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E. do REGO

IL EXISTE MILLE MANIERES DE MENTIR, MAIS UNE SEULE DE DIRE LA VERITE.

Le Mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour, dit le sage Haoussa .

Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur.










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Thursday, August 18, 2011

Petit cours d'économie pour comprendre la dette publique



Pour comprendre les enjeux de la dette publique, Laurent Pinsolle conseille l'ouvrage coécrit par A-J Holbecq et P. Derudder, « La dette publique, une affaire rentable ». Les auteurs commencent par une petite histoire de la monnaie avant d'aborder les problèmes engendrés par la création de celle-ci.



( capture d'écran kontrekulure.fr - cc )
En ces temps d’hystérie collective sur la dette de l’Etat, « La dette publique, une affaire rentable », livre coécrit par A-J Holbecq et publié en 2008, dont la deuxième édition vient de sortir, est un livre essentiel.

UN PEU D’HISTOIRE

« Il est une chance que les gens de la nation ne comprennent pas notre système bancaire et monétaire, parce que si tel était le cas, je crois qu’il y aurait une révolution avant demain matin » : c’est par cette citation d’Henry Ford que commence cet essai court et percutant. Les auteurs présentent un bref historique de la monnaie et des banques. Si les premières traces de monnaie métallique remonte à plus de 2500 ans en Grèce, la monnaie papier est apparue en Chine au 8ème siècle.

Jusqu’au 19ème siècle, les monnaies reposent sur l’or ou l’argent mais leur rareté conduit à de nombreuses dévaluations, à l’utilisation d’alliages. Le papier-monnaie est inventé au 17ème siècle, sous l’impulsion d’un Suédois. En 1694, la première banque centrale est créée en Angleterre. Le 19ème siècle voit apparaître le monopole d’émission d’Etat. La 1ère guerre mondiale mettra fin à la convertibilité de nombreuses monnaies. Le Royaume Uni y renoncera en 1931, les Etats-Unis en 1971.

La Banque de France est fondée en 1800. Ses deux cent actionnaires les plus importants constituent l’Assemblée Générale et les statuts impériaux resteront en place jusqu’en 1936. Le Front Populaire met la banque sous l’autorité du gouvernement mais elle ne sera pleinement nationalisée que le 2 décembre 1945. En janvier 1973, ses statuts sont réformés par l’article 25 : « le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France ».

Cette interdiction de financer l’Etat est complétée par l’indépendance accordée en août 1993 par le gouvernement d’Edouard Balladur. Les différents traités européens confirmeront cette double orientation puisque l’article 104 du traité de Maastricht (devenu article 123 du traité de Lisbonne) précise : « il est interdit à la BCE et aux banques centrales des Etats membres (…) d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit » à toute institution publique.

LE PROBLÈME DE LA CRÉATION MONÉTAIRE

Ils soulignent que « si le prêteur a prélevé cette somme sur son épargne, il est juste qu’il en reçoive rémunération puisqu’il n’aura pas la disponibilité de cet argent jusqu’à échéance du prêt, outre le risque de ne pas être remboursé ». Ils rappellent que la monnaie est un « instrument de mesure, instrument de réserve de valeur et instrument de paiement » et « une convention sociale reposant sur la confiance, elle n’a d’autres valeurs que celle que nous lui accordons ».

Les auteurs montrent que depuis le 1er janvier 2001, la masse monétaire M1 (billets, pièces et dépôts à vue) de la zone euro a progressé de 11,5% par an contre 4,5% pour la croissance nominale du PIB. Elle représentait 4691 milliards d’euro en octobre 2010. M3 atteint 9475 milliards, soit à peu près l’équivalent du PIB. Ils dénoncent l’idée « que l’argent existe comme un gâteau dont la seule question est de savoir comment le repartir entre les convives ».

Or, « aucune loi physique n’empêche un Etat, une Banque centrale ou de second rang, de créer toute la monnaie nécessaire ». Et en réalité, « la monnaie en circulation a été créée ex-nihilo par les banques commerciales, sous forme de crédits aux ménages, aux entreprises et aux Etats ». Les auteurs posent deux problèmes : le premier est que « ce sont les crédits qui permettent les dépôts, et non l’inverse » et le second le « droit exclusif » des banques commerciales à créer la monnaie.

