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E. do REGO

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Le Mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour, dit le sage Haoussa .

Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur.










Monday, March 29, 2010

La communauté juive française, la seconde Intifada, et « l’affaire Al Doura »





Le 29 mars 2010

Revue trimestrielle confluences méditerranéennes, printemps 2010


Quelle date précise les historiens retiendront-ils comme celle du jour du déclenchement de la seconde intifada ? Le 28, le 29 ou le 30 septembre 2000 ? A moins que ces trois dates [1] ne constituent un tout indivisible : trois journées terribles qui, dans un enchaînement irrésistible de causes et d’effets, virent exploser le processus d’Oslo, et marquèrent le point de départ d’un cycle de violences et d’affrontements de plusieurs années qui n’est pas encore vraiment éteint aujourd’hui. Mais quelle que soit la date retenue, l’analyse du déclenchement de la seconde Intifada ne peut, en tout cas, être dissociée de son contexte, avant et après ce déclenchement : un lent pourrissement de la situation sur le terrain, consécutif à l’assassinat d’Yitzhak Rabin en 1995 et à la politique menée par son successeur Benyamin Netanyahu qui n’avait jamais caché son hostilité aux accords d’Oslo ; l’échec du sommet de Camp David, en juillet 2000, où l’on tenta de rattraper en deux semaines le gâchis de plusieurs années, par la conclusion aussi soudaine qu’improbable d’une paix définitive entre Israéliens et Palestiniens ; la poursuite néanmoins des pourparlers, pendant les mois d’août et septembre qui suivirent l’échec de ce sommet - avant que n’éclate la tempête - et même après, puisque de nouvelles avancées – les « paramètres Clinton » - firent alors espérer une paix possible lors d’un ultime sommet tenu à Taba en janvier 2001. Espoir vite déçu. Si le sommet de Taba s’acheva le 24 janvier sur un communiqué commun aux deux parties, qualifiant de « sans précédent (…) l’atmosphère positive des discussions » et déclarant n’avoir « jamais été aussi proches d’un accord », les négociateurs estimèrent toutefois, dans le même communiqué, que la proximité des élections israéliennes ne permettait pas de surmonter les dernières divergences et qu’il convenait d’en attendre le résultat avant de reprendre les discussions. La fin de l’histoire est connue : le 6 février 2001, Ariel Sharon remportait le scrutin…
Le seul rappel de cette chronologie suffit à ruiner la thèse qui fut alors avancée par les services de communication israéliens – thèse abondamment relayée en France – selon laquelle les Palestiniens n’avaient répondu à « l’offre généreuse » des Israéliens à Camp David qu’en déclenchant une guerre dont ils étaient, par conséquent, les seuls responsables. A les supposer généreuses, les propositions israéliennes ne furent donc pas faites à Camp David en juillet 2000 mais à Taba, six mois plus tard. L’échec du premier sommet était prévisible, pour ne pas dire inéluctable, au regard des circonstances dans lesquelles il fut engagé. Quant à l’échec du second, nul observateur n’a jamais rapporté ni preuve ni indice sérieux d’un « refus palestinien », formellement démenti, de surcroit, par les termes du communiqué final[2].
Des sources nombreuses et solides attestent également que ni le déclenchement des violences, les 29 et 30 septembre 2000, ni l’escalade des semaines suivantes ne résultèrent d’une volonté palestinienne unilatérale et planifiée de mettre fin au processus de paix. Aucune des deux parties ne souhaitait un affrontement majeur, mais chacun s’y préparait depuis des mois en raison du blocage total de ce processus. Le sommet de Camp David constitua précisément, à cet égard, comme une solution d’urgence, une ultime tentative de sauver une situation déjà fortement compromise. Plusieurs années après, des officiels israéliens et non des moindres reviendront sur la thèse officielle d’un plan concerté des Palestiniens. Comme par exemple, Avi Dichter, le patron du Shin Beth : «Au contraire de ce que nous disions à l’époque, Arafat n’a pas fomenté l’Intifada. L’Intifada a débuté par un phénomène boule de neige.» [3] Même analyse de son prédécesseur, Ami Ayalon : « On aurait dit un cheval sauvage que personne ne parvenait à contrôler, alors que Yasser Arafat se trouvait par hasard sur la selle ». Ce que confirmera le rapport de la commission d’enquête internationale dirigée par l’ancien sénateur américain George Mitchell, qui soulignera comme principale cause de l’escalade des violences des premières semaines « l’incapacité des deux parties à faire preuve de retenue ».
Il faut aussi parler de l’incapacité de chacun à penser le conflit en termes rationnels. Autant au Proche-Orient qu’ici, en France. L’objectivité pure n’existe pas, mais un discours engagé n’interdit pas pour autant l’honnêteté intellectuelle ni surtout un minimum d’acceptation de la réalité. Nulle incompatibilité, à cet égard, entre le soutien de la cause d’Israël (dont l’existence est aussi légitime que le droit des Palestiniens à avoir leur Etat) et ce bref rappel qui vient d’être fait des circonstances du déclenchement de la seconde Intifada. Or, en France, les militants pro-israéliens les plus fervents ont développé depuis des années un discours non seulement partial (ce qui serait compréhensible), mais plus grave, totalement déconnecté du réel, c'est-à-dire en l’occurrence, du contexte dans lequel le processus d’Oslo explosa brutalement : les mois qui précédèrent et ceux qui suivirent. La séquence des trois dernières journées du mois de septembre 2000 n’y est considérée que comme une planète isolée, hors du temps et de toute autre causalité que la sienne propre, comme un scénario de fiction qui n’existe pas en dehors des limites étroites que lui assigne son auteur entre le générique de début et le générique de fin. Pire encore, chacune de ces trois journées est prise en elle-même comme un tout isolé des deux autres : une fable édifiante, codifiée comme une série télé, dans laquelle le Palestinien viendrait toujours jouer de manière lisse et transparente le rôle du fauteur de trouble ou de la fausse victime (ce qui revient au même), chaque nouvel épisode commençant sur un terrain vierge, sous un ciel sans nuage. Ainsi, la controverse sur les causes de l’Intifada serait toute entière contenue dans celle de la « visite » d’Ariel Sharon, le 28 septembre, à Jérusalem, sur l’esplanade des mosquées. Manière biaisée de poser le problème, car cet incident ne fut en définitive qu’une étincelle sur un baril de poudre, l’élément déclencheur et non pas la cause du soulèvement.