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Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur.










Friday, March 05, 2010

Etats-Unis : les enjeux du vote de la résolution sur le génocide des Arméniens



LEMONDE.FR | 05.03.10 | 13h45  •  Mis à jour le 05.03.10 | 14h37

ux Etats-Unis, l'adoption, jeudi 4 mars, de la résolution HR 252 portant sur la reconnaissance du génocide des Arméniens, en commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, comporte à la fois des enjeux extérieurs et intérieurs.
Sur le plan extérieur, trois enjeux sont à relever :
  • Pousser la Turquie à ratifier le protocole signé avec l'Arménie. Les Etats-Unis, très impliqués dans le rapprochement entre l'Arménie et la Turquie, expriment ici leur impatience devant la lenteur du processus de ratification du protocole de normalisation des relations entre la Turquie et l'Arménie, signé le 10 octobre à Zurich (Suisse). Depuis plusieurs mois, Washington avait plus ou moins averti Ankara que plus la procédure de ratification tardait, plus les risques de voir le Congrès se saisir de la résolution sur la reconnaissance du génocide des Arméniens augmentaient.

    D'où, pour la première fois, le peu d'empressement de l'administration américaine à dissuader le Congrès de voter une résolution sur le génocide des Arméniens. En effet, à plusieurs reprises, Barack Obama, Hillary Clinton et Philip Gordon, sous-secrétaire d'Etat aux affaires européennes et eurasiennes, ont signalé aux autorités turques qu'Ankara avait tout intérêt à ratifier ce document. Or la Turquie conditionne cette ratification à un règlement de la question du Haut-Karabakh, théâtre d'une guerre entre les Arméniens et les Azerbaïdjanais entre 1990 et 1994. Depuis l'accord de cessez-le-feu signé en 1994, cette guerre remportée par les Arméniens est l'objet d'un processus de paix mis en place par un groupe de contact de l'OSCE appelé "Groupe de Minsk", co-présidé par la Russie, la France et les Etats-Unis. A l'unisson, Américains, Russes et Français ont affirmé à Ankara que les deux dossiers (Haut-Karabakh et normalisation entre l'Arménie et la Turquie) étaient indépendants, et que toute interférence de l'un sur l'autre pouvait créer une confusion générale et faire ainsi échouer les deux processus. Le vote des congressistes américains met désormais un peu plus la pression sur Ankara.
  • Orienter le Caucase du Sud vers Washington. Si l'administration Obama a modéré ses interventions auprès de sa majorité démocrate au Congrès, c'est aussi pour tenter de déplacer le curseur du Caucase du Sud vers les Etats-Unis. Rival de la Russie, qui a enregistré un sursaut de leadership dans la région depuis sa victoire sur la Géorgie en 2008, Washington, avec cette technique du soft power (vote d'une résolution), vise directement l'Arménie, alliée de la Russie.

    Si ce vote permet à Washington d'obtenir davantage l'écoute d'Erevan dans la région en lui faisant prendre ses distances avec Moscou, les Américains s'ancreraient davantage dans les réalités du Caucase du Sud et pourraient compter sur le soutien moins du régime de Sarkissian que de la société civile arménienne. Ainsi ce vote s'adresse autant à la Turquie qu'à l'Arménie et la Russie. Rappelons que la Russie est opposée à la reconnaissance du génocide des Arméniens par Washington, notamment pour des raisons stratégiques. Moscou avait en effet déjà mal réagi à un vote similaire en 2007 à la Chambre des représentants. Les Russes n'ignorent pas que Washington cherche à s'attacher les faveurs des trois pays du Caucase du Sud à la fois pour des questions stratégiques, politiques et énergétiques.
  • Pousser la Turquie à rompre avec sa diplomatie équivoque. Ce vote en commission revêt également un mécontentement de la part de Washington à l'égard d'une diplomatie turque équivoque au moins dans trois dossiers : Iran, Israël, Russie. Membre de l'OTAN et du G20, la Turquie s'est considérablement rapprochée de la Russie, tient un discours ambigu à l'égard de l'Iran et critique systématiquement Israël pour sa politique régionale. Contrairement aux Américains, aux Européens et aux Israéliens, qui exigent de l'Iran un renoncement à son programme nucléaire, les Turcs ont multiplié les appels à la modération envers Téhéran, considérant qu'il fallait comprendre les inquiétudes des Iraniens.