Les auteurs expliquent que « la masse monétaire, constituée essentiellement par la monnaie scripturale, s’accroît donc lorsque les flux de remboursement sont inférieurs aux flux des crédits nouveaux » et soulignent que les intérêts imposent une croissance de la masse monétaire. Ils notent que la Banque centrale ne détient pas le privilège de la création monétaire. Son rôle consiste à règlementer le système et à être le prêteur de dernier ressort, comme nous le constatons depuis trois ans.

Comme dans leur dernier ouvrage, les auteurs ont recours à des petites histoires, des analogies qui éclairent particulièrement bien leur propos. Ce faisant, ils ont fait de ce livre un essai accessible à tous et très pédagogique. Je reviendrai demain sur les conséquences de la privatisation de la création de la monnaie.

Source : « La dette publique, une affaire rentable », A-J Holbecq et P Derudder, Editions Yves Michel

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Saturday, August 06, 2011

Pourquoi l’Afrique ne se développe pas



Le continent n'exploite pas ses nombreuses richesses et n'a pas su tirer les leçons des modèles sociopolitiques expérimentés à travers le monde.


View of Kigali, Rwanda, by oledoe via Flickr CC

C’est une lapalissade de dire que l’Afrique est un continent riche, tant elle regorge de ressources naturelles. Même ci celles-ci ne sont pas inépuisables, l’Afrique est encore riche de ses terres en grande partie cultivables et de ses ressources humaines. Et pourtant, elle peine à se développer —c’est le moins que l’on puisse dire.
Au lieu de tirer leçon des succès et des échecs des modèles de développement qui ont été expérimentés de par le monde, elle continue à s’engluer dans ses politiques stériles. Plusieurs facteurs essentiels sont la cause de cette situation.

La faillite des politiques

Depuis la fin de la colonisation, presque tous les pays africains ont été dirigés par une élite sans vision politique à moyen ou long terme. Cette élite, qui s’est substituée aux anciens colonisateurs, a été incapable d’ambition et s’est davantage préoccupée d’elle-même que des peuples dont elle prétend défendre les intérêts. Résultat: le système colonial a été purement et simplement perpétué sous une autre forme dans les domaines politique, économique et culturel au fil des années. A cela, il faut ajouter l’insécurité de l’environnement économique qui ne favorise pas les investissements, et le règne de l’informel.
L’indépendance est donc devenue une véritable dépendance vis-à-vis des puissances étrangères, en particulier des anciennes puissances coloniales. Faute de réflexions endogènes ou prospectives et de volonté politique en vue d’amorcer un changement par une synergie d’actions, les politiques actuelles sont une navigation à vue. Les Etats sont gérés à la petite semaine par les dirigeants, juste le temps d’accomplir les hautes charges qui sont les leurs.

Le marché de consommateurs

Il n’y a pas meilleur marché de consommation que l’Afrique. C’est ce que nous appelons, avec un certain humour, dans nombre de pays africains les «receveurs universels». Comment peut-on se développer quand on consomme tout ce qui vient de l’extérieur sans distinction et qu’on ne produit rien, ou pas grand-chose?
Le comble, c’est que beaucoup d’Africains ont le complexe suranné de la préférence étrangère. Même quand ce qui est produit localement est de bien meilleure qualité que ce qui est importé. L’extraversion est non seulement un phénomène économique, mais aussi culturel. Et cette tendance doit être inversée par la création et la recherche de qualité, afin que les produits africains puissent être concurrentiels à l’échelle internationale.
L’Afrique ne doit pas être uniquement un marché de consommateurs —bien au contraire, elle a tout intérêt à se lancer dans la production tous azimuts. En effet, les Africains doivent encore prouver, comme qui dirait, qu’ils ne savent pas jouer que du banjo.

La négligence de l’agriculture

L’agriculture a toujours été reléguée au dernier rang des activités humaines en Afrique. Le paysan est considéré comme un citoyen de seconde zone. C’est le moins que rien. La plupart des Africains veulent être des commis de l’Etat. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, tous les pays africains font de l’agriculture la base de leur développement. Mais ils ne font rien pourtant pour développer cette agriculture. Et ce n’est qu’un euphémisme.
Il faut bien le dire, depuis l’époque de la pierre, l’Afrique n’a remplacé l’outil agricole que par le fer. Rien de plus. Ce n’est pas avec la houe et la daba que l’Afrique peut se rendre autosuffisante alimentairement avant de parler de développer son agriculture à des fins de commercialisation ou de transformation. Comme les résultats d’investissements dans ce secteur ne s’obtiennent qu’à moyen ou long terme, cela intéresse peu les investisseurs étrangers et les Etats eux-mêmes.
Pourtant, cela concerne la presque totalité de la population du continent. Avec une démographie galopante et un dérèglement climatique qui s’accentue d’année en année, les moyens agricoles traditionnels ne peuvent plus nourrir les nombreuses bouches du continent tant qu’ils n’évolueront pas. Et un homme qui a faim est un homme qui ne pense pas, et par conséquent ne se donne pas les moyens de son développement.

