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E. do REGO

IL EXISTE MILLE MANIERES DE MENTIR, MAIS UNE SEULE DE DIRE LA VERITE.

Le Mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour, dit le sage Haoussa .

Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur.










Monday, November 30, 2009

Les Suisses se prononcent pour l'interdiction des minarets

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Friday, November 20, 2009

Le soldat Guissé reconnu français au terme d’une embarrassante affaire


Les frères Guissé étaient soutenu, contre le parquet par le ministre français de la Défense, HeLes frères Guissé étaient soutenu, contre le parquet par le ministre français de la Défense, He© AFP

La cour d’appel de a reconnu mercredi la nationalité française du soldat Ounoussou Guissé. Une procédure la remettait en cause en même temps que celle de son père, accordée il y a près de 50 ans et aujourd’hui décédé.

On ne peut pas retirer la nationalité d’une famille, près de cinquante ans après l’avoir accordé. C’est ce principe que la cour d’appel de Rouen a confirmé, à propos du cas du Brigadier Ounoussou Guissé, 29 ans, à qui les autorités françaises voulaient retirer la nationalité française.

Imbroglio judicaire

Le ministère public contestait la nationalité française d’Ounoussou Guissé, qu’il avait obtenu de son père, Daouda Guissé. Ce dernier, né au Sénégal mais travaillant en France au moment de l’indépendance était devenu français comme il en avait le droit à l’époque. La nationalité française est donc logiquement accordée à ses fils.

Ce n’est qu’une fois adulte, et engagé dans l’armée – tout comme son frère Amara, dans une situation similaire – que sa nationalité est contestée par les autorités. Selon elles, Daouda Guissé n’aurait pas dû obtenir la nationalité française car sa famille n’habitait pas en métropole. Conséquence : on devait donc retirer la nationalité à Ounoussou.

Ce raisonnement est invalidé une première fois par la justice en 2008, mais le parquet fait appel.

Soutien du ministère de la Défense

Jean Glavany, le député socialiste des Hautes-Pyrénées (sud-ouest), où stationne le régiment d’Ounoussou Guissé, dénonce alors cette situation devant l’assemblée nationale. Ces procédures sont « saugrenues » et « incongrues » réagit le ministre de la Défense, Hervé Morin.

La qualité de soldat d’Ounoussou (il notamment combattu en Afghanistan) et d’ancien soldat de son frère, ne leur était d’aucun secours devant la justice. Hervé Morin avait dû promettre « une nouvelle procédure »dans le cas où « la justice viendrait à refuser la nationalité française à nos deux soldats ».

Le ministère français de l’immigration, alors contacté par Jeune Afrique, était alors resté ferme : « ce choix se heurte à l’absence de la nationalité française de leur père, qui n’a pas fixé son domicile en France ce qui a empêché de lui reconnaître la nationalité de plein droit ».

La cour d’appel de Rouen, lui a donné tord une deuxième fois : la nationalité accordée à son père il y a plus près de 50 ans ne peut plus être remise en cause, il y a prescription.

Ounoussou Guissé peut maintenant se considérer comme pleinement français, enfin. Et l’issue devrait être la même pour Amara

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En finir avec la dépendance à l'aide

Yash Tandon

L'aide est-elle ce qu'elle prétend être ?
C'est un fait bien connu, l'aide contribue aux flux financiers mondiaux. La décrire reste cependant un défi. Elle résonne positivement aux oreilles du public, comme dans les médias, parce qu'elle est associée au « développement », à la « solidarité » et à des causes « humanitaires ». Mais, toute l'aide ne se dirige pas vers de telles causes et beaucoup de ce qui passe pour du développement ou de l'humanitaire ne pourrait guère y prétendre de fait.


