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Le Mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour, dit le sage Haoussa .

Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur.










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Sunday, June 10, 2012

La langue des esclaves, un trésor encore vivant en Colombie

Mélange unique de bantou et d'espagnol, ce langage créole est né à San Basilio de Palenque, un village fondé au début du XVIIe sur les hauteurs de Carthagène, principal port de la traite négrière à l'époque coloniale du vice-royaume de Nouvelle Grenade.

Mélange unique de bantou et d'espagnol, ce langage créole est né à San Basilio de Palenque, un village fondé au début du XVIIe sur les hauteurs de Carthagène, principal port de la traite négrière à l'époque coloniale du vice-royaume de Nouvelle Grenade.
L'abolition de l'esclavage il y a plus de 160 ans en Colombie n'a pas éteint le "palenque", la langue des esclaves africains qui ont conquis leur liberté dans la montagne surplombant les Caraïbes, dans le nord du pays, un trésor encore entretenu aujourd'hui.

Mélange unique de bantou et d'espagnol, ce langage créole est né à San Basilio de Palenque, un village fondé au début du XVIIe sur les hauteurs de Carthagène, principal port de la traite négrière à l'époque coloniale du vice-royaume de Nouvelle Grenade.

Parlé autrefois par les esclaves dits "marrons", des fugitifs ayant trouvé refuge dans cette enclave, le "palenque" est officiellement pratiqué encore aujourd'hui dans une école de cette commune, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'Unesco en 2005.

L'établissement a ouvert ses portes en août 2011, plus de 160 ans après le décret du 21 mai 1851 abolissant l'esclavage dans ce pays où 10,4% de la population est d'origine africaine (selon le dernier recensement de 2005). Il accueille 403 élèves, en majorité de jeunes adultes.

"Ils parlent très bien palenquero. Très souvent, ce sont même eux qui nous corrigent", affirme à l'AFP Basilia Perez, une professeur de 43 ans qui met au service de l'alphabétisation du village tous les aspects de sa culture, des traditions vestimentaires ou musicales aux rites funèbres.

Ses étudiants ne sont pas seulement les rares personnes connaissant ce dialecte hérité du centre et du sud de l'Afrique, régions où ont été arrachés les esclaves envoyés en Colombie. Ils sont aussi ceux qui en perpétuent la tradition dans ce village divisé en deux quartiers.

"Le quartier du haut fut le premier à être bâti. C'est là qu'arrivèrent les Africains qui parlaient des langues bantoues. Le quartier du bas fut constitué plus tard par la population qui parlait espagnol", raconte à l'AFP Justo Valdes, un chanteur de 60 ans, directeur d'un groupe de musique local.

La conservation de la langue palanquero tient aux origines même du village, où cette communauté s'est maintenue à l'écart du reste du pays durant des siècles, restant repliée jusqu'aux années 30 du XXe siècle.

Cet isolement a d'abord été forcé, en raison de la persécution des esclaves "marrons", dont l'un des leaders Benkos Bihoho, le fondateur du village, fut exécuté en 1621.

Il a fallu attendre un décret royal de la couronne d'Espagne en 1689 pour mettre un terme, non à l'esclavage, mais à la fin des poursuites judiciaires visant à récupérer les propriétés terriennes occupées par ces anciens esclaves.

Faute d'avoir pu "en finir avec cette communauté", ce décret a "ainsi consolidé son autonomie", souligne auprès de l'AFP l'historien Alfonso Cassiani, enseignant à l'Institut international des études caribéennes de l'Université de Carthagène.

"La langue palenquero et les coutumes qui y sont attachées montrent la richesse et la diversité culturelle de la Colombie, mais ce sont aussi des trésors qui dépassent la communauté et constituent un héritage des esclaves +marrons+", insiste M. Cassiani.

Un héritage qui reste toutefois toujours sous la menace de l'oubli. Sur les quelque 4.500 habitants de San Basilio, seulement 1.390 maîtrisent cette langue. Plus inquiétant, parmi les enfants de 5 à 14 ans, ils ne sont que 26 à connaître le palenquero, selon une étude du ministère de la Culture.

