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Tuesday, June 21, 2011

Comment être Français au XXIe siècle ?




Chems Eddine CHITOUR


« L’identité n’est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l’existence. »
Amin Maalouf (Les Identités meurtrières)
« Il ne faut pas se payer de mots ! C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne nous raconte pas d’histoires ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés, avec leurs turbans ou leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! (...) Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! »
Ces mots du général de Gaulle il y a un demi siècle dans la tourmente des "évènements d’Algérie" résument à eux seuls toute la problématique de la condition « d’être français » tel que le pensait De Gaulle en plein XXe siècle. Qu’en est-il aujourd’hui de l’identité française au XXIe siècle ? Doit-on la circonscrire uniquement aux Gaulois à têtes rondes pour paraphraser San Antonio dans « l’Histoire de France » ? Doit-on au contraire faire du désir d’être ensemble le ciment d’une identité du XXIe siècle ? (1)
Tout est reparti d’un débat organisé par le ministre de l’Identité nationale. Le président Sarkozy -pour des raisons éminemment « électoralistes » - a pris le risque - calculé ? - de réveiller les vieux démons de l’extrême droite et d’ouvrir la boite de Pandore qu’il sera difficile de refermer. D’autant que la tribune publiée dans le journal Le Monde, le 9 décembre, suscite des interrogations. On se souvient que le thème de l’identité a déjà été « vendu » lors des élections de 2007. Cela a commencé par une petite phrase : « La France : aimez-la ou quittez-la ». Ce mot a été emprunté à Ronald Reagan « America love it or leave it ». A l’époque, Le Figaro magazine se demandait : « Serons-nous encore français dans trente ans ? ».
Dans la mythologie grecque, écrit un intellectuel sous le pseudonyme d’Evariste, Pandore fut créée par Zeus pour se venger des hommes. Elle amena avec elle une jarre, qui renfermait tous les maux de l’humanité, dont la Vieillesse, la Maladie, la Guerre, la Famine, la Misère, la Folie, le Vice, la Tromperie et la Passion, ainsi que l’Espérance. Poussée par la curiosité, Pandore finit par ouvrir sa boîte, libérant ainsi tous ces maux. Nicolas Sarkozy, lui, en a fait un programme politique. Pure Folie, car Nicolas Sarkozy a demandé à Éric Besson de lancer ce débat à travers toute la France pour reconquérir l’électorat d’extrême-droite. (...) L’identité nationale renvoie à l’imaginaire que chacun projette, à partir de son histoire singulière et de son ressenti particulier, sur la France. C’est la raison pour laquelle un tel sujet de débat ne peut qu’alimenter les Passions et les divisions. Il ne peut conduire qu’à la discorde. On relèvera cet autre passage [ du discours du président Sarkozy], qui ne peut qu’introduire la confusion dans les esprits : « Mais je veux leur dire aussi [aux musulmans, Ndlr] que, dans notre pays, où la civilisation chrétienne a laissé une trace profonde, où les valeurs de la République sont partie intégrante de notre identité nationale, tout ce qui pourrait apparaître comme un défi lancé à cet héritage et à ces valeurs condamnerait à l’échec l’instauration si nécessaire d’un islam de France [...] »
« Les musulmans doivent-ils comprendre, explique Evariste, que « la France, tu l’aimes chrétienne ou tu la quittes » ? (...) Ce serait oublier que la République s’est construite en rupture avec la France chrétienne, (...) qu’il aura fallu qu’un sang impur abreuve nos sillons (que le sang bleu des forces monarchistes et cléricales soit versé) ». (2)
On comprend que dans ce débat, à tort ou à raison les Français musulmans égaux en droits voient dans ce débat sur l’identité une tentative d’exclusion - séparer le bon grain "de souche" de l’ivraie " l’allogène- alors qu’il est censé inclure . La réprobation du recteur de la mosquée de Lyon, Kamel Kabtane, est révélatrice à ce titre du ressentiment qui monte, reprochant au président d’une France plurielle de considérer l’Islam comme une « foi d’immigrés », et d’exhorter à « l’invisibilité » des musulmans dans l’espace public « Un déversoir et un défouloir ! » La coupe est pleine pour le commissaire à la diversité et l’égalité des chances, Yazid Sabeg, qui a confié au Journal du Dimanche ses mauvais pressentiments : « Ce débat échappe à tout contrôle, il peut aggraver les fractures et donne à beaucoup de Français, les Français de confession musulmane, le sentiment d’être une fois de plus marginalisés. »
Qui est en fait Français et depuis quand ? En son temps, le général de Gaulle aurait répondu : « Pour moi, l’histoire de France commence avec Clovis, choisi comme roi de France par la tribu des Francs, qui donnèrent leur nom à la France. Avant Clovis nous avons la préhistoire gallo-romaine et gauloise. L’élément décisif pour moi c’est que Clovis fut le premier roi à être baptisé chrétien. Mon pays est un pays chrétien et je commence à compter l’histoire de France à partir de l’accession d’un roi chrétien qui porte le nom des Francs. » Ces quelques phrases résument parfaitement ce que le XIXe siècle catholique n’a cessé de proclamer sur tous les tons et en toutes circonstances : la France n’est pas un peuple comme les autres ; le peuple élu, prédestiné des temps modernes (par opposition à l’ère biblique), le successeur insigne du peuple hébreu. (3)
Il y a donc à l’évidence débat sur les origines, ce qui nous appelle à parler de Français de souche. La contribution suivante nous permet den cerner les contours. : « (...) Les propos tenus par les personnalités politiques, indiquent clairement que l’identité française est nécessairement une identité française de souche. Donc, plutôt que de perdre son temps à se demander, à l’instar du gouvernement Sarkozy, « Pour vous qu’est-ce qu’être français », demandons-nous plutôt « qu’est-ce qu’être français de souche ? » Si pour le dictionnaire est de souche celui « qui appartient à un groupe national donné depuis de nombreuses générations, au point de ne plus être considéré comme un immigrant ni un descendant d’immigrant », pour nous, en observant la réalité des faits, la chose est claire : est de souche celui qui est « blanc » et qui porte un nom, un prénom, à consonance européenne, pour ne pas dire chrétienne. Au XVIe siècle l’Europe, via le Portugal et l’Espagne, promulgue des lois de « limpieza de sangre » (« purification du sang ») contre ses propres populations juives et musulmanes. A la suite de la chute de Grenade (1492) ».
« (...) En 1609, il y a exactement quatre cents ans, l’Inquisition décide d’en finir définitivement avec les Morisques. Les autorités politiques et cléricales hésitent un moment entre l’extermination physique et la déportation. Ce sera en fin de compte la déportation : « 500.000 personnes - hommes, femmes et enfants, seront déportées (hors d’Europe) avec, au moins, 75% de "pertes" ». Avec cette histoire tragique, l’Europe -et la France par conséquent -s’est bâtie une identité amputée de ses Juifs et de ses Musulmans... Le XIXe siècle européen érige les Blancs en dieux. En France, comme ailleurs en Europe, la tendance est la même. (4)
En 1882, Renan pouvait définir la nation comme « une âme, un principe spirituel ». Comment peut-on définir l’identité ?. Quelles sont les valeurs qui sont qu’on peut se sentir français en dehors des injonctions et qui peuvent changer d’un pouvoir à l’autre ? Montesquieu en son temps expliquait aux Français « comment être persan ? » Quelle différence y a-t-il entre un Bulgare un Hongrois un Arménien, un Espagnol, un Italien au regard de l’intégration avec un Algérien ou un Marocain ? La différence réside d’abord dans la non-maîtrise par les premiers de la langue et de la culture françaises. En fait, il n’est pas important qu’ils connaissent la « Ballade des pendus » de François Villon. Par contre, leur avantage décisif est l’identité religieuse qui, a bien des égards, berce d’une façon invisible la société française.
