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Wednesday, December 07, 2011

Le « Dossier noir » de l'armée française en Afrique



Mondialisation.ca, Le 8 mai 2010





" Que fait l'armée française en Afrique ? (1) ", c'est le titre du dernier " Dossier noir " de l'association Survie paru aux éditions Agone. Un dossier on ne peut plus actuel en cette année de commémoration du cinquantenaire des indépendances africaines. Rencontre avec son auteur, Raphaël Granvaud, qui revient sur certaines questions abordées dans ce dossier.

La troisième partie de votre livre s'intitule "la réhabilitation du colonial", j'ai ressenti un vrai malaise à sa lecture. Je ne savais pas que l'armée française, du moins les forces spéciales opérant en Afrique, étaient travaillées à ce point par la nostalgie du colonialisme. Je me demande s'il ne faut pas voir dans la forte implication militaire française en Afrique, au-delà des enjeux économiques et géopolitiques, une manifestation de puissance. Comme si la France n'avait toujours pas digéré les indépendances africaines, comme si elle ne pouvait renoncer à être une "plus grande France" (formule qui désignait l'empire français)…

Les hommes politiques le revendiquent très clairement, qu'il s'agisse de Mitterrand, de Chirac ou de Sarkozy, on retrouve toujours dans leurs discours l'idée que "la France doit garder son rang dans le monde". On sent bien que c'est l'argument qui légitime le maintien de cette présence militaire en Afrique. Bien sûr cette présence offre de nombreux avantages : elle conditionne, dans une large mesure, la possibilité d'entretenir des situations de monopole économique dans certains pays et de surveiller des ressources stratégiques.

D'ailleurs certains régimes africains comme ceux du Tchad ou de la Centrafrique ne tiennent que par la force des armes, que par le soutien de l'armée française.

Depuis les indépendances, le prétexte majeur du maintien de la présence militaire française c'est de défendre les pays africains, avec lesquels on a passé des accords militaires, contre des agressions extérieures. Dans les faits, il n'y a quasiment jamais eu d'agressions extérieures, l'armée française n'a servi qu'à gérer les problèmes internes à des régimes confrontés à des rébellions armées ou à des mouvements populaires.

Le plus souvent, les armées des Etats africains postcoloniaux se comportent vis-à-vis de leurs propres populations comme des armées d'occupation. Leurs forces armées sont conçues avant tout pour répondre au péril de l' "ennemi intérieur" et non à celui d'une agression extérieure. Vos analyses montrent clairement la responsabilité de la France dans cet état de choses.

Absolument, ça faisait partie du kit théorique doctrinal qui a été inculqué aux officiers africains formés dans les écoles militaires françaises. Il faut rappeler qu'au moment des indépendances, les armées africaines sont créées de toute pièce : elles constituent alors une sorte de prolongement de l'armée coloniale française. Les armées africaines sont des filiales de l'armée française, elles sont structurées sur le même modèle, formées à partir de la même idéologie : la doctrine militaire de la "guerre révolutionnaire", de la "contre-insurrection" qui veut que le rôle principal de l'armée soit le "contrôle de la population". Mais pour les armées africaines, il ne s'agit pas du contrôle d'une population étrangère comme dans le cas de l'armée française en Algérie. La mission des militaires africains est de contrôler leurs propres populations, mais avec les mêmes méthodes que l'armée française a employées dans ses guerres coloniales. C'est ce qui s'est passé au Cameroun, au moment de l'indépendance, dans la guerre sanglante menée contre les maquis de l'UPC (Union des Populations Camerounaises). Dans le cas du Rwanda, le chercheur Gabriel Périès a retrouvé des mémoires d'officiers rwandais, formés en France dans les années 80-90, dans lesquels on retrouve cette obsession de lutter contre l'ennemi intérieur, de mettre en œuvre des tactiques contre-insurrectionnelles. Menée à son terme, la logique du " contrôle de la population " conduit au génocide…

En dressant la généalogie de la guerre contre-insurrectionnelle, votre livre souligne les continuités et similitudes qui existent entre guerres coloniales d'Indochine et d'Algérie et guerres postcoloniales du Cameroun (une guerre occultée) et du Rwanda.