[4] Mais une technique vieille comme le monde consistant à faire dire à autrui ce qu’il n’a pas dit pour mieux le réfuter est ici exploitée jusqu'au bout de ses possibilités. Entretenir artificiellement la polémique, en plaidant contre des contradicteurs imaginaires que la visite d’Ariel Sharon ne fut pas la cause de l’Intifada, permet d’en escamoter à la fois les causes réelles (blocage du processus d’Oslo, aggravé par l’échec du sommet de Camp David) et le rôle non négligeable joué néanmoins par le leader de la droite israélienne dont la visite sur l’esplanade des mosquées visaient précisément à contrer les ultimes tentatives de parvenir à un accord de paix. L’analyse des premiers jours de l’Intifada est ainsi ramenée au récit d’une innocente promenade (les Juifs n’ont-ils pas le droit de se promener en toute liberté à Jérusalem comme à Londres ou à Paris ?) dont les Palestiniens auraient pris prétexte pour déclencher perfidement une guerre fomentée de longue date. Cette vision consistant à gommer tout lien entre les trois journées des 28, 29 et 30 septembre 2000, et à abstraire ces trois journées du contexte général des mois qui précédèrent n’est pas seulement un moyen un peu artificiel d’exonérer les israéliens de toute responsabilité dans le conflit. Elle permet aussi de mettre en cause comme « hostiles à Israël » (et donc aux Juifs…) tous les médias qui, au sujet de l’intifada, aurait évoqué, fût-ce à titre accessoire, le caractère intempestif de l’initiative d’Ariel Sharon.[5]
Autre symptôme de l’irrationalité du débat : la fameuse « affaire » Al Doura. Les faits sont connus : le 30 septembre, premier jour du véritable soulèvement, une fusillade éclate entre Palestiniens et Israéliens, au carrefour de Netzarim, dans la bande de Gaza. La mort d’un enfant palestinien de douze ans, Mohamed Al Doura, filmée par la caméra de France 2, diffusée le soir même au « 20 heures », fait le tour du monde et devient dans le monde arabe une sorte d’icône. Les Israéliens, déplorant le drame, ne feront cependant aucune difficulté pour reconnaître, dès le lendemain, la probable origine israélienne du tir mortel. L’affaire aurait pu en rester là. Mais une curieuse polémique nait deux ans plus tard : partie d’une prétendue agence de presse (en réalité un simple site web francophone israélien), elle est aussitôt relayée par de nombreux médias de la communauté juive en France ainsi que par plusieurs intellectuels ou personnalités dont certaines figures de premier plan.[6] De prétendues expertises balistiques prouveraient l’impossibilité absolue que l’enfant ait pu être atteint par un tir israélien. Pire encore : la fusillade ne serait en réalité qu’une mise en scène, et l’enfant - un figurant ! – toujours en vie… Sept ans plus tard, la polémique a enflé, gonflé, nourrie par un nombre impressionnant d’articles et d’émissions diffusées dans la presse, sur le Net, à la radio ; des colloques ont même été organisés. France 2 et son journaliste Charles Enderlin ont porté plainte en diffamation contre deux sites internet : un premier procès gagné devant le tribunal. Le diffamateur, condamné, n’a pas fait appel. Un deuxième procès gagné également devant le tribunal. Mais en mai 2008, la cour d’appel de Paris relaxe le prévenu, Philippe Karsenty, non pas sur la véracité de ses écrits, mais sur sa « bonne foi ». Un pourvoi en cassation est en cours… Depuis la décision de la cour d’appel, la communauté juive s’est littéralement enflammée. Philippe Karsenty, élevé au rang de héros, multiplie les conférences, à Paris, en banlieue, en province, à l’étranger. Le CRIF qui a pris publiquement position en sa faveur, entend poursuivre aussi longtemps et aussi fort que possible ce qu’il considère être un scandale d’Etat, tant que France 2 n’«avouera» pas que les images de la mort de Mohamed Al Doura n’étaient qu’une mise en scène.
Il serait trop long de reprendre ici tous les tenants et aboutissants de la polémique.[7] Il suffit, pour démontrer l’absurdité de la thèse selon laquelle la mort de Mohamed Al Doura aurait été « mise en scène », de rappeler qu’une fusillade bien réelle eût lieu ce jour-là au carrefour de Netzarim (ce que personne ne conteste, notamment du côté israélien) et que les plans filmés sur l’enfant coïncident avec les plans plus larges filmés sur la foule. Difficile d’imaginer un enfant jouant la comédie dans une telle situation. Par ailleurs, les croquis d’angles de tir réalisés « au doigt mouillé » par de prétendus experts sont formellement démentis par les images filmées lors de l’échange de tirs : n’importe qui peut constater de visu que l’enfant et son père se trouvaient, totalement à découvert, sur la trajectoire des tirs israéliens[8]. Le chiffon rouge que l’enfant, nous dit-on, aurait sorti de sa chemise pour simuler un écoulement de sang n’a jamais existé que dans l’imagination des auteurs de cette trouvaille. Contrairement à ce qu’ils affirment, aucun film, aucune photo ne montre une chose pareille. Enfin, l’argument « massue » de l’enfant qui bouge encore « après avoir été présenté pour mort » est aussi confondant de bêtise que d’ignominie. Le plan, coupé au montage, ne s’intègre pas dans un récit. Soutenir que l’enfant bouge « après » avoir été présenté pour mort n’a donc aucun sens. De toute évidence, ce plan ne montre, hélas, que les dernières secondes de vie de l’enfant juste après le tir mortel.
Reste à comprendre l’importance disproportionnée prise par cette affaire dans la communauté juive. Et à expliquer le décalage vertigineux entre l’inanité absolue d’une thèse étayée par des moyens de preuves à ce point indigents et puérils d’une part, et de l’autre, l’accueil enthousiaste réservé à cette thèse par l’ensemble des intellectuels juifs et pro-israéliens (des journalistes, des philosophes, des directeur de recherche au CNRS…) ainsi que par les organes communautaires, au premier rang desquels le CRIF, qui lui ont conféré la valeur religieuse d’un dogme. C'est à dessein que j’emploie ce qualificatif : reposant sur une foi qui n’a pas besoin d’être démontrée, la religion a étymologiquement pour fonction de « relier » entre eux les membres de la communauté, d’en renforcer la cohésion. Le problème est que la foi dont il s’agit ici est moins authentiquement religieuse (même si la religion y a sa part) qu’entremêlée de passions patriotiques et nationalistes, nourries et attisées par un conflit aigu. L’affaire Al Doura vient précisément remplir la fonction qu’occupe le Mythe dans la religion : un récit fabuleux porteur d’une morale, un récit performatif qui, dans ce cas particulier, offre au fidèle le double avantage de faire coïncider le monde avec la vision sacrée qu’il s’en fait, mais aussi avec la lecture apparemment rationnelle d’un conflit