La question du 0,7 %

L'engagement du 0,7 % s'est transformé en promesse permettant d'enchaîner à perpétuité les pays « pauvres » qui dépendent de l'aide aux largesses des pays riches. Ce pourcentage est devenu un mantra tellement répété dans le discours sur le développement qu'il a acquis une aura mystique. Les gouvernements des pays développés se sont engagés à réserver 0,7 % de leur Revenu national brut (RNB) à l'« aide ». Proposé à l'origine, en 1958, à hauteur de 1,0 % du RNB par le Conseil mondial des églises, ce principe fut ensuite adopté par les Nations Unies en octobre 1970. La cible à atteindre fut alors fixée à 0,7 %. Au cours de ces 38 dernières années, dans toutes les résolutions importantes qui furent adoptées au nom du développement et de la croissance économique, l'engagement des 0,7 % a, de façon rituelle, occupé au minimum quelques phrases, si ce n'est des paragraphes entiers.

Dans les médias et dans le débat public, le 0,7 % est devenu LA principale référence pour mesurer l'engagement des pays développés en faveur du développement des pays sous-développés. Par exemple, les pays scandinaves sont favorablement notés. Ils sont de ce fait généralement considérés comme les pays développés les plus amicaux. Les plus défaillants sont les Etats-Unis. En 2006, leur Aide publique au développement (APD) était de 22,7 milliards de dollars, ayant accusé une baisse de 20 % en termes réels selon l'OCDE.

L'action des pays développés suggère toutefois que, à part une demi-douzaine, aucun d'entre eux n'a de sérieuses intentions de tenir ses engagements. Néanmoins, même non remplies, de telles promesses conservent toute leur utilité politique en relations publiques internes et internationales. Leur non-accomplissement permet aux gouvernements du Sud de se dédouaner - ils peuvent ainsi attribuer l'absence de développement dans leur propre pays au manque d'aide venant des pays du Nord. Et, lorsque les pays développés n'atteignent pas la cible du 0,7 %, cela donne à la société civile du Nord comme du Sud (et aux « Organisations non gouvernementales » ou ONG) un sujet sur lequel se plaindre.

Quant aux pays du Nord qui ne respectent pas leurs engagements, ils ont deux possibilités : soit ils ignorent les plaintes et gémissements, tout en refusant d'être mis au pilori ; soit ils fabriquent des aides fantomatiques et font preuve d'imagination conceptuelle et d'astuces comptables pour augmenter les chiffres de l'APD. Dans les faits, ils recourent aux deux stratégies à la fois. Allègements de dettes et échanges de créances, coûts administratifs et transactions gonflés, assistance technique surévaluée, aide à fins politiques et aide militaire, frais internes relatifs aux réfugiés, tout est considéré comme de l'APD.

Le 0,7 % est ainsi englué. Les pays en développement et la société civile ne vont pas l'abandonner de peur que le monde développé puisse ainsi se départir de ses engagements. Et, mis à part une demi-douzaine de pays, le monde développé généralement l'ignore ou recourt à des astuces comptables et conceptuelles pour en gonfler le chiffre.

En finir avec la dépendance à l'aide

Trop cynique que tout cela ? Ce n'est pas l'intention. Notre but est de prendre la mesure de l'importance de l'aide et d'essayer d'en séparer le bon grain de l'ivraie. Il est de comprendre ce qu'est l'aide, dans ses différents aspects, et de la situer dans un contexte politique et historique adéquat. Avant tout, notre but final est de rompre avec l'aide, d'en sortir, même si cela signifie permettre aux pays développés de s'en débarrasser et oblige les pays en développement à prendre en charge leur propre développement.

En d'autres termes, malgré sa connotation positive, l'aide n'est, après tout, pas une si bonne chose. Dès lors que vous ajoutez le mot « dépendance » à « aide », cette dernière perd de son lustre. Elle devient un boulet accroché au cou de qui en dépend. Pour les nations pauvres et dépendantes de l'aide, l'engagement du 0,7 % devient une attente qui lie leur sort aux largesses des riches.