On le devine ; Tout ce beau monde est "compatible" avec le corps social français pétri par deux mille ans de cultures chrétiennes combien même ces ci-devant candidats à la nationalité n’ont qu’un rapport lointain avec la religion chrétienne, n’empêche ils sont « comme nous », traduction : ils peuvent être français, Certains français de fraîche date poussent le ridicule jusqu’à se « croire plus royalistes que le roi » N’a-t-on pas vu Manuel Val - avec des ascendants espagnols - émettre le souhait qu’il y ait plus blancos dans sa circonscription ?. Par contre, on peut être français depuis un siècle, le nom patronymique et surtout l’appartenance à une sphère cultuelle sont des « marqueurs indélébiles ».
On se souvient de l’article pathétique de Mustapha Kessous, journaliste au Monde, où il décrit le racisme ordinaire. On se souvient aussi de ces beur(e)s qui, las d’attendre un hypothétique ascenseur social, en viennent à revendiquer leur paléo-racine en reprenant les noms de Mohamed au lieu de Jean-Pierre de Rachida au lieu de Caroline. Sur quelle vision de l’histoire doit alors reposer l’identité nationale ? Celle d’une France gauloise, continuée par les rois, accomplie définitivement avec la République ? Ou celle d’une France métissée, faite de diversités culturelles et ethniques, ouverte sur l’avenir ?
Qu’est-ce qu’être français au XXIe siècle cinquante ans après le jugement sans appel du général ? Doit-on comme le réduit le débat actuel, à tenir à distance le musulman au point qu’à la 4e génération on parle encore de l’origine des beurs ? Nous donnons la parole à Jean Baubérot qui répond magistralement et avec humour au président Sarkozy :
« Tu as écrit une tribune dans Le Monde (9 décembre) qui a retenu toute mon attention. En effet, tu t’adresses à tes « compatriotes musulmans », et c’est mon cas, moi Mouloud Baubérot, frère siamois de celui qui tient ce blog. Avant, par politesse, il faut que je me présente très brièvement. Ma famille provient de Constantine, ville française depuis 1834 et chef-lieu d’un département français depuis 1848. Nous sommes donc d’anciens Français. D’autres nous ont rejoints peu de temps après et sont devenus Français, en 1860, tel les Niçois et les Savoyards. Et au siècle suivant, d’autres sont encore venus. Certains de l’Europe centrale, bien différente de notre civilisation méditerranéenne. Mais, comme tu l’écris très bien, nous sommes très « accueillants », nous autres. Alors nous avons donc accueilli parmi eux, un certain Paul Sarkozy de Nagy-Bosca, qui fuyait l’avancée de l’Armée rouge en 1944. Nous sommes tellement « accueillants » que nous avons fait de son fils, ton frère siamois, immigré de la seconde génération, un Président de notre belle République. Comment être plus accueillants ? Mais faudrait quand même pas tout confondre : entre lui et moi vois-tu, c’est moi qui accueille, et lui qui est accueilli. Ne l’oublie pas. (...) Quand les Sarkozy sont devenus Français, le ciel de Paris s’ornait d’une Grande Mosquée, avec un beau minaret. Je suis d’accord, moi Mouloud qui t’accueille, je dois te faire « l’offre de partager (mon) héritage, (mon) histoire (ma) civilisation), (mon) art de vivre ». Tiens, je t’invite volontiers à venir manger un couscous avec moi. (...) » (5)
« Contrairement à moi, puisque tu n’es en France que depuis une seule génération, tu as encore beaucoup de choses à apprendre quant aux « valeurs de la République (qui) sont partie intégrante de notre identité nationale ». Vu ta fonction, il faut que tu l’apprennes vite car « tout ce qui pourrait apparaître comme un défi lancé à cet héritage et à ses valeurs condamnerait à l’échec. » Mais, je ne suis pas inquiet : tu es très doué. (...) D’abord, la laïcité, ce n’est nullement « la séparation du temporel et du spirituel » comme tu l’écris. Le « spirituel » et le « temporel », ce sont des notions théologiques, et cela connotait des pouvoirs. (...) En laïcité, seul « le peuple » est souverain, et donc le seul « pouvoir » est le pouvoir politique qui émane de lui. (...) » (5)
Morts pour la France
« Tu fais preuve d’une curieuse obsession des minarets et tu sembles assez ignorant à ce sujet. Pour être concret, je vais te raconter l’histoire de France en la reliant à ma propre histoire d’ancien Français, du temps où toi, tu ne l’étais pas encore. Pendant la guerre 1914-1918, mon arrière-grand-père est mort au front, comme, malheureusement, beaucoup de Français, de diverses régions : Algérie, Savoie, ou Limousin,...Car nous avons été environ 100.000, oui cent mille, musulmans à mourir au combat pour la France. Nous étions déjà tellement « arrivés » en France, que nous y sommes morts ! Ces combats avaient lieu dans cette partie de la France appelée « métropole ». Ma famille y était venue, à cette occasion, et elle y est restée. A Paris, précisément. Comme nous commencions à être assez nombreux, et provenant, outre la France, de différents pays, la République laïque a eu une très bonne idée : construire une mosquée, avec un beau minaret bien sûr. Elle avait décidé, en 1905, de « garantir le libre exercice du culte ». « Garantir », c’est plus que respecter. C’est prendre les dispositions nécessaires pour assurer son bon fonctionnement. Pourquoi passes-tu tant de temps, dans ton texte, à nous parler des minarets ? (...) De plus, et je vais t’étonner Nicolas, les laïques, ils aimaient bien les minarets. Quand on a posé la 1ère pierre de la mosquée, le maréchal Lyautey a fait un très beau discours. Il a déclaré : « Quand s’érigera le minaret que vous allez construire, il montera vers le beau ciel de l’Ile de France qu’une prière de plus dont les tours catholiques de Notre-Dame ne seront point jalouses. » (5)
Belle lettre en vérité de monsieur Jean Bauberot (Mouloud pour les besoins du plaidoyer) qui permet de situer les véritables enjeux. Ceci dit, ce plaidoyer pour la tolérance pourrait être complété en ajoutant que la paix entre l’Eglise et la République est venue en partie d’un modus vivendi : la République ayant laïcisé les attributs de l’Eglise. Ainsi sur les 11 jours chômés dans l’année 9 sont à caractère religieux- on se souvient du tollé provoqué par la proposition de la commission Stasi de permettre que l’Aïd el Kebir et la fête juive du Kippour soit déclarées fêtes nationales chômées et payées. Point n’est besoin de les « identifier ». Les Musulmans de France dans leur immense majorité veulent vivre avec dignité leur culture. Ils connaissent les fils rouges à ne pas dépasser, ils savent ou ils doivent savoir qu’ils sont dans un vieux pays de tradition chrétienne. Pourtant leur identité religieuse n’est nullement un frein à leur patriotisme.
Pour rappel les Algériens qui montaient à l’assaut de la colline de Wissembourg avant la débâcle de Sedan en 1870, outre le fait qu’ils y ont décimé pour conquérir un bout de colline et y planter le drapeau français étaient des musulmans à part entière et des patriotes – à leur corps défendant à part entière - , il fut de même de ceux qui eurent à combattre les Allemands dans l’enfer de Verdun ; on les gavait de vin eux les musulmans !! - d’où l’expressionaboul gnole - devenu plus tard bougnoule un sobriquet démonétisant l’indigène. Les descendants de ceux qui sont morts pour la France ont choisi de vivre en Europe, ils souhaitent le faire dans la dignité. Ils veulent vivre d’une façon apaisée et sans ostentation leur spiritualité à l’ombre des lois de la République. Ce débat sur l’identité outre le fait qu’il débouchera sur un non lieux risque de remettre aux calendes grecques "ce désir de vivre ensemble" dont parle si bien Renan.
Pr Chems Eddine CHITOUR
Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz
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Friday, May 06, 2011