politique bien ancré dans le réel. Un contexte et un mécanisme qui rappellent, à certains égards, ceux de l’Affaire Dreyfus : on retrouve dans les deux cas le même amour passionné quasi-religieux pour la Patrie, le drapeau et l’armée. La mort télévisuelle de Mohamed Al Doura venait pulvériser le cliché repris en boucle depuis des années par la communication israélienne (et ses relais en France) selon lequel les enfants palestiniens lanceurs de pierre, toujours manipulés par des adultes, n’étaient donc jamais des victimes totalement innocentes. Il fallait donc que la mort de Mohamed fût factice pour que Tsahal gardât sa pureté et son aura d’armée « la plus éthique du monde », comme il fallait naguère que Dreyfus fût coupable pour que l’armée française demeurât innocente. Et de même que Dreyfus symbolisait pour les antisémites la fourberie juive, devenant ainsi à leurs yeux « le Juif » par essence, l’affaire Al Doura accède au rang de véritable paradigme du conflit israélo-palestinien, fournissant aux tenants de la thèse de la « mise en scène » l’occasion de faire l’économie de toute analyse politique sérieuse : il était fréquent d’entendre, dans les années 1970, l’argument selon lequel, le « problème palestinien », comme on disait alors, était un « faux problème », qu’il n’y avait pas de peuple palestinien, mais seulement un mensonge forgé par les pays arabes pour nuire à Israël. Autre temps, autre mœurs. On est passé de la rhétorique politique au story telling, car la fable édifiante du petit Mohamed est en fait le prolongement de la même idée : Il n’y a pas, par essence, de victimes palestiniennes. Il n’y a qu’un peuple de comédiens, de simples figurants…
On a soutenu, depuis, que la « fausse mort » de Mohamed Al Doura, en provoquant la colère des foules arabes, avait déclenché l’Intifada, dont France 2 serait en quelque sorte responsable. Par des articles, des colloques, on a élaboré une théorie savante historico-psychanalytique selon laquelle le « mensonge » de France 2 ne serait que la résurgence du mythe médiéval du crime rituel et du juif tueur d’’enfants.[9] L’affaire Al Doura est devenue une sorte de procès en sorcellerie contre l’Europe et ses médias, congénitalement antisémites, depuis la nuit des temps. Il n’est pas sûr que la communauté juive sorte intellectuellement indemne de ces errements. Par une sorte de retournement aussi ironique que diabolique dont l’histoire a le secret, la caution philosophique qui leur est apportée fonctionne comme un piège en miroir. Les foules médiévales transformaient un fantasme - le crime rituel - en réel : la mort d’un enfant, imaginaire, mais à laquelle elles croyaient contre toute raison. Voici à présent qu’une communauté toute entière, guidée par de pseudos-penseurs, transforme la mort d’un enfant, hélas bien réelle, en fantasme. La croyance est aussi forte, la haine aussi tenace. Mais le mécanisme, au fond, est le même.
Notes
[1] Le jeudi 28 septembre est la date de la visite controversée d’Ariel Sharon, qui n’est alors que chef de l’opposition, sur l’esplanade des mosquées à Jérusalem. Le vendredi 29 septembre, des manifestations violentes éclatent à Jérusalem, en protestation à cette visite et se soldent par sept morts et près de deux cents blessés du côté palestinien. Le samedi 30 septembre, ce sont tous les territoires palestiniens – Gaza et Cisjordanie - qui s’embrasent.
[2]La thèse israélienne d’une responsabilité exclusive des Palestiniens dans l’échec du processus de paix, est réfutée de façon très étayée dans le Rêve brisé de Ch. Enderlin (Fayard 2002), La guerre israélienne de l’information, de D. Sieffert et J. Dray (La Découverte 2002), et La septième guerre d’Israël de A. Harel et A. Isacharoff, (Yedioth Aharonot Books, Tel-Aviv 2004, Hachette Littératures 2005, pour la traduction française)
[3] Shin Beth : sécurité intérieure israélienne. Interview vidéo d’Avi Dichter réalisée par Charles Enderlin le 4 mai 2006. Cité dans Les années perdues, Fayard 2006 (p. 30)
[4] La commission Mitchell dont les conclusions furent acceptées par les Israéliens estima que la visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des mosquées n’avait pas été la cause de l’Intifada mais que « le moment avait été mal choisi et ses effets dévastateurs prévisibles »
[5] C'est très précisément la thèse développée dans Décryptage, documentaire réalisé par le « chercheur » Jacques Tarnero qui instruit le procès des médias français dans le traitement de l’actualité du Proche-Orient. Thèse que l’on retrouve aussi dans le bulletin d’avril 2002 de L’Observatoire du Monde Juif, dirigé par le sociologue Shmuel Trigano : « Déontologie journalistique et choix idéologiques face à Israël». Dans le film comme dans le dossier de l’Observatoire, la quasi-totalité des médias ayant rapporté les faits de la seconde Intifada sont accusés d’avoir participé à une opération de désinformation aux relents antisémites.
[6] S’agissant des médias, on citera notamment l’hebdomadaire Actualité Juive, le mensuel l’Arche, Radio J et RCJ (radio « officielle » de la communauté, émanation du FSJU). Quant aux intellectuels et personnalités ayant relayé la polémique on citera, à titre non exhaustif, Elisabeth Lévy, Alain Finkielkraut, Pierre André-Taguieff, le producteur de télévision Daniel Leconte, le journaliste Ivan Rioufol, et le député Claude Goasguen, ainsi que l’actuel président du CRIF, Richard Prasquier.
[7] J’y ai consacré un chapitre entier dans Les Nouveaux Désinformateurs, paru en 2007 aux Editions Armand Colin. On pourra aussi se reporter aux articles que j’ai écris sur cette affaire : Retour sur l’ « affaire Enderlin » - guet-apens dans la guerre des images ou harcèlement dans la diffamation ? Revue Internationale et Stratégique n°58, été 2005 ; ainsi que deux articles publiés en 2008 et consultables sur internet : affaire Mohamed al Doura : les vrais imposteurs ont gagné, sur marianne2.fr et Le carnaval des imposteurs sur les sites oumma.com et palestine-solidarité.org .
[8] Ce constat s’impose avec évidence au seul vu des plans filmés durant la fusillade par le caméraman d’Associated Press qui, alors qu’il se trouve aux côtés de l’enfant, fixe son objectif sur la position israélienne.
[9] Voir à ce sujet P-A Taguieff : L’affaire al Dura et le renforcement des stéréotypes anti-juifs, publié dans la revue néoconservatrice Le Meilleur des Mondes de septembre 2008, ainsi que dans L’Arche, mensuel du Judaïsme français. Un colloque intitulé « Le mythe du meurtre rituel » organisé en novembre 2007 par le collège des études juives de l’Alliance Israélite Universelle a été en réalité largement consacré à l’affaire al Doura. Il est consultable en ligne sur le site www.akadem.org  