Une question de responsabilité

Quelques questions méritent d'être posées aux gouvernements du Sud dépendant de l'aide. Comment un tel gouvernement, africain ou autre, fait-il pour honorer ses engagements de rendre démocratiquement compte de ses actes devant son peuple, si 25 % (et même parfois 50 %) de son budget national sont financés par l'aide de donateurs ? Quel type de « développement » encourage-t-il si 75 % (et même parfois 100 %) de cette aide dite au développement proviennent de l'étranger ? Lorsqu'un un pays tire argument de sa pauvreté pour rechercher de l'aide à l'étranger, ce pays est-il vraiment pauvre ? En invoquant le besoin d'aide ou de capitaux en provenance des pays riches, ne sous-estime-t-il pas la valeur de son propre peuple, de son intelligence et de son ingéniosité, la valeur du travail de ses ouvriers et paysans, de sa jeunesse comme celle de ses ressources naturelles ?

Un gouvernement dépendant de l'aide est-il responsable envers son peuple ou envers les donateurs qui le financent ? Les citoyens et citoyennes d'un tel pays ont-ils l'assurance que leurs intérêts seront sauvegardés et qu'ils ne resteront pas subordonnés aux contrôles que les donateurs exercent sur leur propre gouvernement national ? Pourront-ils jamais échapper à la stigmatisation alors que la valeur de leur application au travail et de leur esprit d'initiative restera à jamais ternie par l'importance de l'aide et la valeur qui lui est accordée ?

Le projet national

Toutes ces questions et quelques autres méritent d'être posées. Un chemin permettant de sortir de la dépendance à l'aide, en engageant les pays en développement sur le chemin de l'autosuffisance nationale et régionale, sera plus tard décrit dans ce livre sous le titre de « projet national ». S'émanciper de la dépendance à l'aide est un exercice d'économie politique. Il implique d'avoir confiance en la capacité du peuple d'un pays de parvenir par lui-même au développement, par l'utilisation et la gestion judicieuse de ses propres ressources naturelles, le travail de ses ouvriers, de ses paysans et entrepreneurs, l'ingéniosité de sa population. Le développement n'est pas (ne devrait pas être) affaire d'aide et, en tout cas pas, à laisser aux mains des donateurs. Ces derniers n'ont aucune obligation de transférer des ressources vers le Sud sans recevoir quelque chose en retour. Il est important de le comprendre. Même au sein du pays le plus riche de tous - les Etats-Unis - il y a des pauvres qui ont besoin de ses propres ressources. En vérité, les gouvernements du Sud devraient se sentir gênés de recevoir de l'aide de pays comme les Etats-Unis alors que dans ce pays de longues files d'attente se forment aux abords des soupes populaires, que les pauvres n'ont pas accès à des soins médicaux corrects et que l'endettement des ménages dépasse les 100 % de leurs revenus. Les gouvernements d'Afrique ne devraient pas demander de l'aide de pays comme la Chine ou l'Inde, alors que les pauvres de ces pays pourraient bien être encore plus pauvres que ceux d'Afrique. D'autres relations plus honnêtes pourraient être encouragées entre ces pays, comme celles fondées par exemple sur le commerce, les investissements, la technologie ou le tourisme, sans avoir recours à cette aide.
Cette monographie se propose de fournir quelques réflexions sur la question de savoir comment les « donateurs » et les « bénéficiaires » pourraient se libérer eux-mêmes de cette dépendance à l'aide. Sortir de l'aide serait bon pour tout le monde. Cela devrait figurer en tête de l'agenda de tous les pays.

Extraits de En finir avec la dépendance à l'aide, Yash Tandon (traduction française), préface à l'édition française par Samir Amin, PubliCetim n°34, coédition CETIM, Pambazuka Books, South Centre, Genève, novembre 2009, 224 pages, 978-2-88053-075-4, commande auprès du CETIM (www.cetim.ch), 12 CHF / 8 Euros.
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Monday, November 16, 2009

La question qui tue : « Aimez-vous la France ? »




par Sadri Khiari





La question "êtes-vous fiers d’être français" posée par Besson dans le cadre du pseudo-débat sur l’identité nationale recycle la formule de l’extrême-droite reprise par Sarkozy : « La France, tu l’aimes ou tu la quittes !" Nous en profitons, à notre tour, pour recycler un article paru en janvier 2007 dans le cadre d’un excellent dossier du numéro 3 de notre défunt journal « L’Indigène de la république ». Ci-dessous, la contribution de Sadri Khiari.