L’inadéquation du système éducatif

Plus de cinquante après les indépendances de la plupart des pays d’Afrique, le système éducatif ne s’est toujours pas adapté aux réalités du monde actuel et à l’évolution des sociétés africaines. L’enseignement élémentaire reste encore un luxe pour la majorité. Et l’enseignement supérieur ne forme en grande partie que des diplômés sans emploi, incapables d’entreprendre ou de s’insérer dans la vie active dès qu’ils quittent leur formation.
Malheureusement, dans un tel contexte, l’enseignement technique et professionnel qui devrait être privilégié demeure le parent pauvre du système éducatif africain. C’est une des questions essentielles du développement de l’Afrique à laquelle il convient absolument d’apporter une solution adéquate.

L’instabilité sociopolitique

On peut compter sur les doigts d’une seule main les pays africains qui peuvent se targuer d’avoir connu une longue stabilité sociopolitique. Or celle-ci est une condition sine qua non du développement. L’Afrique souffre de la faiblesse de son organisation sociale et politique. Tant et si bien que la conjugaison des conflits internes et des appétits voraces externes que suscitent ses richesses ne sont pas pour la prémunir de crises plus ou moins graves.
L’une des raisons à cette instabilité chronique et récurrente est la difficulté à s’approprier les principes de la démocratie. Qu’ils accèdent au pouvoir, au pire par un coup d’Etat, succession dynastique ou au mieux par des élections passablement démocratiques, les chefs d’Etat africains finissent la plupart du temps par succomber à la tentation de la dictature. Grâce à l’absence d’armées républicaines, à la corruption, à l’analphabétisme d’une grande partie des peuples, au clientélisme, au culte de la personnalité et tutti quanti. Toutes choses qui engendrent des conflits sociopolitiques. De manière inconsciente ou non, les peuples africains sont eux-mêmes des usines à dictateurs.

La corruption

La corruption est un véritable fléau en Afrique, qui touche particulièrement les élites. En l’absence d’initiatives individuelles ou collectives de production de richesses, l’Etat reste la seule vache à lait. La politique est ainsi le plus grand pourvoyeur d’emplois et le seul moyen de s’enrichir de façon licite ou illicite sans travailler. Cet état de fait inhibe toute initiative et transforme certains agents de l’Etat, mais surtout ceux qui sont au pouvoir ou proches, en de véritables sangsues. Les économies en sont du coup gangrénées.
Si l’argent qui part en fumée au moyen de la corruption était effectivement investi en faveur des populations, l’Afrique aurait fait un grand bond en avant sur la voie du développement. Mais qui refuse de gagner de l’argent sans travailler? Ils ne sont pas légion, ces agents de l’Etat ou hommes politiques en Afrique. De nos jours, ils sont malheureusement comme des espèces humaines en voie de disparition.
La bonne gouvernance n’est pas le fort des dirigeants africains. Bien au contraire, c’est ce qui leur permet de rester au pouvoir en organisant des élections truquées d’avance par l’achat de conscience non seulement des électeurs en majorité analphabètes, mais aussi de ceux qui organisent les élections. Quand ils ne sont pas purement et simplement des dignes représentants de groupements économiques et politiques étrangers qui font feu de tout bois à cet effet.
Marcus Boni Teiga

