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E. do REGO

IL EXISTE MILLE MANIERES DE MENTIR, MAIS UNE SEULE DE DIRE LA VERITE.

Le Mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour, dit le sage Haoussa .

Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur.










Saturday, March 31, 2012

De quoi l'Europe souffre-t-elle ? - RTBF Chroniques Paul Krugman

Lisbonne, Portugal - Ici, tout va très mal puisque le taux de chômage dépasse les 13 pourcent. C'est encore pire en Grèce, en Irlande et d'une certaine façon en Espagne et l'Europe toute entière semble glisser vers une nouvelle récession.
Pourquoi l'Europe est-elle devenue le malade de l'économie mondiale ? Tout le monde connaît la réponse. Malheureusement, la majeure partie de ce que les gens savent n'est pas la vérité - notre discours économique est plein d'histoires fausses quant aux maux dont souffre l'Europe.

Si on lit un éditorial à propos de l'Europe - ou, comme trop souvent, un article censément factuel - on y rencontrera très certainement l'un des deux récits que je me représente comme le récit républicain et le récit allemand. Aucune de ces deux histoires ne colle à la réalité.

Le récit républicain - et c'est l'un des thèmes centraux de la campagne de Mitt Romney - veut que l'Europe ait des problèmes car elle en a trop fait pour aider les pauvres et les moins chanceux, et que nous assistons aux derniers souffles de l'état Providence. D'ailleurs, cette histoire est une histoire révérée par les républicains depuis très longtemps : en 1991, lorsque la Suède souffrait d'une crise bancaire causée par les dérèglements (ça vous rappelle quelque chose ?), le Cato Institute a publié un rapport triomphant démontrant que c'était l'échec du modèle de l'état Providence.

Ai-je mentionné le fait que la Suède, qui possède toujours un état Providence très généreux, est aujourd'hui un pays ultra performant, avec une croissance économique plus rapide qu'aucun autre pays développé ?

D'ailleurs, faisons cela de manière systématique. Regardons les 15 pays européens qui utilisent l'euro (laissons Malte et Chypre de côté) et classons-les selon le pourcentage de leur PIB qu'ils ont dépensé pour des programmes sociaux avant la crise. Est-ce que les pays GIPEI (Grèce, Irlande, Portugal, Espagne, Italie) se démarquent par leur état Providence particulièrement clément ? Pas du tout ; seule l'Italie était dans les cinq premiers et même à ce niveau-là, son état Providence était plus faible que celui de l'Allemagne. Des états Providence excessivement généreux ne sont donc pas la cause des problèmes.

Le suivant, c'est le récit allemand, qui est basé sur l'irresponsabilité fiscale. Cette histoire semble coller à la Grèce mais à personne d'autre. L'Italie avait des déficits des années avant la crise, mais ils n'étaient que légèrement plus importants qu'en Allemagne (cette dette importante italienne a été laissée en héritage par des politiques irresponsables remontant à de nombreuses années). Les déficits du Portugal étaient bien plus faibles, alors que l'Espagne et l'Irlande se trouvaient avec des bénéfices.

Oh, et les pays qui ne font pas partie de la zone euro semblent capables d'accumuler d'importants déficits et de fortes dettes sans être en crise. La Grande-Bretagne et les Etats-Unis peuvent emprunter à long terme à un intéressant taux d'intérêt de 2 pourcent ; le Japon, qui est bien plus fortement endetté qu'aucun autre pays d'Europe, y compris la Grèce, paie seulement 1 pourcent.

En d'autres termes, l'hellénisation de notre discours économique, qui veut que nous soyons tous à un an ou deux de déficits avant de devenir une autre Grèce n'est pas du tout pertinente.

De quoi l'Europe souffre-t-elle donc ? La vérité est que l'histoire est surtout monétaire. En introduisant une monnaie unique sans les institutions nécessaires à la bonne marche de cette monnaie, l'Europe a, dans les faits, réinventé les défauts de l'étalon or - défauts qui ont joué un rôle majeur en causant et en perpétuant la Grande Dépression.