Je n'ai fait que rapporter des travaux qui existent sur le sujet. Officiellement, depuis la fin de la guerre d'Algérie, ces théories contre-insurrectionnelles sont remisées et des méthodes comme la torture ou la guerre psychologique proscrites. Dans les faits, il y a eu une première vague d'exportation des tactiques anti-subversives françaises à destination des dictatures sud-américaines : des gens comme le général Aussaresse (connu pour ses révélations sur l'usage systématique de la torture en Algérie) ont pu ainsi continuer à transmettre leur " savoir-faire "… Puis ce savoir-faire anti-insurrectionnel a été recyclé en Afrique francophone pour gérer les indépendances et la période post-indépendance. Moi, ce que j'ai essayé de montrer, c'est que cette tradition de la "guerre révolutionnaire" se poursuit aujourd'hui, de façon plus subtile. Quand on lit les publications militaires contemporaines, on retrouve des références à des gens comme Trinquier (théoricien principal de la "guerre contre-insurrectionnelle"), mais aussi des références aux techniques de conquête coloniale de Liautey ou de Gallieni (guerres coloniales de "pacification" fin 19ème - début 20ème siècle) ; des stratèges qui reviennent au goût du jour quand il s'agit de penser des situations de conflit comme celles de l'Afghanistan ou de la Côte d'ivoire.

Sur le plan des savoir-faire et des discours, l'armée française entretient donc un rapport intime avec son histoire coloniale. Y a-t-il une spécificité de l'armée française de ce point de vue là ?

Les militaires français considèrent qu'il y a une tradition culturelle française plus forte que celle des anglo-saxons sur le plan du contact avec les populations. L'armée française prétend détenir un vrai savoir-faire lui permettant de mieux se faire accepter en tant qu'armée d'occupation. C'est la question du "contrôle des populations". Pour les militaires français, il ne faut pas faire comme les Américains qui arrivent, militairement par la force, et qui ensuite se barricadent. L'armée française se flatte d'être capable d'agir de manière psychologique, en menant des opérations "civilo-militaires" pour faire accepter auprès des populations civiles la présence des militaires. Toujours avec cette idée, qui remonte à l'Indochine, qu'on va pouvoir séparer dans la population le bon grain de l'ivraie, et couper les rébellions de leurs bases populaires.

L'armée française a-t-elle recours à des savoirs de type ethnologique dans son approche des populations des pays occupés ?

Quand on gratte un peu, on retombe toujours sur une espèce de prêt à penser, directement issu de la période coloniale. Les forces spéciales françaises sont sensées, en plus d'un savoir-faire proprement militaire, posséder un savoir culturel, ethnologique qui les rendrait plus à même d'opérer dans certaines zones géographiques du monde, en particulier en Afrique. Ces savoirs "culturalistes" reposent sur des conceptions complètement dépassées d'un point de vue universitaire. Quand on lit des interventions d'officiers dans des colloques, on trouve des choses absolument ahurissantes comme : "la présence de l'armée française est nécessaire parce que les Africains ont du mal à se projeter dans l'avenir". Les mêmes clichés éculés qui émaillaient le discours de Dakar de Sarkozy : ce vieux fond colonial qui prétend être une connaissance permettant une intervention sur des populations.

Revenons sur le cas du Cameroun, le premier pays africain, en 1960, à accéder à l'indépendance (le 1er janvier). Du milieu des années 50 au début des années 70, il s'est produit une véritable guerre dans ce pays : des dizaines de milliers de morts, plus de 100 000 selon certaines sources. Cette guerre menée contre l'UPC par un régime à la solde de la France relève-t-elle, elle aussi, de la guerre "anti-insurrectionnelle" ?

Le chercheur Gabriel Périès a montré récemment comment les dispositifs mis en place en Algérie ont été décalqués au Cameroun à la même époque (2). Le quadrillage des territoires, la torture à grande échelle, la déportation des populations, la politique de la terre brûlée, tout ce qui se faisait en Algérie a été repris tel quel au Cameroun. Il faut signaler sur le sujet l'excellent documentaire "Autopsie d'une indépendance" (3) dans lequel on peut entendre Mesmer déclarer à propos des bombardements des villages au napalm que "ce n'est pas important". Ce sont des choses qui, ces dernières années, commencent à remonter à la surface.