Guillaume Weill-Raynal, est avocat, l'auteur de deux essais : Une haine imaginaire : contre-enquête sur le nouvel antisémitisme (2005), il a critiqué les thèses du politologue et historien des idées Pierre-André Taguieffsur la "nouvelle judéophobie".  







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Sunday, March 28, 2010

LA FRANCE EXPLOITE L'AFRIQUE PAR LE BIAIS DU FRANC CFA




Mamadou KOULIBALYprésident de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire et professeur d’économie, fait la lumière sur les dégâts causés dans les Etats membres de la zone franc en raison de l’indexation de leur monnaie sur le franc français, aujourd’hui sur l’euro. Dans cet entretien réalisé par Ruth TETE et SOH TADHIEU de New African, Mamadou KOULIBALY ne mâche pas ses mots et appelle à la création d’une monnaie indépendante, sans lien avec le passé colonial.
Pourriez-vous expliquer à nos lecteurs quels sont les principaux mécanismes de la zone Franc ?
MK : La zone du franc CFA est une union de coopération monétaire dont les leviers de contrôle se situent à Paris où priment les intérêts de la France. Les Etats satellites, membres de cette zone, sont des pays d’afrique occidentale et centrale.
 La logique qui sous-tend le fonctionnement de cette zone rappelle la manière dont les Etats de l’Europe de l’Est étaient liés à l’ex-Union soviétique par le biais du Pacte de Varsovie à l’époque de la Guerre froide.
Les principes de la coopération monétaire entre la France et les Etats membres de la zone franc ont été énoncés dès les années 1960 dans le cadre d’un pacte colonial. Ce pacte a été modifié par la convention de coopération monétaire du 23 novembre 1972 entre les Etats membres de la Banque des Etats de l’afrique Centrale (BEAC) et la France d’une part, et par l’accord de coopération du 4 décembre 1973 entre les pays membres de l’Union Monétaire Ouest-africaine (UMOA) et la République française d’autre part.
Juste avant que la France n’accède aux demandes d’indépendance des pays africains dans les années 1960, elle a obligé ces Etats à placer 65% de leurs réserves de change sur un compte du Trésor français, après avoir défini un taux de change fixe du franc CFA.
Bien que la gestion de cette monnaie ait été confiée à des banques centrales communes (BEAC et BCEAO), ces banques n’ont d’africain que le nom.
En réalité, elles n’ont aucun pouvoir et ne sont rien de plus que de gigantesques institutions bureaucratiques qui ne décident pas des politiques monétaires. Elles sont là pour faire croire aux pays de la zone franc qu’ils sont maîtres de leur destinée.
Les pays de la zone franc continuent de perpétuer un système mis en place par l’ancien bourreau colonial.
Comment décririez-vous la situation financière des pays de la zone franc depuis qu’ils font partie de cette union monétaire ?
MK : La zone franc a engendré un long débat. D’une manière générale, il ne faut pas oublier que cette union a apporté à la France d’immenses avantages en termes de marchés pour ses biens et services.
La situation monétaire des pays de la zone franc est une longue histoire de secrets jalousement gardés par la France, dont la seule préoccupation est de préserver ses intérêts.
Par exemple, les réserves de change des Etats de la zone franc sont placées sur un compte commun du Trésor français, mais aucun pays africain n’est capable de dire quelle partie de cet argent durement gagné lui appartient. Seule la France a le privilège d’accéder à ces informations.
Et pourtant ces fonds, placés sur des "comptes d’opérations", génèrent des intérêts à chaque fois que leur montant est supérieur aux besoins d’importation des pays africains concernés.
Ces comptes d’opérations, en vertu des accords de coopération monétaires signés par la France et les pays de la zone franc, sont en théorie assortis du principe de découvert illimité. Cependant, les autorités françaises ont inclus, dans les statuts des banques centrales africaines, des mesures, parfois préventives, destinées à éviter que les comptes d’opérations deviennent constamment débiteurs.
Les opérations liées au franc CFA sont secrètes et seul le Trésor français connaît montant des fonds appartenant aux pays de la zone franc placés sur les comptes d’opérations. Seul le Trésor français peut indiquer le niveau de rémunération ainsi que les frais de gestion de compte. Le système est donc opaque et autoritaire.
Les économies de la zone Franc sont très vulnérables. Les effets provoqués par le mécanisme de fonctionnement du franc CFA sont asymétriques.
Les pays les plus dépensiers de la zone franc peuvent utiliser les réserves de change des pays qui ont une gestion plus prudente. De fait, l’unité monétaire profite aux pays les plus riches et encourage l’exploitation des pays les plus pauvres.
L’existence d’un système monétaire stable et unifié n’a pas conduit à l’émergence d’un système bancaire et financier efficace dans les pays africains de la zone franc. Sur les 107 banques que comptent ces pays, 42 avaient fait faillite en 1990. Les réseaux bancaires, qui se sont constitués par la suite, dépendent fortement des banques françaises.
La France encourage les pays de la zone franc à vivre largement au-dessus de leurs moyens. Quelle différence y a-t-il entre le Gabon dont les réserves de change sont placées en France et le Ghana, qui possède sa propre monnaie ? Ou entre le Cameroun et le Kenya ? Le Bénin et la Tunisie ? Ces questions suscitent des questions légitimes sur le bien-fondé de la zone franc.
La zone franc existe depuis plus de soixante ans. Comment expliquez-vous qu’elle perdure malgré les effets négatifs qu’elle continue de produire dans pays africains ?
MK : A mon avis, cela est dû à l’influence que la France exerce sur les pays d’Afrique francophone, même si les partisans utilisent les arguments suivants pour défendre leur position : garantie monétaire, qui génère un afflux de capitaux, mesures d’austérité limitant le risque d’inflation et permettant de maintenir l’équilibre de la balance extérieure, et crédibilité de la monnaie.
Les partisans du franc CFA font semblant de ne pas voir la répression politique et financière qu’ont exercée les présidents français successifs sur les pays africains qui ont tenté de se retirer de la zone franc.
Nous avons été témoins de mesures répressives visant à couper court à toute velléité d’émancipation du système : la protection des intérêts français a engendré récemment des crises au sujet de l’uranium au Niger, de l’or au Mali, du pétrole au Tchad, des matières premières et du transfert des actions d’entreprises du service public en Côte d’Ivoire, auxquelles sont à ajouter d’autres crises au Rwanda, en République démocratique du Congo et au Sénégal.
Quand le Sénégal a annoncé récemment qu’il avait découvert du pétrole à Saint Louis, le pays a demandé au Vénézuela de l’aider dans son exploitation, et non à la France. Paris a perçu ce geste comme une trahison et une violation des accords de coopération liant la France aux pays de la zone franc et à leurs ressources.
Par ailleurs, les élites et la classe politique africaines n’ont fait qu’empirer la situation en prétendant qu’elles ne possédaient pas les compétences nécessaires pour gérer leur propre monnaie de manière responsable et efficace, à l’inverse des pays occidentaux ou asiatiques.
Elles se satisfont de voir les Etats africains être réduits à l’état de contribuables au profit de la France, avec les 65% de réserves de change qu’ils déposent chaque année auprès du Trésor français !
Et pourtant, nos citoyens n’ont pas la nationalité française, et non pas non plus accès aux services publics dont bénéficient les autres contribuables français.
Cela conduit à une situation qu’on ne peut que qualifier d’asservissement volontaire, et qui a incité la population et les acteurs économiques à croire qu’ils ne pouvaient se passer de la France.
C’est bien dommage car cette idée est totalement fausse. Le monde est vaste : il suffit de vouloir s’y intégrer de façon libre et responsable par le biais du commerce et non de l’aide étrangère qui réduit les gens à la situation de mendiants.
Chaque jour, la mondialisation crée des milliers d’opportunités dont nous ne tirons pas profit, parce que nous sommes piégés dans un système inefficace.
Une réunion des ministres des Finances des pays de la zone franc s’est tenue à Paris le 14 octobre 2007. Cette réunion précède traditionnellement la conférence d’automne de la Banque Mondiale et du FMI. Vous avez été ministre des Finances de Côte d’Ivoire, et peut-être avez-vous eu l’occasion de participer à ces réunions. Beaucoup d’Africains pensent que rien de positif pour le peuple africain ne ressort de ces réunions. Est-ce vrai ?