Saturday, March 24, 2012

Le Mémorial de l’abolition de l’esclavage ouvre finalement ses portes


Le Mémorial de l’abolition de l’esclavage ouvre finalement ses portes

Informations Pratiques


Lieu: Quai de la Fosse - Passerelle Victor-Schœlcher, Nantes

Horaire:
Ouverture le dimanche 25 mars à 15h
En Provence, on parlerait d’arlésienne. L’ouverture du Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes initialement prévue le 1er décembre 2011 ouvrira ses portes finalement le 25 mars. L’édification avait été décidée en 1998, le 10 mai 2010, le jour de la commémoration de l’abolition de l’esclavage, la première pierre du mémorial nantais avait été posée, suite à de nombreux soucis techniques, l’inauguration est décalée de quatre mois. Assumer d’être la ville d’où partirent les expéditions négrière, cela ne passe pas facilement.
Projet de mémoire et non d’histoire, le parcours en plein air et souterrain se déroule sur 1,5 kilomètre. Il est jalonné de 2000 panneaux de verre. Dans une symbolique allant de la mémoire à l’histoire, le chemin mène au Château des ducs de Bretagne, lieu de recherche et d’analyse. La volonté est claire : « Le Mémorial de l’abolition de l’esclavage est un monument commémoratif dont l’objectif est de se souvenir et d’alerter, et non d’expliquer les faits ». Implanté sur le quai de la Fosse qui a vu partir 450.000 captifs noirs, le bâtiment a été désiré par la ville de Nantes qui fut capitale des expéditions négrières en France au XVIIIème siècle.
Le retard pris dans l’ouverture du musée est d’ordre technique. Les plaques en verre sur lesquelles sont inscrites les noms des comptoirs négriers, les ports d’escales, les ports de ventes, les noms des navires, leur date de départ commandées à une entreprise espagnole sont arrivées illisibles. Il a fallu regraver et recommencer. L’anecdote semble futile mais elle résonne avec une lente appropriation nationale de l’évènement. Il a fallu attendre les derniers programmes scolaires pour voir apparaître en classe de seconde : « « Une attention particulière est accordée à l’exclusion persistante des femmes de la vie politique et à la difficile abolition de l’esclavage. » A Nantes, la difficulté fut d’ordre architectural essentiellement. La Ville est depuis 1983 entrée dans une phase d’obsession mémorielle. Apres deux siècles de déni, une association  » Nantes 85, du Code noir à l’abolition de l’esclavage voit le jour, rejetée par la mairie. En 1989, nouvelle mandature et nouvelle démarche, une exposition « Les Anneaux de la mémoire » accueille 400 000 visiteurs au Château des Ducs de Bretagne. C’est en 1998, lors du 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage que le Conseil Municipal adopte le principe d’ériger un mémorial.
Nous voilà plus de vingt ans après, les travaux n’ont toujours pas commencé. Les enjeux de mémoires et politiques restent nombreux. L’adhésion des Nantais à leurs heures noires aura nécessité un temps long d’adaptation.
Il semblerait qu’aujourd’hui, les choses soient apaisées. Les architectes Krysztof Wodiczko et Julian Bonder ont pensé un lieu de recueillement, sans possibilité d’être heurté. C’est en marchant, voyant sous ses pas se dérouler une partie des 1710 expéditions négrières parties de Nantes que le promeneur prend conscience de l’horreur. Il se dirige ensuite, en empruntant un escalier monumental, vers une galerie située sous les quais. Ce « Grand passage » est composé d’une immense plaque de verre inclinée à 45° court sur 90 mètres de longueur. Après le choc, les questions soulevées trouveront réponses dans le lieu d’histoire qu’est le Château.
De la mémoire à l’histoire, la ville de Nantes semble avoir enfin trouvé la démarche juste pour assumer son passé par l’intermédiaire de cet objet transitionnel qu’est ce mémorial, véritable matérialisation symbolique des sentiments mêlés de haine, d’oubli et de culpabilité face à un passé douloureux.
Visuel (c) : Patrik Garçon / Nantes Métropole


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Friday, October 30, 2009

Michelle Obama, un destin américain


Michelle Obama, au cours d'une allocution à la Maison Blanche, le 18 septembreMichelle Obama, au cours d'une allocution à la Maison Blanche, le 18 septembre© Doug Mills/New York Times

Le New York Times publie les résultats d’une enquête généalogique sur les ancêtres maternels de l’épouse de Barack Obama. Où l’on découvre que rien n’est jamais ni tout noir ni tout blanc...