Football : haro sur les grands, costauds, puissants


Football : haro sur les grands, costauds, puissants
Une tribune de Mathieu Méranville et Serge Bilé, journalistes et écrivains




Que cela soit dit. Si la France avait gagné la Coupe du monde en Afrique du Sud, ou réalisé ne serait-ce qu’un parcours honorable, le problème des quotas, révélé par Médiapart, n’aurait jamais été soulevé. Mais voilà, les tricolores ont lamentablement sombré, déclenchant une hystérie dont cette triste et regrettable affaire est – souhaitons le – le dernier soubresaut.
Que n’a-t-on pas dit en effet pour expliquer le désastre sud-africain ? Journalistes, politiques, observateurs, ont consciemment ou non, séparé cette équipe en deux. D’un côté, les footballeurs des cités, Noirs, musulmans de naissance ou convertis. De l’autre, les joueurs d’une France bon teint, représentés par Lloris, Gourcuff, Toulalan.
Le pompon revenant à Roselyne Bachelot qui résumait les choses à sa manière : « Je ne peux que constater comme vous le désastre avec une équipe de France où des caïds immatures commandent à des gamins apeurés ». Caïds immatures d’un côté, gamins apeurés de l’autre. Suivez le regard de la ministre. Nicolas Anelka fut le lampiste idéal. Mais la suite a prouvé que Blacks, Blancs, Beurs avaient participé, comme un seul homme, à la mutinerie de Knysna. Comme un effet de balancier, la vérité est venue de l’autre côté des Pyrénées avec une Espagne triomphante. Une Selección composée de Castillans, de Catalans, bons teints eux aussi, qui ont démontré, après l’Italie en 2006, qu’il était désormais possible de remporter un Mondial, sans Noirs, Arabes, ou sang-mêlé. D’où la fameuse phrase qu’aurait prononé Laurent Blanc : « Les Espagnols, ils disent : Nous, on n’a pas de problème. Des Blacks, on n’en a pas ».
L’Italie, aussi médiocre sur le terrain que les Bleus, n’avait-elle pas donné l’exemple en refusant d’intégrer Mario Balotelli, malgré ses bonnes prestations en club ? Ce dernier aurait cependant pu jouer avec le Ghana s’il avait opté pour son pays d’origine, mais il a préféré décliner l’offre car il souhaite, malgré tout, endosser le maillot de la Squadra Azura. Faut-il le redire ? Si l’équipe de France, avec ces grands « Blacks », avait brillé en Afrique du Sud, la question des quotas n’aurait jamais été évoquée. Comme si les sportifs noirs étaient condamnés à gagner pour justifier leur appartenance à ce pays. C’est bien connu, quand Noah l’emportait, il était français, quand il perdait, il redevenait camerounais.
Yannick Noah, parlons-en. Un vrai binational celui-là. A-t-il opté pour le Cameroun lorsqu’il avait à choisir ? Non. Son fils Joachim, né d’une mère suédoise, a également opté pour l’équipe de France de basket, alors qu’il porte les couleurs des Chicago Bulls. De ce côté-ci de l’Atlantique, on n’a pas trouvé à redire. Comme les Noah, les footballeurs binationaux, formés ici, ont souvent fait le choix du cœur, celui de l’équipe de France. Les meilleurs choisissent toujours en effet d’évoluer en bleu, à l’image de Zidane, Benzema, Nasri, M’Vila, ou Diarra.
Critique mal placée
Détail paradoxal, ce que la France du football reproche aux autres nations, elle n’hésite pas à le pratiquer avec les joueurs venus d’ailleurs. Tout récemment, les dirigeants français se sont livrés à un bras de fer avec la fédération argentine pour enrôler Gonzalo Higuain, sous le prétexte que ce jeune et talentueux footballeur était né en France, même s’il en est parti très tôt. Autre joueur de la filière argentine, David Trézéguet a fait les beaux jours des Bleus, malgré son doux accent argentin. Enzo Zidane, fils de Zinedine, est lui aussi convoité par les dirigeants français qui ne se soucient pas qu’il ait été formé au Real Madrid.
Toute cette affaire révèle en réalité un travers de la société française. Il est symptomatique en effet de voir qu’on est systématiquement accusé de porter atteinte à la République dès qu’on évoque des quotas pour favoriser la diversité dans certains métiers, alors qu’on franchit allègrement le pas dans un milieu où on estime que les minorités sont surreprésentées. On ose même des statistiques puisque les dirigeants du football français ne se privent pas d’évoquer un chiffre de 30% de joueurs binationaux dans les pôles de formation.
Que dire enfin des propos sur les joueurs noirs, tenus par les cadres du football français, qui ne voient en eux que des « grands, costauds, puissants », juste bons pour leur physique, mais incapables in fine d’organiser le jeu comme leurs coéquipiers blancs. Cela ramène à une anecdote qui remonte à la Coupe du monde de 1950. Le Brésil avait perdu la finale à domicile à cause de son gardien noir, Moacir Barbosa, qui, gêné par le soleil, avait encaissé un but fatal à la Seleção. À cause de cette erreur, comme il s’en produit des dizaines sur tous les stades de la planète, on avait considéré, à tort, jusqu’à la sélection de Dida, dans les années 90, qu’un Noir n’avait pas le sang-froid nécessaire pour garder les buts brésiliens.
La France était, à l’inverse, aux avant-postes, puisque dès 1931, Raoul Diagne, Sénégalais de naissance, défendait les buts tricolores. C’était le début de l’aventure Blacks, Blancs, Beurs, qui devait déboucher, soixante-sept ans plus tard, sur la victoire de 1998.
Une victoire, symbole d’une fraternité sans cesse à construire dans ce pays, cette fraternité qu’il importe aujourd’hui de sauver dans le football français.