MK : Je n’ai jamais participé à ce type de réunion quand j’étais Ministre des Finances. Mais la plupart des pays de la zone franc sont faibles. Avec des économies sous perfusion, ils n’ont aucun poids dans les décisions prises dans le cadre de ces réunions.
On peut donc se demander pourquoi ils continuent de se rendre à ces réunions dans lesquelles ils n’ont aucune voix. En agissant ainsi, ces pays montrent qu’ils sont convaincus que la France peut tout faire pour eux. Nos pays préfèrent choisir la solution de la facilité même si elle met en danger l’emploi, les revenus, l’épargne et les investissements privés. Nous nous rendons complices du piège de la pauvreté dans lequel nous avons été poussés.
Pourriez-vous citer au moins trois raisons pour lesquelles les Etats africains devraient se libérer du franc CFA ?
MK : En premier lieu, le franc CFA est coercitif, injuste et moralement indéfendable. Il a favorisé la corruption de l’Etat. Au moment des élections françaises, les pays de la zone franc sont sans cesse sollicités pour donner des dons aux hommes politiques français, une obligation qui ne peut se justifier. Ces "cadeaux" ont été à l’origine de nombreux conflits et ouvrent la voie à de nombreuses autres formes de corruption.
Ce sont ces relations qui perpétuent le monopole français dans les pays de la zone franc, malgré la mondialisation. Sous prétexte d’aider les pays pauvres avec l’argent du contribuable français, c’est la classe politique française et africaine qui s’enrichit de manière illicite. Cette réalité justifie à elle seule l’abandon de la zone franc.
La libéralisation économique et financière ne peut se produire avec un taux de change fixe et une zone d’influence économique créée artificiellement.
En fait, l’émergence de tensions apparues au sein du système monétaire international et les crises financières de ces dernières années portent à croire que le choix du régime de taux de change dépend du système d’engagements pris auprès des autorités monétaires. Et pourtant, la restriction de la liberté des pays de la zone franc dans le domaine de la politique monétaire ne protège pas du risque de dévaluation du franc CFA.
Ainsi, dans les années 90, faisant fi de la clause de découvert illimité, la France a ordonné la dévaluation du franc CFA. Avant la dévaluation, 1 franc français s’échangeait contre 50 francs CFA. En 1994, après la dévaluation, 1 FF s’échangera contre 100 FCFA. Les autorités françaises sont pourtant arrivées à faire croire que le taux de dévaluation était de 50%, alors que nous venions de subir une dévaluation de 100% !
Après l’abandon du système, quel avenir monétaire proposez-vous aux pays africains du point de vue monétaire ?
MK : Etant donné les enjeux, il est nécessaire d’entreprendre des réformes financières et monétaires. La monnaie doit être au service de l’économie. Elle doit s’adapter au contexte économique actuel. A cet effet, il faut permettre aux pays de se prémunir contre les chocs asymétriques, d’améliorer la convergence et l’ajustement macroéconomiques et de financer le développement.
Il est vital aujourd’hui que le franc CFA acquière une autonomie, qu’il se libère du joug colonial. Il est grand temps que les pays africains assument les conséquences d’une politique macroéconomique librement choisie. Il n’y a pas de secret. Il suffit que nous décidions de nous choisir nos politiques et d’en assumer la responsabilité. La liberté n’a de sens que si elle est assortie de responsabilité.
Une fois la rupture accomplie, les pays de l’ex-zone franc devront créer leur propre système basé sur des principes simples : accès direct aux marchés internationaux sans tuteur, c’est-à-dire la France, mise en place d’un système fiscal simple sans règles d’imposition incompréhensibles, taux de changes flexible par rapport aux principales monnaies. Pour atteindre cet objectif, les pays concernés ont deux possibilités.
-        La première consisterait à créer des monnaies nationales indépendantes, avec une parité flexible comme les monnaies de l’Union Européenne avant l’introduction de l’euro. Cette solution peut fonctionner uniquement si les banques sont privées et indépendantes et que les banques centrales ont la liberté de mettre en œuvre des politiques monétaires crédibles.
-        La deuxième option, c’est que les pays africains s’unissent et créer une monnaie commune, mais cela suppose un gouvernement unique, contrôlée par une banque centrale unique et indépendante du pouvoir politique, ainsi qu’une politique économique monétaire et budgétaire uniques.
Quelle que soit la solution adoptée, les Etats doivent être démocratiques. Ils doivent indiquer clairement à leurs citoyens leurs droits de propriété et leur accorder la liberté de décider s’ils veulent hypothéquer ces droits. Tout commence avec l’attribution du droit de propriété aux citoyens, un droit qui les fera émerger de la pauvreté. Le libre échange fera le reste.
En 2005, vous avez publié un livre intitulé "Les servitudes du pacte colonial". Pourriez-vous expliquer brièvement le sujet de cet ouvrage et le message qu’il transmet ?
MK : L’objectif de ce livre était de faire connaître au public le "pacte colonial", fondement des accords de coopération franco-africains. Il s’agit d’un modèle institué par la France sous De Gaulle à la veille de l’indépendance des Etats d’Afrique francophones, destiné à contrôler indirectement les affaires de ces pays de manière subtile, sans apparaître en première ligne comme pendant la longue période coloniale.
Le livre publie les textes utilisés pour organiser les interventions de l’Etat français, malgré la fin de l’époque coloniale dans les années 1960. Selon ce pacte colonial, les présidents des Etats d’Afrique francophone doivent diriger leurs pays en fonction des intérêts de Paris.
L’indépendance s’est donc résumée au transfert de compétences de l’Elysée aux chefs d’Etat africains, qui doivent faire acte d’allégeance à la France, et non aux peuples qu’ils gouvernent.
Paris se charge de leur dicter les politiques à adopter.
Ce livre révèle comment les accords de Défense ne sont en réalité que des accords commerciaux obligeant les Etats d’Afrique francophone à conserver des bases militaires françaises sur leur sol, avec des soldats prêts à intervenir pour chasser les dirigeants récalcitrants afin de les remplacer par des individus plus dociles.
Dans ce livre, on découvre que la France détient un monopole sur toutes les matières premières de l’Afrique francophone. On apprend comment la France a pris des mesures pour s’assurer qu’elle conserverait toutes ses prérogatives coloniales après avoir accordé "l’indépendance" aux pays africains.
Par le biais de ce pacte colonial, la France est demeurée omniprésente en Afrique francophone et a conservé les avantages d’hier. Paris a confisqué la véritable indépendance des pays d’Afrique francophone.
Nous nous devons de dénoncer collectivement ce pacte colonial. Lors de sa visite au Sénégal en juillet 2007, le fraîchement élu président français Nicolas SARKOZY a reconnu que la colonisation était un crime contre l’humanité, mais a refusé de se repentir. Les Africains doivent dénoncer tous les accords et systèmes qui éloignent l’Afrique des marchés. Le pacte colonial constitue une violation du droit de propriété africain.
Etes-vous parvenu à transmettre ce message à travers ce livre ?
MK : Je pense que oui. Je voulais partager mes convictions avec un grand nombre d’Africains. Et d’amis de l’Afrique, afin qu’ils soient dans une meilleure position pour mesurer les dangers du pacte colonial, du contrôle de l’Etat, et surtout de prendre conscience que la gestion de l’économie sous l’emprise du pacte colonial est une source de pauvreté dans nos pays.
Nous ne voulons pas l’aumône ; notre problème n’est pas le manque d’argent. Je suis convaincu que nous devons avant tout revendiquer clairement nos droits de propriété sur nos terres et nos ressources, qui ont été aliénées par les colons, et dont le pacte colonial nous dépossède aujourd’hui.
Enfin, je voulais dire que l’Afrique a un besoin urgent de libertés individuelles, d’un contrôle de l’Etat limité, de marchés libres, d’une société ouverte et de la paix, qui ne peuvent exister que si la liberté économique et politique est respectée.

