier la gestion du port de Pointe-Noire à des prestataires chinois, de plus en plus présents : « Il faut que tu le donnes à Vincent ! » Sous-entendu Vincent Bolloré, dont le groupe a finalement arraché le contrat, grâce à une offre jugée mieux-disante.

En Guinée, la diplomatie sarkozyste mise sur Alpha Condé

L'Elysée a déployé le même lobbying intensif en faveur de Bolloré au Togo, au Gabon, au Cameroun et au Sénégal en 2008, afin d'éviter que la gestion du port de Dakar n'échoit à un groupe du Moyen-Orient, le Dubaï Ports World. Sans succès cette fois, malgré des pressions politiques multiples.
La diplomatie sarkozyste a aussi la couleur de l'argent en Guinée. Après le départ forcé du général Dadis Camara début 2010, le nouveau président élu, Alpha Condé, figure de l'opposition, a été soutenu par la France. Arrivé au pouvoir en novembre 2010, il a suspendu quelques mois plus tard la concession du terminal de conteneurs du port de Conakry, confiée en septembre 2008 par le régime précédent au groupe français Getma.
Le président guinéen a aussitôt passé un nouveau deal portuaire avec le groupe de Vincent Bolloré, lequel, reçu à Conakry, n'a jamais caché son appui à Alpha Condé.
Ce sont d'ailleurs les équipes d'Euro-RSCG, filiale du groupe publicitaire Havas présidé par le même Bolloré, qui ont donné un coup de main pour la campagne de Condé.
La Françafrique résiste bien…
Découvrez la suite de l'enquête, les photos, les archives, interviews et reportages vidéo sur LaFranceDesReseaux.com.
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Friday, August 28, 2009

Des Agents Secrets Français de la DST au Service du Groupe BOLLORÉ

Les Méthodes Peu Orthodoxes Vincent BOLLORÉ

"Allez-y, on vous couvre"

On n’a pas aperçu le félin breton parmi les hôtes du chef de l’Etat Camerounais, Paul BIYA, ou dans le programme de la rencontre prévue au Conseil des investisseurs Français lors de la dernière visite. Mais Vincent BOLLORÉ n’en demeure pas moins l’un des industriels les plus puissants du pré carré Africain Francophone.

Le prince du cash-flow, qui figure parmi les Européens-néo-colons dont à souvent fait état le président Américain Barack OBAMA, dans la postcolonisation sait s’y faire. "Il est l’ami personnel des chefs d’Etat", fulmine-ton dans son entourage.

Attaqués par la presse Africaine pour ses magouilles, il a réagi à sa manière. Discrètement. Des journalistes panafricains Parisiens triés sur le volet ont été envoyés en Afrique dans des sortes de villégiatures dorées financées par le groupe. Des journalistes Africains, eux, ont séjourné à l’hôtel Le Méridien de Paris, après avoir été surclassés dans des vols Air France.

Sur place en Afrique, ses méthodes ont payé : il a infligé ces derniers temps défaite sur défaites à ses adversaires, en particulier à Jacques DUPUYDAUBY, PDG du groupe espagnol Progosa, l’ennemi de toujours. Ce dernier a non seulement perdu une concession, mais a surtout essuyé une vraie offensive et des injonctions de la présidence Togolaise, alliée de Vincent BOLLORÉ ...

Pourtant tout n’est pas facile pour l’ami de Nicolas SARKOZY. Le parquet d’instance de Paris a fait l’objet d’une enquête préliminaire suite à une plainte déposée par Jacques DUPUYDAUBY, relative à une tentative de déstabilisation de son entreprise par le groupe BOLLORÉ, concessionnaire depuis le 28 juin 2004 du terminal à conteneurs du Port de Douala à travers le consortium AP Moller Maersk/APMT.

La barbouzerie Française était impliquée dans les opérations de mise en concession des terminaux portuaires Africains, en l’occurrence le port de Douala, d’après les révélations de l’ancien gendarme, Patrick BAPTENDIER, dans un livre publié le 12 juin 2008 aux éditions Panama intitulé "Allez-y, on vous couvre".

L’auteur de l’ouvrage, une barbouze reconvertie dans le renseignement privé affirme avoir espionné, avec le concours de la Direction de la surveillance du territoire (DST) française, un certain Gérard Perrier, le directeur juridique du concurrent de Vincent BOLLORÉ dans le domaine de la gestion portuaire, la société espagnole Progosa.

Perrier était l’homme le plus en flèche contre Vincent BOLLORÉ dans ses magouilles en Afrique. L’auteur avoue pour la première fois avoir été associé aux structures étatiques pour espionner au profit de "privés".