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Friday, December 24, 2010

LA FRANCE RETARDE LE DEVELOPPEMENT DE L’AFRIQUE


Par AYMARD du Bénin
Le réel problème et le plus crucial sur lequel il faudra que l’Afrique, l’Afrique  francophone se lève est celui de son extrême dépendance au système français.
Le général De Gaulle affirmait en 1961, tout juste après le processus de décolonisation des anciennes colonies françaises : "Notre ligne de conduite, c’est celle qui sauvegarde nos intérêts et qui tient compte des réalités. Quels sont nos intérêts ? Nos intérêts, c’est la libre exploitation du pétrole et du gaz que nous avons découvert ou que nous découvririons".Et, tout a été fait pour embrigader ces pays, bloquant ainsi leurs développements.
La domination économique de la France sur ses anciennes colonies d’Afrique Noire, enracinée dans la devise "franc CFA"  doit prendre fin.
Le Bénin, le Burkina-Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal, le Togo ; formant l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), le Cameroun, la République centrafricaine, la République du Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad formant la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et l’Union des Comores sont les quinze Etats africains membres de cette zone franc qui ne leur a rien apporté depuis cinquante ans sinon que des problèmes et un plus grand asservissement à la France.
La coopération monétaire entre la France et ces Etats africains de la Zone franc est régie par quatre principes fondamentaux que sont :
1.     La garantie de convertibilité illimitée du Trésor français ;
2.    La fixité des parités ;
3.    La libre transférabilité ;
4.    La centralisation des réserves de change (en contrepartie de cette garantie, les trois banques centrales que sont la BCEAO pour l’UEMOA, la BEAC pour la CEMAC et la BCC pour les Comores sont tenues de déposer une partie de leurs réserves de change auprès du Trésor français sur leur compte d’opérations).
En échange donc de la garantie française de la convertibilité du franc CFA, ces pays ont consenti à déposer 65 % de leurs réserves de devises étrangères sur un compte spécial du ministère des Finances français et ont accordé à la France un droit de veto sur la politique monétaire à adopter au sein de la zone franc.
En clair, lorsque le Bénin par exemple vend du coton aux Etats unis pour 500.000 dollars, les Etats unis payent les 500.000 dollars au Bénin mais sans que le Bénin ne voit la couleur de l’argent. En effet, les Etats-Unis envoient les 500.000 dollars qu’ils doivent au Bénin par le trésor français et celui-ci garde 65 % (la part de la banque de France) et donne 35 % à la BCEAO et ce sont finalement ces 35% soit 175.000 dollars qui nous reviennent.
C’est à la limite de l’exploitation, l’exploitation d’une nation par une autre nation et même un déni de souveraineté puisque ces pays ne sont pas libres de la gestion de leur politique économique et monétaire, domaine pourtant constitutif de la souveraineté d’un État.
La preuve en est la dévaluation de 1994 décidée unilatéralement par la France et qu’ont dû subir ces Etats. L’indépendance de ces Etats est alors une indépendance de façade et cet assujettissement de la monnaie de l’Afrique subsaharienne à la monnaie française ne favorise pas le développement.
Au moment où ces pays croupissent sous le lourd poids de la mondialisation et qu’ils ont besoin des ressources pour diversifier leurs agricultures, promouvoir l’entrepreneuriat chez les jeunes, des milliers de milliards de FCFA sont entassés au trésor français au nom de l’appartenance à la zone franc.
Le passage du franc français à l’euro devait sonner le glas de ce système mais comme les gouvernants africains se refusent à toute réflexion sur le développement et l’avenir du continent, la France a réussi à obtenir de leur part que les accords de coopération monétaire de la zone franc ne soient pas affectés par son entrée dans l’union européenne.
Le système est toujours resté le même et le franc CFA est aujourd’hui lié à l’euro suite à l’intégration de la France dans l’Union européenne et à l’élaboration d’une monnaie unique pour l’Europe ce qui signifie que la valeur du franc CFA dépend de celle de l’euro.
Ainsi donc, les pays africains sont amenés à subir et subiront les fluctuations du cours de l’euro, ces fluctuations lors de la conversion entre l’euro et les monnaies étrangères jouent sur les recettes d’exportation des pays africains.
Parité
Création du FCFA
26 décembre 1945
1 FCFA = 1,70 FF
Dévaluation du franc Français (FF)
17 octobre 1948
1 FCFA = 2,00 FF
Instauration du nouveau franc Français
27 décembre 1958
1 FCFA = 0,02 FF
Dévaluation du FCFA
12 janvier 1994
1 FCFA = 0,01 FF
Arrimage du FCFA à l’euro
1er janvier 1999
1 euro = 655,957 FCFA
Plus, s’effrite les recettes d’exportation, plus les pays africains deviennent moins compétitifs sur le plan international.
La preuve, la croissance industrielle en Afrique est passée de 8% dans les années 1960 à moins de 1% ; de 1960 à 1969, la part moyenne de l’Afrique aux exportations et importations mondiales était de 5,3% et 5,0% respectivement et de 1990 à 1998 elle n’était que de 2,3% et 2,2%, stagnant à 2% depuis l’an 2000.
Cette descente traduit parfaitement la difficulté de l’Afrique à être présente sur le marché mondial vu qu’elle est dépouillée de plus de la moitié de ces revenus par la France. Conséquences : les économies africaines restent très faibles, les populations se paupérisent et donnent la voix par des troubles civils, des rébellions, du grand banditisme bref, une implosion de la violence dans les pays africains.
Et elle intervient alors la France avec son programme d’aide au développement qui, il faut le rappeler ne constitue pas 1% de son PIB. Environ 0,47% de son PIB est consacré à l’aide au développement dont une part croissante sous forme de prêts à rembourser avec des taux d’intérêts énormes.
Ces 0,47% sont loin des 0,7% que la France elle-même par son Président a promis atteindre en mars 2009 au sommet de Doha.
Il faudrait que les Africains commencent à se mettre dans la tête que la France ne peut rien offrir au continent africain qu’elle a contribué énormément à arriérer pendant des décennies et des décennies ; elle-même est essoufflée financièrement et ne tient sa place de puissance mondiale que grâce à la corde qui la lie à l’Afrique ; cette Afrique qui est pratiquement en péril dans tous les domaines.