Cela remet donc complètement en question le mythe d'une "décolonisation douce"…

La " décolonisation en douceur " reste la version officielle si l'on se réfère aux programmes scolaires en histoire au collège ou au lycée. Un des enjeux de l'étude de la décolonisation c'est de montrer qu'il y a eu, d'un côté, une décolonisation violente, celle de l'Algérie et, de l'autre, une décolonisation qualifiée de pacifique, de "douce". Les cas du Cameroun et de Madagascar suffisent à montrer que c'est un mythe complet : le mythe des indépendances en douceur préparées par Deferre et de Gaulle après la conférence de Brazzaville en 46. Dans les faits, tout ce qui a été concédé par la France l'a été contre le gré de la métropole, souvent après des tentatives désespérées de reprise en main violentes. Cela s'est accompagné d'un processus d'élimination des mouvements indépendantistes et de leurs leaders, mais aussi de la promotion d'hommes politiques à la dévotion des intérêts français. Dans l'après-guerre, il y a eu une émergence de mouvements indépendantistes, autonomistes, progressistes, révolutionnaires, un vent d'espoir irrésistible : il y avait des idéologies variées qui mobilisaient les populations, et ces mouvements ont été étouffés, brisés, parfois, comme dans le cas du Cameroun, complètement éradiqués. Il y a donc eu une longue période où les populations africaines ont été orphelines d'un certain nombre de mouvements et de leaders. Ça commence à renaître maintenant avec les mouvements sociaux africains et les contre-sommets où la question de la domination néocoloniale est au centre des préoccupations de la société civile ; qu'il s'agisse de la présence française ou de systèmes plus mondialisés comme la dette et les politiques imposées par le FMI et la Banque Mondiale.

Revenons à l'armée française. Dans votre livre vous mentionnez un "détail" qui fait froid dans le dos : les troupes de marine sont toujours surnommées la "Coloniale"…

Les questions de tradition et d'identité sont des questions extrêmement fortes, en particulier dans les forces spéciales, dans cette composante de l'armée française issue de l'armée coloniale. Les troupes de marine sont extrêmement fières de leur passé colonial, elles en revendiquent l'esprit et les méthodes. Les prises d'armes comme les éditoriaux de leur revue L'Ancre d'or continuent à se clôturer sur ces mots " Et, au nom de Dieu, vive la Coloniale ! "

Et j'imagine qu'on retrouve souvent ces troupes de marine dans les opérations françaises menées en terre africaine.

Elles composent en effet la majeure partie des forces spéciales auxquelles on fait appel lors des opérations sensibles : des opérations "coups de poing", des opérations à forte teneur en renseignement. On les retrouve également dans les opérations européennes (EUFOR). Lors de la première d'entre elles, en République Démocratique du Congo, en 2003, la France s'était flattée d'avoir inculqué un certain nombre de méthodes à des forces militaires européennes, en particulier aux forces spéciales suédoises. Depuis on se demande quelles méthodes puisque parmi ces forces suédoises, certains militaires s'étaient plaints auprès de leur hiérarchie d'avoir eu à subir la vision d'actes de torture pratiqués par des militaires français sur des congolais. Ca a fait beaucoup de bruit en Suède, beaucoup moins en France…

Est-ce qu'il y a un contrôle du Parlement français sur les opérations militaires menées en Afrique ?

Théoriquement, depuis la modification constitutionnelle opérée à l'été 2008, il y a un droit de regard du parlement sur les opérations extérieures, mais un droit extrêmement limité. Les députés ont le droit d'être informé d'une opération extérieure dans les 3 jours après son déclenchement, ils restent donc mis devant le fait accompli. Le parlement ne possède un pouvoir de contrôle que sur les opérations lourdes de plus de 4 mois (qui ne représentent qu'une petite partie des opérations militaires) dont il peut refuser le renouvellement. Il n'y a aucun contrôle par contre sur les opérations secret-défense spéciales et les opérations clandestines de la DGSE.

Le Tchad et la République Centrafricaine (RCA) représentent certainement aujourd'hui l'exemple le plus caricatural de l'ingérence militaire française dans certaines régions d'Afrique. Vous consacrez d'ailleurs une place importante dans votre livre à ces deux terrains d'intervention.