Le gendarme travaillait alors comme sous-traitant de la société de renseignement Géos, fondée il y a dix ans par un ancien officier général des services secrets Français, Jean HEINRICH.

"Dès 2005, écrit-il, j’avais été saisi par Jean-RENAUD FAYOL et Olivier MARTIN (deux anciens cadres de Géos) de la mission Nicomède. Le groupe BOLLORÉ souhaitait un environnement très détaillé sur Gérard PERRIER (…) Je devais savoir (s’il) possédait des comptes bancaires et des propriétés en France, une adresse au Togo. Il me fallait également obtenir les factures détaillées de son portable Togolais. Et, surtout, vérifier s’il avait eu affaire avec la justice".

Les révélations de l’ancien gendarme Français ont levé un pan de voile sur les liens étroits entre les services secrets officiels en France et un certain milieu d’affaires Français. Selon le gendarme, "le groupe BOLLORÉ cherchait, en jetant l’opprobre sur PERRIER, à discréditer Progosa, installée sur son territoire de chasse, l’Afrique de l’Ouest". Aujourd’hui à Lomé, c’est chose faite.

Après la parution du livre de BAPTENDIER, Jaques DUPUYDAUBY, président de Progosa, avait déposé plainte à Paris "contre x" le 24 juin 2008. Gérard PERRIER, "l’homme à espionner", avait assigné, en 2005, l’homme d’affaires breton proche de Nicolas SARKOZY à l’Autorité des marchés financiers (AMF) pour maquillage des comptes. Il avait, grâce à d’obscures acrobaties financières, utilisé une société écran pour masquer sa présence majoritaire au sein du capital de la société de son pire ennemi, Progosa Investment.

Considéré comme "l’ami personnel" du chef de l’Etat Camerounais, Paul BIYA entre autres, Vincent BOLLORÉ , transitaire, transporteur et consorts (pour un chiffre d’affaires total de 6,4 milliards d’euros en 2007), est de plus en plus souvent mis à l’index pour ses méthodes peu orthodoxes ou déloyales dans les processus de privatisations.

En juin 2004, il a remporté de manière fort controversée la concession du terminal du Port de Douala devant son concurrent Progosa/Dragados, pour les spécialistes. Mais le Breton a le bras long.

L’homme d’affaires a organisé l’escapade maltaise du président Nicolas SARKOZY sur son yacht personnel et ne lésine, généralement, sur aucune magouille pour contrôler les sociétés les plus stratégiques, avec le soutien "politique" de fonctionnaires et "experts" corrompus des institutions financières internationales.

L’hebdomadaire Français Le Nouvel Observateur révèle que dans les années 90, le groupe BOLLORÉ avait acquis la SDV-Saga, en charge du transport de marchandises. Il est en même temps le concessionnaire du Terminal à conteneurs et de la Société de gestion de l’impressionnant parc à bois du port de Douala.

A travers la Société de dragages de la côté d’Afrique, le groupe drague le sable, pour près d’un million d’euros mensuels, dans le chenal du fleuve Wouri, tronçon d’accès au port de Douala, avec matériels publics et personnel Camerounais.
Propriétaire de Safacam (hévéa, palmiers à huile, etc.), ex société du secteur productif de l’Etat Camerounais, Vincent BOLLORÉ possède plus de 30 000 hectares de la Socapalm et de la Société des plantations de la ferme suisse. Il s’était investi, pendant un moment, dans la foresterie en y reprenant les vestiges de Terre Rouge, une filiale du groupe Rivaud, en particulier la Sibaf – là où Valery Giscard d’ESTAING descendait pour ses parties de chasse - et la Forestière de Campo…

Soutenu par un club de fonctionnaires corrompus, Vincent BOLLORÉ s’est vu adjuger la concession de l’ancienne Régie nationale des chemins de fer du Cameroun (Regifercam), devenue Camrail. Il tenait à contrôler le transport de matériaux destinés à la construction du pipeline Tchad-Cameroun, projet du consortium Américain Exxon/Mobil.

Sa victime : un "bleu", néanmoins l’un des plus gros professionnels du ferroviaire en Afrique, le groupe Sud-Africain Transnet, opérateur leader du consortium Comazar/Transurb. Pour écarter les Sud-Africains, le ministre Camerounais des finances de l’époque, Edouard AKAMA MFOUMOU, déclara simplement ne faire confiance qu’à Vincent BOLLORÉ, le perdant, mais "l’ami français de toujours".