Sans une indépendance économique, l’Afrique ne peut avoir une indépendance politique et ne peut prétendre au développement.
L’Afrique offre à la France de par sa passivité et son absence de vision de développement un vaste marché d’écoulement des produits français, une présence stratégique importante avec des bases militaires par ci par là sur le continent, l’exploitation abusive et presque gratuite de nos matières premières et partant, une influence politique des plus machiavéliques qui soit avec des soutiens aux dictateurs africains.
L’ingérence intempestive de la France dans la politique intérieure des Etats africains,  le soutien de la France aux régimes dictatoriaux africains sont les conséquences directes du souci permanent de la France de préserver ces Etats africains comme des colonies qu’elle pourra contrôler à sa guise et où elle pourra installer des entreprises françaises pour l’exploitation des matières premières africaines ; hypothéquant du coup le développement de l’Afrique.
Un petit fait anodin ; au Togo, ancienne colonie allemande membre de la zone franc depuis 1949, quand le Président SYLVANUS OLYMPIO a commencé à donner de la voix émettant son désir ardent de sortir de la zone franc dès 1963 pour donner l’indépendance monétaire à son pays, c’est son assassinat qui survint à travers un coup d’Etat mettant au pouvoir un dictateur qui s’est juste contenté d’être président pendant des décennies, de martyriser son peuple et le résultat est là.
La plupart des anciennes colonies françaises ont connu des troubles et les quelques-unes qui résistent sont entrain d’être poursuivies par cette même France qui apporte sournoisement son soutien à des régimes corrompus, dictatoriaux, douteux, machiavéliques, mafieux et galeux qui sacrifient leurs peuples au profit des intérêts français.
Comment comprendre qu’avec le climat de tension, le mauvais bilan du régime de Boni YAYI au Bénin rattrapé par des dossiers de malversations financières et de corruption, la volonté manifeste de Boni YAYI de restreindre les libertés par des coups répétés portés aux libertés démocratiques (signe des dictatures en gestation), la domestication des institutions de contre-pouvoir par Boni YAYI, la volonté affichée des partisans du moins ce qu’il en reste des partisans de Boni YAYI d’aller à l’affrontement avec les partisans des autres forces politiques, la situation économique précaire du pays, la France veuille le garder au pouvoir en l’aidant à confectionner une liste électorale truquée ?
La raison est toute simple : c’est pour préserver les intérêts français. Boni YAYI a tout vendu et les français ont tout acheté. Ils ne peuvent que le soutenir pour qu’ils puissent les aider à trouver de marchés à leurs entreprises, que leurs entreprises puissent résister à la crise, se faire une bonne santé financière, que l’économie française puisse se porter à merveille et que l’économie béninoise se détériore et qu’aussi les béninois croupissent de faim, attendant l’émergence. C’est cela la politique cachée d’aide au développement de la France.
La France a créé des foyers de tension dans les pays qui ont essayé de remettre en cause les accords qu’elle a conclu avec eux par le biais des anciens présidents, les déstabilisant pour légitimer son indispensable soutien et mieux exploiter le pays.
Je n’apprécie pas personnellement le président GBAGBO mais je suis obligé de reconnaitre qu’il est un homme courageux ; il a préféré que l’argent du pays serve au pays en remettant en cause les accords douteux conclus entre la France et son pays que de continuer à servir l’Etat français comme l’ont fait ses prédécesseurs. Peu de temps après, la guerre éclata.
Tout le temps, c’est des troubles dans les pays africains francophones et pendant ce temps, les anciennes colonies britanniques comme le Ghana, poursuivent tranquillement et petitement avec l’aide si besoin est, de la Grande Bretagne leur route vers le développement.
-        Comment la France a-t-elle fait pour acquérir des terres en Afrique ?
-        Au nom de quoi la France peut-elle prétendre être propriétaire d’une partie du sous-sol africain ?
-        Au nom de quoi la France peut-elle prétendre avoir des propriétés sur les terres africaines, propriétés qu’elle se permet de mettre en bail aux Etats Africains ? 
-        Pourquoi les Etats africains doivent-ils continuer à payer à la France des redevances pour des résidences construites sur leurs terres du temps de la colonisation ?
-        Pourquoi le continent n’a cessé de régresser malgré ses richesses considérables ?
-        Pourquoi la France tient-elle par des accords ambigus à dépouiller l’Afrique de ces richesses ?   
L’image angélique que les médias occidentaux et du monde montrent de la politique de la France en Afrique est erronée et derrière le rideau se cache une réelle prédatrice du développement Africain.
Il faudrait que les peuples africains se mettent en mouvement pour une souveraineté réelle et une démocratie effective.
L’Afrique ne peut pas compter sur les dirigeants corrompus, sans qualification et sans connaissance aucune, sans réelle volonté de développement, qui sont à la tête des Etats africains actuellement. Elle a perdu ses vrais leaders, ses vrais nationalistes, morts l’arme à la main avec la complicité de la plupart de nos chefs d’Etats africains actuels.
La jeunesse africaine a le devoir d’honorer leurs mémoires en changeant cela, et c’est à cette révolution que je l’appelle. L’Afrique doit procéder à sa propre restructuration si elle veut avancer ou alors elle devra s’apprêter à disparaître. Ceci est inévitable si la jeunesse africaine ne change pas la donne. 
L’heure est aux grands rassemblements dans le monde et le continent ne doit pas rester en marge de ces bouleversements, il doit rentrer dans la marche par l’Unité, l’unité de l’Afrique, les Etats-Unis d’Afrique pour parler d’une seule voix et exiger le retrait de la France de nos pays.
Nous n’avons pas le droit de nous taire, nous avons le devoir de réagir et de mettre au pouvoir pour ce nouveau cinquantenaire qui s’est ouvert des hommes et des femmes qui ont le sens patriotique ; pas de faux patriotes ou des patriotes auto-proclamés.
Déterminés, nous réussirons et l’Afrique se relèvera.

