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Saturday, July 31, 2010

Bénin : 50 ans d’indépendance… politique

Par Didier Samson
La République du Bénin fête en grande pompe, le 1er août à Porto Novo, la capitale, le cinquantième anniversaire de son accession à l’indépendance. Née Dahomey cette république s’est rebaptisée Bénin, précédé à un moment, du qualificatif populaire pour bien marquer sa période révolutionnaire en rupture avec son passé. Son histoire est un mélange de prestige et de désordre politique qui à l’arrivée ne distinguent pas ce pays, autrefois appelé quartier latin de l’Afrique, des autres Etats africains.
Un contingent féminin de l'armée béninoise défilant sur les Champs-Elysées, à Paris, le 14 juillet 2010.
La fastueuse célébration du cinquantenaire de l’indépendance n’est pas à l’image de la réussite du pays. Constitué autour du royaume du Dahomey (Dan-Homè), ce petit pays n’a jamais pu se défaire de son passé esclavagiste qu’il traîne comme un boulet. Le nouvel ordre colonial français vécu par les citoyens de cet espace comme une échappatoire avait fourni aux bourreaux et aux victimes de bonnes raisons d’occulter le passé en succombant aux sirènes de l’inconnu. L’instruction y a trouvé son compte.
En effet, ce petit pays a fourni à l’administration coloniale la petite main serviable et de nombreux cadres dans tous les pays constituant l’ancienne Afrique occidentale française, AOF. Ils étaient enseignants, fonctionnaires, cadres médicaux… Et, la perspective de l’autonomie des territoires augurait d’un avenir brillant pour ce pays qui faisait de son armée d’intellectuels une force de décollage sans risque. Mais très vite, ce qui apparaissait comme une chance a été une force bruyante et dispersée ; comme dans une cour de récréation avec des enfants qui s’amusent à se faire peur. « Des intellectuels tarés », disait le général président Mathieu Kérékou qui n’était pas lui non plus exempt de tout reproche, lui qui avait installé un pouvoir autoritaire de 17 ans (1972-1989). Une dictature marxiste-léniniste qui a conduit le pays à la ruine.
La refondation
Les militaires qui avaient pris le pouvoir en 1972 voulaient en finir avec l’instabilité politique et les coups d’Etat dont le Dahomey s’était fait une spécialité. Toutes les combinaisons politiques de l’histoire de la République en France ont été testées en moins de douze années d’indépendance. Même si les officiers dahoméens avaient pris exemple sur son coup d’Etat, Napoléon Bonaparte ce serait certainement étonné du montage, qui, à l’inverse de lui, instaurait un Directoire militaire en décembre 1969 au Dahomey. Contrairement au Directoire en France (26 octobre 1795 - 9 novembre 1799) où l’exécutif est exercé par un collège de 5 directeurs et où chaque année le Conseil des anciens désignait un chef, (présidence tournante), le directoire militaire dahoméen, lui, confiait ce fonctionnement aux anciens leaders politiques dans un Conseil présidentiel. L’échec de toutes ces expériences politiques a conduit le Dahomey sur la voie de la révolution, tout à rebrousse poils de l’expérience française.
Dès octobre 1972, le pays s’est engagé dans une refondation totale jusqu’au changement de nom, le Bénin, en 1975, seul héritage politique de cette période que les Forces vives de la nation, appelées à la rescousse en 1989, ont gardé. Le marxisme-léninisme, adopté en 1974, a été jeté aux orties, oublié très vite comme un mauvais rêve. C’est du Bénin qu’est parti le « vent du renouveau démocratique » en Afrique qui a progressivement mis fin aux régimes de parti unique. Les conférences nationales censées mettre fin aux dictatures y ont vu le jour. La petite expérience démocratique de ce pays qui a connu la cohabitation et l’alternance politiques est souvent citée en exemple.
La politique sans l'économie
Aux montages politiques s’étaient adonnés les Béninois au détriment des vraies questions de développement. Producteurs d’huile de palme, par exemple, référencé au début des années 60 en Afrique, le Bénin est tombé dans les abîmes du classement mondial. A titre de comparaison, la Malaisie et l’Indonésie qui n’étaient que de modestes producteurs dans les années 60-70 occupent aujourd’hui les premières places reléguant les pays africains à des distances respectables : plus de 19 millions de tonnes pour l’Indonésie en 2008 contre quelque 910 000 tonnes pour le Nigéria, premier producteur africain. Cet exemple est à l’image de la réussite du secteur industriel.

DOSSIER SPÉCIAL 50 ANS DES INDÉPENDANCES AFRICAINES
© J-B. Pellerin
Même si dans la plupart des pays africains on se réjouit de fêter 50 années d’indépendance, force est de constater qu’en matière de développement, le chantier est encore loin d’être entamé. Les voies de communications laissent encore à désirer. Au Bénin, l’unique chemin de fer censé se prolonger jusqu’au Niger enclavé, ne fonctionne quasiment plus. Il date de l’ère coloniale. Les délestages et autres coupures d’eau font partie du folklore local et en rajoutent aux approximations qui font le lit à la débrouillardise généralisée.
Heureusement que, face au « rien n’est fait » reste une lueur d’espoir pour le « tout est à faire ». Croire en l’avenir est encore ce que les politiques vendent de mieux.