    Israël, durement critiqué par le duo de l'exécutif turc Gül-Erdogan, a vu ces derniers temps un sentiment pro-arménien se profiler à la Knesset comme à l'étranger, notamment aux Etats-Unis, où le lobby pro-israélien est particulièrement actif. Jusqu'à maintenant, Israël, partenaire stratégique de la Turquie, a toujours refusé de reconnaître le génocide des Arméniens, au nom de la Realpolitik. Mais, cette année, plus de trente députés de la Knesset ont appelé Israël à le reconnaître publiquement. Aux Etats-Unis, le lobby pro-israélien, divisé sur la question arménienne, s'est, dans ce vote au Congrès, manifestement moins impliqué qu'à son habitude en faveur de l'allié turc d'Israël.

Ce vote revêt également trois enjeux aux Etats-Unis :
  • Répondre à une promesse de campagne. Lorsqu'il était candidat à l'élection présidentielle, Barack Obama avait à maintes reprises reconnu le génocide des Arméniens. Une fois élu, le nouveau président avait profité du rapprochement arméno-turc pour renoncer au "G word" (pour génocide), considérant que "tout en ne changeant pas de position", il fallait laisser "les peuples arménien et turc trouver les voies de la réconciliation". Ces déclarations ont secoué l'électorat des Armenian-American (1,5 million de personnes aux Etats-Unis), déçus par ce qu'ils appellent la volte-face de Barack Obama. A quelques semaines de la date commémorative du génocide des Arméniens, le 24 avril, ce vote en commission constitue en quelque sorte un début de compensation répondant à une promesse de campagne. Ce que les administrations précédentes n'ont pu faire, l'administration Obama pourrait l'envisager...
  • Des élections de mi-mandat problématiques pour les démocrates. Ce vote de la résolution HR 252 a lieu à sept mois des élections de mi-mandat (novembre 2010) qui s'annoncent difficiles pour la majorité démocrate au Congrès. En un an, l'administration Obama a, en effet, perdu d'importantes élections partielles (gouverneurs, sénateurs), y compris dans son bastion démocrate du Massachusetts (en remplacement du poste de Kennedy). Plusieurs congressistes ont saisi cette occasion pour limiter les dégâts, notamment les élus de Californie, de Floride, du New Jersey, qui comptent d'importantes communautés arméniennes. La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, élue de Californie, tient à conserver sa majorité et donc son poste après 2010.
  • Un message du lobby pro-arménien à l'Arménie. La diaspora arménienne, qui compte 4 millions de personnes est, sinon hostile, du moins très réservée quant au protocole de normalisation des relations entre l'Arménie et la Turquie. Aux Etats-Unis, entre les désillusions provoquées par Barack Obama et les critiques envers le régime de Sarkissian, signataire du protocole avec la Turquie, les Armenian-American ont dépensé beaucoup d'énergie pour obtenir du caucus arménien (groupe d'amitié) au Congrès l'introduction de la résolution HR 252 avec l'espoir de provoquer la colère de la Turquie, dont la réaction négative attendue compromettrait encore un peu plus la ratification du protocole entre l'Arménie et la Turquie.
La balle est désormais dans le camp de la Turquie, qui vient de rappeler son ambassadeur aux Etats-Unis, Namil Tan, "pour consultations". Deux options s'ouvrent donc pour Ankara :
Hypothèse pessimiste : la Turquie, mal à l'aise avec ces protocoles qui ne font pas l'affaire de son allié azerbaïdjanais, peut voir dans ce vote de la HR 252 l'occasion de se retirer de la table des négociations avec Erevan, sans endosser la responsabilité de l'échec puisqu'elle imputerait ce résultat négatif à Washington.
Hypothèse optimiste : la Turquie introduit au Parlement le protocole arméno-turc et le fait voter par sa commission des affaires étrangères sans amendement, au risque de provoquer la colère de Bakou. Ce qui permettrait à Ankara d'une part de "passer le bébé" des protocoles au Parlement arménien, plaçant ainsi le focus international sur Erevan ; d'autre part d'éviter une poursuite de la procédure d'adoption de la résolution HR 252 à la Chambre des représentants.
Car le résultat du vote (23 voix contre 22) ne plaide pas en faveur d'un examen de la résolution en séance plénière de la Chambre des représentants. Ce scénario s'était déjà opéré en 2007 sous la pression de l'administration Bush. Ce serait là une nouvelle fois une marque de pondération de Washington envers son allié Ankara, incontournable pour les intérêts américains en Afghanistan et en Irak. Rien n'indique en effet que si la Turquie entame un examen favorable du protocole avec l'Arménie, le Congrès américain poursuive la procédure d'adoption de la résolution HR 252. Si celle-ci n'est pas adoptée d'ici à novembre 2010, tout serait annulé et devrait recommencer de zéro.