Plus précisément, la création de l'euro a engendré un faux sentiment de sécurité parmi les investisseurs privés, libérant de gigantesques mouvements de capitaux non durables dans les pays émergents de l'Europe. En conséquence de ces mouvements, les coûts et les prix ont augmenté, l'industrie est devenue non compétitive et les pays qui avaient un commerce à peu près équilibré en 1999 se sont alors mis à accumuler d'importants déficits commerciaux. Puis la musique s'est arrêtée.

Si les pays en développement avaient encore leur propre monnaie, ils pourraient et ils utiliseraient la dévaluation pour retrouver rapidement la compétitivité.

Mais ce n'est pas le cas, ce qui veut dire qu'ils sont partis pour une longue période de chômage de masse et de déflation lente et destructrice. Leurs crises de la dette ne sont que des conséquences de cette perspective bien  triste, parce que les économies déprimées mènent à des déficits budgétaires et la déflation amplifie le poids de la dette.

Pourtant, comprendre la nature des problèmes de l'Europe n'offre que des bénéfices limités aux Européens eux-mêmes. Les pays touchés, particulièrement,
n'ont rien d'autre que des mauvais choix : soit, ils souffrent de la déflation, soit ils prennent la décision drastique de quitter l'euro, ce qui ne sera faisable politiquement que si tout le reste s'écroule (la Grèce semble s'approcher de ce point de non-retour). L'Allemagne pourrait proposer son aide en faisant machine arrière sur ses propres mesures d'austérité et en acceptant une inflation plus importante, mais elle ne le fera pas.

Pour nous autres, cependant, remettre l'Europe d'aplomb fait une grande différence parce que les fausses histoires à propos de l'Europe sont utilisées pour pousser à des mesures qui seraient cruelles, destructrices, ou les deux. La prochaine fois que vous entendrez quelqu'un évoquer l'exemple européen pour exiger que l'on détruise notre filet de sécurité social ou que l'on sabre nos dépenses en raison d'une économie fortement déprimée, voici ce que vous devez savoir : cette personne n'a aucune idée de ce dont elle parle.

Paul Krugman

Friday, March 30, 2012

Je suis binationale. Ça vous pose un problème ?


Laurence Lowenthal | Journaliste
    Laurence vient de recevoir son second passeport. Elle raconte pourquoi elle a ressenti le besoin de « clamer » sa deuxième nationalité.

Mes deux passeports (Laurence Lowenthal)
Je viens de recevoir mon second passeport. Je suis ce qu’on appelle une binationale : j’ai toujours eu deux nationalités, mes parents étant eux-mêmes binationaux. Je suis née et j’ai grandi à l’étranger, mais depuis l’âge de 12 ans, je vis en France avec des papiers exclusivement français. Jusqu’à ce matin.
Pendant toutes ces années en France, je n’ai jamais ressenti le besoin de demander un second jeu de papiers. J’étais française, point. La question ne se posait ni pour moi ni pour mon entourage. Vous m’auriez demandé ma nationalité, il y a encore six mois, je vous aurais répondu française. Une évidence.
Lorsque je voyage, à l’étranger je me présente toujours comme française. J’aime Paris, le pot-au-feu, les côtes sauvages de Bretagne, Proust, Zola et Maupassant, Romain Gary, le Pommard, la garrigue provençale, le foie gras et le cinéma français. Et puis un jour, le doute est apparu.
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Le renouvellement de mes papiers