« La France, on l’aime ou on la quitte » dit l’autre. Certains, plus polis mais qui n’en pensent pas moins, nous demandent : « Aimez-vous la France ? ». Lorsque les enquêteurs de la police ont demandé aux salariés musulmans de Roissy s’ils aimaient la France, ils en ont révélé le sens. La question serait posée à un Américain qui aurait traversé l’océan pour découvrir le bar où Hemingway ingurgitait des litres d’alcool ; elle s’adresserait à un Japonais venu photographier la tour Effel, on la comprendrait. Et, pour être stupide, elle n’aurait pas plus de conséquences que cela. Mais elle est posée à des gens qui vivent ici, travaillent ici, qui souvent sont nés ici et sont donc français. Ils ont tout de même une particularité qui en fait des gens suspects : ils sont noirs, arabes ou musulmans. Leur origine plonge ses racines dans l’histoire esclavagiste et coloniale de la France. Nombreux parmi nous sont désarçonnés par une telle question. Ils sont français mais, à force d’entendre dire que leur présence ici n’est pas vraiment légitime, ils ont fini par y croire. Ils passent donc leur temps à dire « J’aime la France » et à pleurer de n’être pas aimés en retour. Et, d’une certaine manière, quand nous rappelons le rôle de nos parents dans la « reconstruction » de la France ou dans les guerres, nous nous plions à ce test permanent de loyauté. Prétendre ne pas aimer le manioc ou adorer le salé aux lentilles, c’est la même chose. D’autres, qui considèrent que quand on reçoit une claque sur la joue droite, il faut répondre par un coup de pied aux fesses, préfèrent répondre : « La France est une garce ». Ceux-là ont compris le piège.

Que signifie « Aimez-vous la France » ? A première vue, il s’agit-là d’une question. En vérité, il s’agit d’une réponse. Même deux réponses. Ou trois. La première d’entre elles, c’est la France : une entité dont l’origine se perd dans la nuit des temps (plus : qui pré-existerait à sa propre existence historique) et destinée à durer éternellement. Cette France est un territoire - un hexagone parfait -, un peuple - merveilleux -, un destin - illuminer l’humanité de ses feux libérateurs. Cette France qui en vérité n’existe pas est amenée à l’existence par cette formule magique : « Aimez-vous la France ? ». Le simple fait de poser cette question ou de dire « J’aime la France » suffit à faire du mythe une réalité. Et de nous en exclure par la même occasion. Paradoxalement, donc, quand on exige de nous d’aimer la France imaginaire, c’est bien la France réelle qu’il nous faudrait accepter sans mot dire. Tout ce qui nous offusque dans la société française telle qu’elle existe pour de vrai ne serait qu’accidents, contingences, réalités extérieures à la France fantasmée et auxquels, dans son essence, elle est censée échapper. On ne peut plus guère nous éjecter à coup de tatanes hors des frontières de la France concrète ; on nous évince alors de cette France idéelle, idéale et pure. Ce qui a pour effet très concret de nous mettre au ban de la France réellement existante. Car, quand on nous demande « Aimez-vous-la France ? », on nous signifie tout d’abord qu’on est « étranger », qu’on n’est pas d’ici. C’est là la deuxième réponse que contient la question.

Si l’on décompose la question en plusieurs sous-questions, on obtient ceci :

1) Aimez-vous l’Etat-nation français (« un et indivisible ») tel que l’ont sacralisé la Révolution de 1789 et la IIIème République ?

2) Aimez-vous les « us et coutumes » des Blancs qui peuplent ce pays et promettez-vous de vous y conformer ?

3) Aimez-vous le passé et le futur de cet Etat quoiqu’il ait pu se passer et quoiqu’il advienne ?

4) Vacillez-vous d’émotion à la pensée que Clovis s’est converti à la chrétienté ? Pleurez-vous Jeanne d’arc ? Etes-vous transportés d’allégresse en pensant aux triomphes de Napoléon ? Maudissez-vous les démons russes qui lui ont fait manger la pâtée en abandonnant leurs villes et villages comme des lâches, contraignant ainsi les pauvres soldats français à mourir de froid ? Vibrez-vous de fierté en pensant à la « prise de la smala d’Abdelkader » ?