Gaïdz Minassian

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Monday, March 01, 2010

France - Renouvellement des papiers d'identité : Hortefeux veut un changement "en profondeur


Le ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, et celui des affaires étrangères, Bernard Kouchner, ont adressé lundi 1er mars, une circulaire aux préfets, ambassadeurs et consuls pour simplifier de façon "radicale" les démarches de renouvellement des papiers d'identité, annonce l'intérieur."Face aux trop nombreuses tracasseries administratives rencontrées par certains de nos concitoyens lors de la première demande et surtout du renouvellement de leurs titres d'identité", M. Hortefeux annonce dans un communiqué avoir "décidé de changer en profondeur la réglementation, souvent trop tatillonne, afin de simplifier la tâche de l'ensemble de nos concitoyens".
Selon la circulaire des deux ministres, "carte nationale d'identité et passeport sont désormais interchangeables : la présentation d'une carte nationale d'identité plastifiée permet sans aucune difficulté d'obtenir un passeport, et inversement, celle d'un passeport électronique ou biométrique permet d'obtenir une carte nationale d'identité", précise le ministre de l'intérieur.
"LA NATIONALITÉ N'A PAS À ÊTRE VÉRIFIÉE"
Dans l'un ou l'autre de ces cas, s'"il est légitime de vérifier l'identité du demandeur pour éviter les usurpations d'identité, la nationalité n'a pas à être vérifiée", ajoute-t-il. De même, "l'usager n'a plus à se procurer un acte d'état civil". Enfin, relève l'intérieur, "dans les cas où elle demeure strictement nécessaire, la vérification de la nationalité est effectuée en priorité à partir des pièces les plus faciles à obtenir par l'usager". De la sorte, "cela signifie que la saisine du greffe du tribunal d'instance en vue de la délivrance d'un certificat de nationalité française doit ne plus être qu'une solution de tout dernier recours et tout à fait exceptionnelle".
Au cours de la réunion mensuelle des préfets place Beauvau, M. Hortefeux leur demandera de "mettre en œuvre au plus vite cette nouvelle réglementation sur le terrain". Une autre réunion, "avec les directeurs des préfectures en charge des titres d'identité aura lieu dès jeudi", poursuit l'intérieur, tandis que Brice Hortefeux souligne qu'il va"écrire à l'ensemble des maires de France pour leur donner toutes les indications utiles pour mettre en œuvre cette réforme dans les services d'accueil des mairies".