La première alerte, c’était il y a quelques années. J’ai dû renouveler mon passeport et ma carte d’identité en même temps. Et là, on m’a dit non.
« Ce n’est pas si simple que ça ma petite dame, vous devez prouver que vous êtes bien française. »
Tout d’abord, je ne suis la petite dame de personne. Enfin, d’où sort cette idée que je devrais prouver quelque chose ? S’en suit un dialogue kafkaïen :
« Je suis française, regardez mon passeport et ma carte d’identité.
– Ils sont périmés.
– Je le sais bien puisque je suis là pour les refaire !
– Il me faut une preuve de votre nationalité.
– Mon permis de conduire, peut-être ?
– Ce n’est pas une pièce d’identité…
– Vous êtes née à l’étranger...
– Oui, je suis au courant.
– Où est votre certificat de naturalisation ?
– Je n’en ai pas pour la bonne et simple raison que je n’ai pas été naturalisée. Je suis née française.
– Prouvez-le… »
Voilà comment je me suis retrouvée à devoir justifier de quelque chose qui jusqu’alors était une évidence. Personne n’avait songé à le remettre en question.

« Ah, vous n’êtes peut-être pas française »

Vous vous êtes déjà posé la question de comment on prouve sa nationalité ? Moi, jamais. C’est la première fois que j’y étais confrontée. Première étape, remplir un formulaire à choix multiples. Vous êtes :
  • Naturalisé(e)
Réponse : Non, j’ai déjà expliqué pourquoi
  • Né(e) en France de parents étrangers
Réponse : Non, je ne suis pas née en France
  • Né(e) à l’étranger de parents français
Réponse : … de parents binationaux
Le verdict de la gentille dame de l’état civil derrière son guichet :
« Ah mais alors, vous n’êtes peut-être pas française ! »
Je regarde partout dans le bureau de ma petite mairie de quartier à la recherche d’une caméra cachée. Rien. Je tente de conserver mon calme et je reprends tout depuis le début. Réponse de la dame (qui a une solution) :
« Mais non ma petite dame, il n’y a que trois cases, si vous n’êtes dans aucune de ces situations, vous n’êtes pas française. Vous êtes mariée, n’est-ce pas ? Oui. Alors, vous pouvez faire une demande pour acquérir la nationalité française puisque votre mari est français. »
Les bras m’en tombent. C’est non, non et non. Plutôt crever. Il est hors de question de demander une naturalisation par mariage. JE SUIS française. Je suis née française, j’ai fais mes études en France, j’ai eu des enfants français en France, je paie mes impôts en France. Je suis française.

Beaucoup sont dans mon cas

Passons rapidement sur les semaines qui ont suivi, pendant lesquelles j’ai dû me déplacer, me bagarrer, me justifier, menacer, fournir tous les papiers en possession de ma famille depuis l’ère précambrienne. Et même avant.
MAKING OF
Laurence ne préfère pas préciser sa deuxième nationalité : elle ne veut pas « trop incarner » ce témoignage. « L’idée, ce n’est pas qu’on parle de moi mais de la situation que tout un tas de gens vivent. »
« Profondément dérangée » par la teneur du débat en France, déçue par « la position de repli » de l’un de ses deux pays, elle a contacté par e-mail Rue89. E.B.
Arrêtons-nous un instant sur un détail, qui n’en est pas un : physiquement je ressemble à une gauloise. Je ne suis pas bronzée, mes cheveux ne sont pas crépus, mes yeux ne sont pas bridés, mon nez n’est pas épaté. J’ai fini par avoir gain de cause, mais que ce serait-il passé si j’étais née à Tunis, Phnom Penh ou Kinshasa ?
Je pensais être tombée sur une fonctionnaire faisant de l’excès de zèle. J’avais tort. Deux ou trois ans plus tard, quand mon père a eu lui aussi du mal à refaire ses papiers après un vol, j’ai découvert que le problème était plus vaste.
A la même époque, je l’ignorais, de nombreuses personnes étaient dans le même cas que moi. Des descendants de juifs polonais venus se réfugier en France pour fuir la barbarie ou des franco-algériens né avant l’indépendance de l’Algérie en 1962… Des témoignages diffusés dans la presse m’ont appris que certains binationaux, comme moi, avaient passé de nombreux mois sans aucun papier. Assignés à résidence faute de passeport, ils étaient dans l’incapacité de quitter le territoire. Certains d’entre eux ont du faire appel aux services d’un avocat. D’autres ont jeté l’éponge et redemandé des papiers dans leur « second » pays.
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Un débat instrumentalisé