En 2006, en RCA, la France a monté une opération du même type que Kolwezi (sauvetage du régime de Mobutu grâce à l'intervention des parachutistes français) : l'armée française a largué des parachutistes pour reconquérir Birao, dans l'ignorance totale de la population française mais aussi des parlementaires. Cette opération a sauvé le régime du président centrafricain Bozizé. Ce type d'opération reste aujourd'hui tout à fait possible. Plus récemment, lors de la dernière offensive sérieuse des rebelles sur la capitale tchadienne, il y a eu une intervention officielle de l'armée française sous prétexte de sécuriser ses ressortissants. Cette opération a permis de sécuriser l'aéroport d'où ont pu décoller les mercenaires d'Idriss Deby… D'après le journal La Croix, la "sécurisation" de l'aéroport de N'Djamena s'est accompagnée aussi d'une intervention militaire des forces spéciales françaises qui ont pris directement part aux combats contre les rebelles : une opération clandestine qui n'est toujours pas reconnue par les autorités françaises...

Dans son dernier rapport sur la Centrafrique, Human Rights Watch est très critique par rapport aux dernières interventions de l'armée française en RCA.

Dans le rapport qu'elle a publié en 2007, l'ONG a pointé un certain nombre de choses : elle a détaillé la politique de terre brûlée menée par l'armée centrafricaine à l'égard des populations du Nord, des populations accusées de soutenir les mouvements rebelles. Là aussi, on retrouve les techniques coloniales françaises : il s'agit de terroriser les populations afin de priver de leur soutien les mouvements rebelles. Les exactions les plus graves ont été commises dans le sillage direct des interventions militaires françaises. Après la reprise de Birao par l'armée française, cette ville a été ravagée par les forces centrafricaines. A l'époque, dans les journaux, les militaires français ont fait peser la responsabilité des destructions sur les rebelles. On sait depuis qu'il s'agissait d'une tentative de dissimulation qui relève de la complicité de crime de guerre. Il y a également dans le rapport de HRW des photos qui interrogent : on voit des officiers français à proximité directe de l'OCRB (Office Central de Répression du Banditisme), une sorte de milice qui se livre à des exécutions sommaires.

Vu la nature de ses interventions en Afrique, la France est-elle vraiment en mesure de commémorer le cinquantenaire des "indépendances" africaines ?

On sent qu'il y a un gros malaise au niveau de la commémoration de ce cinquantenaire. Ce malaise n'est pas étranger au fait que toutes les interventions orales de Nicolas Sarkozy sur la question de l'Afrique affirment une volonté de rupture avec les pratiques de ses prédécesseurs. Mais en dehors des discours, de rupture on n'en voit pas : c'est toujours le règne des pressions diverses, des émissaires occultes, des accords secrets, des opérations clandestines. On va avoir en guise de célébration des choses assez caricaturales : un défilé du 14 juillet où, sous couvert de rendre hommage aux tirailleurs africains, on va inviter des armées comme celles du Cameroun ou du Congo connues pour leurs exactions envers les populations. La véritable décolonisation et la célébration de cette décolonisation restent à faire...



Notes
1. Que fait l'armée française en Afrique ? Editions Agone, oct. 2009.

2. cf. Une guerre noire, enquête sur les origines du génocide rwandais (1959-1994), Gabriel Périès et David Servenay, Editions La Découverte, 2007.

3. Cameroun, Autopsie d'une indépendance, réalisation Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf, durée 52', production : France 5 / Program 33, 2007.



Quelques références :


En Centrafrique, stratégie française et enjeux régionaux
http://www.monde-diplomatique.fr/2008/02/MUNIE/15569

État d'anarchie (rapport Human Rights Watch sur la RCA)
Rébellions et exactions contre la population civile
http://www.hrw.org/fr/reports/2007/09/13/tat-d-anarchie

Cameroun : retour sur une décolonisation sanglante
http://www.afriscope.fr/spip.php?article182

Où est le "centre" de l'Afrique ?
http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=7250

Marchés militaires et économie de la prédation, des pays du lac Tchad et du Soudan occidental au Golfe de Guinée.http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=4394

Cinquante ans de décolonisation africaine
http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=9139

Articles de Raphaël Granvaud publiés par Mondialisation.ca

Monday, August 31, 2009

Questions sur la bonne gouvernance et bonne gouvernance en question à l’aune des campagnes électorales dans les pays d’Afrique Subsaharienne


Par Gervais DOUBA
IUT-Université de Rouen
Symbiose Ingénierie Internationale

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Le vent de renouvellement des dirigeants politiques en Afrique au Sud du Sahara, qui a commencé depuis le milieu de l’année 2009, va se poursuivre en 2010. Celui-ci laisse entrevoir la conversion massive des différents postulants à la religion de la notion ; aux contours davantage métaphoriques que scientifiques de "bonne gouvernance".