Wikio

Tuesday, October 06, 2009

La France refoule 12% des artistes africains


Il y a quelques mois, on apprenait que les enfants de Tchernobyl éprouvaient les pires difficultés à venir se soigner, et se reposer, en France, à cause de la nouvelle procédure administrative d’obtention des visas biométriques (cf Tchernobyl: les enfants bloqués à la frontière française).

Le fait que des artistes soient eux aussi bloqués à nos frontières n’est pas nouveau. Mais on n’en connaissait pas l’ampleur. Le ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire vient de reconnaître qu’en 2008, il avait refusé de délivrer de visas à 12% des artistes africains invités à venir se produire en France.

A mes chers parents gaulois, par Fadel DiaAncien Inspecteur général de l’Education nationale, troisième secrétaire général de la Confemen (la “Conférence des ministres de l’Éducation des pays ayant en partage le français“, la plus ancienne des institutions francophones, créée en 1960), de 1989 à 1993, Fadel Dia, 71 ans, est Sénégalais, et écrivain, auteur de deux romans, dont “Mon village aux temps des Blancs“, publié chez l’Harmattan, et un essai, “A mes chers parents gaulois“, ou “La France et l’Afrique passées au crible du regard d’un ancien colonisé” :

Je suis un enfant de la colonisation, j’ai fréquenté les bancs de l’école coloniale, j’ai appris que mes ancêtres étaient les Gaulois et on m’a initié à Chateaubriand…

Tout au long de ma carrière d’enseignant et de haut fonctionnaire, j’ai été amené à côtoyer des officiels français aux yeux desquels je ne suis jamais resté qu’un sous-fifre.