5) Etes-vous prêts à soutenir les causes injustes de l’Etat français parce qu’au fond la France ne peut qu’être juste ?

6) Etes-vous prêts à « supporter » (odieux anglicisme) l’équipe de France contre l’équipe d’Algérie ou du Sénégal ?

7) Aimez-vous la France en bloc, y compris, les inégalités raciales qui en structurent la société ?

Toutes ces sous-questions ont l’air d’un bric-à-brac contradictoire. Mais il ne faut pas se fier aux apparences : la France idéale devant laquelle nous devrions nous prosterner, l’œil humide, est une immense brocante ; on y trouve les vieilleries de son histoire monarchique et chrétienne et les « modernités » de sa République laïque. Mixé dans la centrifugeuse nationale, tout cela donne une bouillie présentée dans de la fine porcelaine et au nom très chic d’ « exception française ». « Aimez-vous l’exception française, vous qui êtes des gens très ordinaires ? », voilà encore la question que l’on nous pose. La France imaginaire ne sert qu’à masquer la France concrète, historique, et sa république coloniale et raciste.

Si à cette question fatale, abruptement, nous répondons : « Non, je l’aime pas » ; alors de manière tout aussi fatale nous aurons avoué que nous ne sommes pas d’ici et que nous n’avons pas à nous vouloir citoyens ni à exiger quoique ce soit. Nous n’avons que les droits d’un étranger et qui plus est d’un étranger malpoli et ingrat. Si, au contraire, nous répondons « Oui, j’aime la France », alors, nous avons fait acte d’allégeance, trahi les nôtres et justifié le bannissement de tous ceux qui sont suspects de ne pas aimer cette France. Bref, si nous répondons « oui », on nous a retourné. Ceux qui répondent aimer cette France-là, la France du passé ou la France qui les écarte, ne disent pas « J’aime la France » ; ils disent « Je ne m’aime pas moi-même ». Et c’est ce qu’on attend d’eux. Parce que nous sommes coupables et que le coupable doit demander pardon. Coupables d’être ou de sembler différents. Or, la France qu’on doit aimer n’aime pas, elle, la différence puisque la différence serait la marque de son imperfection. Parfaite, la France est une essence idéale. Donc, par définition, homogène et immuable. Par conséquent, la question « Aimez-vous la France ? » signifie également ceci : « Prouvez-nous que, malgré cette différence qui fait de vous des non-Français à vie, vous êtes bien français. »

La France éternelle a une histoire mythique et, dans le même temps, comme substance, elle n’a pas d’histoire. Or, nous, nous sommes son histoire. L’histoire de l’esclavage, l’histoire de la colonisation, l’histoire de l’immigration néo-coloniale, l’histoire que nous fabriquons au jour le jour maintenant que nous sommes-là, d’ici et plus d’ailleurs. D’où le caractère anachronique de la question « Aimez-vous la France ? ». On ne nous demande pas : « Aimez-vous la France telle que vous l’avez re-créer par votre présence ? » mais « aimez-vous la France telle qu’elle existait avant que vous n’existiez ? ». Ce qui peut se dire d’une autre manière encore : « Nous, qui posons cette question, n’aimons pas cette France-là dont vous êtes malgré nous et autant que nous la chair et le sang ». En bref, la question « Aimez-vous la France » révèle chez ceux qui la posent et sont censés aimer naturellement la France, un manque de confiance dans la France. Ils ont une crise d’identité. Ou, quand il s’agit de politiciens, ils instrumentalisent la crise d’identité des Français blancs dont le « sentiment national » ne trouve plus à quoi s’accrocher. Il paraît que notre présence et la mondialisation y sont pour quelque chose...