Ce n’est un secret pour personne que les régimes politiques en Afrique au Sud du Sahara sont caractérisés par l’absence totale d’appropriation par les populations, des mécanismes d’insertion aux échanges internationaux et donc d’insertion à la mondialisation. Les communautés humaines et territoriales sont prostrées, dépossédées et résignées par le phénomène de la désinstitutionnalisation, alors que partout ailleurs dans le monde, il y a crise ; c’est-à-dire dysfonctionnement des institutions et inadaptation des modèles de référence.

Partant de l’étude conjointe du PNUD et de l’Unicef New-York 26 juin 2002, selon laquelle 35 des 45 pays Africains ne sont pas en mesure d’atteindre les objectifs de développement pour le millénaire fixé pour 2015. "Dixit le rapport, si la situation actuelle se poursuit, l’Afrique sera le seul continent qui comptera plus de pauvres en 2015 qu’en 1990", nous avons entrepris d’élucider les facteurs explicatifs significatifs dans un certain nombre de pays d’Afrique au Sud du Sahara où l’on bat campagne autour de la notion de bonne gouvernance.

Nous avions cherché à décrypter l’approche Afrocentriste de la bonne gouvernance et de la transparence. Notre quête visait à mettre en lumière les raisons du prosélytisme, notamment par ceux-là mêmes qui, dans l’exercice quotidien du pouvoir et de l’autorité, ne se sentaient nullement interpelés par l’ampleur des dégâts que causent la pauvreté et la misère alors que paradoxalement les pays regorgent de richesses de toutes sortes dont l’inexploré capital humain et capital social.

Le second intérêt de la démarche visait à chercher à comprendre si l’allusion à la bonne gouvernance signalait la volonté de mettre fin à l’enracinement dans la pauvreté des communautés humaines et territoriales par des politiques publiques ciblées d’arrachement à la pauvreté ou si la notion se réduisait à l’a cosmétique ; c’est-à-dire à de la rhétorique ; patois de Canaan et/ou élixir pour les élites locales.

Dit autrement, la bonne gouvernance ; approche Afrocentriste, est-elle la nouvelle voie de sortie de l’Afropessimisme ; la sinistrose pandémique dont souffrent les communautés humaines et territoriales péri-urbaines et rurales.

A partir d’hypothèses inspirée d’ économie expérimentale, nous avons réalisé des expériences en concertation avec les ONG et autres composantes de la société civile dans six différents pays Africains dont la jeunesse subit de plein fouet les effets de l’immigration clandestine, deux facteurs expliquent la faible participation de l’Afrique au Sud du Sahara à la mondialisation ; c’est-à-dire l’amplification des échecs dans la lutte contre la pauvreté et l’accès à l’autonomie des populations dans le cadre des OMD.

D’où les questionnements suivants : la bonne gouvernance induira-t-elle la refonte complète des politiques publiques macro-économiques et sociales, par la création des environnements, favorisant l’émancipation des communautés humaines et territoriales ou se contentera d’ouvrir l’Afrique aux forces coalisées de défense et promotion de produits d’exportation ; agents et acteurs du maintien des hommes à genoux et sous l’emprise de la solidarité humanitaire ?

I° Fondements de la bonne gouvernance et de la transparence.

La préoccupation qui détermine les communautés humaines et territoriales des pays d’Afrique au sud du Sahara et que nous avons décelée est celle d’un monde investi de significations, de construction identitaires et de liens suffisants entre nécessités existentielles et logiques culturelles à savoir les codes et les repères. Or, l’on constate que le vent de renouvellement a peu de chance de se transformer en ouragan dévastateur pour les icônes de l’approche paternaliste et autocratique de pouvoir à caractère clientéliste. Cette baronnie éclairée- alliée à une élite oligarque- est toujours sur les starting bloc.

La seule approche de la bonne gouvernance, qu’elle claironne est l’approche comptable. Pour elle, bonne gouvernance et transparence sont érigés ex cathédra en invariants. La seule logique qui vaille est celle de la rationalité instrumentale en macro-économie. En dehors de cette approche, on s’expose à de la violence politique, on s’expose à la défiance.