Tuesday, May 10, 2011

10 mai 1981, triste anniversaire


« Il y a deux manières d’aborder une revendication sociale. La première consiste à additionner les difficultés pour justifier qu’on y renonce. La seconde à considérer qu’il s’agit d’une exigence de justice et que, si l’on fait le compte des obstacles, c’est avec la volonté de les surmonter », écrivait François Mitterrand en 1980 (1). Sept ans plus tard, pourtant, au terme du premier mandat du président socialiste, Lionel Jospin sonnait le glas du volontarisme politique qui avait marqué les premiers mois du gouvernement de gauche — nationalisation des banques et des grands groupes industriels, retraite à 60 ans, cinquième semaine de congés payés, augmentation des minima sociaux. Il annonçait en effet : « La période des grandes réformes ne se renouvellera pas (2). »
Les « réformes » allaient reprendre, mais en changeant de sens. Il ne s’agirait plus de réduire les inégalités sociales, mais d’accroître la rentabilité des entreprises ; plus d’élargir les marges de manœuvre de la puissance publique, mais de généraliser aux services publics la logique du marché ; à l’information et à la culture, celle de l’audimat et de la publicité. Ceci dit, le réformisme de la gauche a également concerné des questions de société, à propos desquelles les socialistes peuvent pointer de réelles avancées (suppression des juridictions d’exception, abolition de la peine de mort, fin des discriminations liées à la sexualité).
Paradoxalement, le seul président socialiste élu en France depuis Vincent Auriol en 1947 aura néanmoins compté au nombre des agents les plus performants de l’affaiblissement en France de l’idée de socialisme. Sa popularité actuelle dans les milieux dirigeants de l’entreprise et des médias ne s’explique peut-être pas autrement…
Pour les adversaires de la gauche (et pour les éléments les plus modérés de celle-ci), le bilan des années Mitterrand a ceci de réconfortant qu’il paraît avoir confirmé qu’un pays enserré dans l’économie mondialisée serait voué à perpétuer l’ordre social. L’échec du projet de « rupture avec le capitalisme » de Mitterrand permet ainsi à la droite de prétendre qu’il n’existe aucune alternative viable au libéralisme économique qu’elle défend : « Ce qui était socialiste n’a pas marché. Ce qui a marché n’était pas socialiste (3). »
Les socialistes modérés, pour leur part, se montrent d’autant plus prompts à exagérer les « erreurs » volontaristes de leur programme de 1981 qui aspirait à « changer la vie » que cela leur permet de célébrer le nouveau « réalisme » de leurs projets successifs (4). Ils n’aspirent plus dorénavant qu’à « réguler le capitalisme », ce qui explique qu’un des leurs dirige le Fonds monétaire international (FMI), pendant qu’un autre pilote l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
En définitive, la question n’est pas tant de savoir, trente ans après, si les socialistes ont « échoué » ou s’ils ont « réussi ». Ils ont échoué sur le front de l’emploi et sur celui de l’égalité sociale. Ils ont réussi sur ceux de l’inflation et des taux de profit. Le problème, c’est qu’on attendait d’eux qu’ils livrent la première bataille, pas qu’ils remportent la seconde.
Serge Halimi
(1) Cf. Quand la gauche essayait, Arléa, Paris, 2000.
(2) Le Monde, 9 octobre 1987.
(3) Alain Madelin, Europe 1, 12 février 1986.
(4) Le PS a admis, lors de son congrès de la révision doctrinale, en décembre 1991 : « Le capitalisme borne notre horizon historique. »

Dans « Le Monde diplomatique » :