Six générations pour une incroyable ascension. Entre la naissance de l’esclave Melvinia (1844), analphabète et fille-mère, et celle de la rayonnante Michelle (1964), diplômée de Harvard et première dame des États-Unis, un peu plus d’un siècle s’est écoulé. Cent vingt ans durant lesquels les Shields – c’est-à-dire la branche maternelle de la famille de Mrs Obama – ont triomphé de souffrances quotidiennes et de préjugés tenaces pour s’élever par le mérite, le travail et les études. Partis des États du Sud profond (Caroline du Sud, Géorgie et Alabama) ruraux et ségrégationnistes, installés dans les années 1920 à Chicago, la grande cité industrielle du Nord, auraient-ils pu imaginer une seconde, aux âges farouches de l’esclavagisme et à l’époque pas si lointaine du déni des droits civiques, que leur descendante vivrait, un jour, sous les stucs et les ors de la Maison Blanche ?

Résurrection

Grâce aux récits des siens, mais aussi aux enquêtes journalistiques réalisées durant la campagne présidentielle de son mari, Michelle Obama connaissait l’histoire de ses ancêtres paternels, les Robinson. Elle vient de découvrir celle de ses aïeux maternels en lisant le New York Times. Le quotidien, qui a fait appel à une généalogiste chevronnée, Megan Smolenyak, a publié les résultats de ses investigations le 8 octobre, arbre généalogique à l’appui (visible sur le site global.nytimes.com/us).

Smolenyak a exhumé l’histoire de plusieurs dizaines de membres de la famille Shields. Mais, très vite, cette passionnée s’est enthousiasmée pour le destin de la quadrisaïeule de Michelle. Au point qu’elle a cru entendre la voix de Melvinia la supplier, depuis l’au-delà, de la sortir du tombeau de l’oubli. Une résurrection, en somme !

Tout commence en 1850, quand un propriétaire terrien de Caroline du Sud, sentant la mort venir, couche ses dernières volontés sur son testament. Parmi les « biens » et les « choses » (vieux napperons, vaisselle, mobilier et bétail) que David Patterson partage entre ses héritiers, figurent vingt et un esclaves. Et, parmi eux, une « fille noire » de 6 ans prénommée Melvinia. Deux ans plus tard, à la mort de son maître, l’enfant est arrachée à sa terre et à ses proches (il semble toutefois qu’elle ait ignoré jusqu’au nom de ses parents). Elle échoit à la fille Patterson, Christianne, et au mari de celle-ci, Henry Shields. Le couple, qui vit en Géorgie, n’a que trois esclaves pour s’occuper de sa propriété. Le travail est harassant. Il faut planter et récolter du blé, du maïs, du coton, des patates douces et prendre soin des animaux : trois chevaux, cinq vaches, dix-sept cochons et vingt moutons, selon un recensement de 1860.

Vers l’âge de 15 ans, Melvinia tombe enceinte. Est-ce d’Henry Shields, qui approche de la cinquantaine ? De l’un de ses quatre fils, âgés de 19 à 24 ans ? D’un visiteur de passage ? Une chose est sûre : le géniteur est blanc. Une rumeur familiale persistante, que Michelle Obama a maintes fois entendue, se trouve ainsi confirmée pour la première fois.

Alors que, pendant la campagne présidentielle de 2008, certains Africains-Américains avaient critiqué les origines à leur goût « trop blanches » ou « trop africaines » de Barack Obama, les opposant à celles de Michelle, « authentique héritière de la mémoire des esclaves », voilà l’équilibre un peu rétabli ! Rien n’est tout blanc ni tout noir, ironise Edward Ball, historien et auteur de Slaves in the Family (« Des esclaves dans la famille »), qui s’est lui-même découvert de lointains ancêtres noirs. « En Amérique, il n’y a pas les Latinos, les Noirs et les Blancs. Nous nous sommes tous mélangés, depuis des générations. »

Dolphus, le premier fils de Melvi­nia (et trisaïeul de Michelle), voit le jour en 1859. Sur les registres d’état civil, il est qualifié de « mulâtre », comme le seront plus tard deux de ses cadets. Et il porte le nom de Shields. Est-ce une preuve de sa filiation ? Ce n’est pas certain : à l’époque, il n’est pas rare que les esclaves portent le patronyme de leur propriétaire.