Aidées de leurs alliés extérieurs ; les anciennes démocraties et/ou les puissances émergentes, les baronnies et les élites locales ne savent rien à la nécessité d’impliquer les communautés humaines et territoriales pour construire une sécurisation des échanges, développer l’hétérogénéité et donner un statut à la différence.

Le pays s’est enrichi ou plutôt cette nomenklatura s’est enrichie, continue de penser la société pour la société d’en haut comme posture méthodologique pendant que les communautés humaines et territoriales s’appauvrissent et s’enfoncent dans le sable mouvant de la misère. La nomenklatura a mis à rude épreuve les populations rurales et leurs intérêts territoriaux de proximité sans chercher la preuve de leurs capacités à inventer le sens de leurs petites entreprises de survie.

Depuis le début de la période postcoloniale, tout a été construit sur le déni de l’implication de la base et de la peu ou prou exploration des potentialités des communautés rurales et péri-urbaines à résister à leur démarginalisation, à leur relégation à la périphérie du monde des échanges.

Les ONG et autres composantes de la société civile avec lesquelles nous avons coopéré ont donné nettement une autre représentation, qu’ont ces populations ; victimes de toutes formes de corruption, de trafics d’influence, de détournement et d’abus de pouvoir, de la notion de bonne gouvernance et de la transparence. Pour ces combattants de la survie, la bonne gouvernance représente :

- D’abord la sécurisation des transactions profitables aux petits producteurs, par l’habilitation des droits de propriété, du passage de l’aide au contrat et par l’émergence des institutions publiques fondées sur un Etat de droit [Hernando de Soto et Martin ; E. 2009]. L’allusion à la bonne gouvernance ne saurait se réduire à la restriction des conditions d’accès à l’autonomie et ne saurait être le nième Cheval de Troie au bénéfice des multinationales coalisées avec les acteurs et institutions issus des Etats de vieilles démocraties et émergeants ; pourvoyeurs de protection juridique et politique aux régimes corrompus. Le recours à la notion de bonne gouvernance ne doit pas être confondu à des poncifs, voire à des lieux communs cachant le phénomène pygmalion d’une nouvelle macroéconomie du développement et miroitant le début apparent d’un démantèlement de celui de mouton de panurge, de la part des nouvelles dynasties éclairées, des baronnies et oligarchies des élites politico-militaires.

- Ensuite, la bonne gouvernance ; loin d’être un élixir, est une ingénierie territoriale de lutte contre la pauvreté. Ces acteurs et institutions de lutte contre la pauvreté assignent à la notion des objectifs précis : Qui dit bonne gouvernance dit management public d’incitation, de coordination et d’outils d’évaluation; l'esquisse d'une nouvelle matrice générale de politiques publiques.

Les facteurs à explorer pour faire éclore le développement, résident dans la mise en synergie de l’activité entrepreneuriale des communautés humaines et des collectivités territoriales, la sécurité des transactions entre ruraux et urbains, une complémentarité entre micro, méso et macro-économique et non le maintien de la dictature d'une certaine macro économique et l’abandon de la micro économique balbutiante pour faire fleurir le secteur de l’informel. Ce qui revient à corriger les deux erreurs suivantes :

1) Le fait de considérer l’intérêt local ; c'est-à-dire la résultante des besoins humains et territoriaux de proximité comme l’ennemi de l'intérêt national dans les politiques publiques d’aménagement du territoire

2) La pauvreté est vécue davantage, comme une damnation divine que la conséquence des choix de politiques publiques. Ainsi, au lieu de s'attaquer de front au problème, on laisse son traitement; par dépannage et non par des mesures thérapeutiques appropriées, à la bonne volonté de humanitaires ; les mercenaires de la solidarité internationale et/ou de la coopération décentralisée.

Pendant la guerre froide et la coexistence pacifique, l’idée dominante du développement a été de promouvoir les produits d’exportation en se focalisant sur les une politique d’industrialisation, de planification et d’encouragement de certains secteurs clés : diamant, bois, pétrole, etc…..

L’aménagement du territoire n’a pas été jugé opportun comme levier de développement pour ceinturer les rares industries du secteur public de boucles d’activités et ainsi, créer une fertilisation croisée, voire construire un dialogue intersectoriel.