  • « L’histoire vire-t-elle à droite ? » (aperçu), par Rémy Lefebvre, avril 2011.
    « Les valeurs des Français » ont-elle évolué vers la droite, comme l’estimait récemment Nicolas Sarkozy ? Le Parti socialiste ne se démarque pas toujours de cette analyse, bien commode pour justifier des renoncements politiques dont l’extrême droite se nourrit.
  • « “Vive la crise !”, saison deux » (aperçu), par Laurent Cordonnier.
    Un quart de siècle après la diffusion de « Vive la crise ! », une émission de pédagogie libérale animée par l’acteur Yves Montand, la télévision publique récidive, le 11 janvier. Mais, cette fois, le climat idéologique a changé.
  • « Liberté, égalité... “care” », par Evelyne Pieiller, septembre 2010.
    Respect, souci des autres : Martine Aubry hésite entre plusieurs termes pour traduire la notion de « care » qui, selon elle, devrait fonder le projet de société du Parti socialiste. Mais cette priorité accordée à la compassion ne conduit-elle pas à négliger les structures de l’économie ?
  • « Les socialistes ont-ils bonne mémoire ? », par Serge Halimi, avril 2010.
    Dans son dernier ouvrage de Mémoires, M. Lionel Jospin fait peu de révélations et ne délivre pas d’analyses percutantes. Néanmoins, l’ensemble n’est pas entièrement dépourvu d’avantages, qui relate la métamorphose d’une des figures de la gauche française, passée du militantisme trotskiste à la direction du PS.
  • « Terra Nova, la “boîte à idées” qui se prend pour un think tank », par Alexander Zevin, février 2010
    Un peu partout en Europe, les partis de gauche errent comme des bateaux ivres, incapables de définir une ligne politique, un projet de société. Ce marasme favorise les entreprises de « refondation intellectuelle » du progressisme, parfois moins désintéressées que ne l’affirment leurs ambitieux promoteurs.
  • « Socialiste ou “manager de l’espoir” ? » (S. H.), septembre 2008.
    M. Delanoë a choisi de se placer sur la scène déjà encombrée des « pragmatiques », des « réalistes », des modérés. Le maire de Paris se veut avant tout entrepreneur, « manager » même.
  • « A gauche, l’éternelle tentation centriste », par Grégory Rzepski et Antoine Schwartz, juin 2007.
    Face aux attraits de M. Sarkozy, capable de séduire le Front national et d’enrôler des personnalités comme M. Bernard Kouchner, les dirigeants de gauche semblent désorientés. Certains d’entre eux recommandent une adhésion plus ostensible à l’économie de marché. L’idée n’est pas vraiment inédite…
  • « La foire aux fiefs », par François Cusset, mai 2007.
    Parmi les curiosités héritées des années 1980, un paradoxe ne surprend plus personne : la décentralisation a engendré la mise en concurrence féroce et publicitaire des mille recoins de l’Hexagone et creusé une « fracture provinciale ».
  • « Quand la gauche de gouvernement raconte son histoire » (S. H.), avril 2007.
    Depuis 2002, on ne compte donc plus les acteurs directs des septennats de François Mitterrand ou du gouvernement de M. Lionel Jospin qui ont rédigé des ouvrages de Mémoires et d’analyse.
  • « Changer de président ou changer de Constitution ? », par André Bellon, mars 2007.
    L’élection présidentielle est devenue le centre de la vie politique française. Cependant, elle contribue aux dérives de la personnalisation du pouvoir. N’est-il pas temps de repenser les institutions et — pourquoi pas — de revenir au parlementarisme ?
  • « Quand la gauche renonçait au nom de l’Europe » (S. H.), juin 2005.
    Transformation sociale ou invocation des « contraintes européennes » ? Seule une réécriture conservatrice de l’histoire a conduit à poser comme inédite une question qui ne l’est pas. Car le risque d’une collision entre les ambitions de la gauche française et un environnement international qui l’inciterait à en rabattre ne date pas d’hier.
  • « La gauche dans son labyrinthe », par Anne-Cécile Robert, mai 2005.
    Pourquoi, lorsqu’il s’agit de la construction européenne, les représentants officiels de la gauche soutiennent-ils des documents qui, comme le traité constitutionnel, n’ont que peu à voir avec leur vocation politique et sociale ?
  • « Le rendez-vous manqué de la gauche et des cités », par Olivier Masclet, janvier 2004.
    La gauche rappelle régulièrement les principes du pacte républicain, tels que l’égalité des chances ou l’intégration de tous dans le respect des différences... Mais quelles mesures avance-t-elle pour intégrer les couches populaires, notamment les Français d’origine maghrébine ?
  • « Flamme bourgeoise, cendre prolétarienne » (S.H.), mars 2002.
    L’essai de M. Dominique Strauss-Kahn, La Flamme et la Cendre, théorise la rupture du Parti socialiste à la fois avec son histoire et avec ce qui constitua longtemps une fraction significative de sa base sociale.
  • « Un bilan doublement révélateur » (S. H.), mai 2001.
    L’ouvrage de deux journalistes de haut rang, qui ont fait appel, pour analyser les vingt années écoulées depuis l’élection de François Mitterrand, à « 47 experts et grands témoins », offre une belle démonstration de l’enfermement d’un certain journalisme dans la pensée dominante.
  • « Il y a quinze ans, “Vive la crise !” (P. R.), février 1999.
    En février 1984, une émission de télévision cherchait à accomplir un travail de propagande en faveur du marché. Fin des idéologies, futilité de l’Etat-providence, culte de l’entreprise : les Français étaient appelés à sacrifier Etat social et conquêtes syndicales sur l’autel de la rigueur.