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Friday, March 26, 2010

Le franc CFA, un outil de contrôle politique et économique sur les pays africains de la zone franc



Regardez l’interview vidéo du Professeur Nicolas AGBOHOU sur http://mampouya.over-blog.com/
La zone franc et le franc CFA, un système hérité de la colonisation

Par Survie 22 mars 2010
La zone franc et sa monnaie le franc CFA constituent le seul système monétaire colonial au monde à avoir survécu à la décolonisation. La mise en place progressive de ce système est le résultat de choix stratégiques de la France mettant l’entreprise de colonisation au service des intérêts économiques français. Les monnaies africaines sont supprimées et des banques privées appartenant aux colons mais contrôlées par la France sont créées.
La puissance coloniale exploite les matières premières des colonies pour alimenter l’industrie française et utilise les colonies comme débouchés pour les produits français.
Suite à la crise de 1929, la France accentue son repli sur l’empire colonial pour protéger son économie et son commerce extérieur. La création de la zone franc en 1939 offre le moyen de pérenniser cette stratégie : les échanges avec des pays extérieurs à la zone franc sont interdits, ce qui cimente les liens économiques et commerciaux entre la France et son empire.
La monnaie franc CFA (Colonies Françaises d’Afrique) est quant à elle créée en 1945 afin que la dévaluation du franc français au sortir de la guerre n’affecte pas les marchés des possessions africaines de la France. Celle-ci conserve ainsi le leadership dans le commerce extérieur des colonies et réaffirme sa suprématie sur son empire.
Au moment des indépendances, la quasi-totalité des anciennes colonies françaises d’Afrique subsaharienne décide de rester dans le giron de la France en signant des accords de coopération monétaire et en adhérant de ce fait à la zone franc. Le franc CFA est d’ailleurs renommé franc de la Communauté Française d’Afrique en 1958.
Mais la Guinée refuse cet assujettissement monétaire et sort de la zone franc dans un coup d’éclat. Le président Sékou Touré veut une réelle indépendance politique et économique pour la Guinée, et pour ce faire crée le franc guinéen et quitte la zone en 1960.
Au Togo, ancienne colonie allemande membre de la zone franc depuis 1949, des voix s’élèvent également contre le franc CFA en la personne du président Sylvanus Olympio. La sortie de la zone est prévue pour 1963 mais Sylvanus Olympio est assassiné juste avant que l’indépendance monétaire du pays ne soit acquise.
Ce n’est que dix ans plus tard, en 1973, que la zone connaît de nouvelles modifications avec la sortie de la Mauritanie et de Madagascar.
C’est également à la période des indépendances que des banques centrales dont seulement la moitié des administrateurs sont des représentants africains sont créées pour émettre le franc CFA. Les présidents de ces institutions sont néanmoins français et restent maîtres de toute décision.
Pendant les années 1970 la zone franc connaît des ajustements à la fois techniques et symboliques : révision des accords de coopération monétaire, déménagement des sièges des banques centrales de Paris à Dakar et Yaoundé, diminution du nombre de représentants français au sein des Conseils d’Administration.
D’autre part deux nouveaux pays signent des accords de coopération avec la France et adoptent le franc CFA : la Guinée Équatoriale en 1985 et la Guinée-Bissau en 1997.
Malgré ces changements, la France garde la mainmise sur la politique monétaire de la zone franc dont les pays subissent des choix économiques et monétaires dictés par les intérêts français. La France va même jusqu’à décider unilatéralement de la dévaluation du franc CFA en 1994.
La zone franc : une gestion et des principes au service des intérêts français
La zone franc englobe donc aujourd’hui quinze pays : huit pays d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo), six pays d’Afrique centrale (Cameroun, République Centrafricaine, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée Equatoriale, Tchad) et les Comores.
C’est une organisation financière, monétaire et économique, dont le cœur est la France et l’instrument principal le franc CFA. Cette organisation, gérée par la France, s’appuie sur des institutions africaines : la Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), la Banque des Etats d’Afrique Centrale (BEAC), la Banque Centrale des Comores (BCC).
Le système franc CFA est basé sur quatre grands principes : la centralisation des réserves de change au Trésor public français, la fixité de la parité franc CFA/euro, la libre convertibilité du franc CFA à l’euro, et la libre circulation des capitaux entre la France et les pays africains de la zone franc.
A ces principes s’ajoutent la participation française aux instances de direction des banques centrales africaines, pièce maîtresse du système CFA puisqu’elle garantit l’application sans faille des quatre principes précédemment cités.
La centralisation des réserves de changes : un principe qui bloque l’économie des pays de la zone franc
Chaque banque centrale de la zone franc possède un compte d’opérations au Trésor public français et doit y déposer une partie de ses réserves de monnaie. Depuis 2005, 50% des réserves de change doivent être stockées sur le compte d’opérations en France (jusqu’en 2005 ce pourcentage était de 65).
Il y a donc actuellement environ 8000 milliards de francs CFA venant de la BCEAO et la BEAC stockés au Trésor public, soit plus de 12 milliards d’euros.