A la fin des années 90, la métamorphose du système productif en Europe, suivie de la dévaluation du franc CFA ont entraîné pour les PASS ( Pays d’Afrique au Sud du Sahara) la délitement des liens sociaux et de solidarité. Les dirigeants de cette partie du monde avaient réduit la crise qu’elle traversait au rang de phénomène conjoncturel alors qu’il s’agissait d’une crise à deux versants ; l’agonie d’un modèle et l’amorce d’une refondation amenées par la mondialisation.

Au même moment les pays d’Asie du Sud-est, bénéficiant du phénomène des délocalisations, se constituaient leur pactole de Dragons et de Tigres et cherchaient à participer à la mondialisation ; la considérant comme une opportunité.

L’Afrique au Sud du Sahara, elle, non seulement perdait tout et s’embourbait dans le sable mouvant de la politique du ventre et des conflits ethniques interminables. N’ayant exploré, ni les mécanismes d’aménagement du territoire comme les Cluster ou Systèmes productifs locaux dans les régions hors zones minières, ni cherché à élucider les ressorts de ces mécanismes, pour qu’il en émergent des espaces et ateliers d’éducation et de formation au développement et y développer l’entrepreneuriat, les PASS se sont vus assignés par le Consensus de Washington, à recourir ; dans un premier temps à la privatisation systématique de moribondes et rares entreprises du secteur public ; comme si c’était la panacée de sortie de crise puis, dans un deuxième temps, ont décrété les décentralisations tous azimuts ; sans en avoir, ni les compétences ni les moyens, à plus forte raison la volonté politique claire

La bonne gouvernance suppose des lieux catalyseurs de réflexion et d’action en matière de développement ; du territoire de proximité à l’échelon national. Au niveau national, la bonne gouvernance apparaît se veut la résultante des bonnes pratiques de l’échelon local et fondées sur l’approche par capabilité (A. Sen) des communautés humaines et des collectivités territoriales. C’est l’imbrication des deux, qui favorise l’émergence des intrications et des nœuds entre l’esprit d’entreprendre des communautés humaines, le territoire où sont ancrées ces communautés, ainsi que la prise en compte de leur rapport à l’autonomie et à leur propre émancipation.

C’est la lutte contre la pauvreté des communautés humaines et des collectivités qui doit servir de levier de développement.

II) Et si bonne gouvernance induisait refonte de modèle agonisant et construction de nouvelle matrice.

Après des décennies d’approche du pouvoir et de l’autorité à caractère paternaliste, narcissique, autocrate et clientéliste, qui a abouti à faire du continent Africain, la mine à ciel ouvert de coups d’Etat à répétition, d’enfants soldats, de misérables déplacés et la ruche la plus mielleuse pour tous ceux qui ont le goût le plus prononcé pour l’intrigue, qu’adviendrait il, si la bonne gouvernance générait un paradigme par la théorie du renversement, c’est-à-dire suscitait de la créativité, un esprit de conquête, d’audace, d’agencement et d’ajustement ?

Les seigneurs des conflits ethniques et tribaux, les VRP des complexes militaro-industriels, les recruteurs d’enfants soldats et autres mercenaires du commerce des armes de petits calibres et leurs munitions, sans la moindre traçabilité, doivent savoir que le mauvais maniement de la notion de bonne gouvernance peut se révéler dangereux. En tant que notion relevant du champ du management, ce n’est pas son culte et les incantations, qui l’entourent, qui font son efficacité, mais sa mise en œuvre.

Dans ce sens et nous inspirant de notre coopération avec les ONG, nous y voyons, deux apports et/ou contributions possibles pour un réel repositionnement de certains Etats des pays d’Afrique au Sud du Sahara :

1) Sur le plan économique et social et dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, la bonne gouvernance irriguera des politiques d’alternatives en matière d’outils d’aménagement du territoire. La mise en œuvre de la notion de "territoire commun d’origine" ou "d’unité productive commune" enrichira les découpages administratifs classiques en devenant le nouvel instrument d’élaboration des nouveaux schémas directeurs d’aménagement du territoire dans la perspective de la décentralisation et, fera oublier les échecs des zones franches. Le territoire commun d’origine ou l’unité productive commune favorise, à l’échelon local, la fertilisation croisée des facteurs d’attractivité territoriale et sert de pépinière d’expérimentation sur le plan méso-économique et, de ferment d’ouverture à la solidarité internationale.