J’ai voulu parler de ce non-dit, de ce tabou que j’ai constaté à de nombreuses reprises : la condescendance feutrée des coopérants, des officiels mais aussi de simples citoyens français à l’égard de ceux qu’ils appellent « les Africains ».

Depuis la colonisation, la France a imposé en Afrique sa culture, ses modes de pensée et même son histoire. Il en résulte une forme de mépris qui perdure encore aujourd’hui, cinquante ans après les indépendances. Avec, comme conséquence, un désamour croissant entre nos pays.

En tant que citoyen de ce qui était votre plus ancienne colonie en Afrique noire, j’ai beaucoup à vous dire.

Invité à venir en parler lors d’un grin littéraire (regroupement amical pour discuter, autour d’un thé) au festival Africajarc qui se tenait du 23 au 26 juillet dernier, le consulat, pour examiner sa demande de visa, lui a donné rendez-vous… le 7 septembre. « Il a 70 ans, remarquait Henri Senghor, neveu et filleul du célèbre poète et homme politique sénégalais. A-t-il le profil d’un immigré clandestin ? ».

Dans une tribune libre parue dans Libération fin juillet, l’écrivain Alain Mabanckou (prix Renaudot) et le journaliste Christian Eboulé (TV5, Magazine Continental…) constataient qu’”obtenir un visa pour venir en France n’était déjà pas une sinécure, c’est de plus en plus mission impossible; et aucune catégorie de population n’est épargnée” :

Alors que, traditionnellement, artistes et intellectuels d’Afrique noire bénéficiaient d’une certaine bienveillance dans l’octroi des visas, la donne semble avoir complètement changé.

Chaque jour, les refus de visas se multiplient, notamment en période estivale, où les invitations à participer à des festivals et autres manifestations culturelles sont nombreuses.

Pis, les procédés employés pour signifier ces refus sont de plus en plus pernicieux ; les rendez-vous proposés unilatéralement par les consulats sont fixés de telle sorte qu’il est impossible d’honorer les invitations.

Sur son blog, Fadel Dia explique la technique, cynique, utilisée par le consulat pour réduire, mécaniquement, le nombre de délivrance de visas :

La méthode est connue et repose sur la délocalisation des tâches subalternes. Vous achetez - à la banque - un code téléphonique (c’est votre premier investissement sans garantie de succès), déclinez votre identité, exposez les motifs de votre demande et les contraintes de votre déplacement.

Une voix neutre et standardisée vous fixe un rendez-vous : c’est un mois et demi… APRES la tenue de la rencontre à laquelle vous étiez convié ! Vous marquez votre étonnement ? « Oui, je vous ai bien compris mais je n’ai que ça pour le moment. Appelez de temps en temps, achetez une 2e, voire une 3e carte. Je prends note, mais nous ne sommes pas le Consulat ! ».

C’est bien vrai, ils n’en sont que les « coxeurs » (rabatteurs, ndlr) : vous n’avez jamais le même interlocuteur et une fois sur deux, on vous assure que tous les opérateurs étant occupés, il vous faudra rappeler.

Et puis quelle idée de voyager à cette période : « c’est l’été monsieur, le consulat et toute la France sont en vacances et vous êtes trop nombreux à vouloir partir ! ».

Français qui nous invitez, faites-le en hiver, quand il gèle et qu’il neige et non en été quand votre pays est en fête !

Cela m’a coûté à prés de … 200 000 F (305€, ndlr) de ne PAS AVOIR EU le visa ! « Mais monsieur, on ne vous a pas refusé de visa, le consulat n’a même pas pris connaissance de votre dossier ! ». C’est bien le piège des mots, puisque le résultat est le même.

Ce n’est pas la première fois que je découvre à quel point nos administrations sont réorganisées de sorte de limiter, “mécaniquement“, le nombre de visas.

En 2006, Frank Paul, responsable du fichier d’empreintes digitales biométrique Eurodac des demandeurs de visa à la Commission européenne (voir aussi Calais: des réfugiés aux doigts brûlés), avait ainsi benoîtement expliqué, devant quelques journalistes (dont j’étais) que le coût des bornes biométriques allait “mécaniquement” limiter le nombre de consulats susceptibles d’en délivrer : moins il y aurait de bornes biométriques, moins il y aurait de demandes de visas…

D’autant que le coût de cette demande de fichage biométrique allait aussi, financièrement, enrayer le nombre de demandes de visas, et donc le nombre de migrants potentiels… puisqu’il faut payer pour être fiché.

En réponse à deux questions des sénateurs Michèle André et Bernard Piras, le Ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire vient de reconnaître que ses services, en 2008, ont refusé l’entrée à 12% des artistes africains invités à venir se produire en France :

Les visas de court séjour sont le plus souvent délivrés en quelques jours ouvrés, sauf ceux qui doivent faire l’objet de consultations préalables des autorités françaises ou des pays partenaires Schengen. (…)

Au plan statistique, il apparaît que, en 2008, 2 238 visas de court séjour ont été délivrés à des artistes ressortissants des pays d’Afrique, sur les 2 536 demandés, soit un taux d’accord de près de 90 %.

2 238 visas accordés pour 2 536 visas demandés, soit 88,25% de visas accordés, ou 11,75% des visas refusés, et 298 des artistes africains invités à se produire en France mais refoulés l’an passé.