Dans notre DVD-ROM d’archives (1968-2010) :

  • « Au nom du consensus... », par Christian de Brie, juillet 1988.
    Les élections présidentielle et législatives viennent de consacrer le ralliement des socialistes à la logique de l’économie de marché, aboutissement d’un long glissement amorcé dès 1982.
  • « Les socialistes français et la contrainte européenne », par Bernard Cassen, juin 1988.
    Le PS fait face à deux défis cruciaux : briser l’engrenage de la société duale qui s’installe, véritable fabrique des exclus et terreau de l’extrême droite ; préserver une marge de manœuvre vis-à-vis de l’Europe libérale du marché unique, qui ne connaît d’autre impératif que celui de la rentabilité.
  • « La foire aux libertés (I) », par Claude Julien, septembre 1984.
    L’intérêt général : tel était l’un des leitmotive de la gauche qui, maintenant, semble lui préférer l’« individualisme ». Mais elle renie son propre projet lorsqu’elle renonce à combattre une idéologie qui fait fi de l’intérêt général.
  • « La trajectoire originale du parti socialiste français », par Kostas Vergopoulos, septembre 1981.
    Le socialisme français aujourd’hui au pouvoir se situe dans une perspective différente de celle des social-démocraties du Nord, non seulement par ses objectifs, mais aussi parce qu’il correspond à un autre type de société.