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Massive head of pharaoh unearthed in Egypt



This undated photo released by the Egyptian Supreme Council ...
AP
Sun Feb 28, 8:20 AM ET
This undated photo released by the Egyptian Supreme Council of Antiquities in Cairo, Egypt, Sunday Feb. 28, 2010, shows the newly unearthed 3,400-year old red granite head, part of a huge statue of the ancient pharaoh Amenhotep III, at the pharaoh's mortuary temple in the city of Luxor. Egypt's Culture Ministry says a team of Egyptian and European archaeologists has unearthed a large head made of red granite of an ancient pharaoh who ruled Egypt some 3,400 years ago.
 (AP Photo/ Supreme Council of Antiquities

CAIRO – Archaeologists have unearthed a massive red granite head of one Egypt's most famous pharaohs who ruled nearly 3,400 years ago, the Egyptian Supreme Council of Antiquities announced Sunday.
The head of Amenhotep III, which alone is about the height of a person, was dug out of the ruins of the pharaoh's mortuary temple in the southern city of Luxor.
The leader of the expedition that discovered the head described it as the best preserved sculpture of Amenhotep III's face found to date.
"Other statues have always had something broken: the tip of the nose, the face is eroded," said Dr. Hourig Sourouzian, who has led the led the Egyptian-European expedition at the site since 1999. "But here, from the tip of the crown to the chin, it is so beautifully carved and polished, nothing is broken."
The head is part of a larger statue found several years ago, along with the parts of the body, the back slab, and the ceremonial beard which Souruzian says will soon be connected with the head.
Amenhotep III, who was the grandfather of the famed boy-pharaoh Tutankhamun, ruled from 1387-1348 B.C. at the height of Egypt's New Kingdom and presided over a vast empire stretching from Nubia in the south to Syria in the north.
Sourouzian said the pharaoh was famous for leading Egypt at the peak of its ancient civilization, when peace and luxury were prevalent throughout the kingdom. Craftsmen were also honing their artistic techniques during the period, which may explain the symmetrical features of the unearthed head.
"But he may have looked exactly as this statue and he may have been a very beautiful, very handsome man," Sourouzian told the Associated Press.
Amenhotep III's massive mortuary temple was largely destroyed, possibly by floods, and little remains of its walls.
The expedition, however, has unearthed a wealth of artifacts and statuary in the buried ruins, including two statues of Amenhotep made of black granite found in March.

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Racisme français : pour en finir avec l’expression de « nègre» en littérature.




 
Par Claude Ribbe



 


 
Au moment où sort le film de Roman Polanski, The Ghost Writer, adapté du roman de l’auteur britannique Robert Harris The Ghost (L’homme de l’ombre) il s’avère que le distributeur et le producteur délégué du film, qui n’ont pas osé utiliser Le Nègre comme titre, semblent ne pas vouloir se priver, curieusement, dans la version française et dans la version originale sous-titrée d’utiliser le mot «nègre». C’est un véritable scandale. La France est le seul pays au monde à utiliser le mot «nègre» dans le sens d’esclave littéraire. Ce terme, dont la connotation raciste est tellement qu’évidente que plus personne n’ose l’utiliser au sens littéraire qu’avec des guillemets, fait en effet allusion au statut d’esclave du collaborateur surexploité qui fait le travail d’un autre. Il est apparu au XVIIIe siècle, au moment où la France surexploitait ses colonies en y déportant des millions d’Africains qui mouraient en quelques années. En ce sens, il véhicule la glorification la plus éhontée de l’esclavage et du racisme le plus primaire, car l’expression «nègre littéraire» est également un terme de mépris, correspondant au mépris qu’on vouait aux esclaves et qui s’attache encore trop souvent aux personnes à la peau noire, bien longtemps après que l’esclavage a été aboli. L’expression «nègre» au sens de collaborateur littéraire a été répandue en France en 1845 par Maison Alexandre Dumas & Cie, fabrique de romans, un pamphlet raciste du prêtre défroqué Jean-Baptiste Jacquot qui se faisait appeler Eugène de Mirecourt. Ce texte ordurier et calomnieux, qui visait Alexandre Dumas, a valu à son auteur, à la demande d’Alexandre Dumas, d’être condamné à six mois de prison et à une forte amende, alors que n’existait même pas encore le délit de diffamation à caractère raciste. Mirecourt éprouvait évidemment une jouissance particulière à utiliser le mot «nègre» à propos d’Alexandre Dumas, homme à la peau colorée et fils d’esclave. On a vu récemment réapparaître la même jouissance dans les textes de journalistes racistes qui défendaient le recours à Gérard Depardieu pour interpréter le rôle de Dumas et prenaient un plaisir évident à colporter les thèses de Mirecourt selon lesquelles Dumas n’aurait pas capable d’écrire ses livres sans l’aide d’hommes à la peau blanche. On sait que ces débordements, qui font appel aux instincts les plus abjects des Français, ont eu pour effet direct de faire monter de plus de deux points les intentions de vote pour le Front national aux élections régionales. Ces dérives doivent à présent cesser. Près de dix ans après que la France a déclaré l’esclavage crime contre l’humanité, il n’est plus supportable que l’expression de «nègre» soit encore utilisée au sens d’esclave dans un film destiné au grand public, alors que l’usage est d’avoir désormais recours au terme de «plume», de «collaborateur», d’écrivain fantôme ou de «ghost writer». Il me semble qu’au XXIe siècle, il est plus que temps de faire entrer dans la tête des Français que le mot « nègre » ne peut plus, en aucun cas, être utilisé impunément pour désigner un être humain qu’on exploite d’une manière ou d’une autre et qui serait méprisé du fait de cette exploitation. Je demande donc au producteur et au distributeur du film The Ghost Writer d’appliquer aux sous-titres et à la version française la même doctrine que celle qu’ils ont appliquée au titre et de s’abstenir de véhiculer gratuitement en France un racisme qui n’est pas dans l’esprit de l’œuvre dont est tiré le film. Faute de rectification immédiate dans ce sens, j’en appelle toutes celles et tous ceux qui luttent contre le racisme a ne pas aller voir ce film et à lui appliquer le même boycott qu’à L’Autre Dumas qui a été un échec retentissant dès la première semaine.