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Du Dahomey au Bénin en quelques dates clé


L'ambassadeur du Dahomey en France, Emile Zinsou (à gauche), serre la main du ministre des Affaires étrangères, Maurice Couve de Murville, au cours d'une cérémonie au Quai d'Orsay le 08 mars 1962 à Paris.
L'ambassadeur du Dahomey en France, Emile Zinsou (à gauche), serre la main du ministre des Affaires étrangères, Maurice Couve de Murville, au cours d'une cérémonie au Quai d'Orsay le 08 mars 1962 à Paris.
AFP
Par Didier Samson
C’est au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que les contours des institutions politiques africaines se sont dessinés. Le rôle des nouveaux élus locaux a été primordial dans l’édification des régions qui ont accédé plus tard à l’indépendance. L’espace du Dahomey (actuel Bénin), accolé au Togo a été un laboratoire dans l’art de découper un territoire livré aux jeux et alliances politiques, d’où deux républiques verront le jour.



Sourou Migan Apithy.
DR
En 1945, le gouvernement provisoire français avait instauré une représentation à double collège pour les colonies au sein de l’Assemblée nationale : le premier regroupait les citoyens français et le second les sujets de l’empire colonial. C’est à ce titre que Sourou Migan Apithy a été le premier élu, représentant le Dahomey et le Togo à côté du révérend-père Francis Aupiais, en octobre 1945,  
A l’Assemblée nationale française, les députés constituaient des groupes qui allaient marquer le plus souvent une opposition franche entre les représentants « africains » et les « citoyens » français censés tous représenter le même territoire colonial. Toute l’histoire politique du Dahomey devenu Bénin s’est nouée à cette époque. Au palais Bourbon à Paris (siège de l’Assemblée nationale), Sourou Migan Apithy avait rejoint le groupe constitué par la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO), alors que le révérend-père Aupiais était dans le groupe opposé du Mouvement républicain populaire (MRP). 
Le révérend-père Francis Aupiais.
DR
Les courants politiques allaient manifester davantage leur opposition en octobre 1946 lors du congrès fondateur de Rassemblement démocratique africain (RDA) à Bamako. La délégation du Dahomey y a tenu une importante place avec Sourou Migan Apithy élu vice-président, Louis-Ignacio Pinto président de la commission de la politique générale mais Emile Derlin Zinsou a, lui, refusé le poste de secrétaire général reprochant au nouveau RDA son affiliation au Parti communiste français (PCF).
 
Dès ce premier couac l’histoire politique du Dahomey sera jalonnée d’alliances et de partis qui se font et se défont au gré des intérêts et querelles entre dirigeants.
Peu avant la constitution du RDA, c’est la quatrième République qui naissait en France le 13 octobre 1946. Elle ouvrait la voie à la formation du Conseil général par territoire dont celui du Dahomey vit le jour le 15 novembre 1946. Ses représentants constitueront un Conseil de la République qui siègera au Grand conseil de l’Afrique occidentale française (AOF) et à l’Assemblée de l’Union française. C’est à cette même période qu’on situe la naissance du premier grand parti dahoméen : Union progressiste dahoméenne, UPD avec Sourou Migan Apithy. Un second groupe influent, le Bloc populaire africain (BPA) s’installait aussi sur l’échiquier politique mené par Emile Poisson et Justin Tométin Ahomadégbé, dès le mois de décembre 1946. 

Emile Poisson.
DR
Mais en 1947 au rythme de l’instabilité politique en France, une série d’élections ouvrait la voie à une période d’agitation politique devenue le lot de ce territoire qui préparait fiévreusement son autonomie. Par ailleurs l’éloignement des représentants dahoméens au sein des institutions de la 4e République à Dakar et à Paris va favoriser l’émergence de groupuscules et de nouveaux leaders qui ont développé un discours de terrain avec des préoccupations immédiates. Des scissions apparaîtront au sein de l’UPD et marqueront à jamais la vie politique de ce futur Etat. 
Justin Tométin Ahomadégbé.
DR

 
En mai 1951 les élections à l’Assemblée nationale française révèlaient une profonde rupture. L’UPD implose. Le leader légendaire Apithy est contesté. Il va aux élections avec une liste « Union française ». Les natifs du nord du Dahomey auxquels le comité directeur de l’UPD avait refusé une seconde place sur la liste claquent la porte et fondent le Groupement ethnique du nord du Dahomey (GEND) qui deviendra plus tard le Mouvement démocratique dahoméen (MDD). Son leader, Hubert Maga est élu. Une fois les sièges attribués Apithy crée son parti : le Parti républicain du Dahomey (PRD).
 