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Wednesday, July 15, 2009

Santé aux Etats-Unis : « La réforme arrive »…

mercredi 15 juillet 2009

« La réforme arrive. Il nous faut réparer un système cassé. Le statu quo ne peut plus être admis », a annoncé le vice-président américain Joseph Biden le 8 juillet. Il faisait référence à la réforme du système de protection médicale, dont nul n’ignore plus qu’il accomplit le prodige d’être à la fois (de loin) le plus coûteux du monde (1) et l’un de ceux qui laissent totalement à l’écart une proportion considérable de la population (47 millions d’Américains avant la crise). Avec l’escalade impressionnante du chômage, qui a officiellement doublé depuis un peu plus d’un an (de 4,8 % de la population active en février 2008 à 9,5 % en juin 2009), ce sont chaque jour des milliers de familles supplémentaires qui se retrouvent non seulement sans emploi, mais aussi sans couverture médicale, laquelle est aux Etats-Unis très souvent payée par les employeurs.
Pour le parti républicain, qui affecte de croire que M. Barack Obama serait un dangereux révolutionnaire, le problème est ailleurs. Le 15 juillet, M. Michael Steele, son président administratif, s’est adressé aux souscripteurs habituels du parti : « Le président Obama et les démocrates du Congrès veulent un système de santé gouverné par l’Etat qui interposera un bureaucrate de Washington entre les familles américaines et leurs docteurs (...). Faites entendre votre voix avant que les démocrates d’Obama ne nationalisent un cinquième de l’économie américaine, ne nous engagent à des milliers de milliards de dollars de dépenses supplémentaires et de dette et ne commencent à rationner les soins administrés au peuple américain. (...) Ils avancent à marche forcée pour nous imposer un système de médecine socialisée à l’européenne (...) et entendent vous soutirer une fraction encore plus importante de vos revenus pour payer les soins des autres tout en rationnant les vôtres. »
Peu importe a priori ce que proclament les républicains, très minoritaires au Congrès, puisque, c’est certain, « la réforme arrive ». Soit, mais laquelle ? Dans son allocution hebdomadaire du 11 juillet, largement consacrée à ce sujet, le président Barack Obama a présenté avec beaucoup d’optimisme le calendrier à venir et les perspectives : « Le Sénat et la Chambre des représentants viennent d’adopter des textes qui vont réduire les coûts [de la protection médicale], garantir de meilleurs soins et endiguer les pratiques les plus scandaleuses des compagnies d’assurance afin que ces dernières cessent de refuser une couverture aux Américains sur la base d’un niveau de prévalence existant [un risque de maladie plus grand]. C’est un plan qui permettra aussi aux Américains de conserver leur protection médicale s’ils perdent leur emploi ou s’ils en changent. »
Le problème, c’est que pour parvenir à ce résultat et pour assurer la totalité de la population américaine « sans ajouter au déficit », le président démocrate a choisi de louvoyer avec les lobbies qui « tiennent » financièrement nombre de parlementaires. Et qui disposent par conséquent des moyens de veiller, comme ils le firent en 1993-1994 grâce à des campagnes publicitaires massives, à ce que leurs privilèges soient bien défendus. D’abord le lobby médical, qui devra s’engager à réduire le rythme d’augmentation de ses honoraires et la fréquence des hospitalisations et analyses prescrites aux patients (2), souvent pour prémunir les médecins contre d’éventuelles poursuites engagées par des avocats prédateurs (qui, eux non plus, ne manquent pas d’avocats au Congrès….) Ensuite, le lobby des assurances, lesquelles doivent cesser de n’assurer – à des prix exorbitants – que des malades en excellente santé. Celui, enfin, des laboratoires pharmaceutiques, capables à la fois de produire des médicaments beaucoup plus chers qu’ailleurs et d’interdire aux Américains de les acheter… ailleurs.
La solution envisagée pour le moment par l’administration démocrate, si elle implique davantage l’Etat, ne renonce pas pour autant à des solutions de marché dans un secteur, la santé, qui a tout intérêt à leur échapper. Bientôt, a expliqué le président Obama, les Américains pourraient donc « comparer les prix et choisir le plan qui répond le mieux à leurs besoins. L’un de ces choix serait un système public, dont la présence rendra les soins moins coûteux en créant une concurrence obligeant les compagnies d’assurance [privées] à rester honnêtes. »
Il n’est pas acquis que ce plan présidentiel, soucieux de ménager la chèvre et le chou, ne débouchera pas sur une usine à gaz, surtout quand tous les amendements des parlementaires auront été pris en compte. Au demeurant, que signifie vraiment « choisir le plan qui répond le mieux à ses besoins » dès lors que le « besoin » fondamental de chacun – demeurer en bonne santé – ne varie guère d’une personne à l’autre ? Or, pour remplir cet objectif élémentaire et universel, il faut cesser de réserver une place de choix à des compagnies d’assurance privées qui considèrent la santé d’abord comme un commerce. Cela, contrairement à ce que prétendent les criailleries républicaines, le plan annoncé ne le prévoit pas.
Pourquoi les médecins, assureurs et laboratoires pharmaceutiques américains réaliseraient-ils demain ce qu’ils n’ont jamais accompli hier, en particulier en matière de maîtrise des coûts ? M. Obama espère que la concurrence inédite d’un système public (aujourd’hui réservé aux très pauvres et aux personnes âgées), la détermination de la Maison Blanche et l’impatience de l’opinion apporteront la réponse. C’est un pari risqué. Compte tenu des enjeux sociaux et financiers qui en découlent, c’est aussi l’un des plus décisifs de sa présidence (3).
(1) En 2006, les dépenses médicales étaient de 6714 dollars par habitant aux Etats-Unis, de 4056 dollars en France, de 3912 dollars au Canada, de 3669 dollars en Allemagne, de 3361 dollars au Royaume-Uni et de 2690 dollars au Japon. Les résultats en matière de santé publique étaient en revanche presque toujours plus mauvais aux Etats-Unis, en particulier dans le domaine de la mortalité infantile (8 pour 1000 aux Etats-Unis, contre 5 pour 1000 en France, 6 au Canada, 5 au Royaume-Uni, 5 en Allemagne et 2,8 pour 1000 au Japon). Source : système d’information statistique de l’Organisation Mondiale de la santé (OMS). Selon une étude de cette même OMS couvrant dix-neuf pays industrialisés, la France est le pays qui a le plus faible taux de décès lié à des maladies curables, les Etats-Unis, le plus élevé.
(2) Depuis 1975, les dépenses de santé augmentent chaque année, en valeur réelle, à un rythme supérieur de 2,1 % à celui du reste de l’économie. Le président des Etats-Unis escompte que, dans les dix prochaines années, la seule maîtrise des coûts de santé pourrait permettre de réaliser 2 000 milliards de dollars d’économie.
(3) Dans un entretien accordé à Business Week, le 6 juillet 2009, M. Lawrence Summers, directeur du Conseil national économique de la Maison Blanche (President’s National Economic Council), a résumé ainsi l’impact financier de cette question de la maîtrise des dépenses de santé aux Etats-Unis : « Lorsqu’on établit des projections budgétaires à long terme, tout se résume aux dépenses de santé. Si nous pouvons modifier les projections de progression de dépenses ne fût-ce que de 1 % ou 1,5 % par an, nous pouvons réduire considérablement le niveau des déficits. »


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