Et la façon la plus simple, sinon la meilleure, de résoudre une crise d’identité, ce n’est pas de la questionner, c’est de construire un mur. La question « Aimez-vous la France ? » est donc comme un mur qui sépare en deux la population de ce pays. Il y a ceux qui sont censés naturellement aimer la France, même si au fond ils ne l’aiment pas ou qu’ils s’en contre-fichent - mais, ils ont le privilège d’être blancs, ce qui est synonyme d’aimer la France. Et ceux dont on imagine qu’ils n’ont aucune raison de l’aimer, de toutes façons, leur non-amour se lit dans leur corps et leurs manières de vivre. On ne peut pas aimer la France et la polluer ; or, leurs couleurs, leurs religions, leurs origines, polluent la France. C’est de nous bien sûr, Noirs, Arabes et musulmans qu’il s’agit, coupables par nature d’un grave délit : le non-amour. Comme nul n’est censé ignorer la loi, nul n’est censé ignorer l’amour de la France. Le verdict est contenu dans la question de l’enquêteur. Ainsi, les bagagistes de Roissy se sont vus privés de travail. Mais pour l’ensemble des suspects-coupables la sanction pénale du crime de non-amour supposé est le bannissement symbolique et réel à l’intérieur même des frontières de la France. Quand le tribunal France nous pose cette question, il nous montre du doigt ; il nous assigne aux yeux du reste de la communauté comme étranger à elle et potentiellement malfaisants. Aimer la France devient ainsi une nouvelle condition à la nationalité. Pour ceux qui ne sont pas français, c’est pire : aimer la France, cette France-là abstraite et mythique, est une condition pour simplement y vivre : « Aimez la France ou quittez-la ! »

La lutte pour une véritable citoyenneté de résidence et pour que le droit du sol ne débouche pas sur une nationalité vide ne peut donc se dire dans les seuls termes de l’égalité réelle. Ou plutôt, l’égalité ne sera réelle qu’à la condition de bousculer le mythe national français. Il s’agit en d’autres mots de déplacer le centre de gravité de la communauté politique pour qu’elle corresponde à la réalité présente de la France et plus encore pour qu’elle anticipe la France, région d’un monde sans centre de gravité, non-« gaulois », non-européocentrique, non blanco-centrique. Cette région, on pourra dire « Je l’aime » comme on aime sa rue, son quartier ou un vieux bonnet de nuit.

En attendant, on ne demandera pas à la France de nous aimer. On lui demandera simplement de se regarder dans un miroir. Non pas pour se dire « Je suis la plus belle » mais tout bonnement pour constater que la France est désormais noire, arabe et musulmane. Ce qui est ni moins bien, ni mieux. C’est comme ça, c’est tout.

Sadri Khiari, décembre 2007


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Sunday, November 15, 2009

L'Afrique a franchi le cap du milliard d'habitants


LE MONDE

e n'est qu'un symbole, mais il est de taille. Le continent africain aura franchi le seuil du milliard d'habitants au cours de l'année 2009. Ce passage, discrètement relevé dans un récent bulletin du Population Reference Bureau, une organisation indépendante basée à Washington, marque le spectaculaire envol démographique d'un continent resté longtemps sous-peuplé, saigné par la traite négrière (11 millions d'hommes en trois siècles) et les épidémies.

Il intervient à un moment où inquiétudes et fantasmes se concentrent plus que jamais sur l'Afrique. Vu de la partie développée et vieillissante du monde, le continent noir peut être perçu comme celui de tous les dangers - pauvreté, faim, émigration, terrorisme, conflits armés - qu'une démographie incontrôlée peut exacerber.

Le choc des chiffres, il est vrai, est rude. Alors qu'en 1950 l'Afrique (225 millions d'habitants) n'accueillait qu'un humain sur dix, le continent abrite aujourd'hui un homme sur sept. Et cette proportion devrait atteindre un sur cinq à l'horizon 2050, lorsque la population africaine aura doublé pour atteindre 2 milliards.

Aujourd'hui, déjà, un enfant sur quatre naît en Afrique, continent qui cumule les records démographiques : la plus forte fécondité (4,6 enfants par femme contre 2,5 de moyenne mondiale) et celui de la jeunesse (43 % des Africains subsahariens ont moins de 15 ans). Le troisième pays de la planète par sa natalité est le Nigeria, pays où naissent, chaque année, plus de bébés (6 millions) que dans l'ensemble de l'Union européenne (5 millions). Quant à l'Ouganda, c'est le pays le plus jeune du monde : 56 % de sa population a moins de 18 ans.