Claude Ribbe,

écrivain,

Président de l'association des Amis du général Dumas

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Equipe de France : le bleu et le noir

Thierry Henry, Patrice Evra, Nicolas Anelka et Florent Malouda, le 10 octobre 2009.
AFP/FRANCK FIFE
Thierry Henry, Patrice Evra, Nicolas Anelka et Florent Malouda, le 10 octobre 2009.


our différentes raisons, notamment politiques, l'équipe de France de football n'a disputé qu'un seul match, de toute son histoire, en Afrique du Sud. C'était il y a dix ans. Une rencontre amicale sans grand intérêt (0-0), mais précédée d'une entrevue avec Nelson Mandela. Sur la pelouse de l'Ellis Park de Johannesburg, le lendemain, le sélectionneur Roger Lemerre avait aligné huit joueurs noirs. Un aspect qui, deux ans après la victoire de l'équipe black-blanc-beur en Coupe du monde, passa quasi inaperçu en France. Mais ne laissa pas insensible en Afrique du Sud, où le football est le sport de prédilection de la population noire.

"Les spectateurs étaient surpris, se souvient l'ancien défenseur Lilian Thuram. Ils imaginaient l'équipe de France... différente." Et dix ans plus tard, alors que les Bleus de Raymond Domenech entament leur préparation au Mondial sud-africain en recevant l'Espagne, mercredi 3 mars, la "photographie" de l'équipe de France n'a pas changé, sinon dans ce sens : la probabilité de voir une sélection majoritairement composée de joueurs noirs est encore plus forte.
Faire ce constat est une réalité. Croire qu'il ne dérange personne en France est, en revanche, une naïveté. Le sujet a déjà alimenté plusieurs polémiques. La dernière en date remonte certes à 2006, mais elle a été relancée à la faveur des derniers dérapages de son auteur, Georges Frêche : "Dans cette équipe, il y a neuf Blacks sur onze. La normalité serait qu'il y en ait trois ou quatre, ce serait le reflet de la société. Mais là, s'il y en a autant, c'est parce que les Blancs sont nuls. J'ai honte pour ce pays." Sur ce terrain, Jean-Marie Le Pen l'avait précédé à deux reprises (1996, 2006). Entre-temps (2005), le philosophe Alain Finkielkraut s'était fendu d'une déclaration peu heureuse (et mal interprétée, selon lui) dans laquelle il décrivait une équipe"black-black-black" synonyme de "ricanements" en Europe.
Trouver qu'il y a trop de Noirs, et plus généralement trop "d'étrangers", sous le maillot bleu n'est pas un fait nouveau. "L'équipe de France de football ayant été de tous temps le creuset des flux migratoires, il y a toujours eu, à chaque génération, trop de "quelque chose" : trop de Hongrois, trop de Polonais, trop de Maghrébins, trop d'Italiens... Il y a même eu trop de Belges à une époque", rappelle l'historien Pascal Blanchard, spécialiste de la question coloniale et coauteur du documentaire "Des Noirs en couleur" (sortie en DVD en mai 2009 chez Universal). D'après lui, la première réaction de "négrophobie" à l'encontre de la sélection nationale remonte à un match à Moscou contre l'URSS : "Le public russe avait conspué les Bleus parce que cinq Noirs figuraient dans leurs rangs (Gérard Janvion, Marius Trésor, Jean Tigana, Jacques Zimako et Alain Couriol)." C'était en 1980.