C’est autant d’argent qui est amputé du budget des États de la zone franc. La France rémunère les banques centrales africaines en intérêts, tout en se servant au passage grâce à des placements privés (des sommes dégagées au profit de la France qui se comptent en centaines de millions d’euros).
Pire, la part d’intérêts versée aux banques centrales est comptabilisée dans l’Aide Publique au Développement ! Dépouillés de la moitié de leurs recettes, les pays africains de la zone franc se retrouvent ainsi dans une situation économique et sociale très difficile, d’autant plus que la France leur impose une rigueur budgétaire (c’est-à-dire une baisse des dépenses publiques) pour que l’approvisionnement du compte d’opérations soit garanti.La parité fixe franc CFA-euro : une entrave à la compétitivité des économies africaines dans le monde
Hier lié au franc français, le franc CFA est aujourd’hui arrimé à l’euro, c’est-à-dire que la valeur du franc CFA sur les marchés mondiaux dépend de celle de l’euro. Autrement dit, les pays africains de la zone franc n’ont pas le contrôle de leur politique de change et subissent les fluctuations du cours de la monnaie unique européenne.
Les recettes de leurs exportations doivent être converties en euro avant de l’être en franc CFA, ce qui signifie que si la conversion entre l’euro et les monnaies étrangères fluctue, les recettes des pays africains de la zone franc fluctuent également.
Actuellement la valeur de l’euro se renforce par rapport aux monnaies étrangères. Par conséquent, la compétitivité des pays de la zone euro, et donc de la zone franc, diminue par rapport au reste du monde.
Une baisse de la compétitivité signifiant une plus grande difficulté à vendre ses produits sur le marché mondial, les conséquences pour les pays africains de la zone franc d’un arrimage à une monnaie forte comme l’euro sont considérables : les économies restent faibles, et les population se paupérisent car les matières premières qu’elles produisent ne peuvent ni être exportées ni être transformées.La libre convertibilité franc CFA/ euro et la libre circulation des capitaux ou comment légaliser la fuite des capitaux
La libre convertibilité s’applique des pays africains de la zone franc à la France et inversement, mais ne concerne pas les échanges entre les trois zones du système CFA. Ce principe facilite les investissements français en Afrique, le rapatriement des capitaux, et l’importation par la France de matières premières, mais bloque les échanges inter-africains.
Les principes de libre convertibilité et libre circulation des capitaux favorisent également la fuite des capitaux de l’Afrique vers la France. Les entreprises françaises installées dans les pays africains de la zone franc peuvent rapatrier librement leurs liquidités vers la France et les transferts d’argent entre la France et l’Afrique s’opèrent sans entraves au profit des élites françafricaines.
La participation française à la gestion des banques centrales africaines
Dans les trois banques centrales de la zone franc, des administrateurs français siègent aux Conseils d’Administration (CA). Dans les faits, la présence d’administrateurs français garantie par les statuts des banques centrales confère à la France un droit de veto lors de la prise de décision.
Au CA de la BCC, 4 administrateurs sur 8 sont français alors que les décisions doivent être votées à la majorité. A la BCEAO seuls 2 administrateurs sur 16 sont français, mais l’unanimité est requise pour toute décision majeure (et notamment la modification des statuts).
La situation est la même à la BEAC avec 3 administrateurs français sur 13. Le pouvoir de la France dans ces institutions est donc considérable et la présence de représentants français garantit la mise en œuvre de tous les principes centraux du système CFA.
Un système monétaire qui constitue une entrave à la souveraineté des États africains de la zone franc
Le franc CFA est un liant qui cimente les relations économiques entre la France et les pays africains de la zone franc. Ces pays ne sont pas libres de la gestion de leur politique économique et monétaire, domaine pourtant constitutif de la souveraineté d’un État. Preuve en est la dévaluation de 1994 décidée unilatéralement par la France.
Malgré le passage à l’euro, la France garde la mainmise sur la zone franc, alors même qu’elle n’est plus émettrice de la monnaie d’arrimage. L’adoption de l’euro aurait pu se traduire par une disparition du pouvoir tutélaire de la France sur ses anciennes colonies, or la France a obtenu que les accords de coopération monétaire de la zone franc ne soient pas affectés par l’intégration européenne.
Cinquante ans après les indépendances, la politique monétaire de la zone franc reste donc décidée par la France en fonction de ses intérêts propres.
Cinquante ans pendant lesquels cette politique a été complètement déconnectée des vrais enjeux du développement africain tout en permettant à la France de contrôler économiquement et politiquement ses anciennes colonies au profit de son économie nationale, et au préjudice du développement des relations entre pays africains.
Le modèle imposé par le système franc CFA induit une verticalité des échanges (Nord-Sud) au détriment d’une coopération horizontale (Sud-Sud). Un tel système financier, au service des intérêts économiques et politiques de la France, ne peut pas être le vecteur de l’autonomie monétaire et du développement.
Il perpétue les relations asymétriques et néocoloniales entre la France et les pays de la zone CFA.