Le gouvernement français s’inquiète. Attention à ne pas se laisser envahir par des cohortes de binationaux assoiffés de sang et de prestations sociales. La question des binationaux revient régulièrement sur le tapis. J’y pense. Que se passera-t-il lorsque mon passeport viendra à expiration ? C’est reparti pour un tour ? Encore se justifier ? Encore prouver ? Je ne suis pas une vraie française ? Une française à moitié peut-être ?
Au printemps 2011, les binationaux refont la une des journaux :
  • quotas dans le football ;
  • sorties médiatiques d’Eric Zemmour ;
  • la candidature d’une Franco-Norvégienne pour 2012 fait parler ;
  • proposition d’amendement, par Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes, stipulant que « l’acquisition de la nationalité française est subordonnée à la répudiation de toute autre nationalité » ;
  • Thierry Mariani (UMP), alors secrétaire d’Etat aux Transports, de suggérer la création d’un registre des doubles nationaux. Dans l’hypothèse où la France serait « un jour mêlée à un conflit interétatique ». Et pourquoi pas un serment d’allégeance aux armes de la France pendant qu’on y est ?
Houlà houlà, on se calme. Mais quel est le problème ? La perspective d’un conflit armé entre la France et le Luxembourg ? Un afflux de footballeurs australiens ? Qui veut la peau des binationaux ? Pourquoi ? La proximité des élections présidentielles peut-elle expliquer cette mobilisation ? Ça non, vraiment je ne peux pas le croire.
Mais de quels binationaux parle-t-on ? Tous ? Ou certains plus binationaux que d’autres ? Les Franco-Américains devront-ils répudier leur nationalité américaine ? Carla Bruni, Franco-Italienne sera-t-elle contrainte de signer le registre de Thierry Mariani ? Cette éventuelle limitation, voire suppression, de la double nationalité vise-t-elle les Franco-Suisses ? Suis-je moi-même une menace pour la société française ? Ou s’agit-il plus précisément des Franco-Maghrébins ? Des Franco-Subsahariens ? Voire des Franco-Musulmans ? On peut tout imaginer.

« Vous ne m’aimez pas, je me barre »

Alors voilà. Comme quatre à cinq millions d’autres français, j’ai deux nationalités. La mienne n’est pas très exotique et je ne suis pas directement visée par ces mesures à l’étude et autres effets d’annonce. Peu importe, je me sens concernée.
La France on l’aime ou on la quitte. Fort bien, moi c’est pareil. Vous ne m’aimez pas, je me barre. La France m’a payé des études, ma famille et moi-même avons pu nous soigner aux frais du contribuable, de mon côté je participe à l’économie du pays, je m’acquitte de mes impôts, mes enfants paieront pour vos retraites… mais si je ne suis pas suffisamment française pour vous, ça peut s’arranger. Il n’y a pas grand chose qui me retient dans un pays qui hiérarchise de la sorte ses citoyens.
Pour la première fois depuis mes 12 ans, je me suis rapprochée de l’ambassade de mon « deuxième pays ». Au service de la nationalité j’ai expliqué le sens de ma démarche. Pour la première fois depuis mes 12 ans, j’ai ressenti le besoin de clamer que j’avais une seconde nationalité. Et que ce n’était pas grave. Comme Joséphine Baker, j’ai deux amours. J’ai deux pays. J’ai deux cultures. Et c’est tout sauf un problème. C’est une richesse.