Paradoxalement, si la France possède une certaine antériorité sur le sujet, c'est aussi parce qu'elle fut précurseur en matière d'intégration de footballeurs de couleur. Le Guyanais Raoul Diagne fut ainsi, dès 1931, le premier Noir appelé en équipe nationale alors que son "équivalent" anglais, Viv Anderson, ne disputa son premier match international qu'en 1978 - soit deux ans après qu'un Guadeloupéen, Marius Trésor, fut devenu le premier capitaine noir de l'équipe de France...
Peu de pays occidentaux, voire aucun, n'ont à ce point affronté leur passé colonial via le sport. D'après Pascal Blanchard, l'explication remonterait aux Jeux olympiques de Berlin de 1936 : "Voyant que 25 % des médailles gagnées par les Etats-Unis l'avaient été par des Afro-Américains, les autorités sportives françaises de l'époque et L'Auto (ancêtre de L'Equipe) se sont dit qu'il serait stupide de ne pas faire la même chose. Une mission en Afrique occidentale française a été organisée, des milliers de gamins ont été réunis torse nu dans des stades. Cela n'a rien rapporté sur le coup, mais cela a semé une idée. Des clubs pro ont vite compris l'intérêt de regarder en direction de ce potentiel composé de joueurs coûtant peu cher. Une dynamique s'est installée. Dont l'équipe de France a ensuite profité."
L'Afrique noire et le Maghreb seront les premières zones de détection. Les Antilles viendront plus tard. Et pour Pascal Blanchard, la présence de joueurs noirs dans le foot français tient donc d'une "tradition".
C'est sur la base de cette tradition que l'équipe nationale accueille aujourd'hui, outre des joueurs d'origine antillaise (Thierry Henry, William Gallas, Nicolas Anelka...), des enfants de la deuxième génération immigrée (Bacary Sagna, Alou Diarra, Lassana Diarra). Cela n'explique pas pour autant pourquoi ceux-ci sont aujourd'hui majoritaires en bleu. La question est complexe, sensible, et même... inopportune pour certains : "Quand je vois l'équipe de France, je ne vois que des Français : ce serait dangereux de les différencier en fonction de leur couleur de peau, insiste la ministre des sports, Rama Yade. A l'inverse de nombreux domaines de la vie sociale où des considérations autres que la performance peuvent venir parasiter les choix et les promotions, en sport on prend les meilleurs. Après, il s'avère qu'ils sont noirs. Que voulez-vous qu'on y fasse ?"
A ce stade, deux thèses s'opposent ou se complètent selon les interlocuteurs. La première voudrait que les sportifs noirs bénéficient de prédispositions physiques particulières. L'argument, qu'aucune étude scientifique n'a jamais démontré, est bien ancré dans les consciences, comme le démontre un sondage LH2 Sport pour la fondation que Lilian Thuram a créée en faveur de l'éducation contre le racisme : à la question "Selon vous, quelles sont les qualités spécifiques des personnes de couleur noire ?", 22 % des Français répondent "les qualités physiques et athlétiques".
Lilian Thuram ne voit dans cette théorie que "le préjugé raciste le plus commun, très dangereux, car nous vivons dans une société qui oppose la force physique à l'intelligence : être plus fort physiquement sous-entend souvent être moins intelligent. En effet à la même question, 3 % des sondés répondent "une bonne capacité intellectuelle"". Pour le sociologue Claude Boli, responsable scientifique du Musée national du sport et spécialiste des populations noires en Europe, la presse sportive n'est pas exempte de tout reproche en la matière : "Il arrive encore de lire que les joueurs africains sont meilleurs en été qu'en hiver ou qu'ils sont pourvus d'une certaine nonchalance. On leur attribue aussi parfois un vocabulaire animalier, en parlant de gardien de but "félin" par exemple !"