La bonne gouvernance n’a rien à voir avec le paiement de tribut à la tribu pour s’attribuer les attributs de la tribu.

2) Enfin, la bonne gouvernance implique un état d’esprit articulé à une volonté d’entreprendre dans les domaines générateurs de transformations sociétales dont le respect et la garantie de ce respect des droits et libertés, dans le cadre du vivre-ensemble.

Cette articulation génère une interaction entre les acteurs et les institutions ; depuis le niveau local jusqu’à l’échelon national. La dite interaction prend l’allure de véritable laboratoire d’identification des leviers de transformations sociétales et des facteurs clés de réussite.

La difficulté de cette œuvre de refondation réside dans l’imbrication de deux principes : le croisement des savoirs ancestraux et des savoirs scientifiques d’une part et, l’application du principe général des capacités de similarité, d’autre part.

La complémentarité de ces deux principes et leur interaction engendrent à son tour, le troisième principe de progrès, qu’est la modifiabilité cognitive et l’éducabilité pour tous ; particulièrement dans le champ d’éducation à la citoyenneté et au développement des populations des zones péri urbaines et en zones rurales.

Autant de champs à explorer, de nouvelles orientations à élucider qui permettraient à cette démarche entrepreneuriale dans les programmes de renforcement des capacités humaines et organisationnelles des populations fragiles.

Conclusion

Cette contribution au débat sur le regain d’intérêt de la bonne gouvernance dans les discours de campagne en Afrique au Sud du Sahara n’est nullement une prescription. Elle s’inscrit dans une démarche d’appel à une multiplication de chantiers d’économie expérimentale de chasse à la prédation pour sécuriser les échanges et asseoir un Etat de droit garantissant le respect des droits humains, inspirant et impulsant de nouvelles régulations sur le plan international.

La bonne gouvernance doit être la notion permettant de réparer des insuffisances qui handicapent la participation des PASS à la mondialisation dont la montée et la prolifération du secteur informel et l’absence de capitaux privés même si je n’entends pas confondre économie de marché et société de marché, le libre échange et l’échange juste.

La bonne gouvernance repose avant tout sur un socle de valeurs démocratiques et républicaines visant à s’inspirer de la déclaration universelle des droits de l’homme et à impulser des politiques publiques créant les conditions favorables à l’esprit d’entreprendre des communautés humaines et des collectivités territoriales, pour accéder à l’autonomie.

L’exploration de ce champ ; sous l’angle d’organisation des sociétés et mettant en jeu la logique compréhensive ( logique ouverte) permettrait de rechercher la ou les cause(s) de la non implication des populations, étant entendu que la logique explicative ou rationalité instrumentale se borne à rechercher une seule cause, la cause ultime qui ferme la porte à la recherche du sens et privilégie l’approche d’une société homogène.

Enfin, la bonne gouvernance est une invitation à une métamorphose des mœurs et cultures politiques ; ceux à qui le peuple a accordé son suffrage doivent lui rendre compte à intervalle régulier et s’en aller quand c’est le moment, sans recourir à des artifices juridiques pour s’incruster au pouvoir ou user d’un coup d’Etat puis se faire élire aux termes de scrutins tramés de cafouillages.

La bonne gouvernance a ceci de particulier, en ce qu’elle porte en elle le germe d’une lutte contre les impunités de toutes sortes et suggère l’inéluctable nécessité de revoir l’architecture socio politique d’ensemble d’une région dont la jeunesse n’a que de sombres perspectives et ne trouve pour solution que l’immigration clandestine au péril de sa vie.

Que la mise en œuvre généralisée des outils et de l’éthique de bonne gouvernance, puisse accompagner les 45 pays d’Afrique au Sud du Sahara à réussir leur accrochage au wagon de la mondialisation !

Nous Sommes le Congo !
C
essons d'Avoir Peur !
P
our un Etat de Droit au Congo !

"Chaque génération a le choix entre trahir ou accomplir sa mission"

Celui qui lutte peut gagner ! Celui qui ne lutte pas a déjà tout perdu !


Patrick Eric Mampouya
http://mampouya.over-blog.com/



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