Propriétaire de la chaîne de télévision Direct 8, des quotidiens gratuits Direct Soir et Matin Plus, ainsi que du groupe publicitaire Havas, l’homme d’affaires breton "entretient très bien ses copains nègres", d’après ses proches. Il a royalement "accueilli" le chef de l’Etat Camerounais Paul BIYA lors de sa visite parisienne du 26 octobre 2007.

Le chef de l’Etat n’avait été reçu par son homologue Nicolas SARKOZY que pendant une petite demi-heure. Mais l’homme-lion n’en fit pas moins la Une de son quotidien Matin Plus

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Patrick Eric Mampouya
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Wednesday, August 19, 2009

Le Dernier Parrain de la FrançAfrique

Port, Rail, Plantations : Le triste bilan de Vincent BOLLORÉ au Cameroun

Par Thomas DELTOMBE

"Il est difficile de regarder en conscience les gens et les choses des Tropiques à cause des couleurs qui en émanent" Louis-Ferdinand Céline

Grâce au rachat de vieilles entreprises coloniales Françaises et à la privatisation d’une part importante du patrimoine économique national, le groupe BOLLORÉ est devenu un acteur incontournable dans le tissu économique comme dans la vie politique du Cameroun.

Concessionnaire de la société de chemin de fer Camrail depuis 1999 (jusqu’en 2034), il a obtenu la concession du terminal à conteneurs du port de Douala en 2005 (jusqu’en 2020).

Ses diverses agences, regroupées sous la marque corporate Bolloré Africa Logistics depuis septembre 2008, sont présentes dans la capitale économique, Douala, dans la capitale politique, Yaoundé et dans le nord du pays, à Garoua. La gestion de l’ensemble des flux de production d’aluminium produit à l’usine d’Edéa, gérée par le géant Canadien Rio Tinto-Alcan, la logistique de la construction du pipeline Tchad-Cameroun, opéré par Exxon-Mobil, et la logistique "door to door" pour le compte de Total font partie des "références" Camerounaises dont se flatte le groupe sur son site internet.

S’il a abandonné les chantiers forestiers après avoir participé, selon certaines ONG, au "pillage" de la forêt Camerounaise, le groupe gère toujours un parc à bois, grâce à sa Société d’Exploitation des Parcs à Bois du Cameroun (SEPBC).

Il contrôle par ailleurs d’immenses plantations, soit directement, via Safacam qui exploite 8 400 hectares de palmiers à huile et d’hévéas, soit indirectement, via la société belge Socfinal qui gère 31 000 hectares de palmiers à huile dans le pays. Les responsables du groupe BOLLORÉ jurent ne pas "contrôler" les plantations de Socfinal. Ce que contestent la plupart des observateurs (5).

La mainmise progressive du groupe BOLLORÉ sur ce vaste patrimoine et la "rationalisation" à marche forcée de ces "actifs" ne sont pas sans poser d’importants problèmes.

Le premier d’entre eux est d’ordre symbolique et politique. L’accaparement d’entreprises coloniales par de lointains jeux financiers et la cession de secteurs stratégiques des économies nationales Africaines par le biais des privatisations, ne peut qu’inciter une partie des Camerounais à considérer l’intrusion de Vincent BOLLORÉ comme une forme de néo-colonialisme. Et cela d’autant plus que le Cameroun, ancien territoire sous tutelle Française pendant la période coloniale, reste géré par une élite locale qui, héritière d’une indépendance dessinée par les Français eux-mêmes, agit plus en fonction de ses intérêts propres que de l’intérêt général.

Alors que les dirigeants du groupe BOLLORÉ s’affichent fréquemment avec le président Paul BIYA, sa femme Chantal ou certains autres hauts responsables du régime, beaucoup de Camerounais se demandent jusqu’où va l’ingérence de Vincent BOLLORÉ dans les affaires intérieures de leur pays.

Nombreux sont ceux, par exemple, qui se sont interrogés, début 2008, sur le limogeage du directeur général du Port Autonome de Douala (PAD), Emmanuel ETOUNDI OYONO, par le président Paul BIYA... alors même que ce dernier venait publiquement de le féliciter pour sa gestion du PAD.

Paie-t-il la remise en cause de certains avantages obtenus, les années précédentes, par le groupe BOLLORÉ ?, se demande alors le quotidien Camerounais Mutations.