Ces marques de dynamisme se doublent d'indicateurs nettement moins enthousiasmants : la durée moyenne de la vie d'un Africain ne dépasse guère 53 ans en moyenne, soit quinze ans de moins que la moyenne planétaire ; la mortalité infantile y est vingt fois plus élevée qu'en Europe de l'Ouest, et la contraception 2,4 fois moins pratiquée qu'en Europe ou en Asie.

"C'est le moment de l'Afrique", estime néanmoins Gilles Pison, directeur de recherches à l'Institut national d'études démographiques (INED). "On a l'impression que rien ne change, que les Africains ont toujours beaucoup d'enfants. C'est à la fois vrai et faux", nuance le démographe, en soulignant la baisse continue de la natalité sur le continent. A un tableau immuable et catastrophique, il préfère la description d'une réalité contrastée, variant entre les Etats et entre zones rurales et urbaines.

Déjà, en dehors même du Maghreb, en pleine transition démographique (2,3 enfants par femme en Algérie et au Maroc, 1,9 en Tunisie), certaines zones du continent sont marquées par une nette baisse de la fécondité : 5 enfants par femme au Kenya contre 8 voilà trente ans ; 4,5 au Sénégal contre 7 il y a vingt-cinq ans. Même l'espérance de vie a fait de - lents - progrès, en dépit du sida : seize années ont été gagnées depuis 1950, grâce notamment aux campagnes de vaccination.

"La voie qu'empruntera l'Afrique subsaharienne vers la baisse de la fécondité sera probablement différente des autres régions du monde, indique M. Pison. Croire que des obstacles culturels y font irrémédiablement barrage n'est pas forcément juste. Ceux qui expliquaient voici quelques années que les machos sud-américains auraient toujours besoin de faire beaucoup d'enfants pour montrer leur virilité se sont trompés. On sous-estime la capacité de changement des sociétés."

SCOLARISATION

Tout porte à croire que la baisse de la fécondité continuera d'être plus lente en Afrique qu'ailleurs. La polygamie, clé de voûte de la structure familiale, favorise la multiplication des naissances. Mais cette inertie n'est pas à mettre au seul débit des populations. L'un des principaux vecteurs de ce changement est la scolarisation, singulièrement celle des filles, qui retarde les grossesses et facilite l'accès à la contraception. Or, pour l'heure, seuls 30 % des jeunes Africains fréquentent un établissement d'enseignement secondaire, soit la moitié de la moyenne mondiale.

"La contraception peut se diffuser à vive allure dans des campagnes africaines peu favorisées socio-économiquement", écrit Emmanuelle Guyavarch, de l'INED, qui, avec Gilles Pison, suit trois villages sénégalais sur une longue durée. Les freins et les échecs, estime-t-elle, "ne tiennent pas tant à une méconnaissance de la contraception (...) ou à un refus qu'à la difficulté d'y accéder."

Enquête à l'appui, les démographes montrent comment, dans un dispensaire rural, le seul remplacement d'un infirmier actif et convaincu par un autre, plus réticent, peut faire dégringoler la pratique de la contraception. Pointant les effets de "services souvent mal organisés et peu efficaces", ils concluent : "Les femmes et les hommes d'Afrique sont, plus qu'on ne l'imagine, prêts au changement."

Si plusieurs pays - Afrique du Sud, Namibie, Kenya, Zimbabwe - mènent une véritable politique de planning familial, la contraception reste souvent perçue en Afrique comme le produit d'une intervention étrangère. "Certains responsables entonnent un discours politiquement correct, favorable à la limitation des naissances, quand ils s'adressent aux bailleurs de fonds internationaux, constate un observateur africain averti. Mais entre Africains, ils n'en pensent pas un mot." Les influences religieuses encouragent aussi ce double langage, qui revient à présenter la contraception comme une arme des pays riches offensant les traditions locales.


Philippe Bernard
Article paru dans l'édition du 15.11.09

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