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Thursday, March 29, 2012

Maturité de la démocratie sénégalaise


par Anne-Cécile Robert, jeudi 29 mars 2012

Très nette et obtenue dans le calme, la victoire de M. Macky Sall à la présidentielle sénégalaise le 25 mars (65,80 % des voix contre 34,20 % au chef de l’Etat sortant Abdoulaye Wade) rassure sur la solidité de la démocratie dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Après un début de campagne chaotique marqué par la répression policière des manifestations, le second tour s’est déroulé dans la sérénité. Le taux de participation a été de 55 %, légèrement supérieur à celui du premier tour du 26 février (51,58 %).
Confirmant la maturité des institutions sénégalaises, le président Wade avait reconnu sa défaite et félicité son adversaire dès dimanche soir, après publication des premiers résultats qui montraient qu’il était largement battu.
La situation politique du Sénégal contraste avec l’instabilité qui règne par exemple au Niger et au Mali où un coup d’Etat a eu lieu en pleine campagne électorale, mercredi 21 mars (1). La tradition démocratique est ancienne au Sénégal. Pendant la colonisation, à la fin du XIXe siècle, l’Assemblée nationale française avait reconnu la citoyenneté aux Sénégalais des quatre communes (Dakar, Saint Louis, Gorée et Rufisque) qui pouvaient voter et se présenter aux élections. Dès les années 1970, alors que la plupart des pays d’Afrique subissaient des régimes de parti unique, le président Leopold Sedar Senghor avait ouvert son pays au multipartisme (quatre formations reconnues). En 2000, après quatre décennies sous la direction du Parti socialiste, le libéral Abdoulaye Wade avait été élu contre Abdou Diouf qui avait reconnu sa défaite avec panache.
Les électeurs sénégalais ont pris l’habitude de se mobiliser lors des consultations électorales, notamment pour éviter les fraudes. Ils se relaient ainsi dans les bureaux de vote afin de signaler, par téléphone mobile, les éventuelles irrégularités aux radios et associations de défense des droits humains.
Après douze ans de présidence Wade, les attentes sont grandes dans la population, sur les questions de pouvoir d’achat et d’emploi en particulier. La situation du pays s’est dégradée au point qu’il est désormais classé parmi les moins avancés. Le nouveau chef de l’Etat aura fort à faire pour de pas décevoir ses concitoyens.
(1) Lire Philippe Leymarie, «  Comment le Sahel est devenu une poudrière  », Le Monde diplomatique, avril 2012, en kiosques.
·         « Décollage africain, marasme sénégalais » (aperçu), Sanou Mbaye, février 2012.
La vie politique sénégalaise ressemble à un chaudron de déception et de colère sur fond de crise sociale. Mais le mal dont souffre le pays — en panne de croissance — déborde le cadre des clivages politiciens.
·         « Le modèle sénégalais menacé par une régression dynastique », Abdoul Aziz Diop, mai 2010.
Après avoir longtemps fait figure de référence en Afrique, la démocratie sénégalaise traverse une crise profonde. Le régime mis en œuvre par le parti du président Abdoulaye Wade se trouve aujourd’hui affublé d’un projet dynastique.
·         « Le Sénégal dans la tourmente », Anne-Cécile Robert, La valise diplomatique, 20 mai 2008.
La tension politique et sociale grimpe au Sénégal. Le président Abdoulaye Wade a annoncé qu’il rompait les discussions avec l’opposition. La situation politique est critique dans le pays depuis la réélection du chef de l’Etat au premier tour de la présidentielle en mars 2007.
TOUJOURS DISPONIBLES
·         Description : http://www.monde-diplomatique.fr/local/cache-vignettes/L80xH101/arton18500-41d5e-d9df5.jpg« Indispensable Afrique », Manière de voir nº 108, décembre~2009 - janvier~2010.
Réservoir de matières premières, l’Afrique joue un rôle majeur dans l’économie de la planète. Elle est devenue un élément indispensable du jeu mondial de l’après-guerre froide.