Les querelles de personnes créent des courants aux lignes floues au sein des partis au sud du pays, alors que dans le nord Hubert Maga réussit à hisser son mouvement au rang de parti rassembleur et en août 1957 le MDD devient le Rassemblement démocratique dahoméen (RDD), alors qu’au sud une kyrielle de partis enterrent l’historique UPD. En marge de ce bouillonnement politique l’histoire va continuer de s’écrire. En mai 1957 Sourou Migan Apithy est élu vice-président du Conseil de gouvernement du Dahomey, le poste de président étant réservé de droit au gouverneur de la colonie.
 
A Paris, Jacques Foccart, chargé des relations africaines, et Hubert Maga, président du Dahomey.
AFP
Le 28 septembre 1958 le Dahomey dit Oui au référendum instituant la Ve République en France et à la Communauté française. Le 4 décembre 1958 Apithy est tout nouveau président du Conseil de gouvernement. Mais ironie du sort, contrairement à ce qui s’est passé dans la plupart des anciennes colonies accédant à l’indépendance, cette position de président du Conseil de gouvernement ne le portera pas à la tête du nouvel Etat.
 
En Avril 1959 la première Assemblée nationale dahoméenne est élue sans majorité politique distincte. C’est alors un gouvernement d’union nationale qui conduira le pays à l’indépendance. Deux grands groupes politiques se constituent au sud du pays autour de deux leaders, Apithy et Ahomadégbé inconciliables. Cette situation profite à Hubert Maga qui reçoit le soutien de l’Union démocratique dahoméenne (UDD-RDA) de Justin Ahomadégbé. Il est élu premier président du Dahomey, le 26 juillet et proclame l’indépendance du pays le 1er août 1960.
 

Christophe Soglo.
DR
Mais le 28 octobre 1963 le colonel Christophe Soglo prend le pouvoir ouvrant ainsi le ban des coups d’Etat militaires. En Janvier 1964 il confie les rênes du pouvoir à Sourou Migan Apithy. Ce dernier est vite démis de ses fonctions et remplacé par Justin Ahomadégbé. Mais de nouvelles tensions politiques ramèneront, en décembre 1965, les militaires au pouvoir,  avec le même Christophe Soglo devenu entre temps général.
 
Mais au rythme d’un coup d’Etat militaire tous les 18 mois environ, tous les leaders politiques ont, à un moment ou un autre, été portés à la présidence de la République. En mai 1970, un Conseil présidentiel a été instauré avec Hubert Maga, Justin Tométin Ahomadégbé et Sourou Migan Apithy. Une présidence tournante tous les 2 ans est prévue avant des élections générales. Mais un nouveau coup d’Etat militaire interrompt l’expérience, le 26 octobre 1972. Le commandant Mathieu Kérékou prend la tête d’un gouvernement militaire révolutionnaire qui mettra un terme définitif aux coups d’Etat.

Le président français, François Mitterrand, est accueilli par le président béninois Mathieu Kerekou à Cotonou, au Bénin, le 16 janvier 1983.
AFP
Ce régime transforme la vie politique, sociale et économique du Dahomey. Il décrète le marxisme-léninisme comme doctrine d’Etat le 30 novembre 1974 avant de procéder un an plus tard, le 30 novembre 1975 au changement de nom. La République populaire du Bénin naît avec l’instaurant d’un parti unique, le Parti de la révolution populaire du Bénin (PRPB). Le 30 novembre est décrété fête nationale à la place du 1er août.  
 
Le régime se durcit : nationalisations, réformes agraire, scolaire et universitaire, centralisme démocratique, police politique, tous les ingrédients de la dictature sont réunis. Le pays s’enlise dans une profonde crise sociale et économique poussant le régime à renoncer à l’idéologie du marxisme-léninisme en décembre 1989. Les Forces vives de la nation sont convoquées pour une conférence nationale en février 1990 qui suspendra la constitution en provoquant de fait la fin du régime Kérékou. Il sera tout de même maintenu au pouvoir désormais contrôlé par un Haut conseil de la république avec Nicéphore Soglo comme Premier ministre en mars 1990. Une nouvelle constitution est adoptée en décembre 1990 avec l’instauration du multipartisme. Les premières législatives de l’ère du renouveau démocratique sont organisées en février 1991 et dans la foulée la présidentielle porte Nicéphore Soglo à la magistrature suprême.


Nicéphore Soglo.
AFP

 
Cinq ans plus tard il est battu par Mathieu Kérékou qui se fera réélire pour un deuxième et dernier mandat en 2001. La rénovation de l’Etat se poursuit avec les premières élections municipales et communales en décembre 2002. Un nouveau président de la République, Boni Yayi est élu en avril 2006 confirmant ainsi l’ancrage et le respect des institutions de la République.
 



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