Allégations aussitôt démenties par le groupe, avec modestie : "Ce serait prétentieux de croire que le président de la république du Cameroun est à la solde du groupe BOLLORÉ"… Pour Pius NJAWÉ, l’emblématique directeur du journal "Le Messager", l’ingérence du groupe BOLLORÉ dans la vie politique du Cameroun ne fait pourtant aucun doute. "C’est une sorte d’Etat dans l’Etat, explique-t-il dans un récent reportage diffusé sur France Inter. Vincent BOLLORÉ, c’est une illustration parfaite de la Françafrique !".

Quand bien même on exagérerait l’influence politique de Vincent BOLLORÉ, il est indéniable que son implantation au Cameroun est ressentie comme une mutilation par une partie de la population locale.

C’est le cas par exemple depuis que le groupe a obtenu, en partenariat avec le groupe sud-africain Comazar, le contrat d’exploitation de la Regifercam (devenue Camrail).

Construit dans le sang à l’époque coloniale, nationalisé à l’indépendance en 1960, et étendu au Nord et à l’Ouest du pays par la suite, ce réseau ferré était devenu un des symboles de la souveraineté économique et de l’intégration nationale du pays. La cession de sa gestion à un groupe Français apparaît dès lors comme un triste retour au passé.

L’amertume est d’autant plus grande que la mise en concession a eu pour conséquence l’augmentation des tarifs pour le transport voyageurs et la fermeture des lignes "non rentables" : offrant de bien meilleurs retours sur investissement, c’est surtout le "réseau utile", c’est-à-dire le transport des marchandises, qui a profité en priorité de la mise en concession. "Du fait de la participation des ancêtres aux travaux forcés qui ont permis la pose du rail, l’on s’est approprié ce dernier comme un héritage, observe ainsi le chercheur Claude ABÉ en étudiant la situation autour du tronçon Yaoundé-Douala.

La suppression des arrêts et des gares est vécue comme une fabrique de l’oubli et du dépaysement de l’identité de soi ; c’est-à-dire comme une brouille du lien culturel et historique qui unit les vivants aux morts".

Le ressentiment est tout aussi profond autour des plantations industrielles récupérées par le groupe BOLLORÉ.

Personne n’oublie les conditions de travail qui y régnaient il y a seulement soixante-dix ans. Comme l’a rappelé dans son autobiographie l’ancien syndicaliste Gaston DONNAT, qui vécut au Cameroun dans les années 1940, des villageois étaient désignés par les chefs traditionnels, sur ordre des administrateurs coloniaux, pour être déportés vers les plantations, corde aux cous et encadrés par des miliciens. Installés dans des baraquements, retenus prisonniers par des clôtures, et toujours surveillés par des gardes armés, nombre d’entre eux ne sortirent jamais des plantations.

Compte tenu de ce lourd contexte historique, la "gestion sociale" dans les filiales Africaines du groupe BOLLORÉ se devrait donc d’être irréprochable. Elle est loin de l’être. "Sa gestion des ressources humaines est du cuir dont on fait les cravaches", note le journal d’enquêtes sociales "Le Plan B", qui constate qu’en moins de dix ans de concession un tiers des trois mille six cents salariés de la Camrail ont été licenciés.

En conséquence, ces dix années ne furent pas de tout repos pour les leaders syndicaux de Camrail qui durent subir des infiltrations patronales, des mutations forcées, des licenciements punitifs et même, pour certains, des mois d’emprisonnement.

A certains égards, les syndicalistes sont devenus les souffre-douleur de l’entreprise, au moment où toutes les populations villageoises sacrifiées sur l’autel de la "modernisation" protestaient, par des marches pacifiques ou en élevant des barricades sur les voies ferrées, contre "le caractère asocial de certaines restructurations (…) et les visages inhumains de la privatisation".

Sur le port de Douala, les relations sociales ne sont pas non plus au beau fixe. Dominante à travers ses différentes filiales enchevêtrées, la multinationale BOLLORÉ y est notamment suspectée de chercher à asphyxier les acconiers Camerounais. Que nenni, rétorque le conglomérat, qui trouve de bon ton de reprocher aux contestataires une "utilisation maligne d’arguments nationalistes"…

La situation n’est pas meilleure dans les plantations de la Société Camerounaise des palmeraies (Socapalm), ancienne société publique, privatisée en 2000 et détenue depuis à 38,75 % par Vincent BOLLORÉ via le groupe belge Socfinal. Les syndicats reprochant entre autres au groupe "le limogeage en série des cadres Camerounais au profit des cadres Belges", les grèves et protestations se multiplient.

Dans la plus grande plantation de palmiers à huile du Cameroun, à Kienké, on assiste même, selon la correspondante au Cameroun du journal Français "Libération", à "un Germinal sous les tropiques".