Saturday, March 24, 2012

Le Mémorial de l’abolition de l’esclavage ouvre finalement ses portes


Le Mémorial de l’abolition de l’esclavage ouvre finalement ses portes

Informations Pratiques


Lieu: Quai de la Fosse - Passerelle Victor-Schœlcher, Nantes

Horaire:
Ouverture le dimanche 25 mars à 15h
En Provence, on parlerait d’arlésienne. L’ouverture du Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes initialement prévue le 1er décembre 2011 ouvrira ses portes finalement le 25 mars. L’édification avait été décidée en 1998, le 10 mai 2010, le jour de la commémoration de l’abolition de l’esclavage, la première pierre du mémorial nantais avait été posée, suite à de nombreux soucis techniques, l’inauguration est décalée de quatre mois. Assumer d’être la ville d’où partirent les expéditions négrière, cela ne passe pas facilement.
Projet de mémoire et non d’histoire, le parcours en plein air et souterrain se déroule sur 1,5 kilomètre. Il est jalonné de 2000 panneaux de verre. Dans une symbolique allant de la mémoire à l’histoire, le chemin mène au Château des ducs de Bretagne, lieu de recherche et d’analyse. La volonté est claire : « Le Mémorial de l’abolition de l’esclavage est un monument commémoratif dont l’objectif est de se souvenir et d’alerter, et non d’expliquer les faits ». Implanté sur le quai de la Fosse qui a vu partir 450.000 captifs noirs, le bâtiment a été désiré par la ville de Nantes qui fut capitale des expéditions négrières en France au XVIIIème siècle.
Le retard pris dans l’ouverture du musée est d’ordre technique. Les plaques en verre sur lesquelles sont inscrites les noms des comptoirs négriers, les ports d’escales, les ports de ventes, les noms des navires, leur date de départ commandées à une entreprise espagnole sont arrivées illisibles. Il a fallu regraver et recommencer. L’anecdote semble futile mais elle résonne avec une lente appropriation nationale de l’évènement. Il a fallu attendre les derniers programmes scolaires pour voir apparaître en classe de seconde : « « Une attention particulière est accordée à l’exclusion persistante des femmes de la vie politique et à la difficile abolition de l’esclavage. » A Nantes, la difficulté fut d’ordre architectural essentiellement. La Ville est depuis 1983 entrée dans une phase d’obsession mémorielle. Apres deux siècles de déni, une association  » Nantes 85, du Code noir à l’abolition de l’esclavage voit le jour, rejetée par la mairie. En 1989, nouvelle mandature et nouvelle démarche, une exposition « Les Anneaux de la mémoire » accueille 400 000 visiteurs au Château des Ducs de Bretagne. C’est en 1998, lors du 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage que le Conseil Municipal adopte le principe d’ériger un mémorial.
Nous voilà plus de vingt ans après, les travaux n’ont toujours pas commencé. Les enjeux de mémoires et politiques restent nombreux. L’adhésion des Nantais à leurs heures noires aura nécessité un temps long d’adaptation.
Il semblerait qu’aujourd’hui, les choses soient apaisées. Les architectes Krysztof Wodiczko et Julian Bonder ont pensé un lieu de recueillement, sans possibilité d’être heurté. C’est en marchant, voyant sous ses pas se dérouler une partie des 1710 expéditions négrières parties de Nantes que le promeneur prend conscience de l’horreur. Il se dirige ensuite, en empruntant un escalier monumental, vers une galerie située sous les quais. Ce « Grand passage » est composé d’une immense plaque de verre inclinée à 45° court sur 90 mètres de longueur. Après le choc, les questions soulevées trouveront réponses dans le lieu d’histoire qu’est le Château.
De la mémoire à l’histoire, la ville de Nantes semble avoir enfin trouvé la démarche juste pour assumer son passé par l’intermédiaire de cet objet transitionnel qu’est ce mémorial, véritable matérialisation symbolique des sentiments mêlés de haine, d’oubli et de culpabilité face à un passé douloureux.
Visuel (c) : Patrik Garçon / Nantes Métropole


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