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Thursday, March 25, 2010

Coup de froid entre les Etats-Unis et Israël


mercredi 24 mars 2010

Coup de froid entre les Etats-Unis et Israël

« C’est merveilleux de revenir parmi vous et de retrouver tant d’amis. » Ainsi s’exprima la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton lors de son discours devant le congrès de l’American Israel Public Affairs Committee (Aipac), le 22 mars. Même si Mme Clinton compte au nombre des amis les plus fidèles du gouvernement israélien au sein de l’administration de Barack Obama, les rapports se tendent néanmoins entre Tel-Aviv et Washington. Il n’est en effet pas courant que les Etats-Unis utilisent les termes « condamner », « affront », « insulte », pour qualifier une décision de leur allié (en l’occurrence l’annonce, lors de la visite en Israël du vice-président Joseph Biden, de la construction de 1 600 habitations dans la partie arabe de Jérusalem). Et le caractère glacial de la rencontre à la Maison Blanche entre M. Benyamin Nétanyahou et le président Obama conforte l’idée que les deux dirigeants s’insupportent, le premier ministre israélien étant l’enfant chéri de la droite républicaine et de Fox News (alors que la très grande majorité des juifs américains a voté pour M. Obama en 2008). Entre les dirigeants français et israéliens, tout va très bien en revanche (lire l’article d’Alain Gresh dans Le Monde diplomatique d’avril, en kiosques le 31 mars).
Les Etats-Unis n’entendent assurément pas remettre en cause l’aide militaire annuelle qu’ils versent à Israël – Mme Clinton a même indiqué que son montant (3 milliards de dollars), qui avait augmenté en 2010, augmenterait à nouveau en 2011. Mais quand ils évoquent le « partenariat stratégique global entre Israël et les Etats-Unis » (Mme Clinton vient encore de le faire devant l’Aipac), il arrive désormais aux dirigeants américains de suggérer, voire de dire carrément, que les provocations répétées du gouvernement de M. Nétanyahou nuisent à cette stratégie globale. Et fragilisent par conséquent le partenariat. La secrétaire d’Etat américaine ne peut pas ignorer qu’elle aura du mal à être prise au sérieux par nombre de pays quand, ovationnée par une association, l’Aipac, qui a appuyé la répression souvent meurtrière des manifestants palestiniens, elle fustige le fait qu’en juin dernier « des Iraniens qui protestaient en silence ont été matraqués ». « Dans le monde entier, ajoute-t-elle, les gens ont été horrifiés par la vidéo d’une jeune femme tuée en pleine rue. »
Plus fondamentalement, l’analyse régionale des Etats-Unis ne coïncide pas avec la politique actuelle de la droite et de l’extrême droite israéliennes. « Il est vrai, a indiqué Mme Clinton, que les mesures de sécurité [israéliennes] ont réduit le nombre d’attentats suicide. […] Au point que certains imaginent que le statu quo peut être perpétué. Mais les dynamiques de la démographie, de l’idéologie et de la technologie rendent cela impossible. D’abord, nul ne peut ignorer les tendances à long terme de la démographie, nées de l’occupation israélienne. Ainsi que le ministre de la défense Barak et d’autres l’ont signalé, l’heure se rapproche où les Israéliens devront choisir entre la préservation de leur démocratie et leur fidélité au rêve initial d’un foyer juif. Compte tenu de cette réalité, la solution impliquant deux Etats constitue le seul chemin viable permettant à Israël de demeurer à la fois une démocratie et un Etat juif. […] Enfin, nous devons admettre que l’évolution des technologies militaires va compliquer la sécurité d’Israël. Pendant six décennies, les Israéliens ont défendu leurs frontières avec vigilance. Mais les progrès technologiques accomplis en matière de roquettes signifient que les familles israéliennes sont dorénavant menacées à l’intérieur même de ces frontières. »

Le Pentagone donne à son tour
des signes d’exaspération

Autant dire que, selon Washington, la politique des faits accomplis de Tel-Aviv radicalise une opposition arabe qui demain disposera des moyens militaires de ses ambitions. Par conséquent, cette « politique de sécurité » nuit … à la sécurité d’Israël. Et, autre paradoxe, les Etats-Unis doivent, pour conserver dans la région un crédit dont profite ensuite l’Etat hébreu, prendre leurs distances avec lui. « Les nouvelles constructions à Jérusalem ou en Cisjordanie, a répété Mme Clinton dans son discours devant l’Aipac, portent atteinte au climat de confiance nécessaire et à la perspective de négociations auxquelles les deux parties [Israël et Palestine] se proclament attachées. Et ces constructions ont pour conséquence de rendre visible le désaccord entre les Etats-Unis et Israël, que d’autres parties dans la région espèrent exploiter. Cela entame la capacité unique dont disposent les Etats-Unis, celle de jouer un rôle essentiel dans le processus de paix. Notre crédit dépend en effet dans une certaine mesure de notre capacité à pouvoir saluer les deux parties lorsqu’elles font montre de courage. Et, quand nous ne sommes pas d’accord, à le faire savoir sans hésiter. »
Le compliment – empoisonné… – à M. Nétanyahou suit : « Nous félicitons le premier ministre Nétanyahou d’avoir repris à son compte la vision d’une solution comportant deux Etats, d’avoir décidé la levée de barrages et de faciliter les déplacements en Cisjordanie. Et nous continuons d’attendre qu’Israël prenne des mesures concrètes pour transformer cette vision en réalité, afin de créer une dynamique qui ira dans le sens d’une paix globale en respectant les aspirations légitimes des Palestiniens, en arrêtant toute colonisation et en se souciant de la crise humanitaire à Gaza. »
On comprend qu’une phrase de Mme Clinton ait été diversement accueillie par les militants de l’Aipac : « Si vous doutez de la détermination du président Obama, regardez ce que nous venons de réaliser en faisant passer un texte offrant à chacun une couverture médicale financièrement accessible et de qualité. » La « détermination » du président américain ne peut en effet que le conduire à prendre davantage de distances avec les projets de la droite israélienne et du lobby américain qui la soutient.
Pour eux, la situation devient d’autant plus sérieuse que le Pentagone donne à son tour des signes d’exaspération. Le 16 mars,témoignant (PDF) devant la commission des affaires armées du Sénat, le général David Petraeus, commandant des forces américaines dans une région qui va de l’Egypte au Pakistan (et qui couvre donc à la fois l’Irak et l’Afghanistan), a eu ce propos qui n’est pas passé inaperçu : « La poursuite des hostilités entre Israël et quelques-uns de ses voisins met en cause notre capacité à défendre nos intérêts. […] Le conflit [au Proche-Orient] alimente un sentiment antiaméricain lié à une perception de favoritisme des Etats-Unis envers Israël. La colère arabe née de la question palestinienne limite la puissance et la profondeur du partenariat américain avec les gouvernements et les peuples de la région, en même temps qu’elle affaiblit la légitimité des régimes arabes modérés. Al-Qaida et les groupes militants tirent parti de cette colère afin de mobiliser de nouveaux appuis. Le conflit au Proche-Orient favorise l’influence de l’Iran dans le monde arabe à travers ses clients le Hezbollah libanais et le Hamas. »
Au moment où M. Nétanyahou voudrait que Washington durcisse le ton contre Téhéran, la déclaration de M. Petraeus est redoutable pour Tel-Aviv. Elle suggère en effet que l’allié stratégique des Etats-Unis, Israël, complique dorénavant la tâche des militaires américains. Il sera d’autant plus difficile au parti républicain, inconditionnel de M. Nétanyahou, de négliger un tel avertissement qu’il y a quelques mois il pressait M. Obama de suivre sans hésiter les recommandations afghanes du général Petraeus. Ce que fit le président des Etats-Unis en déployant des milliers de nouveaux soldats dans ce pays. Le général Petraeus vient de suggérer que leur mission était mise en péril par les politiques du gouvernement israélien. Ce n’est pas rien…

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Serge Halimi


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