Désormais mère de quatre enfants, Melvinia est enfin affranchie. Mais elle reste illettrée et pauvre. Sans doute parce qu’elle a souffert d’avoir été arrachée, très jeune, à la Caroline du Sud, elle a du mal à rompre avec le passé et ne parvient pas à s’éloigner de ses anciens maîtres : elle travaille comme ouvrière agricole sur des terres jouxtant la propriété de Charles Shields, l’un des fils d’Henry. De même, elle se rapproche des Easley, une famille d’anciens esclaves avec qui elle a vécu en Caroline du Sud. Dolphus épouse d’ailleurs une des leurs, Alice.

Austérité et entregent

Le jeune couple quitte la Géorgie rurale pour Birmingham, Alabama. Dotée d’une voie ferrée, de mines et d’aciéries, la ville attire les anciens esclaves, qui forment un nouveau prolétariat. Dolphus, lui, est charpentier. Il sait lire et écrire, et il est ambitieux. À 30 ans, il est propriétaire de sa maison. Dix ans plus tard, en 1911, il se met à son compte et ouvre une menuiserie. La clientèle blanche afflue et apprécie de discuter avec cet homme dont la peau très claire plaide en sa faveur. Très apprécié pour son sérieux et son entregent, il servira d’intermédiaire entre les communautés noire et blanche, qui vivent à l’écart l’une de l’autre, jusqu’à sa mort, en 1950.

Dolphus n’est pas du genre facétieux. Austère cofondateur de l’Église baptiste (qui jouera un rôle important dans le mouvement des droits civiques), le doyen des diacres de la ville ne badine pas avec futilités et colifichets. Pas question de fumer ou de mâcher du chewing-gum en sa présence. Les femmes de la famille n’ont pas le droit de porter des pantalons ou du rouge à lèvres : il les a en sainte horreur. Interdit, aussi, d’écouter du blues à la radio. Seuls les cantiques sont autorisés. Les Shields assistent à la messe tous les soirs. Ce qui n’empêchera pas Dolphus de se séparer de son épouse Alice, bonne et couturière de son état, et de se remarier trois fois.

De Robert Lee Shields, fils de Dolphus et d’Alice – et bisaïeul de Michelle Obama –, on ne sait pas grand-chose. Né en 1885, il sera peintre en bâtiment, puis porteur de bagages dans une gare. Il disparaît des archives à l’âge de 32 ans, sans que l’on sache s’il est mort à cette date ou s’il a déménagé. Ce qui est cependant établi c’est que son épouse, Annie Lawson, quitte l’Alabama pour Chicago au début des années 1920 avec son fils Purnell Nathaniel Shields. Celui-ci, le grand-père maternel de Michelle Obama, est peintre comme son père. Dans les années 1930, il est employé dans une usine de sirop.

L’un de ses huit enfants, Marian Lois Shields, née à Chicago en 1937, épouse Frazer Robinson, un employé municipal. Mère au foyer, elle se consacre à l’éducation de ses enfants : Michelle, la future Mrs Obama, et Craig, le futur basketteur. Veuve depuis 1991, elle vit aujourd’hui à la Maison Blanche. Sa mission ? Veiller sur Malia et Sasha, ses petites-filles.

Qu’est-il advenu de Dolphus Shields, la figure la plus marquante de la famille ? Il est enterré à Birmingham, dans un cimetière « pour Noirs » à l’abandon, au milieu d’herbes folles et de stèles ébréchées. Bobbie Holt, une infirmière de 73 ans à la retraite qu’il a élevée avec sa quatrième épouse et qui a toujours cultivé son souvenir avec ferveur, vient d’apprendre grâce à l’enquête du New York Times que son père adoptif n’est autre que le trisaïeul de Michelle Obama. « Je l’ai toujours admiré, s’exclame-t-elle, stupéfaite. Mais je n’aurais jamais imaginé une chose pareille ! Grâce à Dieu, nous avons parcouru un sacré chemin ! »


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