Le fait est que cette idée a largement fait son lit dans le football professionnel, et notamment dans le domaine de la formation, où les joueurs afro-antillais n'ont jamais été aussi nombreux."Pourquoi autant de Blacks ?, interroge Erick Mombaerts, le sélectionneur de l'équipe de France Espoirs (moins de 21 ans). C'est très simple. Le foot est un ascenseur social pour une grande partie des populations en difficulté. C'est vrai que la société française n'est pas constituée de tels pourcentages, mais le sport pro n'est pas représentatif de cette société."
"Ces jeunes développent des aptitudes plus élevées, ils sont en avance sur le plan physiologique, ils ont une maturité plus précoce, reprend l'entraîneur des Bleuets. Le foot, c'est un milieu très excessif, on est à l'ère du tout physique. Les clubs français recrutent en masse ces jeunes là, mais ils vont devoir se poser la question : faut-il recruter uniquement des joueurs athlétiques ? Ou trouver le bon compromis, entre vivacité et puissance ? En 1998, la sélection, c'était Blanc, Black, Beur, aujourd'hui c'est plutôt Black, Beur, Blanc. "
A la base, l'équation s'avère aussi économique : "Dans beaucoup de pays, les joueurs de football professionnels viennent généralement des classes sociales les plus basses. C'est précisément là que l'on trouve en grande majorité les populations noires en France, comme la grande majorité des énarques est issue des classes sociales les plus hautes", souligne Lilian Thuram.
Le rôle des parents, dans l'affaire, n'est évidemment pas neutre, non plus : "Interrogez un pauvre sur la potentialité qu'a son fils de s'inscrire dans une filière professionnelle à l'âge de 12 ans et d'avoir un pécule à 18 ans, et vous comprendrez pourquoi ces jeunes s'orientent plus facilement vers le football", indique Pascal Blanchard. "La question derrière tout cela, c'est le champ des possibles : en l'occurrence, l'offre qui se présente aujourd'hui aux jeunes de banlieue. Entre d'un côté les études et, de l'autre, un espace - le sport - où la rage permet de l'emporter sur beaucoup de choses, le choix est rapide", insiste Claude Boli, commissaire de l'exposition "Terrain d'ici, joueurs d'ailleurs : les footballeurs africains en France, de 1950 à nos jours", visible au Musée du sport à partir de mai.
S'il est incontestable que Raymond Domenech (qui n'a pas souhaité s'exprimer) ne choisit ses joueurs qu'en fonction de leur talent, l'impact de cette présence noire dans le football tricolore va sans doute bien au-delà des réactions de racisme primaire. "Le risque, estime Claude Boli, est de renforcer les stéréotypes sur les prédispositions physiques des Noirs." Rama Yade préfère aborder le sujet par la question de la sous-représentation des minorités visibles dans des domaines comme la politique, l'économie, les médias : "Il est important, pour les jeunes issus de l'immigration, qu'il y ait d'autres référents que le prototype du footballeur, car celui-ci donne le sentiment qu'il n'y a que par le sport que peut s'exprimer l'ascension sociale."

Gérard Davet et Frédéric Potet
Article paru dans l'édition du 02.03.10

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