Africajarc, cette année, a ainsi été contraint d’annuler une rencontre avec un journaliste et écrivain mauritanien (M’Bareck Ould Beyrouk), un débat en présence de quatre travailleurs sociaux de RDC (Edho Mubendi et James Moutembo) et du Tchad (Abdel Kadre Abdel Kerim et Apollinaire Dioninga), eux aussi “empêchés“, mais aussi le concert des Go de Kotéba -dont deux des chanteuses, Awa et Maaté, ont été bloquées par le consulat-, ainsi que celui du groupe Susuma, bloqué au Ghana “au motif que les organisateurs du festival ne présentaient pas les garanties suffisantes pour confirmer leur départ du territoire français“.

Je ne sais combien de concerts, lectures, rencontres ou festivals en ont été perturbés des dernières années, non plus que le nombre d’artistes non-africains concernés. Il serait d’ailleurs intéressant de savoir combien de demandeurs de visas -qu’ils soient africains ou non, artistes ou non- ont ainsi été refoulés aux frontières de la France (et de l’Europe, en général).

Francophone, francophile, « francolâtre », mais refoulé

Difficile de conclure ce billet sans mentionner le texte, poignant, qu’en a tiré Fadel Dia. Extraits :

« DROIT A LA FRANCE ? »

Pourquoi sommes-nous si stressés dès le moment où il nous faut entreprendre une démarche en vue d’un déplacement en France ? Pourquoi sommes–nous plus stressés que quand il s’agit de se rendre en Turquie, aux Etats-Unis, voire en Chine ? Peut-être par ce que nous en demandons trop à la France et peut-être aussi parce que elle nous en promet trop.

Je suis francophone, francophile, « francolâtre » même comme le sont trop souvent les Sénégalais de ma génération, plus royalistes que le roi dans la défense de la qualité du français parlé et écrit.

J’ai longtemps enseigné l’histoire, non seulement en français mais de France. J’ai dirigé une institution intergouvernementale dont la vocation est la promotion et la consolidation de l’enseignement dans la langue de Molière dans les pays qui ont le français en partage.

Je suis écrivain de langue française, publié par des maisons d’édition françaises qui ont pignon sur rue et dont l’une, fréquentée autrefois par Senghor, Césaire ou Michel Leiris, a vu récemment sa directrice décorée de la Légion d’Honneur par le président Sarkozy lui-même pour services rendus à la culture française.

A l’occasion de la sortie de mon dernier livre, paru dans cette même maison, j’ai reçu l’invitation d’une institution reconnue et subventionnée par les collectivités et l’Etat français et qui est depuis plus de dix ans le symbole même de cette « coopération des peuples et des terroirs et non des banques » qu’affectionne, nous dit-on, l’Ambassadeur de France à Dakar.

Africajarc est en effet un festival porté par tout un village (230 bénévoles sur une population de 600 âmes !), une manifestation fondée sur le « respect des différences et l’estime réciproque ».

Je ne suis solliciteur ni d’emploi ni de subsides et me suis même engagé, à titre de contribution et pour le plaisir de l’échange, à prendre en charge les frais liés à mon déplacement…

La France a proclamé qu’elle allait faciliter la circulation des artistes, des intellectuels, des écrivains, des chercheurs… et sur la base de ces arguments, tenant compte des motivations qui sous-tendent mon projet, et malgré les déboires rencontrés dans le passé, j’ai pensé qu’une demande de visa ne devrait plus être pour moi qu’une formalité et que, d’une certaine manière, non seulement j’avais droit à la France, mais qu’il existait des Français qui avaient des droits sur moi et notamment celui de me convoquer au partage et au dialogue.

Je savais que pour avoir le visa il fallait, d’abord, accéder au Consulat, présenter en quelque sorte le corps du délit, mais je n’imaginais pas que cela était en soi une épreuve de taille, si difficile que je n’ai jamais pu la franchir après deux semaines de siège.

(…)

« IMMIGRATION CHOISIE » : PAR QUI ?

Avec la France nous sommes souvent trahis par nos sentiments et victimes de notre crédulité qui nous fait croire que nous traitons avec elle d’égal à égal. Nous nous laissons abuser par les mots et oublions toujours que si tous les pays sont égaux, il y en a qui sont plus égaux que d’autres et que « dans tous les rapports où l’une des parties n’est pas assez libre ni égale le viol, souvent, commence par le langage » (A. Mbembé).

Le français est une langue concise et c’est déjà dans les mots que se dessinent les nuances. Un « immigré » c’est, selon Littré, quelqu’un qui est « venu dans un pays pour s’y établir », mais si un Sénégalais qui vit et travaille en France est un immigré, un Français qui vit et travaille chez nous est désigné par le terme autrement plus valorisant d’ « expatrié ».

Un Français qui vient pour un court séjour au Sénégal est un « touriste », accueilli à bras ouverts, même quand il est sans le sou, un Sénégalais dans la même situation est versé dans la catégorie d’immigré potentiel et soumis à des tracasseries administratives.

(…)

L’Ambassadeur de France rêve de « pouvoir expliquer librement l’action de son pays au Sénégal ». Il est sûr, dit-il, « d’être entendu sans parler » : il a de la chance car beaucoup d’Africains parlent à la France sans espoir d’être entendus ni même écoutés !

Moi même, je m’y suis essayé, en « laissant parler mon cœur », comme lui-même l’a fait devant ses invités, le 14 juillet dernier. Son Excellence a préféré « tenir entre ses mains » mon livre, plutôt que de le lire, le soupçonnant de n’exprimer que « la part amère de la rencontre entre nos deux pays et nos deux cultures ».

Il préfère, pour ce qui le concerne, « la part féconde et enrichissante de cette rencontre, notamment dans le domaine des lettres ». C’est justement de cette part qu’on m’a privé en me faisant rater le rendez-vous d’Africajarc, ne me laissant que l’amertume.



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