Des milliers d’ouvriers y travaillent, six jours par semaines, sans couverture sociale et sans même de gants, pour 22 francs CFA par régime de 15 kg récolté.

Les plus privilégiés peuvent de cette façon gagner 53 euros par mois… quand la cascade de sous-traitants qui les emploient n’oublient pas de les payer. Et lorsque, fin 2007, le leader d’un syndicat improvisé – les autres sont souvent achetés – s’élève contre ces pratiques, et contre l’insalubrité et la surpopulation des baraquements où les travailleurs sont parqués, il est prestement arrêté par la police. Et les autorités lui glissent à l’oreille : "Si tu continues, on va te tuer".

Les choses ont peu de chances de s’améliorer. Car si Vincent BOLLORÉ a conservé ses exploitations de palmiers à huile malgré le recentrage de son groupe sur le secteur des transports et de la logistique depuis le début des années 2000, c’est qu’il mise sur les agro-carburants, censés servir dans un avenir proche de substituts "écologiques" aux énergies fossiles.

Aussi les plantations de palmiers à huile du groupe au Cameroun (Socapalm, Safacam, Ferme Suisse), ne cessent-elles de s’étendre, provoquant l’expulsion des populations, manu militari et sans dédommagement, et la destruction progressive des forêts et des cultures traditionnelles locales.

Principales victimes : les Bagyeli, plus connus sous le nom de "pygmées". "Certains d’entre eu" sont maintenant entourés de toute parts par les plantations, dans lesquelles on ne leur permet pas d’entrer, s’inquiète par exemple Julien-François GERBER qui a enquêté sur la plantation de Socapalm à Kienké. S’ils le font et si les gardes les attrapent, ces derniers les expulsent à coup de bâtons. Ils sont forcés de vivre dans une zone marécageuse inondable où pullulent moustiques et maladies associées (choléra, paludisme)

Mettant en danger la souveraineté alimentaire des populations, l’expansion des plantations et le détournement de l’huile de palme pour la fabrication d’agro-carburants menacent aussi l’environnement. L’usine installée dans la plantation de la Socapalm à Kienké rejette ainsi une huile souillée, probablement mélangée à des produits chimiques, qui se déverse dans les cours d’eau environnants. "Les habitants interviewés sont parfaitement conscients du danger que cette pollution peut représenter pour la santé, et la pêche est évidemment devenue impraticable dans l’affluent en question", poursuit Julien-François GERBER. "Mais ils se débrouillent comme ils peuvent, notamment en recyclant cette huile de mauvaise qualité et en la vendant à des huiliers et savonniers artisanaux".

Le Cameroun ne fait malheureusement pas exception. Sur le port d’Abidjan (Côte d’Ivoire) aussi, les conflits sociaux sont fréquents entre les travailleurs locaux et le groupe BOLLORÉ, gestionnaire du port depuis 2004. S’agissant de la Sitarail, société de chemin de fer Ivoiro-Burkinabé qu’exploite le groupe depuis 1994, les griefs des syndicalistes ne sont pas sans similitudes avec ceux qu’expriment leurs homologues Camerounais.

Quant aux plantations, on trouvera sur internet un rapport édifiant réalisé en 2005 par la Mission des Nations Unies au Liberia (UNMIL) sur la situation des droits de l’homme dans cinq plantations d’hévéas libériennes. Y sont décrites, noir sur blanc, les méthodes utilisées par la plantation gérée par Socfinal : compression des coûts grâce au recours massif à la sous-traitance, utilisation de produits cancérigènes malgré le manque de formation et d’équipement offerts aux ouvriers, travail d’enfants de moins de quatorze ans, bâillonnement des syndicats, licenciements arbitraires, maintien de "l’ordre" par des milices privées, évictions des villageois gênant l’expansion de la zone d’exploitation.

Un seul détail manque dans cet exposé accablant, constatent les journalistes Nicolas CORI et Muriel GREMILLET : le nom de Vincent BOLLORÉ. Certes, le rapport mentionne que la plantation Libérienne appartient à une société basée au Luxembourg, Intercultures. Mais il n’est nulle part précisé qu’Intercultures appartient au groupe belge Socfinal, dont le groupe français BOLLORÉ détient 38,75 %. "Pourtant, c’est bien Vincent BOLLORÉ qui est derrière tous ces événements, précisent les deux journalistes. Grâce à l’opacité de son groupe il peut engranger de l’argent au Libéria, sans que son image en soit altérée".

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Patrick Eric Mampouya
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